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Du beur dans les chaînes...

[...] Je ne pardonne pas à Georges Pompidou [d'avoir créé le problème de l'intégration des étrangers] en ouvrant les vannes de l'immigration sans se soucier ni de l'organiser, ni d'intégrer cette main d'oeuvre [...] que la France faisait venir pour les besoins de ses industries automobile et sidérurgique qui ont été ainsi dispensées des investissement de mécanisation qu'elles auraient dû faire pour soutenir la concurrence. On a fait venir 3 millions et demi de gens d'un coup, sans s'occuper de les loger, de les alphabétiser, de leur apprendre le français, et nous en payons le prix.
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 50.

Start-down...

Pourquoi la France voit-elle son industrie péricliter ? Pourquoi génère-t-elle si peu d'entreprises innovantes ? Les avis des uns et des autres...
Les chefs d'entreprise ont besoin des sécurité fiscale et réglementaire pour investir. [Les] changements de pied incessants sont mortifères. Anne EVENO (propos de M. Jean-Eudes du Mesnil du Buisson), Le Monde, 06/11/2013, Supplément Eco & Entreprises, p. 2.
Les levées de fonds de capital-risque sont dix fois plus élevées aux Etats-Unis qu'en EuropeFleur PELLERIN, Alternatives Economiques, 11/2013, p. 68.
[...] Les taux de créations d'entreprise de part et d'autre de l'Atlantique ne sont pas très différents, mais les entreprises européennes grandissent difficilement. 
[...] Cette divergence tient en partie au fait que beaucoup de créateurs d'entreprise, côté européen, préfèrent rester petits
Elle tient aussi à des facteurs financiers. Il est impossible de financer des croissances aussi rapides et aussi spectaculaires avec du crédit bancaire
[...] Pour monter dans le train de l'économie de l'innovation, il faut accepter que les champions établis se fassent bousculer. Or, en Europe, on a tendance à [les] protéger [...]. 
Ceux-ci rachètent les start-up, les assimilent, mais souvent aussi les brident
[...] Dans le secteur des biotechnologies, au sud de San Francisco, par exemple, beaucoup de petites entreprises [se sont] établies à peu près au même endroit. [...] Celles qui sont temporairement en difficulté licencient tandis que d'autres embauchent. [...] Cette démographie bouillonnante ne peut fonctionner que si les salariés vont d'une entreprise à l'autre. Ce type d'organisation du marché du travail, très éloigné du modèle de l'emploi stable, est très peu fréquent en Europe. Ce qui ne concourt pas à doper l'innovation. Jean PISANI-FERRY, Alternatives Economiques, Hors-Série n° 97, p. 44.

Sacré Conard...

[Edward Conard] défend l'idée que l'énorme et sans cesse croissante inégalité des revenus aux Etats-Unis n'indique en rien que l'économie est grippée. Bien au contraire [...]. Si même l'inégalité était encore un peu plus forte, tout le monde s'en porterait mieux, notamment les 99 %. 
[...Selon lui,] la plupart des Américains [...] ignorent que les super-riches ne dépensent qu'une fraction de leur fortune pour leur confort personnel ; que le gros de leur argent est investi dans des affaires productives qui améliorent la vie de tout le monde. 
[...] L'idée que la société profite de la saine concurrence entre les investisseurs est assez largement répandue. Éminent économiste de gauche, Dean Baker [...] estime que pour chaque dollar que gagne un investisseur, le public reçoit l'équivalent de 5 dollars en valeur. 
[...] Selon Conard, cependant, Baker sous-estime les bénéfices sociaux de l'investissement. Il prend l'exemple de l'agriculture : depuis les années 1940, grâce à un flux constant d'innovations, le coût de l'alimentation a régulièrement diminué. Si les entreprises qui ont bénéficié de ces innovations, comme les semenciers ou les chaînes de restauration rapide, ont fait la fortune de leurs propriétaires, le consommateur américain moyen en a profité encore plus. Conard conclut que, pour chaque dollar entré dans la poche d'un investisseur, le public récolte jusqu'à 20 dollars en valeur. 
[...] Jamais avare de vacheries, il [appelle] "diplômés en histoire de l'art" [...] tous ceux ayant la chance de naître avec le talent et les opportunités qui leur permettrait de rejoindre la mécanique de la prise de risque et de la chasse à l'innovation, mais préfèrent choisir une vie moins compétitive
[...] La seule façon selon lui de convaincre ces "diplômés en histoire de l'art" de rejoindre la redoutable mécanique de la vraie compétition économique est de les attirer avec des rétributions hors normes.
Books, 03/2013, p. 25.

