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Faites des drôles...

La conscience est une anomalie de la nature. Darwin déjà était perplexe devant cette sentinelle de la morale dont s'accommode mal la théorie de l'évolution. 
La morale s'intègre très bien aux théories darwiniennes. [...] Mais la conscience morale [...] punit souvent et récompense rarement [...] . Elle induit de la honte, de la culpabilité et elle mine l'estime de soi. 
[...] Le sociobiologiste Eckart Voland [en collaboration avec son épouse chercheuse en psychologie] propose une hypothèse nouvelle pour résoudre cet apparent paradoxe. 
[... Pour eux], la clé est à rechercher dans la [...] relation parents-enfants. [...] Homo sapiens a emprunté un chemin évolutif très particulier, celui de la communauté coopérative de reproduction. Cela signifie que l'on s'occupe ensemble de la progéniture du groupe. Or, les enfants engendrent des soucis, et, à l'en croire, diminuent l'épanouissement personnel. Pour qu'ils deviennent un investissement rentable, il faut les contraindre à aider leurs géniteurs plus tard, quand cela ne leur sera plus (à eux, les enfants) d'aucune utilité. C'est là que la conscience morale entre en scène : elle est l'arme fatale avec laquelle les parents maintiennent leurs enfants dans une dépendance éthique vis-à-vis d'eux et les obligent à les aider sans compensation. 
[...] Ne bénéficie de protection que celui dont on suppose qu'il pourra la rendre plus tard.
Eckart et Renate VOLAND, Evolution des Gewissens, Hirzel Vergal, 2014.
Books, 01/2015, page 103.

Gynécène...

Sous la surface du statut de la femme dans l'histoire : la révolution civilisationnelle en cours...
[...] Cela fait longtemps que les filles réussissent mieux que les garçons les épreuves du baccalauréat et la majorité des étudiants sont désormais des étudiantes. Une fois diplômées, elles ont aussi davantage de chances qu'eux de trouver un travail et deviennent de plus en plus souvent le soutien de famille
[... Il s'agit certainement] de la plus grande révolution sociale de notre temps. 
[... Dans] une étude menée dans cinq pays par le spécialiste James Flynn, le QI des filles de 14 à 18 ans est légèrement supérieur à celui des garçons dans quatre pays sur cinq. 
[...] D'ici une génération, les Britanniques ne s’inquiéteront plus du manque de femmes à la direction des entreprises nationales. 
[...] Dans tous les pays riches, il y a désormais plus de femmes qui épousent un homme de niveau d'instruction inférieur que l'inverse (28 % contre 19 % aux Etats-Unis en 2007). [...] Au Japon et en Corée, [...] certains hommes recherchent une femme originaire d'une culture garantissant tranquillité et soumission. [...] Le démographe espagnol Albert Esteve, note pour sa part que bien des hommes de son pays préfèrent désormais épouser une immigrée d'Amérique latine ou d'Europe de l'Est : "Pour eux, les Colombiennes sont les Espagnoles d'il y a cinquante ans." 
[...] Le hook-up est une approche [...] directe, consistant à "ferrer" quelqu'un sexuellement, généralement le temps d'une soirée [...] qui s'est répandu comme un trainé de poudre dans les universités américaines. Il a été initié par les garçons, mais l'avantage est aujourd'hui nettement du côté des filles estime Hanna Rosin. [...] Les sociologues notent que, pour les filles issues de petites villes conservatrices, la découverte de la culture du hook-up est l'occasion d'une rupture au profit d'une vie sociale plus excitante, marquée par une vraie possibilité de carrière et un mariage retardé de dix ou quinze ans.
Dans le même temps...
Sur les campus du pays [Etats-Unis], une femme sur quatre sera violée ou agressée sexuellement avant la fin de ses études, selon un rapport de la justice américaine datant de 2010. Certaines facs font tout pour éviter que les victimes ne portent plainte. Cela donnerait une mauvaise image de l'université. Canal +, L'effet papillon, 06/2013.
[...] Le déclin de la discrimination scolaire et le développement de l'instruction au plus jeune âge permettent aux filles de récolter les fruits de leur maturité plus précoce, de leurs compétences verbales et de leur capacité de concentration
[...] Comme le montrent les économistes, les jeunes filles ont rapidement repensé leur avenir dès la généralisation de la pilule. Leurs carrières étant moins sujettes à interruption par les grossesses imprévues, elles ont commencé d'investir dans les études et la formation. Leurs parents aussi. Au printemps 2012, un important groupe de recherche américain [Pew Research Center] révélait que les jeunes femmes attachent désormais plus d'importance que les jeunes hommes à la perspective d'une carrière à hauts revenus
[...] Une étude savante fondée sur des statistiques danoises révèle que les hommes moins bien rémunérés que leur compagne sont plus susceptibles que les autres de suivre un traitement pour troubles de l'érection
[...] Les données américaines montrent que, en 2010, les femmes non mariées et sans enfants âgées de 22 à 30 ans gagnaient autant que leurs homologues masculins au sein de la population "blanche" et un peu plus au sein de la population "latino". Pour cette catégorie, l'écart habituellement observé entre la rémunération des hommes et celle des femmes a disparu. [...] Les Irlandaises sans enfants, quant à elles, sont payées 17 % de plus, en moyenne, que les Irlandais sans enfants. [...] Et, au Brésil, près d'une femme sur trois gagne davantage que son mari, nous apprend The Economist
[...] Nos contemporaines [...] renouent avec ce rôle originel de cosoutien de famille [cueillette à la Préhistoire]. L'université est faite pour le cerveau féminin. Car enfin, qu'y fait-on ? On s'y assoit. On y lit. On y écrit et on y parle. Helen FISHER, Bio-anthropologue.
Lyza MUNDI, The Spectator, 07/2012. Books, 06/2013, p. 25.

