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Easy money...

Deux [...] dangers du QE [quantitative easing] ont été identifiés par Natixis. Premièrement, les investisseurs traditionnellement prudents (fonds de pension, assureurs à travers fonds en euros des contrats d'assurance-vie) vont voir leur rémunération chuter. Concrètement, cela signifie que les rendements des assurance-vie vont continuer de baisser pour les particuliers. Ce qui peut poser des problèmes pour l'épargne que se constituent les travailleurs en vue de la retraite, pour combler la baisse programmée des pensions. 
Deuxièmement, les investisseurs à la recherche d'une meilleure performance vont se déporter sur les actifs plus risqués (obligations grecques par exemple). Certes, cela fera baisser les taux d'intérêt et soulagera la dette grecque, puisque le gouvernement empruntera moins cher. Mais, en cas de défaut ou de renégociation de la dette, les investisseurs risquent de se retrouver avec une proportion anormalement élevée d'actifs risqués.
Dans les faits, l’investisseur qui vend son obligation à la BCE peut racheter une autre obligation d’Etat, ou une obligation d’entreprise, à moins qu’il n’achète des actions, ce qui génère une hausse de la Bourse. La traduction dans l’économie réelle est différente selon l’orientation de la liquidité offerte par la BCE. Dans le premier cas, elle facilite le financement des déficits publics mais n’a pas un impact fort en termes de croissance économique. Dans le second cas, les entreprises peuvent emprunter à des taux plus bas, mais face à une incertitude forte sur la demande et une confiance relative dans l’économie, la faiblesse des taux d’intérêt n’est pas suffisante pour garantir une relance de l’investissement.
Nous devons donc nous attendre à un impact sur le taux de change, avec un euro qui devrait rester orienté à la baisse
[...] Si on laisse le risque lié à ce rachat d’obligations souveraines aux banques centrales nationales, alors l’idée de la BCE comme institution solidaire n’existe plus. Surtout, cela pourrait entraîner in fine une hausse des primes demandées par les investisseurs pour les obligations de certains pays.
Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis considère que "l'économie n'a pas besoin actuellement de liquidités"
Aujourd'hui, il faudrait davantage une relance d'investissements qu'une politique de quantitative easing, analyse [Daniel Cohen]. Surtout qu'elle va profiter à l'Allemagne en premier lieu en tant que première économie de la zone euro alors qu'elle n'en a pas besoin.
Pour Henri Sterdyniak, chercheur à l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "le problème c'est que les banques ont déjà beaucoup de liquidités et beaucoup d'entreprises n'ont pas besoin de plus de crédits car elle n'ont pas de demande".
[...] La BCE a décidé que les banques centrales nationales achèteront uniquement les dettes souveraines de leur propre Etat et les « conserveront. » Ceci ressemble à une volonté de réduire le partage des risques au strict minimum et de rendre chaque gouvernement responsable du QE « national. » 
[...] Compte tenu des attentes sur les marchés, où les taux de la zone euro ont beaucoup baissé, une décision de reporter sine die le QE provoquerait un cataclysme boursier. L'Allemagne, dont le taux a beaucoup baissé dans la perspective du QE, serait une des premières victimes de ce contre-coup. D'autres pays se retrouveraient en difficulté avec la remontée des taux et pourrait faire appel au Mécanisme Européen de Stabilité (MES) : la zone euro serait menacée de récession. La Buba ne peut se permettre un tel scénario. Son opposition - comme celle du gouvernement allemand - est de pure forme : elle n'existe que parce qu'elle n'est pas bloquante. 
[...] Le cœur du problème européen n'est pas traité directement par le QE. Les entreprises manquent de raisons d'investir et la demande de crédit est faible. Les taux sont déjà faibles et cela ne change rien. Le QE ne traite pas cet aspect central du nœud gordien européen. D'où le risque que l'argent créé par le QE n'aille pas dans l'économie réelle, mais soit plutôt utilisé par les banques pour alimenter des bulles spéculatives en Europe ou ailleurs.
80 % [des rachats d'actifs] sont achetés directement par les banques centrales de chaque pays, SANS AUCUNE SOLIDARITÉ européenne ! 
[...] Cela [...][est] un sacré pas vers la dissolution de l’euro
[Le QE ne rétabli pas l'inflation espérée parce] qu’on a désormais une énorme économie financière, au dessus-de l’économie réelle, qui modifie les flux financiers. 
[...] Et en fait, dans l’économie financiarisée actuelle, les actions de la banque centrale ont bien tendance à faire de l’inflation – mais de l’inflation des actifs
[...] Quand on voit le cours actuel des actions (records historiques – ce qui est clairement du délire vu le contexte économique !!), des obligations, de l’immobilier, des taux d’intérêts, on voit bien qu’il y a bien un fort effet inflationniste – mais des actifs. 
[...] Eh bien, c’est assez simple. un tel QE sert principalement à 2 choses :
1. Vous l’avez compris, à continuer la gabegie financière, à maintenir au cric des bulles gigantesques, indues et dangereuses – en évitant la vérité des prix (ce qui a à l’évidence des impacts négatifs sur l’économie réelle)
2. Et mieux encore… À aider les banques privées ! 
[...] En effet, on voit bien que dans cette opération [voir exemple comptable dans l'article] :
1. Les liquidités dans le système augmentent (la banque est remboursée, mais la Grèce n’a encore rien payé) : du cash pour continuer à jouer…
2. La banque récupère 100 % de sa mise, et pour juste 1 100 Md€ – merci Mario…
3. La BCE récupère le risque pourri et le risque de défaut ! 
Ainsi, c’est un peu comme si 10 minutes avant que le Titanic ne tape l’Iceberg, la BCE arrive en barque, lance une corde à un milliardaire qui descend dans la barque et la BCE prend sa place sur le bateau – le tout en lui rachetant au passage son billet à plein tarif… 
[Si les 1 000 milliards prévues dans le programme de QE de la BCE étaient crédités sur les comptes en banque des 150 millions de ménages], cela [ferait] quand même 7 600 € par ménage européen, ou plus de 15 000 € pour la moitié des ménages les plus pauvres – ce qui [serait] une vraie bouffée d’oxygène pour eux…

