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Sainteté...

L'Histoire est déterminée par la guerre, la cupidité, la soif du pouvoir, la haine et la xénophobie (et quelques autres motivations, plus admirables, intervenant de-ci, de-là). Nous estimons donc généralement que notre nature fondamentale est définie par ces traits humains évidents. Ne nous a-ton pas souvent dit que l'"homme" est, par nature, agressif et ne cherche qu'à accumuler égoïstement des richesses ? 
[...] Il est évident que la gentillesse et la violence font partie toutes deux de notre nature, parce que nous les manifestons constamment toutes les deux, et abondamment. [... Mais] la stabilité sociale règne presque tout le temps et doit nécessairement être fondée sur l'écrasante prédominance (bien que tragiquement non reconnue) des actes de bienveillance, ce qui veut dire que ce dernier comportement est donc notre attitude préférée la plus habituelle, presque tout le temps. 
[...] Le noyau de la nature humaine est exprimé par ces dix mille actes ordinaires de gentillesse qui façonnent notre quotidien. Qu'y a-t-il de plus tragique que ce paradoxe fondamental selon lequel l'Everest de la bienveillance se tient la tête en bas, en équilibre sur sa pointe, et peut basculer facilement sous l'impact d'événements rares, contraires à notre nature quotidienne, mais qui déterminent notre Histoire. En un certain sens profond, nous n'avons pas ce que nous méritons. 
La solution à notre malheur ne consiste pas à vaincre notre "nature", mais à briser la "grande asymétrie" et à permettre à nos dispositions ordinaires de gouverner notre vie. Mais comment faire pour installer le banal sur le siège du pilote de l'histoire ?
Stephen JAY GOULD, Comme les huit doigts de la main, Point, 1996, p. 347.

Dilemme obstétrique...

Longtemps, on a cru que les neuf mois de gestation de notre espèce étaient un compromis de l'évolution : le développement du foetus demanderait plus de temps, mais le bassin de la femme ne permet pas d'accoucher d'un bébé plus gros.
[...] Mais une nouvelle étude faite par l'équipe de Holly Dunsworth, de l'université de Rhode Island, dément cette théorie, appelée "le dilemme obstétrique".
[...] Les chercheurs se sont aperçus que la gestation humaine est comparable à celle des primates de la même taille, voire plus longue. Et via de récentes études sur la mécanique et l'énergétique de la marche, ils ont conclu que la marche ne serait pas compliquée par un bassin plus large. Mais il semble exister une limite à l'énergie que la mère peut dépenser chaque jour pour nourrir son foetus : c'est lorsque le demande métabolique atteint le double de sa valeur de base que l'accouchement se déclenche. 
Science & Vie, 10/2012, p. 13.

Nidicole ou nidifuge ?

Où Stefen Jay Gould fournit une explication probable à la naissance "prématurée" des enfants, relativement aux autres mammifères...
Certains mammifères, que nous considérons généralement comme "primitifs", ont une gestation brève et donne naissance à une portée nombreuse de petits à peine formés, minuscules, dépourvus de poil, sans défense, les yeux et les oreilles fermés. Dans leur cas la vie est courte, le cerveau petit par rapport à la taille de l'animal, et les conduites sociales pratiquement inexistantes. [La zoologiste suisse Adolf Portmann] qualifie de type nidicole. D'un autre côté, les mammifères "supérieurs" ont une longue gestation, vivent plus longtemps, possèdent un gros cerveau, des conduites sociales complexes et donnent naissance à un nombre limité de petits, presque complètement formés et capables, en partie du moins, de se débrouiller seuls. Ces caractéristiques définissent les mammifères nidifuges. Pour Portmann, qui considère l'évolution comme un processus conduisant inexorablement à une plus grande maturité intellectuelle, le type nidicole est le premier et prépare le terrain au type nidifuge, dont la caractéristique principale est la taille du cerveau. Dans leur majorité, les évolutionnistes de langue anglaise rejettent cette interprétation et pensent que ces types fondamentaux sont liés aux nécessités immédiates du mode de vie. 
D'après [Bob Martin] il semble que le type nidicole soit lié à des environnements marginaux, mouvants et instables, dans lesquels la meilleure stratégie consiste à mettre au monde le plus grand nombre possible de petits, pour être sûr que quelques-uns survivront. La type nidifuge correspondrait, au contraire, à des environnements stables, tropicaux. Là, les ressources étant plus assurées, les animaux peuvent utiliser leur énergie à concevoir un nombre limité de petits presque complètement formés. 
[...] Il existe une exception frappante et très embarrassante : l'homme. Nous avons les caractéristiques nidifuges de nos cousins, les primates : longue vie, gros cerveau et portées peu nombreuses. Mais nos petits sont, à la naissance, imparfaitement formés et aussi faibles que ceux de la plupart des mammifères nidicoles. [...] Le coupable dans cette histoire est notre caractéristique évolutive la plus importante : notre gros cerveau. Chez la plupart des mammifères, la croissance du cerveau est un phénomène entièrement foetal. Mais, du fait que le cerveau n'est jamais très gros, il ne présente pas de difficulté au moment de la naissance. [...] Le cerveau humain, lui, est si gros que la naissance n'est possible que grâce à une stratégie supplémentaire : la période de gestation doit être plus courte, relativement à l'ensemble du développement, et la naissance doit intervenir alors que le cerveau ne représente qu'un quart de sa taille définitive.
[...] Si aucun changement fondamental n'intervient dans la structure du bassin des femmes, nous devrons nous contenter de notre cerveau tel qu'il est si nous voulons pouvoir naître.
Stephen JAY GOULD (1977), Darwin et les grandes énigmes de la vie, Seuil (1997), p.72.

Cette influence de la taille du bassin des femmes sur la durée de la gestation est remise en cause par une étude publiée 40 ans plus tard >>