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Indécis...

[...] Le plus inquiétant, c'est même pas de sortir du nucléaire, parce que le nucléaire, [de fait], on en sort tout doucement parce qu'on n'a rien décidé.
[...] Les gouvernants ont décidé, en bon gouvernants actuels, de ne rien décider, c'est-à-dire de tout confier aux marchés. Alors qu'on sait très bien à quel point le marché est efficient pour, évidemment, baisser le prix de l'énergie qui n'a jamais cessé d'augmenter depuis que le marché, en particulier de l'électricité, a été libéralisé. On sait très bien que cette libéralisation a asséché les comptes d'EDF qui, plutôt que d'investir dans l'entretien des centrales nucléaires, a été incitée à acheter des centrales à droite à gauche, ce qui a plombé ses comptes. Et puis le marché du carbone, on sait à quel point il est efficace. Ça a rapporté des milliards aux fraudeurs [récupération frauduleuse de TVA], ça a coûté 1,5 milliards sans doute, à l'État français ; y'a toujours pas de procès d'ailleurs... 
[...] En tenant compte des 40 ans [durée de vie des réacteurs dont il est question], il y'aura [...] 22 réacteurs de 900 MWh chacun qui vont devoir fermer. 2020, c'est dans sept ans. 22 réacteurs de 900 MWh, ça fait 20 GWh en moins. On va les remplacer par quoi ? Ce qu'il y a de terrifiant dans le problème actuel, c'est que personne n'a décidé de quoi que ce soit. On est un pays qui en douze ans, entre 1979 et 1991 a fabriqué 45 réacteurs nucléaires. 80 % de notre capacité nucléaire a été érigée en douze ans aux frais du contribuable et aux frais de nos factures. Et on s'est endormi sur nos lauriers et aujourd'hui on est incapables de décider quoi que ce soit. La "nucléocratie", si j'ose dire, n'a même pas été dans sa logique qui aurait dû la pousser à continuer régulièrement à fabriquer des réacteurs. [...] On a fait un EPR, mais parce qu'on a perdu du savoir faire, on n'arrive pas à le faire. Y'a même pas de décisions pour remplacer concrètement ces 20 GWh par d'autres sources de production d'énergie. 
Frédéric DENHEZ, France Inter, CO2 mon amour, 25/05/2013.

Fiscalité de Ponzi...

Selon une enquête publiée [...] par l'agence Bloomberg, Chesapeake, numéro deux du gaz naturel aux États-Unis, a réalisé 5,5 milliards de dollars de profits avant impôts en vingt trois années d'existence, mais ne s'est acquitté sur cette période que de 53 millions d'impôts sur les bénéfices. Soit 1 % alors que le taux en vigueur aux États-Unis est théoriquement de 35 %. [...] Les sociétés pétrolières ont [en effet] le droit d'inscrire dans leurs comptes les lourds investissements nécessaires à la réalisation d'un puits dans l'année où l'argent est dépensé, plutôt que d'étaler l'amortissement sur la durée d'exploitation du gisement. Ce qui permet à une société qui multiplie les nouveaux forages de différer sans cesse le paiement de ses taxes
[...] Le patron de Chesapeake a touché au cours de la seule année 2008 deux fois le montant versé par son entreprise au titre de l'impôt sur les sociétés en deux décennies.
Antoine de RAVIGNAN, Alternatives Economiques, 02/2013, p. 45. 

L'exemple Apple...
[...] En 2011, la filiale irlandaise d'Apple (qui centralise les ventes d'iPad, iPhone et d'autres produits) a déclaré 22 milliards de dollars de bénéfices avant impôts et n'a payé que 10 millions d'impôts. [Ainsi] entre 2009 et 2011, 74 milliards de bénéfices avant impôts auraient échappé au fisc américain, rapporte le Financial Times.
Et ce que la défense en dit...
[... Apple] compte [...] insister sur le fait qu'elle a "créé des centaines de milliers d'emplois" et "généré des milliards de dollars de ventes pour les développeurs de logiciels". L'entreprise a contribué à hauteur de 6 milliards de dollars au budget américain en 2012. Elle se dit prête à verser davantage d'argent au Trésor américain si nécessaire. Apple "a d'importantes liquidités à l'étranger car il vend la majorité de ses produits en dehors des Etats-Unis", s'est défendu [Tim Cook] mardi, affirmant qu'il "gère avec attention ses liquidités à l'étranger pour soutenir ses activités internationales dans le meilleur intérêt de ses actionnaires".