Jacques Attali...

Je pense qu'il y'a quatre ou cinq secteurs aujourd'hui qui [doivent] être l'objet de réformes [et qui peuvent rapidement relancer l'économie] 
[...] Premièrement il faut relancer le logement. [...] Si vous achetez aujourd'hui [et dans les deux ans,] un logement neuf, il serait exclu des droits de succession [quelle que soit la date de transmission du bien]
[...] Deuxièmement, il faut relancer l'investissement. Si vous investissez dans une entreprise non cotée pendant deux ans, vous pourrez léguer ces actions à vos enfants sans droits de succession.
Il précise en aparté...
Et ça, ça a un impact considérable, parce que l'argent qui dort dans l'épargne de différentes façons, pourrait être utilisé bien plus efficacement [...].
Je ne sais toujours pas ce que les gens entendent par "argent qui dort". Si l'argent que récoltent les banques servait à rembourrer des matelas, cela se saurait !


... et pas de matelas en vue !

Il poursuit...
Troisième mesure. On utilise de façon extrêmement gaspilleuse les 32 milliards de la formation professionnelle. Il faudrait consacrer immédiatement 5 milliards sur les 32 à former les chômeurs. [...] Une mesure qui serait par exemple radicale : si une entreprise embauche un chômeur, jeune, elle pourrait le payer en-dessous du SMIG, mais le jeune chômeur toucherait le SMIG parce que le complément de salaire viendrait de l'argent de la formation professionnelle. 
Quatrième mesure. Comme nous sommes en période de déflation, [...] c'est le moment absolument formidable et unique pour augmenter la TVA. [...] J'augmenterais la TVA de trois points. En échange, je baisserais les cotisations salariées du même montant. 
La cinquième est une mesure européenne. Il est urgent de lancer les grands investissements européens
Jacques Attali, BFMTV, Bourdin Direct, 08/2014. 

Création, destruction...

