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Rien ne va plus...

Les raisons fondamentales du ralentissement économique selon Patrick ARTUS...
1. [...] Les rendements décroissant de la R&D. Les budgets de R&D ont beau être toujours plus ambitieux, ils ne débouchent plus sur la même quantité d'innovations, de nouveaux produits, de nouveaux processus de production. 
2. L'augmentation de l'intensité capitalistique. [...] Il faut désormais, aux Etats-Unis comme en zone euro, deux fois plus de capital qu'il y a cinquante ans pour créer la même quantité de richesses
3. L'amaigrissement irrésistible des secteurs où les gains de productivité sont sensiblement plus élevés qu'ailleurs (en clair, l'industrie manufacturière). 
4. L'insuffisant niveau de qualification de la population active.
Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD, Croissance zéro, Fayard, 2015, page 37.

Easy money...

Deux [...] dangers du QE [quantitative easing] ont été identifiés par Natixis. Premièrement, les investisseurs traditionnellement prudents (fonds de pension, assureurs à travers fonds en euros des contrats d'assurance-vie) vont voir leur rémunération chuter. Concrètement, cela signifie que les rendements des assurance-vie vont continuer de baisser pour les particuliers. Ce qui peut poser des problèmes pour l'épargne que se constituent les travailleurs en vue de la retraite, pour combler la baisse programmée des pensions. 
Deuxièmement, les investisseurs à la recherche d'une meilleure performance vont se déporter sur les actifs plus risqués (obligations grecques par exemple). Certes, cela fera baisser les taux d'intérêt et soulagera la dette grecque, puisque le gouvernement empruntera moins cher. Mais, en cas de défaut ou de renégociation de la dette, les investisseurs risquent de se retrouver avec une proportion anormalement élevée d'actifs risqués.
Dans les faits, l’investisseur qui vend son obligation à la BCE peut racheter une autre obligation d’Etat, ou une obligation d’entreprise, à moins qu’il n’achète des actions, ce qui génère une hausse de la Bourse. La traduction dans l’économie réelle est différente selon l’orientation de la liquidité offerte par la BCE. Dans le premier cas, elle facilite le financement des déficits publics mais n’a pas un impact fort en termes de croissance économique. Dans le second cas, les entreprises peuvent emprunter à des taux plus bas, mais face à une incertitude forte sur la demande et une confiance relative dans l’économie, la faiblesse des taux d’intérêt n’est pas suffisante pour garantir une relance de l’investissement.
Nous devons donc nous attendre à un impact sur le taux de change, avec un euro qui devrait rester orienté à la baisse
[...] Si on laisse le risque lié à ce rachat d’obligations souveraines aux banques centrales nationales, alors l’idée de la BCE comme institution solidaire n’existe plus. Surtout, cela pourrait entraîner in fine une hausse des primes demandées par les investisseurs pour les obligations de certains pays.
Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis considère que "l'économie n'a pas besoin actuellement de liquidités"
Aujourd'hui, il faudrait davantage une relance d'investissements qu'une politique de quantitative easing, analyse [Daniel Cohen]. Surtout qu'elle va profiter à l'Allemagne en premier lieu en tant que première économie de la zone euro alors qu'elle n'en a pas besoin.
Pour Henri Sterdyniak, chercheur à l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "le problème c'est que les banques ont déjà beaucoup de liquidités et beaucoup d'entreprises n'ont pas besoin de plus de crédits car elle n'ont pas de demande".
[...] La BCE a décidé que les banques centrales nationales achèteront uniquement les dettes souveraines de leur propre Etat et les « conserveront. » Ceci ressemble à une volonté de réduire le partage des risques au strict minimum et de rendre chaque gouvernement responsable du QE « national. » 
[...] Compte tenu des attentes sur les marchés, où les taux de la zone euro ont beaucoup baissé, une décision de reporter sine die le QE provoquerait un cataclysme boursier. L'Allemagne, dont le taux a beaucoup baissé dans la perspective du QE, serait une des premières victimes de ce contre-coup. D'autres pays se retrouveraient en difficulté avec la remontée des taux et pourrait faire appel au Mécanisme Européen de Stabilité (MES) : la zone euro serait menacée de récession. La Buba ne peut se permettre un tel scénario. Son opposition - comme celle du gouvernement allemand - est de pure forme : elle n'existe que parce qu'elle n'est pas bloquante. 
[...] Le cœur du problème européen n'est pas traité directement par le QE. Les entreprises manquent de raisons d'investir et la demande de crédit est faible. Les taux sont déjà faibles et cela ne change rien. Le QE ne traite pas cet aspect central du nœud gordien européen. D'où le risque que l'argent créé par le QE n'aille pas dans l'économie réelle, mais soit plutôt utilisé par les banques pour alimenter des bulles spéculatives en Europe ou ailleurs.
80 % [des rachats d'actifs] sont achetés directement par les banques centrales de chaque pays, SANS AUCUNE SOLIDARITÉ européenne ! 
[...] Cela [...][est] un sacré pas vers la dissolution de l’euro
[Le QE ne rétabli pas l'inflation espérée parce] qu’on a désormais une énorme économie financière, au dessus-de l’économie réelle, qui modifie les flux financiers. 
[...] Et en fait, dans l’économie financiarisée actuelle, les actions de la banque centrale ont bien tendance à faire de l’inflation – mais de l’inflation des actifs
[...] Quand on voit le cours actuel des actions (records historiques – ce qui est clairement du délire vu le contexte économique !!), des obligations, de l’immobilier, des taux d’intérêts, on voit bien qu’il y a bien un fort effet inflationniste – mais des actifs. 
[...] Eh bien, c’est assez simple. un tel QE sert principalement à 2 choses :
1. Vous l’avez compris, à continuer la gabegie financière, à maintenir au cric des bulles gigantesques, indues et dangereuses – en évitant la vérité des prix (ce qui a à l’évidence des impacts négatifs sur l’économie réelle)
2. Et mieux encore… À aider les banques privées ! 
[...] En effet, on voit bien que dans cette opération [voir exemple comptable dans l'article] :
1. Les liquidités dans le système augmentent (la banque est remboursée, mais la Grèce n’a encore rien payé) : du cash pour continuer à jouer…
2. La banque récupère 100 % de sa mise, et pour juste 1 100 Md€ – merci Mario…
3. La BCE récupère le risque pourri et le risque de défaut ! 
Ainsi, c’est un peu comme si 10 minutes avant que le Titanic ne tape l’Iceberg, la BCE arrive en barque, lance une corde à un milliardaire qui descend dans la barque et la BCE prend sa place sur le bateau – le tout en lui rachetant au passage son billet à plein tarif… 
[Si les 1 000 milliards prévues dans le programme de QE de la BCE étaient crédités sur les comptes en banque des 150 millions de ménages], cela [ferait] quand même 7 600 € par ménage européen, ou plus de 15 000 € pour la moitié des ménages les plus pauvres – ce qui [serait] une vraie bouffée d’oxygène pour eux…

