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Scoopération...

Sous la surface des Scop (sociétés coopératives et participatives)...
5. Sauver une entreprise industrielle menacée de faillite en facilitant sa reprise par ses salariés, telle est l'image d'Epinal associée aux Scops. [...] En fait trois nouvelles Scop sur quatre sont des créations ex nihilo. Alternatives Economiques, 12/2012, p. 37.
4. Depuis le début de la crise en 2008, les reprises d'entreprises en difficulté sous forme de Scop représentent moins de 10 % des nouvelles Scops. Valérie LION, L'Express, 11/2012, p. 90. 
3. C’est un fait, le modèle coopératif, ou commerce associé, résiste à la crise. Par exemple, sur l’année 2008, alors que le commerce de détail souffrait du marasme ambiant et enregistrait une croissance négative (à -0,3 %), le commerce associé, qui représente près de 26 % du commerce de détail en France, affichait pour sa part une croissance de 4,9 %, contre +5,1 % en 2007. PointsDeVente.fr
2. Tous métiers confondus, [le chiffre d’affaires des Scops] et leur valeur ajoutée ont doublé en 10 ans. Le taux de survie des entreprises créées en Scop s’élève à 57% au dessus de la moyenne nationale (52% source INSEE). LesScop.fr
1. L’Organisation internationale du travail (OIT) recommande depuis 2002 la structuration coopérative du travail : Les coopératives ont un rôle d'émancipation en permettant aux couches les plus pauvres de la population de participer aux progrès économiques. Elles offrent des possibilités d'emploi à ceux qui ont des compétences, mais peu ou pas de capital et assurent protection en organisant l'assistance mutuelle au sein des communautés. Wikipédia. 

L'oeuf ou la poule, encore...

[...] Quand on travaille sur les structures familiales et les indicateurs de fécondité, on est assez proche du sens profond de l'existence. Ce sont des variables chaudes. Et pour moi, les gens qui pensent que l'histoire se fait uniquement au niveau des variables froides, économiques surtout, sont proches de la schizophrénie, de la sortie de la réalité.

Oh oui, frappe-moi...

Je ne qualifierais pas forcément de démocratique un pays [l'Allemagne] qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.
Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.


A vau-l'eau...

[...] Un groupe social privilégié n’est pas nécessairement décadent et irresponsable. À la différence des nobles français du XVIIIe siècle, attachés à l’exemption fiscale, les classes supérieures anglaises acceptaient une pression fiscale élevéeElles ont conquis le monde. L'oligarchie actuelle est à mille lieues de cet exemple. [...]
Emmanuel TODD, Le Point.fr, 13/12/2011.

Appels de phare...

Emmanuel Todd illustre la pertinence de sa théorie des structures familiales...
Philippe COHEN - [...] Cette typification des genres nationaux [selon les valeurs héritées du passé paysan] n'est-elle pas chamboulée par la modernité ? 
Emmanuel TODD - Ecoutez. Je vais prendre brutalement un exemple pour bien me faire comprendre. Nous sommes sur une route française. Des gendarmes sont cachés pour surprendre des excès de vitesse. Des appels de phare issus de la communauté délinquante française nous avertissent pour faire attention. Nous voici en Allemagne. Quelqu'un gare mal sa voiture. Un voisin appelle la police
Le fonctionnement concret de l'économie a un rapport avec ces comportements sociaux standards qui définissent un rapport fondamental à l'autorité. Admettons, sans les juger, mais une fois pour toutes, que la France et l'Allemagne sont deux mondes différents. La règle d'or a un sens, certes pathologique, dans l'un de ces deux mondes et aucun dans l’autre. Ou alors, nos dirigeants, qui nous donnent l'Allemagne en modèle, doivent avoir le courage de nous demander de dénoncer nos voisins quand ils garent mal leur voiture… D'ailleurs la règle d'or du futur traité européen suppose non seulement une discipline parfaitement intériorisée, mais aussi la surveillance du budget du voisin.
Marianne, 13/12/2011.

Bien huilée...

Dans la série "Je vous explique la crise" : Emmanuel Todd...
[...] Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser, et les revenus, comme les importations, par s’effondrer [...]. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.
[...] Et puis, d'un autre côté, comme tout ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15 %, il y a une accumulation d'argent en haut de la structure sociale. [Or] les gens  riches ont leurs problèmes : que faire de leur argent ? Prêter à l’État ! C'est totalement génial. Puisque vous avez, ou vous croyez avoir, une sorte de garantie maximum. [...].  Emmanuel TODDBFM, 02/12/2011.

