Paysan pure souche...

Où Emmanuel Todd nous explique les caractéristiques des structures familiales et leur impact insoupçonné sur l'histoire des peuples et des nations...
L'hypothèse familiale ne [prétend] nullement tout expliquer et surtout pas pour l'éternité. Elle suggère que les valeurs héritées du passé paysan se réincarnent temporairement dans l'idéologie qui naît du désarroi engendré par l'alphabétisation, l'urbanisation et l'industrialisation. Page 14.
La famille souche, système à héritier unique fondé sur les principes d'autorité du père et d'inégalité des frères, prédominante en Allemagne et au Japon, a favorisé des idéologies et des mouvements autoritaires ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité. Page 14. 
La famille nucléaire absolue anglaise, très libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais assez indifférente à l'idée d'égalité, était le substrat nécessaire aux développements de l'individualisme et du libéralisme politique anglo-saxon. Page 14.
La famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d'égalité des frères, prédisposait à une acceptation des principes de 1789 [...]. Une structure familiale qui définit les frères comme égaux loge en effet dans l'inconscient l'idée à priori d'une équivalence des hommes et des peuples. Page 14. 
[La famille communautaire] patrilinéaire, [autoritaire et égalitaire (entre les frères)] a fini par casser le processus de développement là où elle s'est imposée, parce qu'elle a aboutit dans sa phase finale à un abaissement du statut de la femme qui a diminué le potentiel éducatif de la population concernée. Page 28. 
Nous pouvons admettre la nécessité d'une relation fonctionnelle entre l'évolution de l'agriculture et celle de la famille. Page 137. 
[...] L'incitation au départ est très forte pour les premiers agriculteurs parce que les sols nouveaux sont plus fertiles que les anciens, dont la régénération peut déjà poser des problèmes à la vieille communauté. Ainsi qu'il a été écrit, "l'économie néolithique est expansive". Page 138. 
[...] Mais au coeur de cette civilisation agricole en expansion, la terre finit par devenir rare, et progressivement s'installe, selon l'expression de Pierre Chaunu, le "temps du monde plein". Il n'est plus aussi facile d'émigrer. Page 138. 
[...] Je pense que c'est dans ce monde fermé, dans lequel tout espace a un maître, que peut être inventé le mécanisme de la famille souche. Page 138. 
[...] Les aînés, complètement privés de possibilités d'émigration, seraient finalement choisis comme successeurs en vertu de la règle "premier arrivé (à l'âge adulte), premier servi" [...]. Page 140.

Un petit geste...

L'ONU nous rappelle qu'il suffirait de mobiliser, chaque année 30 milliards de dollars pour régler le problème de la faim dans le monde. Et pour régler le problème de la grande pauvreté, il faudrait mobiliser 100 milliards de dollars. Ces 30 ou ces 100 milliards de dollars on ne les trouve pas. Alors que par exemple, le budget officiel de l'armement est de 1 400 milliards de dollars. [...] Le produit international criminel est de 1 000 milliards de dollars. C'est-à-dire 10 à 15 % du PIB mondial. A comparer aux même pas 1 % qu'on consacre à ce que l'on appelle l'aide au développement.
Paul ARIES, France 3, Ce soir ou jamais, 11/12/2012.

Liberté sous condition...

Déjà en 2002, un vote au sénat avait interdit le contrôle de l'IRFM [indemnité représentative de frais de mandats] par l'administration fiscale.
[...] L'IRFM coûte chaque année 42 millions d'euros au contribuable. 
[...] Certains élus se servent de cet argent comme d'une rémunération complémentaire et tout le monde le sait. 
[...] Mon amendement proposait simplement de soumettre à l'impôt sur le revenu la partie non utilisée de l'IRFM. Ce qui aurait entraîné un contrôle par l'administration fiscale de la nature des dépenses des parlementaires. 
[...] Seuls 24 courageux [sur 577] ont votés pour la proposition. 
Si les députés sont obligés de justifier leurs dépenses, ils ne seront plus libres. Henri Gaino.
Charles de Courson (UDI), VSD, 08/2012.

L'éternel problème d'être à la fois juge et partie...

Les notes de l'Histoire...

