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Philosophies obscurantistes...

[Pour] Justin Lin (ancien chef économiste à la la Banque mondiale) [...], les clés de l'ascension sociale [en Chine médiévale], symbolisée par l'accession à la haute bureaucratie, reposaient sur la maîtrise des philosophies classiques plutôt que sur les compétences scientifiques. A l'inverse, l'Occident, grâce à une classe d'aristocrates curieux, a investi dans les mathématiques et la démarche scientifique de l'expérimentation, permettant de généraliser le progrès technique à grande échelle.
Pierre JACQUET, Le Monde, 07/11/2013, p. 7.
Justin Lin, Demystifying the Chinese Economy, Cambridge UniversityPress.

Rengaine...

40 ans de politique économique, 40 ans d'échec selon certains... Il parait que c'est la crise mais n'avons-nous pas connu QUE la crise ? Comment expliquer tant de persévérance dans les mauvais choix ? Quelle marche a-t-on raté ?
Guillaume ERNER, Service Public, France Inter, 11/04/2013.

Lorsque l'animateur radio déplore la persistance d'un état de "crise", la "persévérance dans de mauvais choix", il semble considérer (comme l'écrasante majorité d'entre-nous) qu'il s'agit d'un état exceptionnel dégradé, dont nous devrions vite nous extraire pour enfin retourner dans un état normal de "prospérité". Lorsque l'on se penche sur la chronologie des calamités de l'histoire, on se demande, tout compte fait, si la "crise" n'est pas la règle... 

Dans la famille calamité, je demande la famine...
[...] Des séries de disettes commencent dans les années 1270 et culminent avec la "grande famine" qui ravage l'Europe de Nord-Ouest de 1314 à 1318 ; elles se renouvellent encore jusqu'à une autre année terrible, 1347, la seule où tout le continent est frappé. 
[...] La faim n'est certes pas une nouveauté à la fin du XIIIe siècle : elle a rodée a travers l'Europe tout au long de la phase de croissance économique et démographique entamée dès le VIIe siècle et qui s'achève alors. 
[...] Les famines persistent dans la seconde moitié du XIVe en dépit de l'hécatombe provoquée par la peste de 1348
[...] Les XVIIe et XVIIIe siècles [...ont également été le théâtre de] famines répétées et meurtrières, comme le "grand hiver" 1693-1694, qui a peut-être causé 1,5 millions de morts dans la France de Louis XIV. 
[...] Les famines disparaissent en Europe après le XVIIIe siècle, en dehors d'exceptions principalement dues à des guerres
[...] La dernière et la plus meurtrière des crises alimentaires européennes [...] frappe l'Irlande en 1846-1847 et se prolonge jusqu'en 1852 ; causée par la maladie de la pomme de terre, elle fait 1 millions de morts. 
[...] Mais ailleurs dans le monde, les famines ont été, au XXe siècle, plus meurtrières que jamais. En 1959-1961 la famine la plus gigantesque qu'ait subie l'humanité tuait entre 15 et 30 millions de chinois
[...] 5 ou 6 millions d'Ukrainiens et de Russes [périrent] en 1932
[...] Des années 1970 à aujourd'hui, les crises alimentaires ont continué de frapper une dizaine de pays africains et asiatiques [...]. Elles sont moins meurtrières que celles qui les ont précédées (pas plus de 100 000 à 200 000 décès à chaque fois).
François MENANT, L'Histoire, 01/2013, p.78.

Dans le dos...

La Chine a subordonné très nettement son financement des gouvernements européens au maintient d'un euro fort. Y'a eu un deal quelque part fin 2011, entre l'Allemagne, au nom de l'Europe, et la Chine, pour maintenir un euro fort contre le dollar [en contre-partie de ses participations aux achats de dettes de pays européens].
Antoine BRUNET, BFM, 27/12/2012.
Le Japon et la Chine ont tout intérêt à maintenir l'euro fort. En aidant la zone euro, ils cherchent à stabiliser une de leurs principales zones d'exportation [20 % du total des exportations de la Chine]. Le Figaro.fr.