Joseph Schumpeter était déjà sur cette ligne...
[Selon lui], les gagnants doivent obtenir "des gains impressionnants" pour provoquer "une impulsion beaucoup plus puissante que ne l'aurait fait une répartition plus égalitaire et plus juste".
Alternatives Economiques, 02/2013, p. 14.
[...] En 2008, ce sont les grands fonds de pension, les compagnies d'assurance et d'autres énormes investisseurs institutionnels qui ont retiré leur argent dans un mouvement de panique. Avec le recul, Conard juge que ce sont ces retraits qui ont conduit à la crise, et non, comme tant d'autres l'ont avancé, une orgie de prêts irresponsables
[...] Le rôle central des banques est de transformer les avoirs à court terme d'épargnant nerveux en prêts à long terme risqués favorisant la croissance. [...] Ce à quoi elles ne s'attendaient pas, c'est que les déposants retirent leur argent, chose qu'ils n'avaient pas faite en masse depuis 1929. 
Books, 03/2013, p. 25.

Guerre haut débit...

Le risque d'une attaque [informatique] massive, dans les cinq à dix ans,est classé [en France], au deuxième rang des préoccupations après les actes terroristes. Page 60. 
[...] Les risques d'un cyberconflit existent, mais il masque une autre motivation, bien plus puissante... 
"Faire du business ! Etre capable de griller un réseau électrique, c'est bien, mais le véritable enjeu, c'est surtout de gagner des parts de marché." Jonathan BROSSARD (hacker), p. 67. 
[...] Connaître, dans le détail, la proposition d'un concurrent, lors d'un gros appel d'offre, donne un avantage décisif. Pour l'avoir négligé, certaines sociétés ont péri. Des pirates, chinois semble-t-il, ont pillé les secrets du géant canadien des télécoms Nortel pendant près de dix ans, au point de l'acculer à la faillite. De tels exemples abondent. Page 67.  
[...] Appelés à la rescousse du groupe nucléaire Areva, après la découverte, fin 2011, de l'un des plus gros pillages de ces dernières années, les "cyberdétectives" ont été incapables d'évaluer l'ampleur du préjudice...
"[...] Ce qui est certain, c'est que l'attaque durait depuis longtemps. Nous sommes convaincus que les pirates ont réussi à pénétrer au coeur du système d'information et qu'ils ont eu accès à tout ou presque.Un hacker anonyme, p. 70.
L'Express, 11/2012.

Croissance en sécurité...

La mondialisation touche aussi la protection sociale. Inde, Brésil, et autres "pays émergents" développent l'aide aux retraités et aux chômeurs. Le progrès spectaculaire est celui de l'assurance-santé en Chine : selon un rapport du Centre d'analyse stratégique, elle couvrait 24 % de la population en 2005, contre 94 % en 2010 ! [...] Les pays émergents ont intérêt à poursuivre la mise en place d'une "Sécu" efficace : une fois couverts, les ménages peuvent se passer d'une épargne de précaution élevée et dépensent plus, stimulant la croissance économique. Ainsi, peu à peu, nos industriels seront moins concurrencés par les entreprises chinoises, obligées de cotiser pour leurs salariés.

Concurrence de médiocrité...

