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Vive le gras...

Où, une nouvelle fois, l'industrie pharmaceutique entretient le doute sur une supposée calamité sanitaire et plonge, par là même, la Sécurité sociale dans des abîmes de déficit...
[...] Les statines [molécule prescrite pour réduire le taux de "mauvais" cholestérol] sont le médicament le plus vendu dans l'histoire de la médecine. Pris par 13 millions d'américains, auxquels s'ajoutent une douzaine de millions de patients dans le reste du monde, ils ont représenté un chiffre d'affaire de 27,8 milliards de dollars en 2006. 
[...] Le coût de l'usage massif de statines se chiffre en milliards de dollars par an, si l'on compte, en plus du prix du médicament, les visites chez le médecin, les tests de niveau de cholestérol, et d'autres examens. 
[...En France] on peut évaluer le coût global pour la Sécurité sociale à deux milliards d'euros en 2011. Il est en baisse en raison de l'arrivée des génériques, mais les génériques coûtent deux fois plus cher en France qu'en Grande-Bretagne. 
Or...
[...] Nombre de chercheurs mettent en doute le besoin de faire baisser le taux de cholestérol
[...] Les données actuelles invitent à ne pas se préoccuper du tout de son taux de "mauvais cholestérol". Rodney Hayward (Université du Michigan). 
[...] Dans le seul grand essai clinique financé sur fonds publics et non par l'industrie, aucun bénéfice statistiquement significatif n'a été trouvé.
[...] La répartition des taux de cholestérol chez les malades cardiaques est le même que dans la population générale. Philippe EVEN (ancien doyen de la faculté de médecine Necker). 
[...] Les Espagnols ont un niveau de cholestérol LDL [le "mauvais cholestérol"] comparable à celui des Américains, mais leur taux de maladie cardiaque est plus de deux fois inférieur. Les Aborigènes australiens ont un bas taux de cholestérol mais un taux élevé de maladie cardiaque. 
[...] Les habitants de l'Hexagone [font] deux à trois fois moins d'infarctus que les Américains ou les Anglais alors que leur niveau de cholestérol est identique et qu'ils mangent plutôt plus de graisses animales.[...] La principale explication reste [...] que la consommation de vin par les Français les protège un peu de l'infarctus
[... Dans une étude récente dont les résultats ont été retardés par l'industrie pharmaceutique] les patients qui ont reçu le médicament qui fait le plus baisser le taux de cholestérol ont vu leur degré d'athérosclérose [accumulation dans la paroi des artères d'un des deux transporteurs du cholestérol (une lipoprotéine)] progresser davantage. 
[...] Dès 1959, des chercheurs américains et japonais ont montré que l'aorte des Japonais avait autant d'athérosclérose que celles des Américains. Or les Japonais avaient un bas taux de cholestérol. 
[...] Une étude de 1962 montre que manger des aliments riches en cholestérol, comme les oeufs, n'augmente pas le taux de cholestérol dans le sang. 
[...] Une étude indienne de 1967 [...] sur plus d'un million d'employés des chemins de fer indiens pendant cinq ans [a montré que] la mortalité cardiaque était près de sept fois plus élevée à Madras qu'au Pendjab, alors que les habitants du Pendjab absorbent presque dix-huit fois plus de graisses, principalement d'origine animale. [...] Le taux de cholestérol des guerriers nomades Masaï est le plus bas jamais mesuré, alors que 60 % des calories qu'ils absorbent sont dérivées de graisses saturées. En 1975, un chercheur anglais s'est demandé ce qu'il en était de Masaï urbanisés de Nairobi. Réponse : alors que leur alimentation comportait beaucoup moins de graisses animales, leur taux de cholestérol avait grimpé de 25 %. [...] Plus de trente autre études ont montré que les malades cardiaques ne se sont pas plus nourris que les autres de graisses animales. Huit études ont même montré que les victimes d'attaque cérébrale ont moins pris de graisses saturées que les autres. Et aucune étude n'a montré que la maladie cardiaque serait plus fréquente dans les pays où l'on mange plus de graisses saturées. Uffe RAVNSKOV (Médecin et chercheur danois). 
[...] Les statisticiens disent que le "nombre de sujets à traiter" (NST) pour qu'une personne tire un bénéfice [du Lipitor de Pfizer, une statine] est de 100. [...A titre de comparaison, le NST du] traitement antibiotique [...] contre l'ulcère à l'estomac [...] est de 1,1. Pour 11 malades qui reçoivent l'antibiotique, dix sont guéris. 
