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Le sens de la vie vu par les philosophes...

Quand on vivait au Moyen-Âge, à la Renaissance ou à l'époque du baroque, on n'avait pas besoin de se préoccuper de la question du sens. C'est l'Eglise qui disait quelles étaient les intentions de Dieu pour l'homme [...].
[...] Pour Immanuel Kant, la finalité de la vie consistait à accomplir son devoir moral.
[...] Pour Jean-Jacques Rousseau, ce qui  était important, c'était de pouvoir et d'avoir le droit de vivre selon sa propre nature.
[...] Pour Jeremy Bentham, il s'agissait de procurer le plus de plaisir possible autant à soi qu'aux autres. quant à Willian Paley, il voyait le sens de la vie humaine dans une suite aussi importante que possible d'"œuvres utiles".
[...] Schopenhauer contestait fortement l'idée que l'homme était sur Terre pour "être heureux". Comme il ne cesse d'être l'esclave de sa volonté, il ne reste guère de place en lui pour un sens plus élevé et libre. Seul l'art et en particulier la musique, peut donner à l'homme un plaisir supérieur.
[Pour Friedrich Nietzsche et Sigmund Freud] l'homme sain n'a pas besoin d'un sens supérieur de la vie. Ce dont il a besoin pour être heureux, c'est de la musique (Nietzsche) et de l'amour du travail (Freud). Pour Ernst Mach, la question du sens de la vie se dissolvait en même temps que le moi. [...] Si l'enfant est différent du vieillard, il ne sert à rien de coiffer la vie d'un sens global.
[Pour Wittgenstein], la question du sens de la vie faisait partie des "questions absurdes" [...] car même des gens qui, après une longue période de doute, auraient finalement compris ce qu'était le sens de la vie ne pourraient pas dire "en quoi consiste ce sens". Pour Sartre en revanche, le sens de la vie, s'est se réaliser par ses actes. Comme le monde n'a pas de sens au fond, je suis libre d'y créer mon propre sens. [...] Ce sens naît, subsiste et meurt avec chaque individu.
[Pour Peter Singer] ce qui importe, c'est de rouler un peu plus loin la pierre du bien et du faire du monde un "endroit meilleur".
[...] Aujourd'hui, la question du sens de la vie ne peut avoir de réponse que subjective. [...] Le sens n'est pas une caractéristique du monde ou de la nature, mais une construction typiquement humaine. Le "sens" est un besoin et une idée de nos cerveaux de vertébrés. Vu sou cet angle, il ne peut s'agir de trouver un sens au monde, c'est à nous de lui en donner un.
Qui suis-je et si je suis combien ? Richard David Precht. Belfond 2010. Page 373.

Yuval Noah Harariensis - Episode 2...

Petit exercice critique de (quelques) critiques du fameux livre Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari...
Je classe cet essai (avec son second opus Homo Deus) parmi les meilleurs (disons les 20) qu'il m'ait été donné de lire.
Cherchant à me rassurer sur la justesse de cette impression, je suis allé voir un peu quels sont les arguments de ceux qui ne partagent pas cet avis.
Ce blog est né du rejet des travers (quasi) systématiques du web : conformisme, sectarisme, agressivité, diffamation, etc. Les critiques qui suivent ne font hélas, pour la plupart, que confirmer ce lieu commun...

Cas #2 - La critique scientifique...

Yuval Noah Harariensis - Episode 1...

Petit exercice critique de (quelques) critiques du fameux livre Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari...
Je classe cet essai (avec son second opus Homo Deus) parmi les meilleurs (disons les 20) qu'il m'ait été donné de lire.
Cherchant à me rassurer sur la justesse de cette impression, je suis allé voir un peu quels sont les arguments de ceux qui ne partagent pas cet avis.
Ce blog est né du rejet des travers (quasi) systématiques du web : conformisme, sectarisme, agressivité, diffamation, etc. Les critiques qui suivent ne font hélas, pour la plupart, que confirmer ce lieu commun...

Cas #1 - La critique idéologique...

Conduite dangereuse...

La religion est une insulte à la dignité humaine. Que ce soit avec ou sans elle, il y aura toujours des gens bien qui font de bonnes choses, et des mauvais qui font de mauvaises choses. Mais pour que des gens bien agissent mal, il faut la religion.

Mixité antique...