[...] Les corrections boursières – voire leurs effondrements – ne représentent pas une anomalie ou une tare congénitale des marchés : elles font partie intégrante de leur ADN. [...] C’est cette volatilité des bourses et ce sont ses décrochages plus ou moins violents mais épisodiques, qui permettent aux marchés boursiers de procurer une rentabilité supérieure à celle du livret d’épargne. 
[...] Une bourse qui procurerait un rendement stable et régulier – mettons de 7% l’an – et où la volatilité serait inexistante, drainerait des quantités phénoménales de capitaux qui, du coup, sur valoriseraient les actions qui, devenant trop chères, n’offriraient dès lors plus cette rentabilité de 7%… Et pour cause, puisque nul n’aurait plus intérêt à conserver un livret d’épargne, ni des espèces dans un contexte où les bourses autoriseraient un bénéfice plus élevé et garanti. Une telle éventualité verrait en effet la totalité du spectre des investissements s’agglutiner sur les marchés boursiers et propulser ses valorisations…tant et si bien que sa rentabilité finirait par s’effondrer. 
[...] C’est [...] ce que Minsky nous expliquait lorsqu’il prétendait que la stabilité était elle-même source d’instabilité, car les marchés finissent toujours par s’effondrer, sans exception. Mieux : l’absence de crack boursier porte en elle les germes du futur crack.
Michel SANTI, GestionSuisse.com.

Du beur dans les chaînes...

[...] Je ne pardonne pas à Georges Pompidou [d'avoir créé le problème de l'intégration des étrangers] en ouvrant les vannes de l'immigration sans se soucier ni de l'organiser, ni d'intégrer cette main d'oeuvre [...] que la France faisait venir pour les besoins de ses industries automobile et sidérurgique qui ont été ainsi dispensées des investissement de mécanisation qu'elles auraient dû faire pour soutenir la concurrence. On a fait venir 3 millions et demi de gens d'un coup, sans s'occuper de les loger, de les alphabétiser, de leur apprendre le français, et nous en payons le prix.
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 50.

Remède...

L'économiste Milton Friedman [...] suggérait de faire face à la déflation en jetant de la monnaie d'un hélicoptère. 
[Mais], compte tenu, à la fois de leur surendettement, et de la faiblesse de la demande, les entreprises ne sont [...] pas tentées d'emprunter pour accroître leurs investissements, aussi bas que soient les taux d'intérêts qui leur sont proposés. [...] Quand aux consommateurs, ils préfèrent, eux aussi, se désendetter plutôt que de consommer davantage. La conjonction d'une abondance de liquidités et d'une faiblesse de la demande amène les détenteurs de capitaux à investir dans des placements improductifs (immobilier, titres spéculatifs) sans effet sur le raffermissement de l'appareil de production. 
Keynes proposait, lui, de payer des chômeurs pour creuser des trous et d'autres pour les combler. 
[Mais], d'une part, au sein de l'Union européenne, une politique de relance [...] buterait sur les contraintes institutionnelles [...], d'autre part, dans une économie ouverte, toute relance de la demande risque d'entraîner l'apparition, ou l'aggravation, du déficit commercial [...]. 
Une politique de relance doit donc être orientée vers un renforcement de l'appareil productif. L'Etat peut décider des investissements publics allant dans ce sens. Il peut aussi réduire sensiblement l'imposition des entreprises qui procéderaient elles-même à des investissements visant à renforcer leur productivité. 
[...] La politique de relance [...] devrait être entreprise au niveau européen. 
[...] La véritable mise en oeuvre d'un véritable mécanisme de rééquilibrage des balances courantes ouvrirait la voie à une politique coordonnée, les pays excédentaires étant invités à relancer leur économie et à tirer, ce faisant, la croissance de la zone euro. 
[...] Les pays [...] devraient accepter une règle d'équilibre de leur budget de fonctionnement [...] en échange de la prise en charge par un budget européen étoffé du financement d'investissements visant à muscler l'appareil de production des Etats membres. 
[...] Ce budget serait financé par des crédits à long terme et à faible taux émis par la Banque centrale européenne
[...] Compte tenu de l'importance qui serait ainsi impartie au budget européen, on imagine mal qu'il ne soit pas soumis à un contrôle politique, soit du parlement européen, soit d'un ministre des finances de l'UE, amorce d'un véritable gouvernement communautaire. 
[...] L'UE risque [...] de s'enfoncer durablement dans la crise parce que le remède, qui suppose un approfondissement de la construction européenne, est perçu aujourd'hui comme la source du mal et non le moyen de le combattre.
André GRJEBINE, Le Monde, Supplément Eco & Entreprise, 12/11/2013, p. 9.