Bien huilée...

Dans la série "Je vous explique la crise" : Emmanuel Todd...
[...] Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser, et les revenus, comme les importations, par s’effondrer [...]. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.
[...] Et puis, d'un autre côté, comme tout ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15 %, il y a une accumulation d'argent en haut de la structure sociale. [Or] les gens  riches ont leurs problèmes : que faire de leur argent ? Prêter à l’État ! C'est totalement génial. Puisque vous avez, ou vous croyez avoir, une sorte de garantie maximum. [...].  Emmanuel TODDBFM, 02/12/2011.

Les notes de l'Histoire...

Jacques Attali écoute la musique d'un pays, d'un peuple, d'une culture, pour en prédire son avenir...
Ce que j'ai essayé de montrer, c'est que la représentation en musique, le concert, apparaît à peu près 50 ans avant que se mette en place la représentation en politique. A des dates charnières, comme le passage du monde féodal au monde capitaliste, la représentation musicale a été annonciatrice de la représentation politique. Que le passage à la production en série a été dans la musique extrêmement annonciateur de ce qui allait se passer dans le reste de l'organisation sociale. Que l'orchestre et l'arrivée du chef d'orchestre a été très annonciateur d'un État fort. Le chef d'orchestre date de 1850 à peu près, à un moment où commence à être nécessaire un chef d'un État fort pour organiser la production. Bref, qu'à plusieurs moments dans l'histoire, on peut trouver une fonction de la musique comme le reflet de changements sociaux importants.
Jacques ATTALI, Antenne 2, Apostrophes, 11/09/1977.
Quand je regarde un pays, je m'intéresse à sa musique. Toujours la musique dit des choses intéressantes sur l'avenir. Elle a dit la mondialisation avant tout le monde, la musique est mondiale bien avant que tout le reste le soit. Elle a annoncé la gratuité, les technologies, puisque c'est apparu dans la musique avant d'apparaître ailleurs. 
Elle dit des choses étranges aujourd'hui. Elle dit que le monde s'occidentalise. Même si l'Occident décline, où que ce soit dans le monde, vous entendez de la musique occidentale. Mais en même temps elle dit qu'il y a des lieux du Sud qui se font entendre plus que d'autres. Elle dit que l'on entend le Brésil, depuis longtemps, et le Brésil est là. Elle dit qu'on n'entend pas la Chine. Et je pense que la Chine, si elle n'a pas une musique, et elle n'a pas de musique, c'est un des signes qui me font penser que la Chine n'a pas un grand avenir mondial.
Emmanuel Todd, autre grand amateur de prédictions, porte sur l'avenir de la Chine la même appréciation >>
Elle dit que l'Inde a un petit avenir en s'éveillant puisqu'il y a une musique indienne qu'on commence à entendre dans le monde. Et elle dit qu'un grand monde de l'avenir c'est l'Afrique. La seule musique qu'on entend sur la planète, c'est la musique africaine. Évidemment, la musique nous annonce, je crois, que le XXIe siècle sera Africain.
Jacques ATTALI, France 5, Empreintes, 07/12/2012.

Jacques Atalli limite ici sa réflexion à la musique classique et à l'histoire sur le long terme. Difficile de dire si le parallèle reste pertinent, mais il est tentant de s'interroger sur l'évolution récente de la musique et de ses interprètes.
La musique est devenu un produit de consommation de masse avec ses stars people. La France a connu un début d'expérience de présidence people en la personne de Nicolas Sarkozy.
Les stars émergent désormais d'Internet. A quand la politique et la démocratie exercées sur le Web

Croissance en sécurité...

La mondialisation touche aussi la protection sociale. Inde, Brésil, et autres "pays émergents" développent l'aide aux retraités et aux chômeurs. Le progrès spectaculaire est celui de l'assurance-santé en Chine : selon un rapport du Centre d'analyse stratégique, elle couvrait 24 % de la population en 2005, contre 94 % en 2010 ! [...] Les pays émergents ont intérêt à poursuivre la mise en place d'une "Sécu" efficace : une fois couverts, les ménages peuvent se passer d'une épargne de précaution élevée et dépensent plus, stimulant la croissance économique. Ainsi, peu à peu, nos industriels seront moins concurrencés par les entreprises chinoises, obligées de cotiser pour leurs salariés.