[...] Parvenue à un degré de décomposition répugnant, l'Europe occidentale n'était plus en état de se sauver elle-même, pas davantage que ne l'avait été la Rome antique du Ve siècle de notre ère. L'arrivée massive de populations immigrées empreintes d'une culture traditionnelle encore marquée par les hiérarchies naturelles, la soumission de la femme et le respect dû aux anciens constituait une chance historique pour le réarmement moral et familial de l'Europe, ouvrait la perspective d'un nouvel âge d'or pour le vieux continent. Ces populations étaient parfois chrétiennes ; mais elles étaient le plus souvent, il fallait le reconnaître musulmanes.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, Page 276.

Famille anti-libérale...

[...] Autant l'individualisme libéral devait triompher tant qu'il se contentait de dissoudre ces structures intermédiaires qu'étaient les patries, les corporations et les castes, autant, lorsqu'il s'attaquait à cette structure ultime qu'est la famille, et donc à la démographie, il signait son échec final ; alors venait logiquement le temps de l'Islam.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, Page 271.

Guerres métaphysiques...

[...] La plupart des gens vivent leur vie sans trop se préoccuper de ces questions [sur la religion], qui leur paraissent exagérément philosophiques ; ils n'y pensent que lorsqu'ils sont confrontés à un drame, une maladie grave, la mort d'un proche. Enfin, c'est vrai en Occident ; parce que partout ailleurs dans le monde c'est au nom de ces questions que les êtres humains meurent et qu'ils tuent, qu'ils mènent des guerres sanglantes, et cela depuis l'origine de l'humanité : c'est pour des questions métaphysiques que les gens se battent, certainement pas pour des points de croissance, ni pour le partage de territoires de chasse.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, Page 251.

Vieille pétasse...

[...] Les voix des moines s'élevaient dans l'air glacé, pures, humbles et bénignes ; elles étaient pleines de douceur, d'espérance et d'attente. Le seigneur Jésus devait revenir, il revenait bientôt, et déjà la chaleur de sa présence emplissait de joie leurs âmes, tel était au fond le thème unique de ces chants, chants d'attente organique et douce. Nietzsche avait vu juste, avec son flair de vieille pétasse, le christianisme était au fond une religion féminine.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, Page 218.

Soumission fiction...

Le programme politique du président musulman imaginé par Michel Houellebecq...
[...] La conséquence la plus immédiate de son élection est que la délinquance avait baissé, et dans des proportions énormes : dans les quartiers les plus difficiles, elle avait carrément été divisé par dix. Un autre succès immédiat était le chômage, dont les courbes étaient en chute libre. C'était dû sans nul doute à la sortie massive des femmes du marché du travail, elle même liée à la revalorisation considérable des allocations familiales [...] [augmentation intégralement] compensée par la diminution drastique du budget de l'Education nationale [...]. Dans le nouveau système mis en place, l'obligation scolaire s'arrêtait à la fin du primaire [...]. Ensuite, la filière de l'artisanat était encouragée ; le financement de l'enseignement secondaire et supérieur devenait, quant à lui, entièrement privé. [...] En ce qui concerne l'enseignement, la générosité des pétromonarchies était depuis toujours sans limite. Page 199. 
Mohammed Ben Abbes [...] se déclara influencé par le distributivisme [...]. Son idée de base était la suppression de la séparation entre le capital et le travail. La forme normale de l'économie y était l'entreprise familiale ; lorsqu'il devenait nécessaire, pour certaines productions, de se réunir dans des entités plus vastes, tout devait être fait pour que les travailleurs soient actionnaires de leur entreprise, et coresponsables de sa gestion. Page 202. 
[...] La nouvelle fonction dont, Ben Abbes venait de s'en aviser, l'attribution à un niveau trop large "perturbait l'ordre convenable", n'était autre que la solidarité sociale. Quoi de plus beau, s'était-il ému dans son dernier discours, que la solidarité lorsqu'elle s'exerce dans le cadre chaleureux de la cellule familiale !... [...] Le nouveau projet de budget du gouvernement prévoyait sur trois ans une diminution de 85 % des dépenses sociales du pays. Page 210. 
[...] Les négociations avec l'Algérie et la Tunisie en vue de leur adhésion à l'Union européenne avançaient rapidement, et que ces deux pays devraient avant la fin de l'année prochaine rejoindre le Maroc au sein de l'Union ; des premiers contacts avaient été pris avec le Liban et l'Egypte. Page 211. 
Mais en fin de compte, ce qui convainc le héros du roman à accepter un poste d'enseignant, à se soumettre, on y revient toujours avec Michel Houellebec...
- [...]
- [...] Dans votre cas, je pense que vous pourriez avoir trois épouses sans grande difficulté, mais vous n'y êtes, bien entendu, nullement obligé. Page 292. 
[...] Une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente. 
Je n'aurais rien à regretter. Fin.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015. 