Start-down...

Pourquoi la France voit-elle son industrie péricliter ? Pourquoi génère-t-elle si peu d'entreprises innovantes ? Les avis des uns et des autres...
Les chefs d'entreprise ont besoin des sécurité fiscale et réglementaire pour investir. [Les] changements de pied incessants sont mortifères. Anne EVENO (propos de M. Jean-Eudes du Mesnil du Buisson), Le Monde, 06/11/2013, Supplément Eco & Entreprises, p. 2.
Les levées de fonds de capital-risque sont dix fois plus élevées aux Etats-Unis qu'en EuropeFleur PELLERIN, Alternatives Economiques, 11/2013, p. 68.
[...] Les taux de créations d'entreprise de part et d'autre de l'Atlantique ne sont pas très différents, mais les entreprises européennes grandissent difficilement. 
[...] Cette divergence tient en partie au fait que beaucoup de créateurs d'entreprise, côté européen, préfèrent rester petits
Elle tient aussi à des facteurs financiers. Il est impossible de financer des croissances aussi rapides et aussi spectaculaires avec du crédit bancaire
[...] Pour monter dans le train de l'économie de l'innovation, il faut accepter que les champions établis se fassent bousculer. Or, en Europe, on a tendance à [les] protéger [...]. 
Ceux-ci rachètent les start-up, les assimilent, mais souvent aussi les brident
[...] Dans le secteur des biotechnologies, au sud de San Francisco, par exemple, beaucoup de petites entreprises [se sont] établies à peu près au même endroit. [...] Celles qui sont temporairement en difficulté licencient tandis que d'autres embauchent. [...] Cette démographie bouillonnante ne peut fonctionner que si les salariés vont d'une entreprise à l'autre. Ce type d'organisation du marché du travail, très éloigné du modèle de l'emploi stable, est très peu fréquent en Europe. Ce qui ne concourt pas à doper l'innovation. Jean PISANI-FERRY, Alternatives Economiques, Hors-Série n° 97, p. 44.

Crédit boursier...

[...] Pour les entreprises françaises, le poids des actions [dans leurs sources de financement] a [...] doublé en l'espace de trois décennies, passant de 28 % en 1979 à 55 % en 2011. [L'endettement bancaire] ne représente plus désormais qu'environ un quart de leur passif, contre près de 40 % trente ans plus tôt.
Alternatives Economique, Hors-Série n° 97, 2013, p. 31.

Sacré Conard...

[Edward Conard] défend l'idée que l'énorme et sans cesse croissante inégalité des revenus aux Etats-Unis n'indique en rien que l'économie est grippée. Bien au contraire [...]. Si même l'inégalité était encore un peu plus forte, tout le monde s'en porterait mieux, notamment les 99 %. 
[...Selon lui,] la plupart des Américains [...] ignorent que les super-riches ne dépensent qu'une fraction de leur fortune pour leur confort personnel ; que le gros de leur argent est investi dans des affaires productives qui améliorent la vie de tout le monde. 
[...] L'idée que la société profite de la saine concurrence entre les investisseurs est assez largement répandue. Éminent économiste de gauche, Dean Baker [...] estime que pour chaque dollar que gagne un investisseur, le public reçoit l'équivalent de 5 dollars en valeur. 
[...] Selon Conard, cependant, Baker sous-estime les bénéfices sociaux de l'investissement. Il prend l'exemple de l'agriculture : depuis les années 1940, grâce à un flux constant d'innovations, le coût de l'alimentation a régulièrement diminué. Si les entreprises qui ont bénéficié de ces innovations, comme les semenciers ou les chaînes de restauration rapide, ont fait la fortune de leurs propriétaires, le consommateur américain moyen en a profité encore plus. Conard conclut que, pour chaque dollar entré dans la poche d'un investisseur, le public récolte jusqu'à 20 dollars en valeur. 
[...] Jamais avare de vacheries, il [appelle] "diplômés en histoire de l'art" [...] tous ceux ayant la chance de naître avec le talent et les opportunités qui leur permettrait de rejoindre la mécanique de la prise de risque et de la chasse à l'innovation, mais préfèrent choisir une vie moins compétitive
[...] La seule façon selon lui de convaincre ces "diplômés en histoire de l'art" de rejoindre la redoutable mécanique de la vraie compétition économique est de les attirer avec des rétributions hors normes.
Books, 03/2013, p. 25.