Les méchants...

Où les uns et les autres nous disent qui sont les méchants "riches", source de tous nos maux...
[...] Dans un article intitulé The network of global corporate control, [une équipe du Polytechnicum de Zurich], ont répertorié les participations croisées des [firmes transnationales] les unes dans les autres (y compris pour celles d'entre elles qui ne sont pas cotées en Bourse) [...]. L'image qui émerge de cette analyse est celle d'un monde détenu par un très petit nombre de firmes dont la plupart sont des banques. [...] Ainsi, on s'aperçoit que dans les pays industrialisés, ce sont 5 à 10 % de la population qui détiennent 80 % du patrimoine, alors que seulement 737 firmes, soit 0,61 % d'entre elles, contrôlent 80 % de leur valeur totale, et qu'un petit groupe de 147 firmes, dont les trois quart sont des établissements financiers, contrôle 40 % de la valeur de ces firmes transnationalesPaul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 144. 
Que cela vous plaise ou non, l’accumulation excessive d’argent dans les strates supérieures de la société est l’une des caractéristiques de la période. La baisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l’intérieur de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Emmanuel TODDLe Point, 13/12/2011.

Paysan pure souche...

Emmanuel Todd nous explique les caractéristiques des structures familiales et leur impact insoupçonné sur l'histoire des peuples et des nations...
L'hypothèse familiale ne [prétend] nullement tout expliquer et surtout pas pour l'éternité. Elle suggère que les valeurs héritées du passé paysan se réincarnent temporairement dans l'idéologie qui naît du désarroi engendré par l'alphabétisation, l'urbanisation et l'industrialisation. Page 14.
La famille souche, système à héritier unique fondé sur les principes d'autorité du père et d'inégalité des frères, prédominante en Allemagne et au Japon, a favorisé des idéologies et des mouvements autoritaires ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité. Page 14. 
La famille nucléaire absolue anglaise, très libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais assez indifférente à l'idée d'égalité, était le substrat nécessaire aux développements de l'individualisme et du libéralisme politique anglo-saxon. Page 14.
La famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d'égalité des frères, prédisposait à une acceptation des principes de 1789 [...]. Une structure familiale qui définit les frères comme égaux loge en effet dans l'inconscient l'idée à priori d'une équivalence des hommes et des peuples. Page 14. 
[La famille communautaire] patrilinéaire, [autoritaire et égalitaire (entre les frères)] a fini par casser le processus de développement là où elle s'est imposée, parce qu'elle a aboutit dans sa phase finale à un abaissement du statut de la femme qui a diminué le potentiel éducatif de la population concernée. Page 28. 
Nous pouvons admettre la nécessité d'une relation fonctionnelle entre l'évolution de l'agriculture et celle de la famille. Page 137. 
[...] L'incitation au départ est très forte pour les premiers agriculteurs parce que les sols nouveaux sont plus fertiles que les anciens, dont la régénération peut déjà poser des problèmes à la vieille communauté. Ainsi qu'il a été écrit, "l'économie néolithique est expansive". Page 138. 
[...] Mais au coeur de cette civilisation agricole en expansion, la terre finit par devenir rare, et progressivement s'installe, selon l'expression de Pierre Chaunu, le "temps du monde plein". Il n'est plus aussi facile d'émigrer. Page 138. 
[...] Je pense que c'est dans ce monde fermé, dans lequel tout espace a un maître, que peut être inventé le mécanisme de la famille souchePage 138. 
[...] Les aînés, complètement privés de possibilités d'émigration, seraient finalement choisis comme successeurs en vertu de la règle "premier arrivé (à l'âge adulte), premier servi" [...]. Page 140.

Attardée...

[...] Je reste extrêmement sceptique sur l'avenir glorieux de la Chine. [Ce pays] est en rattrapage, et le rattrapage n'est pas l'innovation. Or le système patrilinéaire [renforcé dans le cas de la Chine par l'avortement sélectif pour limiter le nombre de filles] n'est pas bon pour l'innovation. [...] Il n'est pas clair du tout que la Chine puisse définir l'avenir de l'humanité en termes de choix et de véritables inventions.
 Jacques Attali, avec d'autres indicateurs (plus artistiques !) arrive à la même conclusion >>
[...] Si je devais faire un pari concernant l'Asie, je parierais sur l'Indonésie
Même s'il s'agit pour les multinationales de trouver des coûts du travail plus faibles qu'en Chine désormais, peut-être leur arrivée donnent-elles raison à Emmanuel Todd...
Les multinationales étrangères s'installent en nombre dans l'archipel du Sud-Est asiatique, attirées par une main-d'oeuvre à bas prix, mais aussi par un marché riche de plus de 200 millions d'habitants. L'Express, 11/2012, p. 80.
Emmanuel TODD, Le Point, 09/2011, p. 82.

