Non... C'est toi, qui coûte !

Sous la surface du coût du travail, ici ou ailleurs...
10. Partons des chiffres fournis (depuis 1975) par le Bureau of Labor Statistics (BLS) du ministère américain du travail. Selon le BLS, une heure de travail dans le secteur manufacturier coûtait 40,6 dollars en moyenne en France en 2010, contre 40,4 dans la zone euro et 43,8 en Allemagne, soit un écart de 8 % avec la France. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 8.
Le BLS mène [...] l'enquête à une échelle mondiale, ca que ne fait pas Eurostat dont les données sur le sujet sont par ailleurs très contestées.Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9. 
Le BLS confirme en revanche que l'évolution de ce coût a été significativement plus modéré outre-Rhin ces dernières années : en 2000, cet écart France-Allemagne était encore de 19 % [contre 8 % en 2010]. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9.
10.1. Ces chiffres sont contradictoires avec ceux avancés par ce même journaliste en (2)...
9. Le coût du travail horaire dans l'industrie manufacturière en Allemagne est de 35,40 €. Nous [en France], 35,80 €. [...] Et vous savez de combien il est en Espagne ? Il est de 24 €. L'Espagne devrait rouler sur l'or. L'Espagne est en plein effondrement. En Belgique, il est de 42 €, et ils exportent mieux que nous. Jean-François KHAN, France Inter, Le téléphone sonne, 13/11/2012. 
8. En proportion de la productivité horaire moyenne (la valeur ajoutée par heure travaillée), le coût horaire du salaire minimum se situe aujourd'hui à son plus bas niveau depuis soixante ans (environ 23 %), soit près de deux fois moins qu'à l'époque de sa création au début des années 1950 (environ 45 %). Sans les exonérations de cotisations sociales sur les "bas salaires", ce ratio serait de 28 %, soit à peu près le niveau observé avant l'instauration du Smic, en 1970, après une période où le salaire minimum avait considérablement chuté. Difficile de conclure dans ces conditions que le niveau du salaire minimum serait un problème. Pierre CONCIALDI, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 24. 
7. Si on s'intéresse spécifiquement au secteur manufacturier sur la base des données récoltées par le Bureau of Labor Statistics américain, on vérifie tout d'abord que le coût du travail a moins augmenté en France que dans tous les pays de la zone euro, à l'exception de l'Autriche, très légèrement, et surtout de l'Allemagne : en 2000, une heure de travail allemande valait 25,4 dollars, soit 19 % de plus qu'en France ; en 2010, avec respectivement 43,8 et 40,6 dollars cet écart n'était plus que de 8 %.  Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, Les chômeurs attendront, 02/2012, p. 14. 
6. Jean-Louis Beffa, Saint-Gobain, et Louis Gallois, patron d’EADS, sont venus à ce micro dire que le coût du travail était plus élevé en Allemagne qu’en France (notamment pour les cadres) – ce ne sont pas des suppôts de l’ultra-libéralisme. [...] L’été dernier, patronat, CFDT, CFTC et CGC ont signé un document qui relève (je cite) une « dégradation depuis dix ans de la compétitivité du coût salarial en France par rapport à la moyenne de la zone euro ». Par rapport à l’Allemagne, la dégradation est de 20 % dans l’industrie. Au total, le coût horaire est aujourd’hui grosso modo identique entre les deux pays, mais il était moins élevé ici avant, et il est plus élevé qu’en Grande-Bretagne, en Italie. Dernier élément : le taux de cotisations sociales est deux fois plus haut en France qu’en Allemagne. France Inter, L'édito éco, 19/01/2012. 
5. Quand vous voulez engager quelqu'un et que son salaire est de 100, vous savez qu'à la fin de l'année, ça vous coûtera 155 à 160 grosso-modo, si on me tout bout à bout. Philippe LENTSCHENER BFM, Les experts, 09/01/2012. 
4. Quand en net le smicard touche 100, chez l'expert comptable il coûte 200 à l'entreprise. [...] Depuis 2003, les charges des entreprises augmentent de 1% par an. Y'a pas un pays où le travail est autant taxé. Donc réduire les charges sociales, ça va dans le bon sens. Jean-Louis MULLENBACH, BFM, Les experts, 06/01/2012. 
3. Sur une salaire de 100 euros, les charges sociales qui pèsent en France sont de 50 euros, en Allemagne, elles sont de 39 euros. Nadine MORANO, RMC Info, Talk Show, 05/01/2012. 
2. Le COE-Rexecode a croisé des statistiques européennes de qualité incertaine sur les coûts salariaux avec des statistiques douteuses sur la durée du travail, pour aboutir à des résultats totalement improbables sur les coûts horaires en France [37,8 € contre 33,5 € en Allemagne]. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 03/2011, p. 7.
Le Bureau of Labor Statistics du ministère américain du travail ou la base de donnée EU Klems fournissent des résultats très différents [respectivement 28,5 € en France contre 32,8 € en Allemagne et 29,7 € contre 31,9 €] soit un coût du travail supérieur de 14 % en Allemagne. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 03/2011, p. 7.
2.1. Le mois suivant, Alternatives Economiques publiera un erratum précisant que les chiffres attibués à COE-Rexecode, étaient en réalité issus de données de l'Insee (au sujet desquelles COE-Rexecode émettait d'ailleurs des doutes). "Lequel Insee a reconnu [par la suite] s'être grossièrement trompé sur le coût du travail en France". Alternatives Economiques, 04/2011, p 97.