Attardée...

[...] Je reste extrêmement sceptique sur l'avenir glorieux de la Chine. [Ce pays] est en rattrapage, et le rattrapage n'est pas l'innovation. Or le système patrilinéaire [renforcé dans le cas de la Chine par l'avortement sélectif pour limiter le nombre de filles] n'est pas bon pour l'innovation. [...] Il n'est pas clair du tout que la Chine puisse définir l'avenir de l'humanité en termes de choix et de véritables inventions.
 Jacques Attali, avec d'autres indicateurs (plus artistiques !) arrive à la même conclusion >>
[...] Si je devais faire un pari concernant l'Asie, je parierais sur l'Indonésie
Même s'il s'agit pour les multinationales de trouver des coûts du travail plus faibles qu'en Chine désormais, peut-être leur arrivée donnent-elles raison à Emmanuel Todd...
Les multinationales étrangères s'installent en nombre dans l'archipel du Sud-Est asiatique, attirées par une main-d'oeuvre à bas prix, mais aussi par un marché riche de plus de 200 millions d'habitants. L'Express, 11/2012, p. 80.
Emmanuel TODD, Le Point, 09/2011, p. 82.

Lattées ou latines ?

Jonque chinoise sur la côte du Tonkin en mousson de Nord est.
Robert DUMONT DUPARC (1866-1930)
Pourquoi malgré plusieurs siècles d'échanges commerciaux et techniques entre la Chine et l'Occident, ces deux types de voiles différents ont-ils subsisté alors que d'autres techniques, comme le gouvernail d'étambot, la boussole ou les coques compartimentées, ont, elles, été copiées ou redécouvertes ?

Repères historiques...
Dès le XIIe siècle, les occidentaux décrivent le compas. Il est possible qu'il ait été importé de Chine par des commerçants arabes de la Route de la soie, mais rien ne l'atteste. Les arabes avaient déjà ramené de Chine le papier au VIIIe siècle. Il est bien connu que Marco Polo a "importé" la poudre à canon de Chine au XIIIe siècle. Il décrit les jonques qui ont alors à coup sûr des voiles à lattes. A partir du XVe siècle, les occidentaux, désormais eux-même équipés de gouvernails d'étambot, savent désormais gagner la Chine par la mer. La marine à voile a encore trois siècles devant elle pendant lesquels les occidentaux vont conserver leurs voiles "monobloc" (visiblement pas de terme technique définissant les voiles non lattées), et les chinois leurs voiles à lattes.
Voir les Annexes en fin d'article pour plus de repères historiques...