Keynes has-been ?

[...En France], le soutient de la consommation [a] largement bénéficié aux entreprises... étrangères. Les importations ont crû de 6,5 % entre 2006 et 2010 alors que les exportations n'ont progressé que de 1,3 %. La politique keynésienne suivie a en effet un très gros défaut : elle a des effets pervers majeur en économie ouverte.
Denis KESSLER, Challenges, 06/2011 [date incertaine], p. 34.
Les gouvernements ont fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l’économie de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Dans ces conditions, la rigueur peut apparaître comme un refus passif de contribuer à la croissance de la Chine, une troisième voie que je qualifierai de "protectionnisme des imbéciles".
Emmanuel TODD, Le Point.fr, 13/12/2011.
Sur le plan macroéconomique, […] baisser les charges est un recyclage 100 % français de l'argent collecté, cela abaisse le coût du travail et donc augmente nos exportations […]. Faire un chèque aux ménages, c'était augmenter leur pouvoir d'achat, et donc leur consommation, pour partie constituée de produits importés […]. Cela n'allait donc profiter que partiellement à l'emploi français, et ne rien changer sur le plan de la compétitivité de l'économie nationale.

Usine story...

Où un petit tour succins de l'histoire de l'industrie française enrichie notre réflexion sur son état présent et, peut-être, son état à venir...
Les temps troublés de la Révolution expliquent en partie le retard français par rapport à la Grande-Bretagne, que l'on observe au début du XIXe siècle [en particulier dans l'industrie textile]. BEZBAKH P. (2004), Petit Larousse de l'histoire de France, p. 327.
En aparté, il semble que le secteur agricole n'était pas mieux loti...
La productivité agricole y était inférieure de moitié à celle de l'Angleterre, et le pays avait une démographie très au-dessus de ses moyens.Norman HAMPSON (London review of books, 1981), BooksLa révolution et ses pauvres, 07-08/2012, p. 51. 
Jacques Attali propose une raison moins académique...
Les rares forêts dont [l'Angleterre] dispose doivent être précieusement conservées pour l'armement naval, si stratégique ; et comme il n'y a pas de hautes montagnes, il n'y a pas de torrents. Pour trouver l'énergie qui lui manque, la gentry [noblesse sans terre] va s'appuyer sur l'innovation technique d'un Français, Denis Papin, que l'abondance des forêts françaises a fait négliger à Paris : la machine à vapeur. Jacques ATTALI (2006), Une brève histoire de l'avenir. Fayard, p. 107. 
Mais confirme le manque d'opportunisme en France...
Malgré les idéaux des Lumières, la France reste dominée par une caste foncière et bureaucratique qui monopolise la rente agricole et ne l'oriente pas vers l'innovation. Jacques ATTALI (2006), Une brève histoire de l'avenir. Fayard, p. 108. 
[...] L'essor industriel de la France est incontestable à partir de la fin des années 1830, comme en témoigne le développement de son réseau de voies ferrées (qui passe de 3 000 km en 1850 à 17 500 en 1870 et à 50 000 en 1913). Il est attesté aussi par les industries textiles, minières et sidérurgiques, ces deux dernières bénéficiant de ce nouveau moyen de transport en étant amenées à produire l'énergie, les rails, les wagons... La "performance" française [est] inférieure à celle de l'Angleterre durant les deux premiers tiers du siècle, et à celle des Etats-Unis et de l'Allemagne dans le dernier tiers. BEZBAKH P. (2004), Petit Larousse de l'histoire de France, p. 421.
[...] Le comportement timoré des épargnants français au XIXe siècle est bien connu [...]. Ils préfèrent les placements "sûrs", comme la terre, la pierre, les bons d'Etat (français ou étranger), ou, à la rigueur, les obligations privées [...] et ne s'orientent qu'avec réticence vers le financement direct des entreprises productrices. [Cela s'explique en partie] par la constitution tardive du système bancaire français, et l'attitude de ce milieu face au monde de la production. [Enfin,] après 1850, la France a suivi les traces de l'Angleterre pour devenir en 1914 le second pays exportateur de capitaux [avec 8,7 milliards de dollars sur un total de 44 milliards]. [...] Il est certain que l'investissement et l'industrialisation auraient été plus importants en France si l'épargne nationale avait été directement utilisée en dépenses productives. BEZBAKH P. (2004), Petit Larousse de l'histoire de France, p. 423.
    [...] La France n'a pas connu de véritable "révolution industrielle", si on compare son évolution aux bouleversements rapides de l'Angleterre au début du XIXe siècle, ou des Etats-Unis, de l'Allemagne ou du Japon après 1870. Cela tient sans doute principalement au fait que la France est demeurée longtemps un pays à dominante agricole, à tel point que J. Marczewski situe vers 1885 le moment où la production industrielle y dépasse celle de l'agriculture, alors que cela s'était produit vers 1820 en Grande-Bretagne. [Le maintient] d'une agriculture de subsistance (où domine la petite et moyenne propriété foncière) [grâce aux] protections douanières (sauf de 1860 à 1880 environ) [rend] l'offre de main-d'oeuvre à destination de l'industrie insuffisante pour provoquer une chute brutale des coûts salariaux [...]. BEZBAKH P. (2004), Petit Larousse de l'histoire de France, p. 430.