Joseph Schumpeter était déjà sur cette ligne...
[Selon lui], les gagnants doivent obtenir "des gains impressionnants" pour provoquer "une impulsion beaucoup plus puissante que ne l'aurait fait une répartition plus égalitaire et plus juste".
Alternatives Economiques, 02/2013, p. 14.
[...] En 2008, ce sont les grands fonds de pension, les compagnies d'assurance et d'autres énormes investisseurs institutionnels qui ont retiré leur argent dans un mouvement de panique. Avec le recul, Conard juge que ce sont ces retraits qui ont conduit à la crise, et non, comme tant d'autres l'ont avancé, une orgie de prêts irresponsables
[...] Le rôle central des banques est de transformer les avoirs à court terme d'épargnant nerveux en prêts à long terme risqués favorisant la croissance. [...] Ce à quoi elles ne s'attendaient pas, c'est que les déposants retirent leur argent, chose qu'ils n'avaient pas faite en masse depuis 1929. 
Books, 03/2013, p. 25.

Too big to not bet...

[...] Le total des actifs de BNP Paribas représente l'équivalent du PIB de la France. Même chose pour le groupe Crédit Agricole. Lorsque ces mastodontes sont mal en point, toute l'économie en subit les conséquences. Les investisseurs savent alors très bien que le gouvernement ne les laissera jamais tomber, car elles jouent un rôle trop important dans l'économie. Cette garantie de sauvetage implicite permet aux banques d'emprunter à pas cher lorsqu'elles veulent spéculer. Un encouragement d'autant plus fort à développer des activités éloignées de ce que l'on attend prioritairement d'elles, à savoir distribuer des crédits à l'économie.
Christian CHAVAGNEUX, Alternatives Economiques, 01/2013, p. 34.

Croisée des chemins...

Si on regarde sur le long terme, depuis les Trente Glorieuses, l'évolution de la croissance, on a une courbe logarithmique avec une asymptote, une limite. On s'aperçoit que les économies occidentales et singulièrement l'économie américaine sont à leur asymptote. Le PIB nominal américain, est quasiment à son maximum et qu'il ne pourra continuer à évoluer et s'accroître que s'il y a un véritable choc technologique. Et donc le véritable enjeu dans les profits de ces entreprises c'est que vont-elles faire de leurs profits ? Est-ce que ça va servir à créer la révolution technologique de demain ou est-ce que ça va être des retraites dans des fonds de pension ?
Jean-Marc DANIEL, BFM, 27/12/2012.

La question posée est très intéressante et séduisante mais, chose étonnante, il est impossible de trouver une courbe du PIB américain qui matérialise ce tassement de la croissance dont parle Jean-Marc Daniel. Voici à quoi elle ressemble quelle que soit les sources, ici d'après un article du (très bon) site d'Olivier Berruyer...

Si l'on exclu la baisse depuis 2007, la tendance "lourde" depuis les Trente Glorieuses ressemble plutôt à une exponentielle et non à une courbe logarithmique.
Pourtant, et c'est le plus étrange de l'affaire, l'évolution du taux de croissance par habitant sur cette période, diminue ! La courbe du PIB devrait donc effectivement "se tasser" avec le temps...

Après demande d'éclaircissement dans les commentaires de l'article, Olivier Berruyer répond qu'il s'agit d'un effet d'optique et qu'il faut zoomer sur la période 1960-2010 pour s'apercevoir que la courbe est bien logarithmique...
Voici un montage rapide avec le graphique 1800-2010 ci-dessus zoomé sur la période 1960-2010 avec en superposition le taux de croissance...


Toujours pas d'asymptote en vue... On pourrait à la rigueur approximer à une tendance linéaire (droite bleue), mais cela ressemble décidément plus à une courbe en cloche inversée (exponentielle donc). Pourtant les variations du PIB sont bien en phase avec celles du taux de croissance. Mais on ne voit toujours pas comment la courbe du PIB peut tendre à "s'envoler" alors que son taux de croissance va diminuant (observer la moyenne décennale en rouge clair)...