2.2 Ces chiffres sont contradictoires avec ceux qu'avance ce même journaliste en (10). Outre qu'il s'agit bien-sûr d'euros et non de dollars, le coût du travail serait ici plus élevé de 15 % en Allemagne (contre 8 % en (10)). Si l'explication ne vient pas du fait qu'il s'agit ici de coûts salariaux au sens large et non seulement dans le secteur manufacturier, on ne peut plus raisonnablement se fier aux chiffres fournis par Guillaume Duval.
1. Le coût salarial unitaire est le coût du travail nécessaire pour produire un euro de richesse. C'est le ratio entre le coût du travail proprement dit [salaires bruts plus cotisations des employeurs] et la productivité de ce travail (la quantité de richesse produite par emploi). Cet indicateur est le plus pertinent pour apprécier la compétitivité-coût d'une économie. [Ce coût salarial unitaire est constant en France depuis 1990. Il a baissé de 20 % en Allemagne dans la même période]. Arnaud LECHEVALIER, Alternatives Economiques,  03/2011, p. 11.

Mauvaises foi...

On a eu en France une caricature de la présentation de M. Romney et de M. Obama. [...] Je me suis amusé à aller sur le site "US Gov" [certainement www.usa.gov] pour savoir ce que je paierais comme impôt si j'étais un citoyen américain avec une femme et un enfant.[...] Présenter Romney comme un grand, grand, méchant capitaliste est totalement excessif.
Alain BLANC-BRUDE (président du Conseil de surveillance Alpha) , BFM, Les experts, 07/11/2012.
Mitt Romney, propose une violente politique de l'offre : forte réduction des taux d'imposition des profits et des taux marginal d'impôt sur le revenu (respectivement de 39 % et 35 %, ils passeraient à une fourchette de 15 à 20 %), réforme de l'assurance maladie pour réduire les dépenses publiques de santé, plafonnement à 20 % du PIB des dépenses publiques, annulation de la loi Dodd-Franck de régulation des banques... » Patrick ARTUS, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 32

Voilà donc un exemple de caricature pour reprendre les mots de M. Alain Blanc-Brude. Il en existe effectivement des centaines d'autres sur toute sorte de média. Et puis soudain, donc, sur BFM business, autre son de cloche...
On a eu en France une caricature de la présentation de M. Romney et de M. Obama. [...] Je me suis amusé à aller sur le site "US Gov" pour savoir ce que je paierais comme impôt si j'étais un citoyen américain avec une femme et un enfant. [...] Si vous gagnez 30 000 $, avec Obama vous payez 6 % et Romney, vous payez 9 %. Si vous gagnez 300 000 $, ils sont ex-aequo, vous payez 31 %. Si vous gagnez 3 000 000 $, vous payez 32 % avec Obama, 34 % avec Romney. Donc présenter Romney comme un grand grand méchant capitaliste est totalement excessif. Alain BLANC-BRUDE (président du Conseil de surveillance Alpha) , BFM Business, Les experts, 07/11/2012.
Quand même, il a l'air terriblement sincère. Pourtant, même pour de vrais journalistes américains... 