    Laboureur de gauche, éleveur de droite...

    Emmanuel Todd nous explique en quoi la cartographie française des affinités politiques s'explique par les structures familiales anciennes...

    C'est en 1791 qu'apparut pour la première fois la carte qui allait structurer pendant près de deux siècles la vie politique française. L'historien américain Timothy Tackett a mis en forme cartographique le choix des prêtres qui acceptèrent ou refusèrent de porter serment à la Constitution civile du clergé, votée par l'Assemblée constituante le 12 juillet 1790. 
    [...] C'est alors que se manifeste l'opposition géographique entre une France déchristianisée où les curés acceptent la subordination de l'Eglise à la Révolution, et une France catholique appelée à devenir le bastion le plus stable de la droite française. La France déchristianisée est pour l'essentiel un bloc central, un Bassin parisien étiré le long d'un axe oblique allant des Ardennes à Bordeaux, auquel il faut ajouter la majeure partie de la façade méditerranéenne. La France fidèle à l'Eglise est constituée d'une constellation de provinces périphériques, à l'ouest, au nord, à l'est, dans le Massif central et le Sud-Ouest. 
    [...] La complémentarité géographique du catholicisme et du communisme est l'un des traits frappants de la France durant les trois décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. [...] L'essentiel de l'assise électorale [du communisme] se situe dans la France déchristianisée [...] : un grand Bassin parisien allant de l'Aisne au Lot-et-Garonne. 
    [...] Le Front national émerge lors des élections européennes de 1984. [...] Il est dès l'origine fort dans le tiers est du pays parce que son implantation électorale est fortement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine. Mais indépendamment du nombre d'immigrés, le Front national apparaît nettement plus puissant dans les départements imprégnés d'une tradition laïque, au coeur du Bassin parisien et sur la façade méditerranéenne. [...] Le FN gardait donc, par la géographie de son électorat, quelque-chose de la vieille structuration religieuse du système politique. 
    [...] Le système familial nucléaire égalitaire [du Bassin parisien], libéral pour ce qui concernait les rapports entre parents et enfants, égalitaire dans sa définition des rapports entre frères et soeurs, ne se retrouvait pas à l'ouest, au nord, à l'est et au sud. Seule la façade méditerranéenne était aussi farouchement attachée au principe d'égalité que le coeur du système national. 
    Le reste de l'Occitanie était occupé par des systèmes de type souche, moins rigides que celui de l'Allemagne toutefois, sauf peut-être sur la bordure pyrénéenne, de la Catalogne au Béarn et au Pays basque. On en trouvait aussi, plus ou moins bien définis, dans la région Rhônes-Alpes. L'Alsace avait bien entendu un modèle souche germanique, dans la version rhénane gardant des traces d'égalité, mais fort solide comme le démontre la belle rigidité de droite de la province. 
    [...] Sur la bordure nord et ouest du Massif central florissaient en milieu rural des formes communautaires, autoritaires et égalitaires, mais se distinguant des modèles russe et chinois par l'absence de trait patrilocal. 
    Chacun [de ces] milieux anthropologiques locaux a fini par trouver, durant le siècle qui suivit la Révolution de 1789, [...] son représentant idéologique naturel. L'Eglise présente une affinité particulière mais non exclusive avec la famille souche. Les doctrines radicales et anarchiques, formes respectivement douce et violente de l'individualisme égalitaire. Le communisme, chez lui dans la zone de communautarisme familial du Massif central, a su trouver, l'espace de deux générations, une assise partielle en zone nucléaire égalitaire parisienne. La social-démocratie s'est installée dans les régions de famille souche du Sud-ouest et du Nord.