Où Jacques Attali écoute la musique d'un pays, d'un peuple, d'une culture, pour en prédire son avenir...
Ce que j'ai essayé de montrer, c'est que la représentation en musique, le concert, apparaît à peu près 50 ans avant que se mette en place la représentation en politique. A des dates charnières, comme le passage du monde féodal au monde capitaliste, la représentation musicale a été annonciatrice de la représentation politique. Que le passage à la production en série a été dans la musique extrêmement annonciateur de ce qui allait se passer dans le reste de l'organisation sociale. Que l'orchestre et l'arrivée du chef d'orchestre a été très annonciateur d'un État fort. Le chef d'orchestre date de 1850 à peu près, à un moment où commence à être nécessaire un chef d'un État fort pour organiser la production. Bref, qu'à plusieurs moments dans l'histoire, on peut trouver une fonction de la musique comme le reflet de changements sociaux importants.
Jacques ATTALI, Antenne 2, Apostrophes, 11/09/1977.
Quand je regarde un pays, je m'intéresse à sa musique. Toujours la musique dit des choses intéressantes sur l'avenir. Elle a dit la mondialisation avant tout le monde, la musique est mondiale bien avant que tout le reste le soit. Elle a annoncé la gratuité, les technologies, puisque c'est apparu dans la musique avant d'apparaître ailleurs. 
Elle dit des choses étranges aujourd'hui. Elle dit que le monde s'occidentalise. Même si l'Occident décline, où que ce soit dans le monde, vous entendez de la musique occidentale. Mais en même temps elle dit qu'il y a des lieux du Sud qui se font entendre plus que d'autres. Elle dit que l'on entend le Brésil, depuis longtemps, et le Brésil est là. Elle dit qu'on n'entend pas la Chine. Et je pense que la Chine, si elle n'a pas une musique, et elle n'a pas de musique, c'est un des signes qui me font penser que la Chine n'a pas un grand avenir mondial.
Emmanuel Todd, autre grand amateur de prédictions, porte sur l'avenir de la Chine la même appréciation >>
Elle dit que l'Inde a un petit avenir en s'éveillant puisqu'il y a une musique indienne qu'on commence à entendre dans le monde. Et elle dit qu'un grand monde de l'avenir c'est l'Afrique. La seule musique qu'on entend sur la planète, c'est la musique africaine. Évidemment, la musique nous annonce, je crois, que le XXIe siècle sera Africain.
Jacques ATTALI, France 5, Empreintes, 07/12/2012.

Jacques Atalli limite ici sa réflexion à la musique classique et à l'histoire sur le long terme. Difficile de dire si le parallèle reste pertinent, mais il est tentant de s'interroger sur l'évolution récente de la musique et de ses interprètes.
La musique est devenu un produit de consommation de masse avec ses stars people. La France a connu un début d'expérience de présidence people en la personne de Nicolas Sarkozy.
Les stars émergent désormais d'Internet. A quand la politique et la démocratie exercées sur le Web ? 

Détournement...

Seulement 3,5 % de la capitalisation du CAC 40 correspondent à des investissements directs (participations supérieures ou égales à 10 % du capital). C'est-à-dire que les autres participations sont essentiellement ce que l'on appelle des investissements de portefeuille, sans implication dans la gouvernance de l'entreprise.
Raphaël DIDIER (2009), Les marchés financiers en clair. Ellipses.

La bourse ou les chiffres...

Sous la surface du système boursier...
2. La capitalisation boursière mondiale atteignait 62 747 milliards de dollars fin 2007 et la capitalisation obligataire était estimée à 79 000 milliards de dollars (83 500 milliards en 2008). Par type de titres, ceux du public occupaient toujours une place prépondérante, surtout en Europe : environ 60 % du marché obligataire européen était constitué d'emprunts obligataires d'État, 29 % d'obligations de société et de 11 % garanties par des actifs. Enfin, si la capitalisation boursière s'est accrue de 147 % sur les dix dernières années quand le PIB mondial lui n'augmentait que de 81 %, la capitalisation obligataire augmentait de 250 %. Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? Presses Universitaires de France, 2010, p 111. 
1. Il y a en France 7 000 000 de petits porteurs. Raphaël Didier (2009), Le capitalisme en clair. Ellipses, p 64.

Couilles d 'or et les trois vautours...

[Les banques] accroissent la quantité d'argent qu'elles mettent en jeu dans cette spéculation pour leur propre compte : plus de 250 milliards de dollars par mois rien que pour Goldman Sachs.
Jacques ATTALI (2009), Sept leçons de vie. Fayard, p. 64.

Driss le magnifique...