Ayatolérant...

Bien que la législation iranienne autorise la peine de mort contre les homosexuels, la République islamique aide à financer sept fois plus d'opérations volontaires de changement de sexe que l'Union européenne toute entière.
Lawrence ROSEN, The American Interest, 01-02/2013.
Books, 09/2013, p. 51.

Sacrificiel...

Paul Krugman a eu cette comparaison que je trouve tout à fait audacieuse mais juste. Il dit [que] les programmes d'austérité actuelle sont l'équivalent des sacrifices humains chez les Mayas. Là où face au dieu Soleil courroucé on donnait des jeunes gens pour l'amadouer, [...] on a ces dieux courroucés que sont les marchés financiers, on fait des programmes d'austérité qui non seulement ne marchent pas, mais produisent des effets inverses, mais au lieu d'en tirer les conséquences, [nous considérons que] c'est parce que nous n'avons pas été assez loin dans l'austérité et la régression sociale. C'est un processus de croyance qu'il faut identifier comme tel.
Patrick VIVERET, Cause commune, tu m'intéresses. France Inter, 02/06/2013.

Fantasme intégral...

74 % des personnes interrogées [dans une étude publiée par Le Monde en janvier 2013] considèrent que l'Islam est une religion "intolérante[68 % parmi les moins de 35 ans], et huit Français sur dix jugent que la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres. Abdennour Bidar, France Inter, Cause commune, tu m'intéresses, 27/01/2013.
Quelques chiffres complémentaires issus de cette même étude...
[...] Plus de la moitié des personnes interrogées pensent que les musulmans sont "en majorité" (10 %) ou "en partie" (44 %) "intégristes", sans que l’on sache ce qu'elles entendent par ce qualificatif. ReligionBlogLeMonde.fr.
Très peu de chiffres sur le nombre d'intégristes islamistes sur le Web, sinon...
En 2004, une étude menée par les Renseignements généraux estimait le nombre de salafistes à 5 000. Aujourd'hui, on estime que le chiffre varie entre 12 000 et 15 000. Les effectifs salafistes ont quasiment triplé en moins de 10 ans. Samir Amghar (Sociologue), Atlantico.fr.
Dans le domaine de l'immigration, les chiffres sont à prendre avec beaucoup de réserves...

Mais il semblerait que seulement 15 % des musulmans fréquentent une mosquée.

On voit pas très bien comment une "partie" significative de l'ensemble des musulmans, et encore moins une "majorité" d'entre-eux serait constituée d'intégristes, alors qu'ils sont seulement 15 % à fréquenter une mosquée.
Mais surtout, si les salafistes sont bien 15 000 en France, ils représentent 0,3 % seulement des 5 millions de musulmans du pays.

Quoi que l'on pense de ces individus, ils ne représentent donc que ce que l'on appelle une "infime minorité". Et quand bien même les salafistes n'ont pas le monopole de l'intégrisme, il faudrait qu'ils ne représentent qu'une petite partie de l'ensemble des intégristes pour que les craintes des sondés fassent sens. Or s'il y avait une communauté d'intégristes plus étendue que celle des salafistes, on nous en parlerait plus souvent.

Les raisons de ce racisme latent sont diverses, selon Abennour Bidar...
[...] La crise économique qui suscite une angoisse diffuse, n'attendant qu'un sujet pour se cristalliser, un fond d'intolérance ou de racisme ordinaire irréductible, la part des fantasmes face à un "grand méchant" dont on aurait besoin, la surinterprétation du religieux, un certain populisme
[...] Une responsabilité des médias, des politiques et des intellectuels : on a laissé à l'extrême droite, portée par de mauvaises intentions, le monopole du "courage" sur ces questions.
[...] L'islam a un problème avec lui-même et qu'il a du mal à se régénérer. Il est urgent que les musulmans s'interrogent de façon critique sur leur religion et sur leur communication.

Face de prophète...