[...] Selon presque tous les critères, les garçons dans l'ensemble du pays [Etats-Unis], quel que soit le groupe démographique, sont en train de décrocher. Dans le primaire, ils ont deux fois plus de risques de se voir diagnostiquer des troubles de l'apprentissage que les filles, et deux fois plus de probabilités d'être placés dans des classes d'éducation spéciale
[...] Selon une étude de l'université du Michigan, le pourcentage des garçons disant n'avoir pas aimé l'école a augmenté de 71 % entre 1980 et 2001 [En France, 38 % des garçons disent s'ennuyer à l'école, contre 29 % des filles]. Mais c'est à l'université que l'évolution est la plus manifeste. Dans le premier cycle il y avait, voilà trente ans, 58 % de jeunes hommes ; ils sont désormais en minorité à 43 % en 2010. 
[...] Des universitaires, notamment Christine Hoff Sommers, de l'American Enterprise Institute, imputent la responsabilité du décrochage des garçons au dévoiement du féminisme. Dans les années 1990, [...] alors que les filles progressaient clairement et régulièrement vers la parité à l'école, les enseignantes féministes continuaient à les juger défavorisées et leur prodiguaient un maximum de soutien et d'attention. De leur côté, les garçons, dont les performances avaient déjà commencé de péricliter, étaient abandonnés à leur sort, et on laissa leurs difficultés s'aggraver. 
La première explication qui a été invoquée, c'est la féminisation massive du corps enseignant. L'instruction dispensée à l'école est identifiée aux rôles féminins. La culture, avec ses objets électifs que sont la lecture, le goût du langage châtié, c'est une affaire de filles, de "meufs", de "pédés". Elle est rejetée par les garçons. Ils se réfugient dans le repli, la contestation, la mise en cause du bon élève, du "bouffon"
[...] Je ne suis pas sûr que les garçons soient intrinsèquement déstabilisés par la concurrence de filles. En revanche, ils doivent forcément ressentir que les valeurs qui comptent au sein de la société actuelle sont des valeurs associées aux femmes : le rôle maternel, le soin, la sollicitude. D'où la tentation de se réfugier dans ces châteaux forts que sont l'informatique, le fric ou encore les spectacles sportifs, hauts lieux de la masculinité encore et toujours triomphante.
Marcel GAUCHET, philosophe et historien, Books, 06/2013, p. 35.