Repères techniques...
La structure des voiles lattées est en apparence plus complexe que celle des voiles "occidentales". Pourtant, lorsqu'on parcourt les sites et forum spécialisés, les avantages de ces voiles orientales semblent bien plus nombreux...
1. Cet agencement [en sorte de store à la vénitienne] qui peut paraître sans utilité, permet de diminuer ou d'augmenter la surface de la voile en fonction de la puissance du venthttp://www.tao-yin.com/beaux-arts/jonques_chinoises.htm.
En soit, ce n'est pas un argument. : les voiles "occidentales" peuvent en effet être équipées de ris, système permettant également de réduire la surface de la voile. Ceci dit, prendre un ris avec une voile lattée semble plus rapide... 
2. Les Chinois n'ont pas eu de mal à imaginer de réunir ces "bômes" [les tiges de bambous] par des écoutes multiples permettant de contrôler facilement la courbure de la chute et de prendre des ris en choquant la drisse et sans avoir à ligaturer des garcettes, ni même sans changer de cap ! http://jonquedeplaisance.net/fr/greement-jonque.html
Ce dernier argument rejoint ces avantages également relatifs à la prise au vent...
3. Quelle que soit l'origine du gréement longitudinal, les Chinois ont su en tirer la voile à lattes avec son écoute en patte d'oie, qui par sa rigidité résout si heureusement le problème de la marche "à la mauvaise main" (c'est-à-dire quand elle est au vent du mât) et permet de virer vent devant. [...] Loin de cette perfection, l'Occident (Arabes de l'Océan Indien et Méditerranéens) s'est contenté, dans cette voie, de retailler la voile carré pour en faire une voile arabe ou latine à antenne, ne pouvant virer que vent arrière et au prix d'un gambiage [sic ; "gabiage" semble être la bonne orthographe], soit pénible, soit long. [...] On conçoit l'émerveillement des navigateurs occidentaux devant ces voiles chinoises qui changent d'armure toutes seules, sur un simple coup de barre, sans faire perdre de route. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1952_num_46_1_5166, p. 273.
4. Ces lattes renforcent et raidissent la voile, mais permettent aussi de la rouler rapidement (comme un store) par vent fort ou en cas d'urgence. Brian LAVERY, Bateaux, 5000 ans d'histoire de la marine, Sélection du Reader's Digest, 2005, p. 62. 
5. [Les voiles de jonques] ont une forme sensiblement elliptique, très favorable du point de vue de l'aérodynamique. Cette disposition, qui leur permet de se plier toutes seules en accordéon lorsqu'on les affale, fait de la prise d'un ris l'opération la plus simple du monde. A l'inverse, la présence à bord de petits treuils de manœuvre en rend le hissage très aisé. http://www.mandragore2.net/dico/lexique2/lexique2.php?page=jonque 
L'argument de la solidité revient assez souvent...
5. Avec tous ces renforts, la toile n'est jamais lourdement sollicitée, en faisant une voile très fiable et durablehttp://www.mandragore2.net/jonques/jonques.php
6. L'assemblage nattes-bambou offre un réel avantage : le navire peut encore naviguer proprement même si sa voilure est réduite de moitié, soit par la déchirure, soit par la détérioration du mat ou des matériaux. Une voile occidentale ainsi abîmée n'est plus d'aucune utilité. De plus, les tringles de bambou maintiennent en permanence les voiles tendues, rendant celles-ci plus efficaces, aérodynamiquement parlant : une voilure trop enflée, qui "fait le sac", crée des turbulences d'air superflues. Encore aujourd'hui, les voiles des yachts de course ne semblent pas assez raidies et se gonflent parfois démesurément et inutilement. Il est sûr que la communauté des champions de voile auraient beaucoup à apprendre des anciennes techniques chinoises. Joseph NEEDHAM (université de Cambridge) http://www.tao-yin.com/beaux-arts/jonques_chinoises.htm
Et enfin, l'auteur suivant considère qu'elles permettent de faire l'économie des enfléchures...
7. [Elles] servent d'échelle pour grimper dans le gréement. Brian LAVERY, Bateaux, 5000 ans d'histoire de la marine, Sélection du Reader's Digest, 2005, p. 62.
Les défauts glanés, moins nombreux...
1. Les voiles lattées type jonque ou au tiers doivent être taillées plates pour que la courbure de la voile reste compatible avec le matériaux employé pour les lattes (bambou, bois, fibre de verre, carbone...) or le rendement des voiles plates est plus faiblehttp://www.nauticaltrek.com/comment-9039
Cet argument semble en contradiction avec l'avantage n°6.
2. Pèse plus lourdhttp://faq.frbateaux.net/Discussion583.html3. Raideur des lattes dans les petits airs. http://bordeaux-voiles.fr/bordeaux-voiles-accueil/voiles/les-grand-voiles/#grand voile semi-lattée
Explications
La seule explication trouvée sur le web...
[...] Dans l'antiquité les Chinois qui ont pourtant beaucoup inventé, ne disposaient pas de tissus solides pour faire des voiles, ou quelques fois aussi, l'utilisation de tissus était interdite par des maîtres de guerre locaux [...]. Il ne restait donc, au fond du jardin que des feuilles de latanier pas bien résistantes, mais aussi par chance des bambous qui installés intelligemment sur la voile, la renforce sérieusement. http://jonquedeplaisance.net/fr/greement-jonque.html
Annexes...