Obama: Would make those Bush-era tax rates permanent for everyone except those making more than $200,000 ($250,000 if married). For those high-income households, Obama would preserve the Bush tax rates at the low end (10%, 15% and 25%) but raise the top two rates to 36% and 39.6%.
Romney: Would reduce each of the Bush-era income tax rates by 20%. So the top rate would fall to 28% and the bottom rate would fall to 8%. Money.CNN.com
Je n'ai pas trouvé l'application évoquée sur www.usa.gov, qui semble pourtant être le site dont il parle. Seul le site www.politify.com semble proposer cet exercice.

Si on gagne 300 000 $ (en Salary/Wages uniquement), que l'on a 66 ans (M. Alain Blanc-Brude serait né en 1946 selon www.geoprospect.com) et que l'on est marié avec un enfant à charge, Romney et Obama proposeraient une imposition comparable à 31 %. Voici le résultat affiché...


On remarquera que les impôts semblent devoir baisser dans toutes les tranches, quel que soit le candidat élu, et comme attendu, plus significativement dans les bas salaires avec Obama, dans les hauts salaires avec Romney. Normal.
Cela étant dit, il n'y a pas moyen ici de calculer le taux d'imposition.
Quoi qu'il arrive, à 300 000 $, ils ne sont pas ex-aequo, si l'on se fie aux chiffres ci-dessus. Mais surtout, pour les contribuables qui déclarent 3 000 000 $, on a du mal à croire que les taux d'imposition d'Obama et Romey soient respectivement de "32 %" et "34 %" quand la baisse nette de leur impôt sera de 11 000 $ pour Obama et... 360 000 $ pour Romney !

Bof...

[...] Les contrats aidés marchands engendrent ce qu'on appelle des "effets d'aubaine" : les entreprises profitent d'aides publiques pour embaucher des personnes sur des postes qu'elles auraient prévu de toute façon de créer. Une enquête menée en 2007 par la Dares a ainsi montré que seulement 10 % des embauches en CIE [secteur marchand], n'auraient pas eu lieu en l'absence d'aide à l'emploi [...].

Une banque comme il n'y en a pas ?!

CONSEILLER BANCAIRE (n.m.):
Métier qui consiste avant tout à bien vous éclairer. YouTube
Parce que la Caisse d'Epargne ne cesse d'évoluer pour devenir une banque comme il n'y en a pas. Une banque, comme il en faudrait une. YouTube
Caisse d'Epargne. La Banque. Nouvelle définition.
Le 4 septembre, le tribunal de grande instance de Lyon a condamné la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes pour avoir organisé une concurrence intensive entre ses commerciaux. Leurs résultats étaient évalués et comparés publiquement en permanence. Chacun, depuis son poste, pouvait suivre en direct les performances de ses collègues. Et la seule consigne était de faire mieux que les autres.
Alternatives Economiques, 10/2012, p. 24.

Livret A-rithmétique...

L'encours de 47 % des 62 millions de livrets A est inférieur à 150 euros. [...] 8,5 % des livrets ont un montant déposé supérieur au plafond légal de 15 300 euros (du fait des intérêts capitalisés).
Alternatives Economiques, 09/2012, p. 61.

Polysémie des chiffres...

[...] Le ministère du Budget explique que "l'Allemagne a fortement réduit la part de ses dépenses dans le PIB entre 2003 et 2008. A l'inverse, la part de la dépense dans le PIB français demeure stable depuis plus de dix ans."
Pourtant, [...] si on prend trois années se trouvant à peu près à égale distance et à un stade similaire du cycle conjoncturel (1990, 2000 et 2011, par exemple), la dépense publique totale [en Allemagne] est presque inchangée (respectivement 44,2 %, 45,1 % et 45,6 % du PIB).
[...] Si on retient la période 2003-2008, comme le fait le ministère du Budget, on prend une période pendant laquelle le PIB croît rapidement (+ 10,3 % en volume), faisant baisser le ratio dépenses publiques/PIB. Dès que cette courte phase de croissance du PIB a pris fin, en 2009, le ratio a augmenté et retrouvé le niveau de 1990 et de 2000 !
Francisco VERGARA, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 18.