[...] En même temps, le nombre d'élèves par professeur a augmenté, la part dévolue à l'éducation physique et aux sports a diminué, et les récréations longues ne sont plus qu'un lointain souvenir. Ces nouvelles contraintes réduisent les points forts et accentuent les points faibles de ce que les psychologues appellent désormais le "cerveau de garçon", ce comportement agité, brouillon, très agaçant mais parfois brillant, dont les scientifiques pensent qu'il est non pas acquis mais inné
[... En réalité] le sujet [...] divise les chercheurs. Il n'en reste pas moins que nombre d'arguments plaident en faveur d'une plus grande fragilité du cerveau masculin : [...] troubles liés à l'autisme près de cinq fois plus fréquents chez les garçons, prévalence des troubles de l'anxiété 50 % plus élevée, 80 % des bègues sont de sexe masculin, deux fois plus sujets que les femmes aux maladies mentales graves et se suicident près de trois fois plus. De nombreux troubles psychiatriques sont liés au chromosome X ; [...] l'existence d'un deuxième X chez la femme, exerce peut-être un effet compensateur. 
[...] Presque tous les parents le savent, la plupart des gamines de 5 ans s'expriment mieux et savent reconnaître plus de mots. Les garçons ont une meilleure coordination visuomotrice, mais leurs gestes sont moins précis et certains peinent à contrôler le crayon ou le pinceau.
Voir des arguments relativisant ces capacités visuo-spatiales en faveur des hommes >> 
[...] Il y a trente ans, les féministes faisaient valoir que le comportement "masculin" classique était socialement déterminé ; aujourd'hui, les scientifiques pensent au contraire qu'il résulte de la différentiation chimique du cerveau mâle. [...] Les filles dont la mère a eu un haut niveau de testostérone durant la grossesse sont plus enclines à jouer avec des camions qu'avec des poupées. 
[...] Les primates préfèrent s'affronter les uns les autres plutôt que de paraître faibles. Selon les psychologues, c'est exactement le même impératif, dicté par l'évolution, qui pénalise les garçons au collège, et empêche les gamins en échec d'admettre avoir besoin d'aide.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les jeux vidéo ont une telle emprise sur [les garçons] : il y a constamment de l'action, chacun peut choisir son niveau de défi, et quand on perd, c'est à l'abri des regards. 
[...] Confrontés à des images de personnes en pleurs, les filles [de 11 à 18 ans] activent la partie droite du cortex préfontal, comme les adultes. Chez les adolescents mâles, [...] ce sont les deux côtés du cortex qui sont utilisés, ce qui témoigne d'une moindre maturité cérébrale. Le traitement de l'information est en outre plus rapide chez les adolescentes. 
[...] A travers l'Amérique, des pédagogues sont en train de ressusciter une vieille idée : séparer les garçons des filles [comme au collège Roncalli de Pueblo, dans le Colorado]. [...] Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais [dans cet établissement] les premiers signes sont encourageants : les plus timides des adolescents s'impliquent beaucoup plus. 
[...] L'un des indicateurs qui permet le mieux de prédire si un garçon réussira ou non au lycée tient en une seule question : y'a-t-il dans sa vie un homme qui puisse lui servir de modèle ? Trop souvent, la réponse est non. [...] 24 % des enfants américains de moins de 18 ans vivent avec leur mère seule. En France, c'est le cas de 17,7 % des "enfants" de moins de 25 ans. 
[... Dans] la Eagle Academy for Young Men de New York [...] presque chaque adolescent a un mentor, un policier, un avocat ou un chef d'entreprise issu du quartier, le South Bronx. L'impact de ce programme a été "abyssal" [selon David Banks son directeur].
Peg TYRE, Newsweek, 01/2006.
Books, 06/2013, p. 30.

Super Trader...

[...] Et si la crise financière s'expliquait aussi par une overdose de jeu vidéo chez les traders ? C'est l'une des thèses de la célèbre neurologue Susan Greenfield, qui, depuis 2009, mène sa croisade contre l'omniprésence des écran dans le monde de l'enfance. Selon elle, les jeunes loups de la City, cyniques et insouciants, auraient perdu tout sens des réalités en consommant dans l'enfance trop de jeux vidéo.