Vert de travail...

Sous la surface de la transition écologique : les emplois perdus, les emplois gagnés...
5. [...] Quand l'électricité sera produite par des éoliennes en mer, la production coûtera trois ou quatre fois plus, soit 100 000 € de plus [des 40 000 euros environ que coûtent au consommateur 1 GWh d'électricité nucléaire]. HPrevot.fr.
Henri Prévot ne prend pas en considération les possibilités d'économie et de sobriété énergétiques, prônées par exemple par l'association négaWatt. Voir 3...
[...] Dans l'industrie, la valeur ajoutée moyenne par personne employée est de 100 000 €. 
[...] Cette différence de 100 000 € permet [donc] de rémunérer pendant un an un emploi de plus que lorsque l'électricité est nucléaire. 
[...] Si les consommateurs avaient acheté de l’électricité nucléaire, ils auraient utilisé ces 100 000 € à autre chose. 
[...] Le ministre de l'Education nationale nous a dit que la suppression de 16 000 postes d'enseignants diminue les dépenses salariales de son ministère de 380 millions d'euros par an. Les 100 000 € dépensés en plus permettraient donc de maintenir à leur poste 4 enseignants pendant un an. Le même calcul donnera des résultats du même ordre pour les éducateurs ou des policiers ou encore 2 ou 3 chercheurs. 
[...] Nous consommons aujourd'hui 400 TWh (400 000 GWh) nucléaires par an. En remplacer la moitié par des éoliennes et du photovoltaïque créerait donc 200 000 emplois nets dans le secteur de l'énergie sans production supplémentaire d'électricité et détruirait des emplois (ou, ce qui revient au même, empêcherait d'en créer) au nombre de 400 000 à 500 000 dans d'autres secteurs fort utiles à notre société. 
L'association négaWatt aboutit à de tout autres résultats. Voir 4...
Et je ne compte pas les emplois qui seront perdus lorsque la hausse du prix de l'électricité aura rendu notre industrie moins compétitive. HPrevot.fr.
Sur le sujet de l'industrie, l'association négaWatt reconnaît que "la transition énergétique va de pair avec une profonde évolution de l’industrie [...]".
4. La mise en œuvre du scénario négaWatt aboutit à un effet positif sur l’emploi, de l’ordre de 240 000 emplois équivalent temps-plein en 2020 et 630 000 en 2030. Nous étudions la sensibilité des résultats aux hypothèses sur les prix de l’énergie importée, l’évolution de la productivité du travail, la répartition du coût entre ménages et administrations publiques, et enfin l’arbitrage consommation-épargne. L’effet sur l’emploi reste largement positif dans tous les cas. NegaWatt.org.
3. [... Le scénario négaWatt repose en particulier sur] une politique très volontariste de sobriété et d’efficacité énergétique, aboutissant à une diminution en 2050 de la demande en énergie primaire de 65 % par rapport à la situation en 2010 : l’exploitation du « gisement de négaWatts » permet de faire les 2/3 du chemin ! NegaWatt.org.
2. [...] La mise à niveau de sûreté « post-Fukushima » des 58 réacteurs français, qui engloutirait près de 60 milliards d’euros sans qu’un seul KWh supplémentaire soit produit ! Mise dans la compensation du « surcoût » actuel du photovoltaïque, cette somme permettrait de financer une production d’électricité solaire supérieure à un an de production de tout le parc nucléaire français ; investie en totalité dans la construction de systèmes photovoltaïques elle permettrait de produire plus de 20 TWh par an dès aujourd'hui et pour au moins 20 ans. Dans les  deux cas, elle contribuerait à accélérer la baisse des coûts vers la compétitivité du photovoltaïque. NegaWatt.org.
1. On évalue, pour l'ensemble du parc nucléaire français, le nombre d'emplois nécessaires [au démantèlement] à à peu près 6 000. Françis SORIN, France Inter, Le téléphone sonne, 29/08/2012.

Secours énergétique...