J'ai un jour posé la question à un représentant de la firme d'audit KPMG, en mission chez nous [CountryWide]. [...] Je l'interrogeai en ces termes : "N'est-il pas gênant qu'un certain élément de notre modèle [informatique] de gestion du risque soit inadéquat et que nous en soyons conscient ?". [...] Elle est revenu au bout de quelques jours avec la réponse suivante : "Je me suis renseignée : le même modèle est utilisé par l'ensemble de vos concurrents", et elle ajouta : "Cela ne pose pas de problème, puisqu'on peut considérer qu'il s'agit par conséquent de l'"industry standard" (de la norme sectorielle)". Page 105.
[...] Comment a-t-il été possible que des erreurs aussi flagrantes [dans l'évaluation des risques de crédits] puissent passer inaperçu ? Pourquoi n'a-t-on pas noté l'inadéquation entre les modèles [informatiques] et ce que l'on essayait de modéliser ? [...] En premier lieu, comme les marges de profit étaient substantielles durant les années 2000-2006...
Et pour cause... >>
... les questions méthodologiques furent refoulées à l'arrière-plan ; en second lieu, l'idée que la seule question sérieuse à se poser en finance est que la concurrence parfaite jouissait d'un consensus, avec pour implication que si tous les intéressés commettent la même erreur, nul n'est ni avantagé, ni désavantagé, et tout est dès lors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Page 73.

Conjuration du laisser-faire...

Adam Smith ne professe pas que le marché fixe toujours le meilleur prix. Il pense que les producteurs ont tendance à se liguer pour contrôler les prix et éliminer la concurrence et que, historiquement, le plus clair de leur activité, compagnonnage, corporations, droits de douane, n'a pas eu d'autre fin. Au désir de transactions honnêtes, qui fait exister sur les marchés, répond toujours celui de transactions malhonnêtes, qui les dénature. [...] Réellement abandonnée à elle-même, l'économie du laisser-faire devient une conjuration des producteurs contre les consommateurs, des vendeurs contre les acheteurs.
Adam GOPNIK (2010, New Yorker), Books, 04/2011, p. 25.

Développement faussé...

Paradoxalement, cette grande bataille [impliquant Square, Google, les opérateurs téléphoniques, les émetteurs de cartes, Apple] constitue un frein au développement des portefeuilles électroniques [...]. Car chacun veut récupérer sa part d'une activité générant des marges trop faibles pour faire vivre tous les acteurs.
Jérôme MARIN, Le Monde Eco & Entreprise, 20/11/2012, p. 6.

Régie du Lyon...

« La régie [publique des eaux] ne signifie pas forcément que c'est moins cher.» Selon lui [Gérard Collomb, (maire de Lyon)], « entre 2001 et 2012, le prix de l'eau a augmenté de 9 % à Lyon, contre 40 % à Clermont-Ferrand entre 2008 et 2012, et 28 % à Grenoble », toutes deux en régie publique.
Claudia COURTOIS, Le Monde Eco & Entreprise, Le Business de l'eau sous pression, 20/11/2012, p. 4.

Cartel laitier...

Après les endives, la farine, les lessives et les croquettes pour chiens et chats, l'Autorité de concurrence pourrait faire tomber un nouveau cartel dans les yaourts, les fromages blancs et les crèmes fraîches. Huit entreprises fabriquant des marques de distributeurs (MDD) sont soupçonnées d'entente sur les prix. Ensemble, elles produisent 50 % de cet important marché [...].
Alternatives Economiques, 05/2012, p. 24.

Une banque comme il n'y en a pas ?!

CONSEILLER BANCAIRE (n.m.):
Métier qui consiste avant tout à bien vous éclairer. YouTube
Parce que la Caisse d'Epargne ne cesse d'évoluer pour devenir une banque comme il n'y en a pas. Une banque, comme il en faudrait une. YouTube
Caisse d'Epargne. La Banque. Nouvelle définition.
Le 4 septembre, le tribunal de grande instance de Lyon a condamné la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes pour avoir organisé une concurrence intensive entre ses commerciaux. Leurs résultats étaient évalués et comparés publiquement en permanence. Chacun, depuis son poste, pouvait suivre en direct les performances de ses collègues. Et la seule consigne était de faire mieux que les autres.
Alternatives Economiques, 10/2012, p. 24.

Profession libéralisée...