Les moissons de la fac...

Le secteur des universités aux États-Unis, donne des activités et des distractions à beaucoup de ceux qui, s'ils étaient en Europe, passeraient leur fin d'adolescence dans les rangs des jeunes sans emploi. Le jeune Américain moissonne ainsi les bénéfices psychologiques de l'oisiveté légitimée et des rituels de succès qu'assurent les universités de premier et second cycles à cette époque de la vie. En général, il en sort en se sentant reconnu et non déprimé. Comme solution au chômage des jeunes, le système des universités américaines doit être compté au nombre des grands triomphes de l'imagination humaine, ou peut être du hasard aveugle.

Entrer... sortir... entrer... sortir...

Pascal Dibie, auteur d'une Ethnologie de la porte, raconte comment les portes, alcôves et autres serrures en révèlent plus sur les hommes qu'on ne pourrait s'y attendre...
On s'est rendu compte, par exemple, que pour le blindage des portes, plus vous aviez de diplômes, moins votre porte était blindée.
Causalité ou corrélation ? Lorsque l'on a plus de diplômes, a priori, l'on dispose d'un meilleur niveau de vie, donc d'un logement équipé et meublé avec plus de moyens, donc qui requiert une meilleure protection. N'est-ce pas, en réalité, que les diplômés peuvent se permettre des portes moins souvent blindées parce qu'ils ont les moyens d'investir dans des alarmes ? Ou surtout parce qu'ils ont les moyens de se loger dans des quartiers ou des immeubles mieux "sécurisés" ?
[...] Les dogons disent qu'une serrure sert non pas à fermer mais à ouvrir. [...] En français, l'idée d'ouverture apparaît en 1080, mais il a fallu attendre un siècle, 1180, pour qu'apparaisse la fermeture. [...] On peut se poser pleins de questions : sociétés ouvertes ? Sociétés fermées ? Est-ce un développement urbain ? Est-ce que de grandes peurs apparaissent ? 
[...] Il a fallu attendre le XVe siècle pour qu'une serrure puisse se fermer de l'intérieur (sic)[l'auteur se trompe ici, il veut dire "extérieur", comme ça se confirme ci-après...]. Jusque-là, les serrures ne servaient qu'à ouvrir. [...] C'est-à-dire qu'à l'intérieur on se barricadait  [au sens littéral, donc puisque la serrure n'existe pas] quand on se couchait. Sinon la porte était ouverte toute la journée. Il faut se rendre compte que dans ces sociétés traditionnelles, il y avait toujours du monde dans la maison. Et il a fallu donc l'urbanisation pour qu'on ait besoin de plus en plus de rentrer et de sortir, et on voit apparaître, donc au XIVe-XVe siècle, une serrure qui ferme de l'extérieur, et enfin de l'intérieur. Si vous voulez des preuves, vous allez aux Arts déco où il y a une chambre du XIVe siècle : ils se sont trompé, ils ont mis la porte à l'envers. Ils ont mis la serrure à l'intérieur, ils auraient dû la mettre à l'extérieur. 
L'Arc de Triomphe ne servait pas tant à glorifier l'homme qui passait dessous qu'à le décharger. Et quand César, après ses triomphes, passait l'Arc de Triomphe, une porte au forum, un esclave lui sussurait à l'oreille "N'oublie pas que tu n'es pas un Dieu". 
Le fornix, ce sont les premiers arcs voûtés en maçonnerie, et qui ont été au départ les premiers passages qui permettaient d'honorer un visiteur dans Rome. Et puis finalement, cela a été repris par l'ensemble des habitants comme une habitude pour consolider les maisons les unes contre les autres : entre chaque maison, on mettait une voûte. Et puis certaines dames s'y sont mis à l'abris, et du soleil et de la pluie. Et puis l'on a pensé que sous les fornix, c'était des forniqueuses, et un peu plus loin on a mis des maisons que l'on a appelé maisons de fornication. Et voilà comment une histoire maçonnique se déplace vers une histoire érotique.
Pascal DIBIE, France Inter, 3D le Journal, 30/12/2012.