Ci-dessous, en passant, ce PIB américain depuis 1947 avec quelques repères historiques...

On note que pour Jean-Pierre Chevallier, "depuis l'après-guerre, la croissance du PIB réel est constante et régulière"...

Bio pas top...

Où Robert Paarlberg fait part de son scepticisme quant à l'intérêt de l'agriculture biologique...
[...] Des critiques gastronomiques influents, des militants et des stars de la restauration entonnent en choeur ce refrain : l'"alimentation durable" de l'avenir doit être bio, locale et lente. Vous savez quoi ? C'est précisément le système dont joui déjà l'Afrique rurale, et il ne fonctionne pas ! Au sud du Sahara, les petits agriculteurs qui utilisent des engrais chimiques sont si rares que leur production est de facto biologique. Les coûts élevés du transport les contraignent à acheter et vendre sur place la majeure partie de leur récolte [...] 70 % des foyers ruraux en Afrique n'ont pas accès aux marchés urbains les plus proches car ils sont, par exemple, situés à plus de trente minutes à pied de la première route praticable en toutes saisons. [...] Quant à la cuisine, elle est terriblement lente. Le résultat n'est pas réjouissant : un revenu moyen de 1 dollar par jour et un risque sur trois d'être malnutri
[...] La conception et l'introduction dans les pays pauvres, au cours des années 1960 et 1970, de graines de blé et de riz à haut rendement, sous l'impulsion de l'Américain Norman Borlaug et d'autres scientifiques, ont eu des retombées très positives. [...] L'Inde, par exemple, a doublé sa production de blé entre 1964 et 1970 et a pu se passer d'aide alimentaire à partir de 1975. Rappelons à ceux qui parlent d'agriculteurs "endettés et mécontents" que le taux de pauvreté dans les campagnes indiennes est passé de 60 % alors, à 27 % aujourd'hui. 
[...] En Amérique latine, où les élites traditionnelles contrôlent étroitement l'accès aux terres fertiles et au crédit, l'arrivée des semences améliorées a creusé les écarts de revenus. [...] Cela étant, même en Amérique latine, le taux de malnutrition a diminué de plus de 50 % entre 1980 et 2005. 
[...] L'American Journal of Clinic Nutrition a récemment publié une synthèse de 162 articles scientifiques parus au cours des cinquante dernières années sur les bienfaits sanitaires du bio ; elle en concluait à l'absence de tout bénéfice nutritionnel
[...] L'agriculture biologique occupe moins de 1 % des terres cultivables aux États-Unis. Si les 99 % qui restent se convertissaient au bio, et donc se passaient de produits chimiques, il leur faudrait consommer une quantité plus grande d'engrais animal. Ce qui obligerait à multiplier par cinq environ les têtes de bétail. Ces animaux devant se nourrir de fourrage biologique, il faudrait dès lors mettre en pâture l'essentiel du territoire américain. Quant à l'Europe, le choix d'une alimentation exclusivement bio se traduirait par une extension de 28 millions d'hectares de la superficie des terres cultivables, l'équivalent des forêts de la France, de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et du Danemark réunis. 
[...] L'agriculture ne cesse de devenir plus verte. L'érosion des sols a brusquement ralenti dans les années 1970 grâce à l'introduction de la "technique culturale simplifiée", innovation qui a aussi réduit la consommation de diesel [...] En 2008, l'OCDE a publié un rapport sur la "performance environnementale de l'agriculture" dans les trente pays industriels les plus avancés. [...] La surface dédiée à l'agriculture a baissé de 4 %, les émissions globales de gaz à effet de serre de 3 %, et la surconsommation d'engrais azotés de 17 %. La biodiversité s'est elle-aussi améliorée, avec l'introduction de nouvelles variétés de plantes et de races animales. 
[... Dans tous les pays en développement] l'assistance au secteur primaire s'est révélée être un investissement très rentable. Y compris en Afrique. La Banque mondiale a évalué à 35 % par an en moyenne le taux de rentabilité des fonds placés dans la recherche agronomique sur le continent. Certains investissements ont même atteint des taux de rentabilité de 68 %. Aveugles à ces réalités, les États-Unis ont réduit de 77 % leur aide dans ce domaine entre 1980 et 2006.
Robert PAARLBERG, Foreing Policy (2010).
Books, 01/2013, p. 53.