Le paiement des factures d'énergie est le premier motif de demande d'aides dans les Centre communaux d'action sociale (CCAS) [...].
Alternatives Economiques, 12/2012, p. 49.

Inschistice...

[...] Un nouvel obstacle va se dresser sur la route des économies d'énergie : l'abondance des réserves de gaz et de pétrole de schiste aux Etats-Unis. Selon le rapport de l'AIE, la production pétrolière américaine dépassera celle de l'Arabie Saoudite en 2020. Non seulement l'énergie (carbonée) très bon marché dont jouit déjà le plus grand pollueur du monde ne va pas l'inciter à contrôler sérieusement sa demande, mais elle va accroître le différentiel de compétitivité avec la Vieille Europe. Qui n'en aura que plus de mal à investir pour réduire aussi bien ses émissions de CO2 que sa facture énergétique. [...]

Saucisse basse consommation...

[En Allemagne], depuis 1998, une fiscalité écologique de 2,05 % sur le kWh consommé s'applique à tous les particuliers qui paient 166 % de taxes en plus que les français et achètent donc leur électricité deux fois plus cher qu'en France. Andreas Rüdinger (Institut du développement durable et des Relations internationales). 
Selon Pierre Larrouturou, il ne faut pas oublier que les prix des loyers en Allemagne sont bien moins élevés qu'en France >>
Les Allemands ont proscrit les ruineux convecteurs électriques qu'utilisent encore trois millions de français. La plupart privilégient les chaudières à condensation, des appareils électroménagers à très haute performance énergétique et ils sont de plus en plus nombreux à solliciter les aides pour l'isolation thermique de leurs logements. 
La consommation électrique hors chauffage outre-Rhin était identique à celle des Français en 1998. Neuf ans après, elle est inférieure de 27 %. Andreas Rüdinger. 
Pendant les semaines très froides de février 2010, la consommation électrique outre-Rhin était moitié moindre qu'en France. Alors qu'il y a 17 millions d'habitants de plus qu'en Allemagne. Henry C. Reese (Association Energie franco-allemande). 
Le montant moyen des subventions et prêts atteint outre-Rhin 63 000 euros par ménage. Contre 18 750 euros en France.
Guillaume MALAURIE, Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 92.

Hypoénergie...

Des solutions intelligentes pour consommer moins d'énergie...
2. En étudiant l'énorme gaspillage lié à la climatisation [... nous envisageons de recouvrir les bâtiments] d'un polymère très particulier [et bon marché...], le PNIPAm qui passe de l'état hydrophile à l'état hydrophobe aux alentours de 32° C. [...] Quand vient la canicule, il repousse [l'eau absorbée] vers la surface, lui permettant ainsi de s'évaporer : c'est ainsi que le bâtiment est refroidi [en reproduisant le mécanisme de transpiration]. [...] D'après nos calculs, un foyer verrait ainsi sa consommation d'énergie réduite de 60 %. [...] Notre idée est plutôt adaptée aux climats tropicaux [...]. Aline ROTZETTER (Institut fédéral suisse de technologie à Zurich), Science & Vie, 12/2012, p. 54.
1. A Val d'Europe, en Seine-et-Marne, le Syndicat d'agglomération nouvelle vient d'inaugurer une pépinière d'entreprises de 1 800 m² chauffée par récupération de la chaleur émise par un data center voisin. [...] Au bout du compte, ce sont 5 400 tonnes de CO2 qui sont ainsi économisées. Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 24.

Chimère...