Amour aveugle...

Ce qu'une maman peut faire pour son enfant aveugle peut s'exprimer simplement : lui donner naissance une seconde fois. C'est ce que la mienne fit pour moi. Mon seul travail à moi, était de m'abandonner à elle, de croire ce qu'elle croyait, de me servir de ses yeux chaque fois que les miens me manquaient. A la compétence, elle a ajouté l'amour, et l'on sait bien que cet amour là dissout les obstacles mieux que le feraient toutes les sciences. [...] La cécité est un obstacle, mais ne devient une misère que si l'on y ajoute la sottise. [...] Il existe pour un enfant aveugle une menace plus grande que toutes les plaies, et bosses, que toutes les égratignures et que la plupart des coups, c'est l'isolement à l'intérieur de lui-même. Pour éviter cette tragédie, il suffit, je le répète, que les voyants ne s'imaginent pas que leur manière de connaître l'univers est la seule.
Jacques LUSSEYRAN (1953), Et la lumière fut. La table ronde.
Cité par Jean-Claude AMAISEN, France Inter, Sur les épaules de Darwin, 24/11/2012. 

IPad ou Lego ?

[...] Une révolution à l'échelle de l'humanité. Plus rien ne sera comme avant. Nous avons devant nous de véritables mutantsBoris CYRULNIK.
[...] Les révolutions technologiques ont toujours suscité des angoisses. Jadis, Socrate s'inquiétait des ravages de l'écriture sur la mémoire des peuples.
[...] Nicholas Carr [...] prédit même, après un siècle de progression de l'intelligence, le fameux effet Flynn, une baisse du Q.I. Elle serait, selon lui, déjà observé en Grande-Bretagne et en Norvège, deux pays convertis précocement à internet et aux smartphones.
[...] De nombreuses études menées sur les violonistes ou les pianistes démontrent que l'outil qu'on utilise imprime l'organe de la pensée.
[...] Avec l'écran [...] ce sont plutôt les régions postérieures du cerveau, les parties visuelles, sensorielles, l'intelligence élémentaire, qui sont activées. On sollicite moins, ou trop rapidement, le cortex préfontal, la partie la plus noble, qu'on appelle parfois l'organe de la civilisation, siège de la synthèse personnelle, du recul, de l'abstraction. Olivier HOUDE (directeur au CNRS du laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Education de l'enfant).
[...] Des études ont montré que certains programmes éducatifs peuvent accélérer l'apprentissage de la lecture, que des jeux vidéo améliorent même l'attention sélective et la capacité de contrôle. A condition de savoir les consommer avec modération.
[...] L'enfant shooté aux écrans est [...] forcément moins incité à faire travailler son corps et son imaginaire, à produire ses propres images mentales, pour se faire plaisir, supporter des périodes de souffrance et de frustrationRoland JOUVENT.(professeur de psychiatrie). 
[... Les enfants] n'ont plus la notion de jouer pour de faux. Or, plus on fait semblant, moins on se lâche pour de vrai, d'où peut-être la violence que l'on rencontre aujourd'hui dans les cours de récré. [...] Si un enfant n'apprend pas à jouer, il est amputé de la capacité d'imaginer, de développer son sens de l'humour, ce qui le prive d'un moyen puissant d'éviter la dépression. Serge TISSERON (pédopsychiatre). 
[...] Le suivi de 3 300 familles [dans l'étude publiée par Zimmerman et Christaki en 1997] a permis d'établir qu'une consommation excessive [de télévision] peut altérer la formation de synapses et perturber les apprentissages. 
[...] A l'école, les enseignants trouvent des élèves plus curieux mais plus zappeurs. Leur difficulté à se concentrer est démontrée...
[...] En 1934, un gamin restait concentré en moyenne quinze minutes ; aujourd'hui, il se cantonne à cinq minutes. Mais il en fait presque autant qu'un petit d'avant guerre en dix minutes. Philippe MERIEU (spécialiste des sciences de l'éducation).
[...] Aujourd'hui, on n'a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre. Nous pouvons nous concentrer sur l'intelligence inventiveMichel SERRES (philosophe).
[...] Internet donne [aux enfants des classes les moins favorisées] l'illusion d'un savoir et les empêche souvent de raisonner par eux-même. Une professeure de philosophie d'un lycée parisien.
[...] Dans le développement de l'intelligence, il existe un moment essentiel : l'inhibition, c'est-à-dire la faculté de bloquer des informations non pertinentes, de sélectionner ce qu'il nous faut, savoir faire le vide. Aujourd'hui, pour nous tous et pour les enfants en particulier, c'est très difficile, face aux tonnes d'informations qui nous inondent. Le cerveau, surchargé, risque un burn-outOlivier HOUDE (directeur au CNRS du laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Education de l'enfant).
[...] Un enfant passe plus d'un tiers de son temps libre devant un écran. Marie-France LE HEUZEY (pédopsychiatre)