Le trader britannique Driss Ben Brahim a touché en 2003 une prime record de 44 000 000 d'euros.
Raphaël DIDIER (2009), Les marchés financiers en clair. Ellipses, p 30.

Sens de la mesure...

Sous la surface du marché des changes...
2. Le montant quotidien échangé sur le FOREX [marché des changes], tous produits confondus, c'est à dire aussi bien pour le change classique que pour les produits dérivés, s'élève à plus de 3 200 milliards de dollars ! […] A titre de comparaison, le montant annuel des échanges de biens et services est de 4 300 milliards de dollars. [...] Sur ce volume [3 200 milliards], près de 90 % correspondent à la  spéculation sur les devises. Raphaël DIDIER (2009), Les marchés financiers en clair. Ellipses, p 80.
1. Au printemps 1998, le volume moyen quotidien de transactions sur le marché des changes a été estimé à près de 1500 milliards de dollars par la Banque des Règlements Internationaux. Christophe DEGRYSE (2005). L'économie en 100 et quelques mots d'actualité. De Boeck, p189. 

Secret story...

Sous la surface des marchés financiers dérégulés...
5. L'encours notionnel des dérivés a explosé (700 000 milliards de dollars de dérivés de gré à gré en juin 2011, contre 100 000 en 2000) et constitue une masse sans rapport avec les sous-jacents économiques. L'encours notionnel brut des seuls CDS représente environ 40 % du PIB mondial. Le nouvel observateur, 05/2012, p. 89.
4. La "finance de l'ombre" ou shadow banking (hedge funds, GSE, money market funds) représente environ 16 000 milliards de dollars d'actifs, soit plus que le secteur bancaire régulé (13 000 milliards). Le nouvel observateur, 05/2012, p. 89. 
3. Ce sont les marchés de gré à gré (OTC) qui sont dans l'œil du cyclone, tout spécialement les CDS (encours de 42 000 milliards de dollars dans le monde au milieu de 2009). Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? Presses Universitaires de France, 2010, p20. 
2. Les experts ont a peu près [?] déterminé que les échanges mondiaux sur les produits spéculatifs sur les marchés dérégulés, [...] représentent 74 fois la richesse mondiale produite en un an, alors que ça ne représentait que 5 % en 1990. Michel PINCON, France Inter, Là-bas si j'y suis, 27/08/2012.
1. Si nous prenons le cas spécifique des options sur les marchés de gré à gré tels qu'ils fonctionnent aujourd'hui, et selon les statistiques du BRI, le notionnel de l'open interest [nombre total des contrats d'options en circulation non encore clos] des contrats sur actions représente un total de 6 500 milliards de dollars, dont 2253 milliards de dollars pour les intermédiaires teneurs de marché, 3448 milliards de dollars pour les autres institutions financières et 793 milliards de dollars pour les entreprises industrielles. Pour les options de change, ces chiffres sont de 50 000, 19 380 et 9 158 milliards de dollars respectivement. Quant aux options sur taux d'intérêts, ces chiffres s'élèvent respectivement à 420 000, 163 000, 215 000 et 42 000 milliards de dollars, pour un total des trois sous-jacents de 475 000 milliards de dollars. […] Le notionnel de l'open interest pour ces trois sous-jacents [actions, options de change et options sur taux d'intérêts] des entreprises industrielles s'élève à 51 000 milliards de dollars, soit de l'ordre de 11 % du total, et les plus grands noms de l'industrie y figurent : EON (280 milliards de dollars), Lufthansa (pour qui une variation de 1 dollar du prix du baril a un impact sur la base de coût de 60 millions de dollars), EADS (qui a couramment une couverture de change à hauteur de 64,5 milliards de dollars). Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? Presses Universitaires de France, 2010, p 90.
Sous la surface de la spéculation sur les matières premières >>

Maman nécessaire...

La nécessité est la mère de l'invention.
PLATON, La République.

Assurance en bois...

La "titrisation" de crédits individuels accordés à des ménages [trahi] une mécompréhension de la logique qui sous-tend le principe de l'assurance. [...] Les "sinistres" dans le domaine de l'immobilier résidentiel ne présentent pas les qualités qui auraient permis à une logique assurrantielle de jouer : ils ne sont ni rares ni aléatoires, car ils sont liés à des conjonctures économiques particulières.

Lobbycratie...