Certains experts estiment que la déréglementation des professions réglementées et protégées de la concurrence (coiffeurs, chauffeurs de taxi, pharmaciens, notaires, experts-comptables, vétérinaires...), permettrait de créer plusieurs centaines de milliers d'emplois.
L'Expansion, 09/2012, p.48.

Dents longues...

Le capitalisme lui-même s'appuie sur deux types d'institutions dont les logiques sont très différentes : les marchés et les entreprises, les premiers pour organiser la compétition, les seconds pour la coopération. La rupture qui est introduite par le capitalisme financier depuis le début des années 1980 est d'imposer une logique de marché au sein même des entreprises. [...] Partout la compétition progresse, et la coopération recule.

Décroissance libérale...

Dans une étude économétrique très sérieuse, Dany Rodric a montré que la libéralisation de la finance et de la circulation des capitaux n'a pas contribué à la croissance mondiale. Pour deux raisons. Premièrement, l'investissement direct dans les pays ne représente en effet que 5 % des capitaux. 95 % des capitaux circulant à travers le monde sont purement spéculatifs. Deuxièmement, la concurrence est faussée.
Jacques SAPIR, France 3, Ce soir ou jamais, 15/11/2011.

Hauts salaires compétitifs...

Ce ne sont pas les salaires trop élevés qui entravent la compétitivité de l'industrie américaine : les branches industrielles qui ont le moins perdu d'emplois au cours de la dernière décennie sont aussi celles qui paient le mieux (les exceptions portent en général sur des produits pondéreux, sensible à la hausse des coûts de transport). En outre, la majorité des pays développés qui affichent de meilleures performances industrielles que les Etats-Unis, rémunèrent aussi mieux leurs salariés. Plutôt que la hausse des coûts salariaux, mieux vaut promouvoir la hausse de la productivité, via la formation tout au long de la vie, l'innovation et le partage des responsabilités et des gains avec les salariés.
Alternatives Economiques, 06/2012, p. 46.

Libre protectionnisme...

Plus on examine de près la façon dont les pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis sont devenus prospères, moins on voit de laisser-faire et plus on voit d'intervention de l'Etat.
[...] La Grande-Bretagne et les Etats-unis n'ont vu dans le libre-échange un idéal qu'après s'être dotés d'industries capables de damer le pion à leurs rivaux.
[...] Quand les héritiers d'Adam Smith exposèrent les vertus théoriques du libre-échange, la Grande-Bretagne conservait certaines des taxes douanières parmi les plus élevées au monde : plus de 50 % sur certains produits. Il en fut ainsi jusqu'aux années 1860, quand la compétitivité du pays dans le textile, l'acier et d'autres industries fut fermement établie. Comme l'historien de l'économie Paul Bairoch l'a souligné, l'idée que la grande Bretagne a accédé au statut de puissance économique dominante grâce au libre-échange est une absurdité.
[...] La réalité, c'est qu'aucune des puissances économiques actuelles n'a pratiqué le libre-échange pendant sa phase de développement. Les économistes du libre-échange doivent nous démontrer comment ce principe peut expliquer la réussite des pays aujourd'hui développés, fait remarquer Chang [Ha-Joon, économiste à l'université de Cambridge], alors que ces derniers, disons-le tout net, l'ont fort peu pratiqué avant de devenir riches.
John CASSIDY (The New Yorker, 2010), Books, 03/2011, p. 38.

Télécom-currence...

Les grands opérateurs [de télécom] haussent de plus en plus le ton contre le primat donné à la concurrence par la régulation européenne depuis vingt ans. L'Union européenne compte plus de 150 opérateurs télécoms, contre seulement autre aux Etats-Unis et trois en Chine. La concentration paraît inévitable, si l'Europe veut conserver des opérateurs puissants et capables d'investir.
Alternatives Economiques, 07-08/2012, p. 24.

Esclavagisme...

Quand une industrie est mise en péril par la concurrence chinoise permise par du travail quasi-esclavagiste, il faut des mesures de protection temporaires. Du protectionnisme  temporaire, il y'en a plein dans le monde, aux Etats-Unis, en Chine.
Edgar MORINFrance 5, 2012, les grandes questions, 14/10/2011.