La question de la représentation des êtres humains, et donc du Prophète, relève [historiquement, du droit le plus flexible, pour ne pas dire de l'anarchie]. Le Coran lui-même est muet sur le sujet. Un seul de ses passages est habituellement cité dans les débats sur la question. Il relate les propos tenus par Dieu à Marie mère de Jésus, selon lesquels un jour son fils proclamerait 
"En vérité, je viens à vous avec un signe de la part de votre Seigneur. Pour vous, je forme de la glaise comme la figure d'un oiseau, puis je souffle dedans : et par la permission d'Allah, cela devient un oiseau." Coran, III:49. 
Et attention, voilà comment cet extrait de sourate peut être interprétée...
Pour la majorité des exégètes, cela signifie que Dieu seul peut créer la vie et que les images ont pour unique objet de prendre vie.
[...] L'art religieux, dans les mosquées en particulier, évitait et rejetait la représentation, tandis que les princes, puis les citadins fortunés...
Tiens, en ce domaine aussi, les "riches" se permettent tout !
... ornaient leurs demeures et leurs objets de toutes sortes d'images. [...] L'abstention dominait, mais elle ne fut jamais l'unique pratique musulmane. 
[...] A un moment du XVe siècle, et plus encore au XVIe siècle, on prit l'habitude de voiler le visage du Prophète. On ne sait pas très bien pourquoi, mais cela semble être le fruit non d'une décision juridique formelle, mais d'une piété qui, sans être hostile à la représentation des êtres humains, estimait que le caractère unique du Prophète était mieux exprimée par l'invisibilité de son visage. 
[...] Il ne fait aucun doute que le monde musulman, en particulier depuis le XIIIe siècle, accepte les représentations de Mahomet
[...] Ces portraits sont bien plus fréquemment chiites que sunnites, et [...] très peu d'entre-eux émanent du monde arabe [plutôt de l'Empire ottoman et des Mongols].
The New Republic. D'après Jytte KLAUSEN (2009), The cartoons that shook the world, Yale University Press.

Books, 01/2012, p. 44.

Attention, on se lâche, voici... le Prophète Mahomet...

Mahomet [entre les deux enfants à droite,] entouré de sa fille Fatima, du mari de celle-ci, Ali, et de leurs enfants, Hassan et Hussein, accueillant une délégation chrétienne. Al-Biruni (vers 1300), Chronologie des anciens peuples.

Vieux sages...

Le XXe siècle était celui des repères idéologiques, communisme et christianisme. Ces deux transcendances ont aujourd'hui disparu, ou presque. A présent, plutôt que de chercher du sens "au-dessus", on se contente de regarder autour de soi. Cette "horizontalité" débouche sur une société d'individus isolés et déboussolés. Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER. 
[Pendant les] Trente Glorieuses [...], les gens étaient persuadés que leurs enfants vivraient mieux qu'eux-mêmes. Pauvre, mais reposant sur l'idée de progrès, la société laissait naturellement la place aux jeunes. Jusqu'à ce que la crise économique et l'effondrement des valeurs remettent en question ces schémas établis. François de CLOSETS.
Propos recueillis par Vincent OLIVIER, L'Express, 11/2012, p. 99.

Subterfuge...

On peut soutenir que le Purgatoire a été la réponse catholique à un danger, celui de la maîtrise totale des circuits du crédit par les Juifs. Page 126. 
A la fin du XIIIe siècle, les marchands ont fini par obtenir deux biens fondamentaux qui jusqu'alors s'excluaient l'un l'autre : un bien matériel, un bien spirituel. Auparavant ils gagnaient de l'argent, mais ce faisant ils se damnaient. Désormais, ils peuvent garder leur argent et, après un séjour au Purgatoire, aller au Paradis. Ils ont concilié "la bourse et la vie". Page 128.
Loïc BELZE et Philippe SPEISER (2007), Histoire de la finance. Vuibert. 

Indulgences stériles...

L'Église a été aussi responsable d'actions calamiteuses. L'interdiction du prêt à intérêt, par exemple, a attisé la haine vis-à-vis des juifs qui le pratiquaient. L'Église a aussi étouffé les sciences et le savoir, mais surtout elle a été à l'origine de quelque chose de purement scandaleux à nos yeux : l'accumulation et la stérilisation d'immenses richesses
[...] C'est par un drôle de paradoxe que l'Église est devenue riche. Ayant inculqué la méfiance vis-à-vis de l'argent de ses fidèles, elle a souvent été bénéficiaire de legs ou de dons de puissants voulant ainsi acheter une place au paradis. Elle est ainsi devenue propriétaire d'immenses domaines dans tout les pays d'Europe
[...] Un partie considérable des richesses de l'Église fut consacrée à la construction tous azimuts d'églises, de cathédrales, de couvents, d'abbayes et de monastères. Ces constructions omniprésentes ( peut-on seulement les dénombrer ?) représentent en termes économiques modernes une immense stérilisation de richesses. Un détournement d'autres utilisations sûrement plus productives [...] que cet hommage à la gloire de Dieu.
Michel MUSOLINO (2007), L'économie pour les nuls, First Editions, p. 36.