Graines de barbares...

Vous voyez ces jeunes gens qui marchent avec leurs casques sur les oreilles. Je les appelle à la fin du livre "les nouveaux barbares". Pas dans le sens péjoratif, mais dans le sens où ils parlent un autre langage. Ils ne sont pas comme toutes les jeunes générations qui contestaient les valeurs du père ou du grand-père, mais en en les connaissant. Et qui, à la fin, acceptaient une moitié de ses valeurs, et ainsi l'évolution continuait? Non, les "barbares" actuels les refusent, mais sans les connaître. Ils parlent un autre langage et ils commencent à zéro. Donc nous ne savons pas quelle sera la civilisation future. C'est une énigme.
Eugenio SCALFARI, Le Nouvel observateur, 10/2012, p. 134.

Open-bar...

Surtout, ne jamais croiser leur regard. Sinon, ils pensent que c'est "open-bar", conseille Agnès, 22 ans, étudiante en graphisme. 
[...] C'est une clameur qui monte du Web, le débat qui anime les dîners en terrasse : les femmes seraient harcelées dans la rue. 
[...] Le sentiment diffus que la drague est plus agressive
[...] Pas le regard de la séduction ; celui qui te déshabille et instaure un rapport de force, qui dit à la fois : "Je te désire et je te méprise". 
[...] Longtemps, les femmes ont subi sans en parler. Mais, depuis environ dix ans, les hommes ne s'autorisent plus ce qu'ils s'autorisaient auparavant et elles protestent désormais contre les comportements qui perdurent, analyse le sociologue Daniel Welzer-Lang [...]. Or il existe des poches de résistance car certains hommes se sentent mal face aux revendications féminines. Il ne leur reste que l'agressivité pour se prouver qu'ils sont des hommes. C'est une parade, un rituel entre eux. 
En Lettonie, ce sont les femmes qui sont sexuellement agressives [...]. Mon cousin y a vécu six mois, il a trouvé ça déplaisant ! Le problème, c'est d'être obligé de subir.
Cécile DEFFONTAINE, Le Nouvel Observateur, 09/2012, p.78.

La mauvaise éducation...

Je demande aux nostalgiques de ne pas oublier que cette école du passé [école autoritaire] n'était pas incompatible avec la production de petits et de grands fascistes. Pensez au film Le Ruban blanc, de Haneke : les enfants sont sages à l'école mais deviennent des sales types en dehors. Être discipliné à l'école n'interdit pas qu'on commette les pires abominations ailleurs.
Ruwen OGIEN, Le nouvel Observateur, 09/2012, p. 106.

Succès sans faille...

Il y a un site sur deux sur internet qui est pornographique. 4 millions de sites web pornographiques avec 400 millions de pages. L'âge moyen du premier contact avec le porno est de 11 ans. 90 % des enfants entre 8 et 16 ans ont vu de la pornographie en ligne en faisant leurs devoirs. Chaque seconde, paraît-il, il y aurait 30 000 personnes qui se connectent sur un site porno.
Nancy HUSTON, Emmanuel KHERAD, France Inter, La librairie francophone, 08/09/2012.

Sur-investissement ?