Cordonnier mal chaussé...

Où entre autres choses, l'on apprend que les financiers sont toujours les plus mal financés...
Dans un futur proche qui aura dépassé la crise financière, avoir démarré des affaires à Singapour, dans les pays scandinaves et en Israël sera un avantage pour une entreprise. Un classement du cabinet de conseil Grant Thornton désigne ces pays comme les destinations les plus dynamiques pour y investir. Dans cette étude, le dynamisme est défini comme la capacité d’un pays à mettre en place un environnement favorable pour se relever de la crise mondiale de 2008-2009. Vue de l’étranger, la croissance ne fait donc pas tout. Le dynamisme économique, pour Grant Thornton, c’est aussi sa stabilité politique, ses lois commerciales, le niveau de formation et la productivité de sa population active ainsi que son niveau de développement technologique et scientifique
[...] La France est plutôt bien classée... certes derrière l'Allemagne (9e) mais devant le Royaume-Uni (32e). En seizième position, entre l'Uruguay et le Danemark, l'hexagone se distingue pour son environnement financier très bien régulé.

Deux points remarquables à propos de la France, dans ce rapport...

Dans la catégorie Labour and Human capital, pour être bien classé, il faut surtout une forte croissance de la productivité (représente 47 % de la note) une durée moyenne de scolarisation élevée (28 %), un taux de chômage faible (20 %) et une population jeune (6%).
La France pourtant pourvue d'une population active productive et bien formée, n'est pas dans le Top 10 dans cette catégorie.
Oecd.org, Labour productivity levels.

Dans la catégorie Financing environment, pour être bien classé, il faut surtout une bonne disponibilité de crédit (44 %), un système de régulation financière sain (30 %), de faibles charges (14 %) et une bonne croissance de l'investissement direct intérieur (7 %).
La France est ici classée 3e là où, est c'est là le plus étonnant, le Royaume-Uni, paradis de la finance mondialisée, se situe dans le Bottom 10 entre les Philippines et l'Indonésie...

Détournement...

Seulement 3,5 % de la capitalisation du CAC 40 correspondent à des investissements directs (participations supérieures ou égales à 10 % du capital). C'est-à-dire que les autres participations sont essentiellement ce que l'on appelle des investissements de portefeuille, sans implication dans la gouvernance de l'entreprise.
Raphaël DIDIER (2009), Les marchés financiers en clair. Ellipses.

Anti-récesseur...

Le partage inégal de la valeur ajoutée génère un problème de compétitivité et de croissance lié à des investissements et des salaires insuffisants. [...] Chômage et déclassement provoquent un ressentiment, une tentation de repli sur soi et finalement une dépression collective.
Matthieu PIGASSE, Le Nouvel Observateur, 04/2012, p. 104.

Livret A-rithmétique...

L'encours de 47 % des 62 millions de livrets A est inférieur à 150 euros. [...] 8,5 % des livrets ont un montant déposé supérieur au plafond légal de 15 300 euros (du fait des intérêts capitalisés).
Alternatives Economiques, 09/2012, p. 61.

Rentabilité de la loose...

[...] Quel économiste nierait que le tandem économie-imaginaire-du-pire est ce qu'il peut arriver de plus mauvais à la prospérité mondiale ? En anticipant la catastrophe, on décourage l'investissement ; en réduisant l'investissement, on précipite la catastrophe. L'esprit d'entreprise a toujours eu raison de ce cercle vicieux : pourquoi n'est-ce plus le cas aujourd'hui ? Parce que l'avènement du pire laisse espérer des profits gigantesques. Dettes, rachats, réassurances, fusions, faillites, [spéculation] etc., sont en industrie, celle du cynisme, qui sait qu'il y a de l'argent à faire sur le découragement et la démobilisation. Est-ce encore du libéralisme ?

Fausse bonne idée...