Le taux qui fait déborder le vase...

J'ai versé mille fois plus que la plupart des gens, et en tout cas, probablement, que tous les députés socialistes réunis ont versé au cours de leur vie, donc qu'on cesse de me raconter des histoires de ce genre [condamnation morale de l'exil fiscal]. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup payé, donc aujourd'hui, j'estime avoir le droit d'aller où j'ai envie d'aller.
Alain LEFEBVRE (exilé fiscal en Belgique), France 3, Le monde d'après, 12/11/2012.

Involontaire...

La représentation de la volonté par laquelle nous allons poser un acte n'intervient en fait qu'une demi-seconde après que cet acte a été posé, alors que l'acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après le déclenchement qui en a été le véritable déclencheur. [...] Notre conscience arrive toujours quelque temps après la bataille... Page 33.
[Ainsi] dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres, autour de nous, puisque nous vivons dans un univers entièrement socialisé, il faut que nous ayons conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous l'imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons a posteriori dans ces discours autobiographiques que nous tenons, ces discours de rationalisation, d'auto-justification, faudrait-il dire, que nous produisons à l'intention des autres. Page 37.
Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard.

D'où vient-il ?

Où l'on fait le tour des différents raisons supposées de l'apparition et/ou de la persistance du chômage dans les pays industrialisés...
L'explication la plus évidente du chômage est que les entreprises ne produisent pas assez pour avoir besoin d'employer tous les salariés. Cette insuffisance de la production vient d'une demande elle-même insuffisante adressée aux entreprises lors des crises économiques.
Pourtant, la majorité des économistes refusent cette explication [et considèrent, comme le postule la "loi de Say" d'après Jean-Baptiste Say], que puisque la demande naît des revenus distribués lors de la production, il ne peut pas y avoir de surproduction globale, [...] "toute offre crée sa propre demande".
Mais Keynes explique que, si les perspectives de demande sont mauvaises, l'investissement est faible. La production l'est donc aussi, et l'emploi par voie de conséquence.
L'insuffisance de la demande est la ligne défendue par Joseph Stiglitz >> 
Les économistes néoclassiques considèrent au contraire que les employeurs embauchent sans se préoccuper de leurs perspectives de production, supposant qu'il existe forcément un prix pour lequel ils peuvent écouler leurs produits. Donc il existe aussi un niveau de salaire pour lequel il est rentable d'embaucher et pour lequel tous ceux qui le désirent peuvent trouver un emploi.
[...] La bonne relation de [l'indicateur du climat des affaires évalué par les instituts de prévision économique] avec l'évolution à court terme du chômage confirme la pertinence de la vision keynésienne. [Mais ces cas d'] alternances de croissance et de ralentissement, d'optimisme et de pessimisme, sans [retour] au plein-emploi [illustrent les limites de ce raisonnement].
[...] Les changements de qualification et de régions que doit réaliser la main-d'oeuvre pour s'adapter aux emplois proposés sont considérables et requièrent du temps. Un certain chômage "de conversion" se produit alors [...]. Ainsi la grande vague de progrès techniques liés à l'informatisation et à la mondialisation [...] contribue à réduire la demande de travail non qualifié, entraînant la baisse des bas salaires aux Etats-Unis. En Europe, où un salaire minimum élevé empêche souvent la baisse des bas salaires, le chômage des moins qualifiés augmente.
[Une part du taux de chômage peut être imputée à une] mobilité géographique des salariés, [si elle est] entravée [par des] règles concernant les transactions immobilières [contraignantes] ou le manque de logements disponibles.
Le manque de mobilité des travailleurs semble être une explication unanimement acceptée >>
Les économistes libéraux insistent sur le fait que le chômage sera plus élevé si les règles encadrant le marché du travail freinent les ajustements. Par exemple, une indemnisation élevée du chômage [ou] la subordination du licenciement à une autorisation administrative [...].
[Pourtant] pendant des années, l'OCDE [...] a tenté de montrer que la rigidité des marchés du travail était associée à un chômage élevé ; mais elle a fini par renoncer, faute de confirmation empirique.
[...] Pour les économistes qui considèrent que l'embauche dépend du salaire, le chômage vient surtout de ce que le salaire [minimum légal ou exigé par les salariés] est supérieur au niveau assurant le plein emploi.[...] la concurrence née de la mondialisation pourrait [...] nécessiter une baisse des salaires qui ne s'est pas produite, ce qui serait cause de chômage.
Joseph Stiglitz, dans le même article évoqué plus haut, considère que la mondialisation est un faux coupable >>