Même là-bas, dis !...

[Aux Etats-Unis], 40 % des chômeurs le sont depuis plus de six mois, alors que la production varie d'habitude entre 10 % et 20 %. Une des caractéristiques du marché du travail outre-atlantique était précisément sa capacité de ramener rapidement les chômeurs à l'emploi ; cette capacité a aujourd'hui disparu.

Décrépitude...

Chiffres et arguments au sujet des problèmes rencontrés par l'industrie en France... 
7. Pour Patrick Artus, le gros de l'appareil industriel français, positionné en milieu de gamme, a pâti de la constitution de la zone euro, qui a accentué les spécialisations de chaque pays : un mouvement défavorable aux grands pays généralistes comme la France. M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 11. 
6. Pour l'économiste Gilles Le Blanc, [...] l'élément déterminant est cependant ailleurs : "Depuis le premier choc pétrolier, l'industrie française s'était adaptée à tous les chocs qu'elle avait connus par la recherche de la baisse des coûts, obtenue principalement par la réduction de la main d'oeuvre. [...] Cette stratégie a fragilisé le tissus industriel [...] lorsque des pans entiers de l'appareil productif ont disparu [...] parce qu'il n'était plus possible de réaliser des gains de productivité supplémentaires par la réduction des effectifs et qu'on n'avait pas les moyens d'investir, de faire de la recherche et développement pour lancer des nouveaux produits ou de la publicité pour construire des marques.M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 12.
5. En France, la croissance [des entreprises de taille moyenne] semble freinée, notamment en raison d'un accès difficile au financement : l'économiste Philippe Askenazy remarque à ce propos que les entreprises françaises n'ont pas de mal à pénétrer les marchés étrangers, mais beaucoup plus à s'y développer, notamment par manque de crédits bancaires pour financer un tel développement. M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 11. 
4. [Une] explication moins souvent avancée [à la faiblesse de l'industrie française], l'ouverture très large des entreprises françaises aux marchés financiers, qui découragent les stratégies industrielles à long terme. M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 12. 
3. [...] Le vieillissement accéléré des dirigeants de PME français altère le potentiel de croissance et d'innovation de leurs entreprises, selon un étude récente de la BPCE. M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 12. 
2. [...] L'économiste Patrick Artus [souligne] la mauvaise spécialisation de l'économie française, tournée [...] vers des niches technologiques très pointues (et qui plus est vieillissantes), comme le TGV, l'Airbus ou le nucléaire, qui ne suffisent pas à tirer le reste de l'économieM. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 11. 
1. Jean-Louis Chevet renchérit : "Victime des modes successives de la société post-industrielle, de la nouvelle économie, de l'entreprise sans usine, l'industrie n'a plus été considérée, depuis vingt-cinq ans, une priorité en France". M. CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 02/2012, p. 12.