[...] Soumettre les revenus du capital au même barème que l'impôt sur le revenu [...] peut paraître justifié pour des raisons d'affichage, mais ne l'est pas sur le plan économique. 
[...] Si vous recevez un intérêt de 4 %, il faut en déduire l'inflation (environ 2 % aujourd'hui) pour déterminer le revenu réel de votre placement, qui sera donc de 2 %. Cependant, vous êtes imposés sur les 4 %. Donc si on compare l'impôt acquitté au revenu réel de votre investissement, la taxation, alourdie des prélèvements sociaux, atteint déjà 79 % aujourd'hui. Si le gouvernement soumet les intérêts au barème, le taux d'imposition atteindra 116,4 %. 
[...] Les dividendes constituent une part des bénéfices des entreprises qui ont déjà été soumis à l'impôt sur les sociétés (IS) et qu'elles versent ensuite à leurs actionnaires. Si on prend en compte cet IS, le taux d'imposition s'élève actuellement à 58 %. Avec la réforme, il grimperait à 72,6 %. Les investisseurs risquent de se détourner d'un placement qui rapporte peu et qui présente en plus des risques de perte de capital compte tenu des aléas des marchés financiers
[...] Une partie des revenus des tranches supérieures échappent à l'impôt [à cause des niches fiscales]. [...] Ce n'est pas le barème qu'il faut modifier, mais les trous de système qu'il faut boucher.

On peut pas épargner mille fois un revenu...

[Pour Smith], Say et leurs héritiers, l'épargne est première. La partie des revenus qui n'est pas consommée [...] sert à financer des investissements, lesquels sont générateurs d'efficacité économique accrue, donc croissance économique. [...] L'offre crée toujours sa propre demande : le revenu issu de l'offre [...] est intégralement dépensé, soit en consommation, soit (à travers l'épargne) en investissement, et donc, la demande globale est constamment et automatiquement égale à l'offre globale. 
[Pour Keynes] la disponibilité d'une épargne préalable ne joue pas un rôle déterminant dans la dynamique économique : les investissements jugés nécessaires du fait des anticipations [des entreprises compte tenu du "climat des affaires"], peuvent fort bien, si l'épargne disponible est insuffisante ou trop frileuse, être financés à crédit par des établissements bancaires [...]. L'investissement permet de dégager de l'épargne supplémentaire, grâce à l'amélioration de l'emploi et des revenus qu'il engendre. [Pour autant], le taux d'épargne pendant les Trente Glorieuses est resté à peu près stable alors que les revenus individuels ont plus que doublé. 
[Pour Modigliani] le taux d'épargne individuel varie certes avec le revenu, mais sert à accumuler du patrimoine dont la vente permettra de maintenir le niveau de vie tout au long de l'existence.  
[Pour Friedman], la consommation ne dépend pas du revenu courant, mais du patrimoine que chacun cherche à acquérir afin de s'assurer un niveau de vie stable. Il n'existe donc pas de relation stable entre le revenu courant et l'épargne. Et un surplus temporaire de revenu issu d'une politique publique de relance ne modifie que très peu la consommation : il sert surtout à épargner davantage. 
[Pour les "nouveaux classiques" (Robert Lucas, Thomas Sargent)], les citoyens, à la fois consommateurs et contribuables, anticipant rationnellement ce qui se passera quand il faudra payer la note de la relance, se contentent d'épargner davantage. »
Denis CLERC, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 56.

C'est simpl'...

Pour moi, la consommation n'est pas un moteur de la croissance. Si l'on regarde les équations des théories économique, d'ailleurs y compris keynésiennes, puisqu'un des plus grands ennemis de la relance par la consommation, c'est Keynes. Ce que dit Keynes, c'est que les trois moteurs de la croissance, c'est  l'investissement privé, la politique budgétaire et les exportations.
Jean-Marc DANIEL, France Inter, Ils changent le monde, 01/08/2012.

Il faut se protéger...

[...] Les mesures protectionnistes contre les investissements étrangers ont continué à progresser [en 2010]. Elles représentaient 32 % des nouvelles législations nationales concernant les investissements internationaux, contre 30 % en 2009, 20 % en 2005 et seulement 2 % en 2000.
Alternatives Economiques, 09/2011, p. 22.