Arnaud PARIENTY, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 68.

Travailler plus pour se loger plus...

[...] Les français destinent 9 % de l'ensemble de leurs revenus (soit 60 % de leur épargne) à l'achat de logements.
Christian CHAVAGNEUX, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 59.

La vrai richesse...

La richesse [...] ne se mesure pas aux choses que l'on possède, mais à celles dont on sait se passer.

 Amin MAALOUF, Léon l'africain.

Krach automatique...

[Afin de cartographier l'état du marché, des centaines de fois par seconde], l'algorithme se présente, prétendant : "Je suis disposé à acheter telle quantité à tel prix", et si une contrepartie se manifeste alors en face, disant : "D'accord", l'opération est aussitôt annulée. L'automate n'en sais pas moins, désormais, qu'il existe une offre ou bien une demande à ce niveau de prix. Cela dit, toutes les annulations d'opérations ne sont pas liées à une telle "cartographie" : d'autres opérations par des algos visent uniquement à encombrer le marché pour faciliter leurs propres transactions. Page 76.
J'ai un jour conçu un logiciel de simulation informatique du comportement des marchés boursier [...dans lequel] les agents étaient définis de façon à être semblables aux acteurs humains que l'on trouvait autour de la corbeille [...] à l'époque où celle-ci existait encore. [...] Une observation qui se dégageait des comportements étudiés était que, pour qu'un marché soit équilibré, c'est-à-dire pour que les prix oscillent au sein d'une bande de variation relativement stable, permettant au marché de survivre, une condition devait être remplie : il fallait qu'à chaque instant la moitié des agents passant un ordre se trompent sur l'évolution de prix à la hausse ou à la baisse lors de la transaction suivante, tandis que l'autre moitié, elle, aurait vu juste. [...] Dès que l'on s'écarte de cette égalité dans la justesse et dans l'erreur, [...] l'éventualité d'un krach augmente. [...] Les automates, qui parviennent aujourd'hui à cartographier entièrement l'offre et la demande potentielles, arrivent assez facilement, eux, à prendre des décisions à l'achat ou à la vente qui ne s'assimilent plus simplement à du "pile ou face" : c'est ce qui explique pourquoi leur présence en soi accentue l'éventualité d'un krach sur les marchés boursiers [...]. Page 80.
Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard.

Un pour un, tous pour un...

La "science" économique du courant dominant [dite "néolibérale" en général] a adopté pour principe [...] qu'il n'y a [...] aucun bénéfice à essayer d'introduire une perspective globale, pour autant que le comportement individuel est lui-même compris. [...] La sociologie considère au contraire qu'il existe des phénomènes globaux qui ne peuvent être perçus ni donc représentés si l'on s'en tient à un simple examen des comportements individuels.
Pierre JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 50.

Machine infernale...

Dans les séries "Je vous explique la crise"  et "Je vous explique la dette" : Paul Jorion...
Le système capitaliste se caractérise par le fait que les ressources qu'il faudrait mobiliser pour la production ou la consommation manquent souvent là où elles seraient nécessaires, ce qui oblige à les emprunter et à rémunérer cet emprunt par le versement d'intérêts, mécanisme qui amorce alors la "machine à concentrer la richesse". Page 63.
La concentration excessive de la richesse grippe la machine économique jusqu'à provoquer son arrêt par deux effets combinés : d'une part, la baisse du pouvoir d'achat pour la grande masse de la population force à un développement du crédit qui fragilise, à terme, le secteur financier en raison du risque croissant de défaut de l'emprunteur ; d'autre part, les capitaux disponibles au sommet de la pyramide sociale iront, faute de débouchés suffisants dans la production, se placer dans des activités spéculatives, déréglant entièrement le mécanisme de la formation des prix. Page 143.