Mais ce qui, par-dessus tout, représente la durée, ce sont les enfants. "Vivre à deux" et avoir des enfants sont désormais deux projets distincts : l'un ne donne plus le sens de l'autre, l'un est "pour la vie", l'autre est plus précaire. C'est pourquoi les enfants sont tant investis, les parents mettant en eux toutes leurs attentes de durée.
Irène THERY, Philosophie magazine, 07-08/2012, p. 51.

Parler c'est soigner...

On sait maintenant que la solitude est une altération cérébrale. Trois semaines de privation de parole, provoque un début d'atrophie temporale droite. [...] On voit le "trou" sans difficulté. Donc être ensemble, c'est se stimuler mutuellement. La parole a une fonction bien plus affective qu'informative.
Une étude se penche sur ces altérations neuronales engendrées par l'isolement, ici >>
[...] Quand un enfant est isolé très tôt, avant la parole, dans les premiers mois de sa vie, il est beaucoup plus difficile de déclencher un processus de résilience que quand il est isolé après seulement que sa mère ou le substitut maternel (le père, une institution) a pu inscrire dans l'enfant une confiance primitive. Biologiquement, le cerveau est sculpté par le milieu. La neurobiologie montre comment parler à un bébé, c'est transformer son lobe temporal gauche en lobe de la parole, la zone du langage. Il faut 20 mois pour qu'un bébé se mette à parler : 17 mois chez les filles, 22 mois chez les garçons...
Les politiciens doivent prendre conscience, comme l'ont fait les finlandais et les pays d'Europe du nord, que les premiers mois [après la naissance], les mères doivent être tranquilles, et qu'il doit y avoir une stabilité affective : le père, la famille, le groupe, le quartier doivent y participer. Les finlandais ayant compris ça, ont appliqué les décisions politiques et sont passées maintenant à 1 % d'illétrés chez leurs enfants à l'adolescence et ont diminué de 40 % le taux des suicides en moins de 10 ans.
Boris CYRULNIK, France Inter, La tête au carré, 28/05/2012.

La fin des ca...Q.I...ètes...

Les résultats des pays scandinaves montrent que le Q.I. a atteint un pic, voire est en léger déclin. [...] Plusieurs pays avancés, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, montrent toujours une progression forte. James FLYNN (professeur émérite à l'université d'Otago, Nouvelle-Zélande). 
Pour autant, certains signent indiquent que ce plafonnement est une tendance lourde.
[...En France, par exemple], les scores de Q.I. ont, entre les années 1980 et 2000, comme ailleurs dans le monde, évolué à la hausse... mais à un rythme déclinant.
Pendant qu'un indicateur clé de l'intelligence (les scores de Q.I. total) flanche dans deux pays de l'OCDE, trois indicateurs d'une intelligence plus scolaire [le Pisa] sont en panne de progrès chez tous ses pays membres. 
[Certains pointent] les nouvelles technologies de l'information [...] qui se sont immiscées dans nos vies. 
[...] Des chercheurs de l'université Columbia, à New York, ont par exemple montré que l'accès à internet nous pousse à moins mémoriser l'information en elle-même que le chemin qui y mène. Une "mémoire transitive" qui pourrait, en devenant le mode de traitement privilégié de l'information, dégrader les scores à certains tests d'intelligence. 
[...] Joe Sundet et Thomas Teasdale privilégient un facteur éducatif : les cursus scolaires en mathématiques ont évolué au fil des années [et] le nombre d'individus poursuivant des études supérieures [a reculé au profit] des filières plus courtes
Linda Gottfredson [parle quant à elle] d'un "budget métabolique" que les progrès de l'agroalimentaire et de la médecine dans les pays développés auraient si bien pourvu qu'il nivellerait désormais l'intelligence par le haut. Bien nourris et bien soignés, les cerveaux scandinaves donneraient dorénavant le meilleur d'eux-même [...]. 
Le monde est surtout compliqué quand on ne le comprend pas. Le ressort essentiel de l'intelligence n'est pas la performance chronométrée telle que la mesure les tests psychométriques, mais sa capacité de conceptualisation. [...] Nous avions le même cerveau au XVIIIe siècle, et pourtant les élèves de quatrième sont aujourd'hui à l'aise avec des notions qui ont dérouté les contemporains de Descartes pendant près d'un siècle. L'intelligence requalifie sans cesse le complexe en simple. Aussi, je doute que ses limites soient proches d'être atteintes. Joël BRADMETZ (du département de psychologie de l'université de Reims).
[...] Pour Andy Clark, professeur de logique et métaphysique à l'université d'Edimbourg, c'est justement l'interaction féconde entre les technologies de l'information et notre cerveau qui constituerait le meilleur ressort de l'intelligence. Son argument ? Le fait qu'un aperçu en haute définition de ce qui se trouve devant nos yeux par une zone très étroite de la rétine (la fovéa) suffit à notre cerveau pour reconstruire une scène globale, en ne retenant des "mini-scènes" obtenues à chaque saccade des yeux que ce qui est utile.
François LASSAGNE, Science & Vie, 04/2012, p. 53.