A bien y réfléchir...

Outre que de tels rites [d'anthropophagie] s'accomplissent le plus souvent de manière fort discrète, portant sur de menues quantités de matière organique pulvérisée ou mêlée à d'autres aliments, on reconnaîtra, même quand elles revêtent des formes plus franches, que la condamnation morale de telles coutumes implique soit une croyance dans la résurrection corporelle qui serait compromise par la destruction matérielle du cadavre, soit l'affirmation d'un lien entre l'âme et le corps et le dualisme correspondant, c'est-à-dire des convictions qui sont de même nature que celles au nom desquelles la consommation  rituelle est pratiquée, et que nous n'avons pas de raison de leur préférer. D'autant plus que la désinvolture vis-à-vis de la mémoire du défunt, dont nous pourrions faire grief au cannibalisme, n'est certainement pas plus grande, bien au contraire, que celle que nous tolérons dans les amphithéâtres de dissection. 
Claude LEVI-STRAUSS, Tristes tropiques, p. 464.

Invasions barbares...

Jamais je n'aurais pensé me retrouver un jour minoritaire, sur le plan racial, culturel, religieux, au point de faire figure de perdant historique sommé de renoncer à ma culture pour mieux "accueillir l'autre".
Renaud DELY citant Richard MILLET, Le Nouvel Observateur, 09/2012, p. 95.

« Minoritaire sur le plan racial »...
Si l'on passe outre cette première définition du mot race...
[...] Catégorie de classement biologique et de hiérarchisation des divers groupes humains, scientifiquement aberrante, dont l'emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. Petit Larrousse, 2005.
... et que l'on se restreint à la race entendue comme...
[...] Subdivision de l'espèce humaine en Jaunes, Noirs et Blancs selon le critère apparent de la couleur de la peauPetit Larrousse, 2005.
... quelles sont alors les races représentées par ces hommes ? Où commencent-elles ? Où finissent-elles ?







Ce montage a été réalisé en à peine une heure en puisant dans les 60 joueurs de foot professionnels listés sur le site de la FIFA, à la seule lettre B. Il serait un peu plus coûteux en temps mais tout aussi simple de proposer un gradient continu (et même plus fin, plus subtil) parcourant toutes les couleurs de peau et les morphologies de l'espèce humaine.
Si il est, en pratique, impossible de classer les hommes selon le principe de race, que veut donc dire "minoritaire sur le plan racial" ? Objectivement, rien. Mais dans un cadre subjectif, on l'a bien compris, il s'agit pour Richard Millet, de signifier qu'il trouve ses concitoyens trop "bronzés", "noirs", "bridés", "crépus", "jaunes", "café-au-lait", etc.
Et s'il suffit de prendre le RER B à la Courneuve au petit matin, pour se considérer en minorité sur le plan ethnique, autant passer devant l'ANPE au petit matin pour se considérer comme appartenant à une minorité de gens qui veulent encore travailler, passer dans un troquet en milieu d'après-midi pour s'inclure dans la minorité des buveurs d'eau minérale, etc. 

« Minoritaire sur le plan culturel »...
La culture se définit comme l'ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société mais aussi, comme un ensemble de convictions partagées, de manières de voir et de faire qui orientent plus ou moins consciemment le comportement d'un individu, d'un groupe. Le petit Larrousse, 2005.
Il ne fait aucun doute qu'on puisse trouver sans mal un cadre en entreprise ou un "intellectuel" parisien,  d'origine étrangère, quelle qu'elle soit, avec qui Richard Millet partagerait, un mode de vie, une sensibilité culturelle et artistique, une conception de la religion et de la morale, plus proches, qu'avec une majorité de français "pure souche" qui pour la plupart d'entre-eux, ont un mode de vie qui a peu à voir avec la vie parisienne, ne vont jamais au théâtre ou à l'opéra, sont moins de 5 % à pratiquer leur religion (parmi les catholiques, comme Richard Millet), et auraient probablement du mal à bavarder éthique, religion ou beaux-arts avec l'écrivain... INSEEWikipedia.