Pas cher...

L'économiste Bruno Frey a distingué deux catégories de biens qui rendent les gens heureux : les biens extrinsèques, et les biens intrinsèques. Les premiers sont ceux qu'on acquiert parce qu'ils vous donnent un statut, une grosse voiture, une résidence chic, qui vous permettent de gagner la lutte sociale du prestige. L'autre catégorie est formée des plaisirs plus silencieux, ceux que procurent une conversation avec des amis, un livre qui vous élève, l'amour de ses proches. 
[...] Mais le problème [...] est que les gens tendent à sous-estimer la satisfaction que leur offre les biens intrinsèques. 
[...] Les enquêtes sur le bonheur montre que celui-ci tend à baisser à partir de l'âge de 25 ans et jusqu'à 60 ans, mais qu'il recommence à croître ensuite, retrouvant progressivement les plus hauts niveaux de la jeunesse ! Une explication est sans doute que l'âge rend plus attentif au bonheur des biens intrinsèques... On peut donc augmenter le bonheur à moindre coût...
L'économiste Richard Easterlin, père des analyses économiques du bonheur, a étudié les indicateurs de satisfaction en Chine. Malgré une multiplication par quatre (!) du revenu moyen en vingt ans, les indices chinois de bien-être stagne en moyenne. Le tiers supérieur augmente certes, mais à proportion de la baisse du tiers inférieur, le tiers médian restant quasiment au même étiage qu'il y a vingt ans.

Terres pas si rares...

L'incident [un petit chalutier chinois arraisonné par des patrouilleurs japonais en mer de Chine orientale en septembre 2010] a été aussitôt suivi d'une guerre de communiqués, avec l'annonce, côté japonais, que la Chine avait, par rétorsion, décidé de bloquer ses exportations de terres rares vers l'archipel nippon, une information aussitôt démentie par Pékin.
Quoi qu'il en soit, c'est bien cette même année que la Chine, qui concentre actuellement 98 % de la production mondiale et 70 % de la consommation, a brusquement abaissé ses quotas d'exportation. Et pas qu'un peu : de 50 140 tonnes en 2009 à 30 258 en 2010. [...] Entre mi-2010 et mi-2012, l'indice des prix des terres rares a été multiplié... par 20.
[...] L'objectif de la Chine est clairement d'éliminer ses concurrents et d'assurer sa suprématie le plus rapidement possible. [Cependant] la Chine ne dispose "que" de la moitié des réserves mondiales connues. La Russie et les Etats-Unis ont des ressources gigantesques, et les gisements australiens sont également importants. Mais il était beaucoup plus commode pour les pays riches de s'approvisionner en Chine que de produire chez eux. Non seulement la Chine leur fournissait une production à des prix imbattables, dont ils ont largement profité, mais elle assumait les redoutables impacts écologiques de cette production.
Antoine DE RAVIGNAN, Alternatives Economiques, 06/2012, p. 44.

Court-termisme démocratique...

Le modèle autoritaire permet en outre à la Chine d'avoir une stratégie à long terme, puisqu'elle est imposée et n'a pas à subir les changements de trajectoire imposés, en Occident, par les alternances démocratiques.
Jean-Michel QUATREPOINT, We Demain, L'occident n'invente plus rien, n°1, p. 42.

Sous les pavés chinois...

L'inflation des prix de [la viande de porc], essentielle à la cuisine chinoise, a toujours inquiété les autorités chinoises. Elles n'ont pas oublié qu'il y'a 20 ans, une crise du porc avait déjà provoqué des troubles sociaux, et conduit aux manifestations de la place Tian'anmen.
Arte, Vers un crash alimentaire, 26/06/2012.
Rappelons qu'à l'origine des émeutes de Tian'anmen, il y avait éventuellement désir de liberté ; il y avait surtout une population rudement éprouvée par une inflation à 20 %.
Edouard TETREAU (2011), Quand le dollar nous tue. Grasset, p. 35.