Les riches ont gagné de l'argent. Alors ils ont investi de l'argent dans des politiques qui leur étaient favorables. Du coup ils ont gagné encore plus d'argent qu'ils ont réinvesti dans la politique. 
Jacob HACKER (Professeur de sciences politiques. Université de Yale). 
Arte, 740 Park avenue, 29/11/2012.

Homo fiscalis...

On affame l'État. La part des impôts dans le revenu national [aux Etats-Unis] est au plus bas. On ne peut même plus payer les services publics de base. [...] Les impôts, c'est le prix à payer pour la civilisation ? Pas d'impôts. Pas de civilisation, c'est aussi simple que ça.
Jeffrey SACHS (Professeur d'économie, Université de Columbia)
Arte, 740 Park avenue, 29/11/2012. 

Fifty-fisty...

En 2010, les 400 américains les plus fortunés possédaient plus d'argent que les 50 % des américains les plus démunis. Soit 150 millions de personnes.
Arte, 740 Park avenue, 29/11/2012.

Monopoly...

Pour son expérience, Paul Piff, a changé les règles [du Monopoly] en donnant un avantage à l'un des joueurs... 
« Les deux joueurs ne se connaissent pas. On tire à pile ou face pour déterminer leur position. C'est l'intrusion du hasard. Comme le hasard des naissances qui fait qu'on naît dans telle ou telle famille. Le joueur riche touche 200 $ quand il passe sur la case départ. Il lance les 2 dés, ce qui lui permet d'avancer rapidement sur le plateau. Le joueur pauvre a un lourd a handicap. Il touche moitié moins d'argent quand il passe sur la case départ. Il ne lance qu'un seul dé. Il se déplace donc plus lentement que l'autre joueur qui touche plus d'argent, plus souvent. » Paul PIFF (Psychologue, University of California, Berkeley).
Bien qu'ils sachent que le jeu est biaisé, les joueurs riches trouvent leur bonne fortune normale. Détail éloquent : ils piochent d'avantage dans l'assiette de biscuits apéritifs. Ils finissent par penser qu'ils méritent de gagner. Mais surtout, ils ne font aucun cas de la mauvaise fortune des joueurs pauvres, bien que ces derniers n'aient aucune chance de gagner. 
Le rêve américain, c'est l'idée que tout le monde peut réussir. Il suffit de tenter sa chance. Mais en fait, beaucoup de personnes n'ont pas l'impression de faire jeu égal. Ils n'ont pas les mêmes chances [...].

Croissance en sécurité...

La mondialisation touche aussi la protection sociale. Inde, Brésil, et autres "pays émergents" développent l'aide aux retraités et aux chômeurs. Le progrès spectaculaire est celui de l'assurance-santé en Chine : selon un rapport du Centre d'analyse stratégique, elle couvrait 24 % de la population en 2005, contre 94 % en 2010 ! [...] Les pays émergents ont intérêt à poursuivre la mise en place d'une "Sécu" efficace : une fois couverts, les ménages peuvent se passer d'une épargne de précaution élevée et dépensent plus, stimulant la croissance économique. Ainsi, peu à peu, nos industriels seront moins concurrencés par les entreprises chinoises, obligées de cotiser pour leurs salariés.

Homo a-communicans...

En 1914, la moitié seulement des soldats parlaient français. Ils parlaient alsacien, breton, corse, basque... Et la France existait pourtant avec dix langues. Mais les gens ne se comprenaient pas entre eux. Quand l'Europe a été fondée, bêtement, nous avons commencé par l'économie, le charbon et l'acier. Vingt ans après, il n'y avait plus de charbon. Si nous avions commencé par les langues, chacun en parlerait quatre, comme n'importe quel Suisse !
Michel SERRES, Pèlerin, 12/2012, p. 6.

Egoïsme salvateur...

Si l'individualisme est né récemment, il a des racines profondes. L'individu a été inventé par Saint Paul : il n'y a plus ni juif, ni grec, ni l'homme, ni la femme, ni esclave, ni homme libre, mais toi devant Dieu. L'individu a mis deux millénaires à naître. Il a fallu Descartes, Rousseau, le romantisme, la photographie... Parce que la photographie est accessible à tous. Et l'individualisme a du bon : appartenir à l'Allemagne ou à la France a provoqué quelques millions de morts ! Les appartenances religieuses, politiques, n'ont pas été toujours tendres... L'individualisme est peut-être une sauvegarde contre les appartenances meurtrières.