« Minoritaire sur le plan religieux »...
L'Etat ne recense pas l'appartenance religieuse des citoyens. Il faut donc confronter diverses enquêtes et autres sondages pour avoir une idée de la proportion de catholiques dans la population française. Quelques résultats classés des plus récents aux plus anciens (provenant de sites qui indiquent leurs sources)...

41,6 % ...

51 % ...
Sondage CSA, 2007

80 % ...

62 % ...
Appartenance religieuse
Pourcentage dans la population
Catholiques
62%
Musulmans
6%
Protestants
2%
Juifs
1%
Sans religion
26%

Linternaute.com, Sondage CSA, 2003.

Comme on s'en doutait, les catholiques restent largement majoritaires dans tous les cas, même pour le chiffre le plus bas trouvé sur le Web, à 25 %, qui par ailleurs, hasard ou pas, ne cite pas ses sources...
Pourquoi Richard Millet dit-il être "minoritaire sur le plan religieux" ? Dans la mesure où il est un écrivain français qui s'adresse, à priori, à des lecteurs français, ces mots font implicitement référence à une hypothétique minorité catholique. Comme on ne peut pas, en France, être minoritaire sur le plan religieux et catholique dans le même temps, si le but de Richard Millet n'est pas d'instiller une idée-fausse, ou qu'il n'a pas une étude rigoureuse qui viendrait démentir les chiffres évoqués ci-dessus, c'est alors qu'il est protestant, juif ou musulman...

A l'inverse, pour ce qui suit, le propos mérite réflexion, quand bien même on ne partage pas son point de vue...
Je voudrais rappeler qu'une grande partie de ma réflexion vise à comprendre la concomitance du déclin de la littérature et la modification de la France et de l'Europe toute entière par une immigration extra-européenne massive et continue, avec pour éléments intimidants les bras armés du salafisme et du politiquement correct au sein d'un capitalisme mondialisé, c'est-à-dire le risque d'une destruction de l'Europe de culture humaniste , ou chrétienne, au nom même de l'"humanisme" dans sa version "multiculturelle". 
[...] Ainsi, le multiculturalisme n'est-il qu'une des formes de la décomposition culturelle, spirituelle et sociale de l'Europe, première étape d'une émigration dans le "genre humain" de l'indigène bientôt indifférencié, donc interchangeable, voire déshumanisé
[...] Dans Langue fantôme, je tente de montrer que la perte du style, est aussi celle de la langue, donc de la littérature, et que l'affadissement croissant de la littérature conduit à la violence multiculturelle comme au soft totalitarisme mondialisé sous l'espèce de la démocratie américaine autant que de l'islamisme capitalistique, dont le Qatar est le modèle le plus pernicieux.
Richard MILLET, L'Express, 09/2012, p. 103.

Intégration...

Chiffres et arguments sur l'intégration culturelle des immigrés dans la société française en particulier...
3. 15 % des musulmans fréquentent une mosquéeLe Nouvel Observateur, 09/2012, p. 106. 
2. En France, les Noirs et les Arabes courent, en moyenne, respectivement six et sept fois plus de risques que les blancs d'être contrôlésAlternatives Economiques, 07/2012, p. 28.
1. Deux tiers des immigrés éprouvent [...] un sentiment d'appartenance nationale, alors qu'ils ne sont que 40 % à avoir la nationalité française. Alternatives Economiques, 06/2012, p. 47.

Indécence romaine...

Selon Peter Brown, l'un des grands spécialistes de cette époque [de délitement de la société romaine], le IIIe siècle marque le moment où les puissants laissent éclater leur richesse au grand jour. Les villas privées deviennent plus grandes que les temples consacrés aux dieux. Cette période, explique-t-il, marque le passage d'un âge d'équilibre à un âge d'ambition. Les élites, qui avaient voilé leurs succès d'une décence tout d'un coup passée de mode, s'exhibent sans complexes. On croirait ses expressions employées pour décrire la crise de la société américaine actuelle ! Le christianisme apportera une solution au problème de la société romaine. Toujours selon Brown, dire à un autre : "Je suis chrétien" et s'entendre répondre : "Moi aussi" apporta une solution à une société minée par des tensions qu'elle ne parvenait pas à dominer...