Un dernier verre ?

Sous la plaine de Chine du nord, il existe deux aquifères. L'aquifère dit peu profond, qui est un aquifère qui se renouvelle avec l'eau des pluies, et l'aquifère profond, qui est principalement un aquifère fossile, qui ne se renouvelle pas. Les chinois ont déjà presque épuisé la nappe peu profonde, et sont maintenant en train de pomper l'eau de la nappe profonde. Mais quand elle sera épuisée, la quantité d'eau disponible en Chine pour l'irrigation va brusquement chuter. Hors, quand ça se produira, et nous y sommes presque, la Chine sera obligée de se tourner vers le reste du monde pour importer de grandes quantité de céréales.
Arte, Vers un crash alimentaire, 26/06/2012.

Bombe immobilière...

La bulle immobilière est en train d'exploser en Chine. En Espagne, [elle a conduit] Zapatero à démissionner, en Chine, la réponse du gouvernement n'est pas "on change le modèle social", "on fait des élections", c'est "on double le budget militaire d'ici 3 ans"...
France Inter, 3D le journal, 15/04/2012.

Esclavagisme...

Quand une industrie est mise en péril par la concurrence chinoise permise par du travail quasi-esclavagiste, il faut des mesures de protection temporaires. Du protectionnisme  temporaire, il y'en a plein dans le monde, aux Etats-Unis, en Chine.
Edgar MORINFrance 5, 2012, les grandes questions, 14/10/2011.

Contre-pied...

Où comment Emmanuel Todd affirme que les Européens sont plus "primitifs" que les peuples moyen-orientaux, chinois ou indien...
Ce qui sort comme vision globale de l'humanité, c'est qu'au départ les sociétés primitives, de chasseurs-cueilleurs, ont un système familial nucléaire (un père, une mère et des enfants [...]) associé par des liens de parenté horizontaux (frère/soeur, beau-frère/belle-soeur) à d'autres familles nucléaires, sur le mode de "bandes locales". [...] On voit apparaître toutes sortes d'inventions et d'innovations : l'agriculture, l'écriture, la ville, l'État , bref, la civilisation. Et des innovations, aussi, dans le domaine familial, vers des formes plus complexes et plus lourdes [...] d'abord avec l'apparition de la famille souche avec primogéniture masculine (l'aîné des garçons hérite de l'essentiel des biens de la famille, mais on laisse encore succéder des filles s'il n'y a pas de garçons), ensuite avec la famille communautaire pleinement patrilinéaire (là il n'est plus question que les filles succèdent) et, à partir de là, [...] une dynamique interne enclenche un abaissement continu du statut de la femme. [...] Il faut bien admettre que, sans féminisme exagéré, le potentiel d'éducation des enfants régresse lorsque les mères sont infantilisées. [...] Le principe patrilinéaire, puis son accentuation, paralyse donc peu à peu ces sociétés. C'est pourquoi l'Histoire nous montre l'arrêt de la civilisation moyen-orientale, de la civilisation chinoise, de la civilisation indienne
[...] L'Occident, qui n'a inventé ni l'agriculture, ni la ville, ni l'écriture, ni l'État , va recevoir toutes ces innovations par diffusion. Tout en échappant au système patrilinéaire et en gardant donc son dynamisme primitif, qui est en fait le dynamisme des hommes des cavernes. Des gens comme Max Weber, par exemple, cherchaient à expliquer le mystère du décollage de l'Occident, mais il n'y a pas de mystère de l'Occident ! Le vrai mystère, c'est celui de ces sociétés centrales qui ont tout inventé et qui se sont paralysées en adoptant un système patrilinéaire. 
[...] Si nous cessons de considérer a priori les Européens comme "modernes", afin de les traiter semblablement à n'importe quel groupe humain, force est alors de constater que leur famille nucléaire se retrouve chez les plus "primitifs" des peuples de la Terre.
Emmanuel TODD (Extraits), Le Point, 09/2011, p. 82.