[...] Les statines sont en usage depuis vingt ans et on ne voit guère de réduction du NST à mesure que la durée du traitement s'allonge. 
Mais alors, d'où ça sort ?
[...] Le dogme s'est installé dès les années 1960, en raison de l'énorme succès de deux études qui ont été prises pour argent comptant : l'étude dite des "six pays" publiée par l'Américain Ancel Keys en 1953 et la grande enquête américaine dite de Framingham [...] en 1961. Tronquée et fallacieuse, l'étude des "six pays" prétendait montrer que la maladie cardiaque était directement corrélée aux taux de graisses animales dans l'alimentation. Les responsables de l'étude de Framingham, eux, prétendaient apporter la preuve que le risque d'infarctus est lié à un taux de cholestérol élevé, alors même que les données qu'ils avaient compilées démontraient le contraire. Uffe RAVNSKOV (Médecin et chercheur danois).
Et pourquoi ça continue ?
[...] Il est presque impossible d'éviter de tomber sur une publicité rappelant que ces médicaments [les statines] sont vitaux. 
[...] La publicité est souvent mensongère ou biaisée
[...] Les principaux essais cliniques qui ont servi à justifier la prescription des statines ont fait l'objet de différentes formes de trucages et de manipulations par les industriels qui les ont commandités. [...] Le témoignage [de Barbara H. Roberts, profosseure associée à Brown University, The truth about statins, Gallery Books, 2012] est d'autant plus intéressant qu'elle a elle-même participé à certains de ces essais.
[...] Les principaux universitaires américains qui défendent la cause des statines sont rémunérés par l'industrie
[...] L'essai avait été stoppé après moins de deux ans, soit deux ans avant le terme prévu, ce qui était en l'occurrence, contraire aux bonnes pratiques cliniques. [...] Dans le rapport, les chiffres de la mortalité cardiovasculaire étaient masqués ! [...] Les chiffres présentés étaient cliniquement impossibles. Contradictoires. [...] Cerise sur le gâteau : les courbes de mortalité avaient été grossièrement falsifiées. Michel de LORGERIL (Cardiologue, chercheur au CNRS). 
Les malades recrutés sont de fait, bien souvent, des malades idéaux, sans grand rapport avec le monde des malades réels. [...] Une autre méthode [pour biaiser les études] consiste à réduire le nombre des années mais à augmenter le nombre de malades, en faisant croire que cela revient au même. Philippe EVEN (ancien doyen de la faculté de médecine Necker). 
[...] Pfizer [fabriquant du Lipitor] objecte que [...] si des millions de gens prennent des statines, même le petit avantage procuré par un NST supérieur à 100 signifierait que l'on évite ainsi des milliers d'attaques cardiaques. 
[...] L'industrie et les autorités de santé minimisent les effets secondaires des statines. [...] On évalue à 10 à 15 % la proportion des usagers de statines souffrant d'effets secondaires, notamment de douleurs musculaires, des troubles cognitifs et des dysfonctionnements sexuels.
Et le comble...
[...] Le cholestérol LDL fait parti d'un système immunitaire méconnu. Les lipoprotéines LDL qui transportent le cholestérol captent aussi les toxines bactériennes et virales et les inactivent. De fait, des études portant sur des dizaine de milliers de sujets ont montré qu'un bas taux de cholestérol est un facteur de risque pour les maladies infectieuses. Et plus de vingt études montrent que les personnes âgées ayant un taux de cholestérol élevé ont une plus grande espérance de vie que la moyenne. Uffe RAVNSKOV (Médecin et chercheur danois). 
[...] Ce qui marche vraiment, c'est le mode de vie, l'exercice, une alimentation saine et la réduction du poids. [...] Ces remèdes ont aussi un NST élevé, mais leur coût est beaucoup moins élevé que celui des médicaments, et ils améliorent la qualité de vie. Jerome HOFFMAN (Université de Los Angeles).
Mais tout n'est peut-être pas perdu...
C'est peut-être en train de changer, cependant. L'industrie pharmaceutique va mal : tarissement des découvertes, expansion des génériques, amandes gigantesques pour ses falsifications. Et la FDA américaine, qui mène le jeu réglementaire, se fait de plus en plus exigeante. Elle impose désormais aux industriels de déposer à l'avance tous les détails de l'organisation de l'essai projeté, y compris les modalités d'arrêt. On dit qu'elle va leur imposer de permettre l'accès libre à l'ensemble des données réelles de chaque essai. Philippe EVEN (Ancien doyen de la faculté de médecine Necker).
Books, 02/2013, p.24 - 43. 