The end...

A quoi imputer le creusement [des inégalités] ? En premier lieu, à la part toujours croissante de la richesse ponctionné par le milieu financier. Krueger cite les chiffres suivants : la part du secteur financier et de l'immobilier dans les revenus du 1 % le plus riche a doublé entre 1979 et 2005. [...] En deuxième lieu, les gains de productivité générés par l'informatique et l'automation au cours des trente dernières années ont essentiellement étaient ponctionnés par les classes aisées. [...] Dans la pratique, [... sitôt le travailleur] remplacé, la machine travaille uniquement au profit des actionnaires et des patrons de l'entreprise. Cet effet pervers, Sismondi (1772-1842) l'avait déjà dénoncé dans les années 1820, proposant que tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d'une rente indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci. Page 142.

Tartare façon korowai...

Journaliste - Vous mangiez vos ennemis pour être plus forts ? 
Korowai - Non, on les mangeait pour le goût. Rien à voir avec la force. C'est comme la pêche. Pourquoi vous pêchez du poisson ? Pour manger ! Parce que vous trouvez ça bon. C'est pareil avec les gens.
France 5, Les Korowai, peuple des arbres, 03/11/2012.

Ô, trader, suspend ton vol...

On entend souvent dire : "La spéculation a toujours existé" [...], or ce n'est pas vrai : l'interdiction de la spéculation fut en vigueur jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle, et c'est l'abrogation des lois existantes qui lui permirent de prendre son envol.
Pierre JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 147.

Liquidité toute relative...

La liquidité que procurent les spéculateurs sur les marchés où ils interviennent ne bénéficie qu'à d'autres spéculateurs, et cela bien entendu, uniquement à des niveaux de prix spéculatifs, c'est-à-dire en réalité à des niveaux de prix très éloignés de ceux que déterminerait le simple rapport de forces entre acheteurs et vendeurs [...].
Paul JORION, Misère de la pensée économique, Fayard, p. 174.

Philosophie de marché...

La politique relève-t-elle d'un savoir ? Platon répond oui et il veut confier les affaires de la cité au philosophe, qui détient ce savoir du bien. Aristote répond non et croit à la confrontation des convictions. Les technocrates néolibéraux sont d'une certaine manière les platoniciens d'aujourd'hui : pour eux, le marché est source de vérité et la parole du peuple ne peut produire que du désordre. Voilà pourquoi le néolibéralisme est tendanciellement antidémocratique : c'est le fameux "there is no alternative" de Margareth Thatcher. Mickaël FOESSEL (philosophe).
Le problème est que dès qu'on prétend contester le dogme de l'efficience des marchés, on se voit retourner l'éternel argument du totalitarisme. On vous balance Staline en pleine tête, comme s'il fallait décider entre le marché dérégulé ou le goulag. « Malheur à moi, je suis une nuance », écrivait Nietzsche. Aujourd'hui, il faut redonner une dignité à la volonté politique plutôt que d'attendre les effets enchanteurs d'une autorégulation qui ne profite qu'à une minorité. Frédéric GROS (philosophe).
Propos recueillis par Eric AESCHIMANN, Le Nouvel Observateur, 10/2012, p. 120.

Impasse...

Quant aux privatisations, il n'y a pas d'appétit des investisseurs. Nous avons fait une liste de 50 actifs au potentiel touristique élevé... mais il n'y a pas de marché. Investir dans le marché secondaire des obligations grecques est de toute façon plus profitable qu'un investissement dans l'immobilier ou l'économie réelle. 
Evangelos VENIZELOS (ancien ministre des Finances et président du Pasok),
Propos receuillis par Sophie FAY et Jean-Gabriel FREDET, Le Nouvel Observateur, 10/2012, p. 65.