La réflexion se poursuit, plus particulièrement au sujet de l'éducation des enfants >>

Après la démocratie - Emmanuel Todd

Emmanuel Todd nous dévoile ce qui se cache sous la surface de l'Histoire, et en déduit l'avenir proche de la démocratie en France tout particulièrement...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Aujourd'hui, en l'absence de sécurité métaphysique [de religion], il nous reste du moins la Sécurité sociale, et un certain confort de l'existence qui permet à la majorité des hommes et des femmes de profiter raisonnablement de cette vie dénuée de sens. Page 41. 
2. La désislamisation s'avance masquée, parce qu'elle entraîne dans un premier temps, une dernière réaffirmation de la croyance religieuse ébranlée par la modernité. […] L’Iran, avec deux enfants par femme semble beaucoup plus menacé par la désislamisation que par l'islamisme. Page 44. 
3. A partir de la Réforme, la diffusion progressive de la capacité à lire et à écrire a entraîné l'éclosion effectivement irrésistible de la démocratie. […] Tous les groupes sociaux, tous les individus, ont quelque-chose en commun, au-delà des différences de statut économique. On peut à la rigueur dire que l'alphabétisation « est » la naissance de la démocratie en tant qu'égalité des conditions. Page 87. 
4. La statistique de diffusion des récepteurs [de télévision] permet d'apporter un début de vérification empirique à l'hypothèse d'un blocage du progrès éducatif [...]. Page 71. 
5. Les trois grandes révolutions modernisatrices de l'Ouest, l'anglaise, la française et la russe, ont eu lieu à un moment où le taux d'alphabétisation des hommes se situaient entre un tiers et deux tiers, ni moins, ni plus. Page 88. 
6. L'alphabétisation permet l'affirmation de l'individu, que la lecture rend plus autocentré, capable d'introspection et vulnérable à une anxiété d'un type nouveau. La hausse du taux de suicide, de la consommation d'alcool et du nombre d'internements psychiatriques qui accompagne la marche de l'alphabétisation en témoigne. Page 91. 
7. L'inégalité des enfants, et particulièrement des frères, qui caractérise la famille souche [les parents, le fils héritier, sa femme et ses enfants vivent dans un même foyer, les autres fils se contentent de donations], explique la tendance des régions où elle domine à se fixer sur des idéologies ethnocentriques, affirmant l'inégalité des peuples, des nations, des hommes. Page 120. 
8. Dès lors qu'une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met, logiquement et raisonnablement, à concevoir les salaires qu'elle distribue comme un coût pur, et non comme de la demande dans une économie nationale et donc ultimement pour elle-même. […] Les entreprises vivent dans l'obsession de la demande, qu'elles cherchent toujours plus à l'extérieur du territoire national, sans réaliser que si les entreprises des pays étrangers font la même chose, la situation ne va pas s'arranger. Page 176. 
9. Les sociétés dont la fécondité a le mieux résisté sont en fait celles qui ont su le mieux gérer l'émancipation des femmes et rendre compatibles maternité et travail. Page 244. 
10. La prédominance de la doctrine du libre-échange doit en dernière analyse beaucoup plus à la « narcissisation » des comportements qu'à l'influence des économistes. Page 294.
Emmanuel TODD (2008), Après la démocratie. Gallimard.