Lobbying déficitaire...

[...] Une baisse du prix comparable à celle des Pays-bas, suffirait à elle seule à éponger une partie des milliards de déficit de la Sécurité sociale.
Philippe EVENFrance 2Un oeil sur la planète26/03/2012.
De nombreux médicaments de consommation courante sont 2 à 5 fois plus chers qu'en Italie. S'aligner sur ces tarifs permettrait une économie de 10 milliards, soit de mettre fin au déficit de la branche assurance maladie de la Sécurité Sociale...
Serge RADER, France 2Un oeil sur la planète26/03/2012.

Commissions parasitées...

A de rares exceptions près, un médicament autorisé par la FDA [Food and Drug Administration] est autorisé ensuite en Europe et en France. Les autorités françaises ont les mains liées, en pratique, par ces décisions américaines. Nos commissions ministérielles avalisent tout. 
[Selon le] directeur de l'autorité française de mise sur le marché, l'Afsaaps : "Il n'y a de bons experts que ceux qui connaissent l'industrie pharmaceutique et qui travaillent avec elle." Autrement dit, les commissions d'experts sont, comme aux États-Unis, à la fois juge et partie
Philippe EVENBooks, 04/2011, p. 20.

Sur-poids...

L'industrie pharmaceutique, c'est plus de 2 000 milliards d'euros de capitalisation boursière. C'est le niveau des compagnies pétrolières, c'est bien au-delà de l'automobile. Son chiffre d'affaire représente plus de 400 milliards d'euros par an. Près du double du budget de l'État français.
Philippe EVEN, Propos recueillis pas Olivier POSTEL-VINAY, Books, 04/2011, p. 20.

Innovation placebo...

Chiffres et arguments au sujet de la recherche et développement dans l'industrie pharmaceutique, son coût, ses budgets...
9. Quoi qu'elle prétende, [l'industrie pharmaceutique] dépense 5 %, seulement, pour la recherche, 15 % pour le développement , 10 % pour la fabrication, entièrement sous-traitée en Inde ou au Brésil. L'industrie de la santé est parmi les plus lucratives. [...] Elle n'y parvient que par un marketing et un trafic d'influence pour lesquels elle n'investit pas moins de 45 % de son chiffre d'affaire. A Washington, 600 lobbyistes s'affairent, presque autant à Bruxelles, plusieurs dizaines à l'Assemblée nationale de Paris. Anne CRIGNON et Céline REVEL-DUMAS, Le Nouvel Observateur, 09/2012, p. 82. 
9.1. Un avis partagé, avec des chiffres du même acabit...
[... L'industrie pharmaceutique] consacre en moyenne deux fois et demie plus d'argent au marketing, qu'à la R&D, à quoi il faut ajouter que celle-ci est elle-même très souvent du marketing déguisé en science. Mikke BORCH-JACOBSEN, Books, 04/2009, p. 22.
9.2. A titre d'exemple...
En 2011, Pfizer a dépensé 156 millions de dollars en publicité à la télévision pour le Lipitor [une statine]. Books, 02/2013, p. 32.
8. Développer un nouveau médicament prend entre 10 et 15 ans et nécessite plus d'un milliards d'euros d'investissement. [La phase la plus coûteuse des essais cliniques] implique de 1 000 à 3 000 patients et sert à comparer l'efficacité du médicament à un placeboSébastien FARCIS, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 41.
7. L'Inde connaît un nouveau type de "délocalisation" : celle des essais cliniques. Leur nombre a été multiplié par 35 en à peine 7 ans. Sébastien FARCIS, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 42. 
6.  L'industrie n'a pas mis grand chose de vraiment neuf sur le marché depuis vingt ans. Quand des scientifiques sérieux disent cela, on assiste à une levée de boucliers : mais comment soixante médicaments nouveaux sont mis sur le marché chaque année ? Philippe EVEN, Books, 04/2011, p. 20.
5.  [...] Or de façon tout à fait officielle, on voit que seuls un ou deux médicaments par an sont considérés comme rendant un service réellement inédit. La plupart des produits présentés par l'industrie comme nouveaux ne sont que des versions nouvelles d'une molécule ancienne. C'est ce qu'on appelle les me too ("moi aussi"). Philippe EVEN, Books, 04/2011, p. 20.
4. De manière incroyable, on voit apparaître dans les plus grands journaux scientifiques du monde la formule : "Cette molécule n'est pas inférieure à la précédente." Pour obtenir qu'une molécule soit mise sur le marché, on en est venu à ne plus chercher à faire mieux, mais seulement à faire aussi bien ! Philippe EVENBooks, 04/2011, p. 20.
3. L'industrie ne cherche pratiquement plus elle-même. Elle se borne à "développer". Elle claironne que chaque molécule lui coûte 800 millions de dollars et dépense de recherche, mais Marcia Angell a montré pièces en main que le vrai chiffre est dix fois inférieur. Philippe EVENBooks, 04/2011, p. 20.
Des extraits de l'article en question...
Au sujet de la validité des essais cliniques >>
Au sujet des conflits d'intérêts >>
Au sujet du DSM, manuel de diagnostic psychiatrique >>
Et au sujet de la géométrie variable des maladies psychiatriques >>
2. [...] Les molécules nouvelles sont des molécules de niches, destinées à un petit nombre de malades. [...] Il y a [par exemple] quarante variétés de cancers du poumon. [...] L'industrie achète ces nouvelles molécules aux laboratoires publics et universitaires qui ont besoin d'argent. [...] Comment les rentabiliser ? En les vendant très cher. Depuis quelques années, on voit ainsi apparaître des médicaments dont le coût d'utilisation pour un malade peut être de 50 000, 100 000, jusqu'à 300 000 dollars. Des prix qui, de l'aveu même de l'industrie, sont sans rapport avec le coût de fabrication des-dites molécules. Philippe EVENBooks, 04/2011, p. 20.
1. [...] Toute molécule qui présente simplement une petite modification chimique par rapport à la précédente, peut bénéficier d'un nouveau brevet. [...] Elle se met [ainsi] à l'abri des génériques, et peut être vendue au prix fort. A quelques exceptions près, il ne devrait plus y avoir que des génériques. Philippe EVEN, Books, 04/2011, p. 20.