    L'oeuf et la poule...

    On analyse la dette publique à partir du point de vue d’un emprunteur qui serait coupable d’avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent payer parce qu'ils ont vécu à crédit. Or ce ne sont pas les emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l’origine de la dette, mais les prêteurs, qui veulent placer leurs excédents financiers. Marx l’avait très bien vu dans "Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte", les riches adorent la dette publique ! Un État qui s’endette est un État qui, grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches d'obtenir une sécurité maximale pour leur argent.
    Emmanuel TODD, Le Point.fr, 13/12/2011.

    Pour d'autres, moins passionnés, plus timides, ou plus superficiels, la dette est due à la crise >>

    Capitalisme socialiste...

    Le capitalisme libéral n'existe plus. Il est désormais un socialisme des riches : les Etats donnent aux banquesEmmanuel TODDFrance 5, 2012 les grandes questions, 14/10/2011.
    Quelques explications...
    Le problème, c'est qu'il s’agit d'un keynésianisme des riches. La relance n’est pas financée par la création monétaire, la planche à billets, qui ne coûterait rien à l'État, mais par l'endettement, qui permet de sécuriser l'argent des nantis sans apporter la moindre réponse de fond à l'insuffisance de la demande. Ce pseudo-keynésianisme encourage la croissance chinoise, booste le CAC 40 et accélère les délocalisations en Europe. À l'arrivée, le fameux "retour de l'État" n'est rien d’autre que l'instauration d'un socialisme des riches. L'État doit sauver les riches, nom de code : "les banques", parce que les banques, qui contrôlent aussi les moyens de paiement des citoyens, comme l'a très bien dit Frédéric Lordon, ont pris l'État en otage pour le compte de leurs riches actionnairesEmmanuel TODDLe Point.fr, 13/12/2011. 
    Voir ici qui sont les riches >>

    Musclé...

    Les solutions d'Emmanuel Todd pour sortir de la crise...
    1. Engager un dialogue musclé avec l’Allemagne sur la réorganisation protectionniste du continent.
    2. Nationaliser les banques.
    3. Préparer le défaut de la dette publique.
    4. 100.000 nouveaux postes dans l’Education nationale.
    Mediapart, 30/11/2011.

    L'origine des systèmes familiaux - Emmanuel Todd

    Emmanuel Todd explique et anticipe l'histoire politico-économique moderne de tous les peuples à travers leurs structures familiales à l'époque pré-industrielle, remet en cause certains principes fondamentaux de la science anthropologique formalisée en particulier par Claude Lévi-Strauss, et en déduit que les structures familiales occidentales, dites "modernes", sont en réalité les mêmes qu'au paléolithique, et par la-même, que les structures communautaires ou patriarcales, considérées comme archaïques, sont des évolutions récentes et logiques...

    10 points clefs qui font réfléchir...
    1. Dans la plupart des pays où avait eu lieu une révolution communiste endogène (Russie, Chine, Yougoslavie, Vietnam) ainsi que dans la plupart des régions où le vote communiste était fort dans le cadre d'un système démocratique (Italie centrale, Finlande du Nord), on pouvait identifier en milieu paysan traditionnel une forme anthropologique spécifique, la famille communautaire, associant [...] un père et ses fils mariés. Page 13. 
    2. Dans L'illusion économique, j'ai expliqué le conflit entre deux types de capitalisme par la persistance de valeurs anthropologiques héritées du fond paysan. Le capitalisme ultra-libéral anglo-saxon, passionné de court terme, de profit et de consommation, reflète les valeurs de mobilité de la famille nucléaire absolue. Les capitalisme japonais et allemand, attachés à l'investissement technologique, au long terme et à la production, reproduisent, dans le contexte de la globalisation économique, les valeurs de continuité de la famille souche. Page 14.
    3. [...] L'une des certitudes auxquelles je suis arrivé est que l'Europe, placée sur la périphérie de l'Ancien Monde, est sur le plan familial un conservatoire de formes archaïques, et que nous sommes restés, pour ce qui concerne l'organisation anthropologique, assez proche de la forme originelle. C'est parce que nous avons échappé à des évolutions paralysantes pour le développement technologique et économique que nous avons été, durant une brève période, en tête de la course au développement, bien que nous n'ayons, nous autres Occidentaux, inventé ni l'agriculture, ni la ville, ni le commerce, ni l'élevage, ni l'écriture, ni l'arithmétique. Page 15. 
    4. Les généralisations anthropologiques n'ont jamais été capable d'intégrer à leurs modèles les Européens, apparemment dispensés par leur réussite économique de prendre place dans une loi englobant l'ensemble de l'humanitéPage 22. 
    5. Soit deux traits mutuellement exclusifs, A et B, représentés sur une carte. Si le trait B occupe une zone centrale d'un seul tenant et si le trait A est réparti dans plusieurs zones séparées périphériques, il est probable que le trait B a été une innovation qui s'est diffusé vers la périphérie. Les zones caractérisées par le trait A représentent l'implantation résiduelle d'un trait antérieurement prédominant sur l'ensemble de l'espace cartographiéPage 24. 
    6. L'agriculture s'est elle-même répandue selon un processus de diffusion qui n'a laissé subsister la chasse et la cueillette que dans des zones résiduelles périphériquesPage 30.  
    7. L'innovation patrilinéaire et communautaire a en réalité fini par casser le processus de développement là où elle s'est imposée, parce qu'elle a aboutit dans sa phase finale à un abaissement du statut de la femme qui a diminué le potentiel éducatif de la population concernée. Page 28. 
    8. L'absence de règle n'apparaît plus comme le résultat d'une implosion mais comme un état ancien. Avant l'égalité et l'inégalité, il y avait l'indifférence à la question de l'égalité. Avant l'autorité et la liberté, il y a l'indifférence à la question de l'autorité. Page 65. 
    9. La sédentarisation ne s'identifie pas au passage à l'agriculture. Les historiens du Moyen-Orient admettent désormais qu'elle a précédé la domestication des plantes [...]. Réciproquement, l'agriculture n'implique pas une sédentarisation définitive. La technique du brûlis suppose un déplacement du groupe au bout de quelques années d'exploitation du groupe. Page 74. 
    10. La distribution géographique [dans le monde] des types familiaux matrilocaux apparaît dès le premier coût d'oeil parfaitement périphérique. Page 105.

    Coups de trique...

    Les solutions des uns et des autres pour rendre les banques plus responsables, plus efficaces...
    3. Il faut nationaliser le système bancaire. Emmanuel TODDFrance 5, 2012 les grandes questions, 14/10/2011. 
    2. Il faut remettre en place les banques populaires, comme chez Proudhon. Michel ONFRAY, France 5, 2012 les grandes questions, 14/10/2011. 
    1. Plus on régule l'univers bancaire, et on n'y est pas arrivé, plus se développe à côté un univers totalement dérégulé. La partie partie financière qui n'est pas régulée est désormais plus importante, plus puissante que la partie financière qui est régulée. Et je ne sais pas quelle est la réponse à ce problème. Alain MINCFrance 5, 2012 les grandes questions, 14/10/2011.

    Machine à sous...

    La façon dont les riches actuellement font de l'argent, ce n'est plus en ayant une activité économique ou financière libre sur les marchés, c'est en rançonnant l'Etat. La dette publique, c'est une technique pour rançonner les populations qui paient l'impôt.
    Emmanuel TODDFrance 5, 2012 les grandes questions, 14/10/2011.

    Géographie...

    Alain Minc - [Pour illustrer que l'euro ne favorise pas les inégalités] Les pays scandinaves sont des pays égalitaires, dans lesquels l'économie est très redistributive.
    Emmanuel ToddLes scandinaves ne sont pas dans l'euro !
    Alain MincCela reste vrai pour les Pays-Bas, substitut des pays scandinaves dans l'Union...

    France 52012, les grandes questions, 14/10/2011. 

    Profiteurs non protecteurs...

    Les gens qui contrôlent et qui ont de l'argent ne veulent pas de protectionnisme en Europe, parce que cela ferait baisser le taux de profit. Les gens seraient mieux, mais le taux de profit baisserait.
    Emmanuel TODDFrance 5,  2012, les grandes questions, 14/10/2011.