[...] 90 % de citoyens employés par l'Etat, pas d'impôt sur le revenu, [...] un salaire moyen de 8500 € par mois, éducation, électricité, soins et eau gratuits, [...] 1,5 millions d'immigrés pour seulement 250 000 citoyens de souche, [...] 3,5 milliards de dollars investis chaque année dans la R&D [15,3 milliards en France en 2008 - INSEE] et pour finir 20 % de croissance en 2011 [18,8 en réalité- IndexMundi] ?
France 2, Un oeil sur la planète, A quoi joue le Qatar ? 01/10/2012.
Bienvenu au Qatar, qui peut dire merci à l'or noir...
60 milliards de dollars par an de recettes issus du pétrole et du gaz.
Quelques travers, histoire de ne pas se sentir ridicules sur toute la ligne...
Beaucoup de travailleurs étrangers travaillent 6 jours sur 7, 10 h par jour et 200 à 500 € par mois selon qualification. [...] Mariages, encore souvent arrangés entre cousins mais des parents accordent le choix [moyennant filtrage soigneux des parents tout de même dans l'exemple du reportage...], [...] obligation d'avoir un associé Qatari qui doit être actionnaire majoritaire [lorsqu'on crée une entreprise], visa de travail à renouveler tous les ans, rares sont les endroits où les étrangers peuvent acheter de l'immobilier.
Pour finir sur un bon mot...
Ils [les étrangers occidentaux] nous regardent et pensent que nous sommes masquées, opprimées, qu'on essaye de nous faire taire, de nous emprisonner. Je pense que l'abaya te libère. Tu peux même te balader en pyjama pour aller à l'école ou au boulot. Personne n'en saura rien puisque tu portes une abaya. Une Qatarienne.
France 2, Un oeil sur la planète, A quoi joue le Qatar ? 01/10/2012. 

Le jeu des sept famines...

Sous la surface de la spéculation sur les matières premières...
3. Selon Barclays Capital, les fonds investis sur le marché des matières premières ne représentaient que 10 milliards de dollars en 2001 ; ils étaient à 404 milliards en juin dernier, dont 89 pour les seules matières premières agricolesThierry PECH, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 33. 
2. Les pays exportateurs de matières premières peuvent stocker pour spéculer sur la hausse des cours mais aussi pour se protéger de la hausse des prix sur leur territoire. Arte, Vers un crash alimentaire, 26/06/2012. 
1. Rien que sur le marché du pétrole à New York, le New York Mercantile Exchange (NYMEX), le volume des marchés à terme est quinze fois supérieur à celui des quantités réelles. Jean de MAILLARD (2010) L'arnaque. Gallimard, p 69.
Sous la surface de la spéculation sur les marchés dérégulés >>

Paris-Qatar...

Sur les 10 000 km² [du coeur du bassin parisien, intégrant la capitale], la roche mère aurait généré tout au long de son histoire quelques 100 milliards de barils de brut. Selon les modes de calculs, entre 20 et 65 milliards de barils seraient toujours en place, au bas mot trente ans de consommation nationale rien que sur ce modeste périmètre ! [...] Mais il ne faut pas rêver : techniquement, seuls 1 à 3 % du magot pourraient être extraits... Soit tout de même 2 milliards de barils exploitables [soit environ trois ans de consommation française, la France brûlant chaque jour 1,8 millions de barils (douzième rang mondial)].
[...] Vendredi 16 septembre 2011, la compagnie australienne Elixir [...] annonçait avoir découvert [dans le sous-sol lorrain] la présence de [...] 164 milliards de barils de brut ainsi que 18 000 milliards de mètres cubes de gaz.
[Selon Charles Lamiraux, géologue responsable de l'exploration des hydrocarbures au ministère de l'Industrie], "il est facile d'obtenir des chiffres fabuleux en multipliant bêtement un taux d'hydrocarbures moyen par les dimensions de cette couche très étendue ; on fait tous ça pour attirer des partenaires industriels, sans que cela ait beaucoup de sens."

Patron atomique...

La filière nucléaire compte en emplois directs 125 000 personnes, et 410 000 en ajoutant les emplois induits. Une valeur ajoutée concernant les activités directes de 13 milliards d'euros et un total de valeur ajoutée créée [par les 410 000 emplois] de 33 milliards d'euros.
Françis SORIN, France Inter, Le téléphone sonne, 29/08/2012.

Révolution souterraine...

En ce qui concerne la production électrique, le monde a investi 237 milliards de dollars en 2011 en, capacités additionnelles tirées des renouvelables, soit plus que pour celles issues des énergies fossiles (223 milliards). [...] Ces résultats encourageants sont essentiellement le fait de la baisse continue des coûts des équipements, permises par les politiques publiques de soutient (principalement le rachat de l'électricité verte) en place dans plus d'une centaine de pays aujourd'hui.

Gloutons...

Un américain ou un européen consomme environ cinquante fois plus de ressources qu'un habitant d'un pays pauvre comme le Bangladesh.
Arte, Survivre au progrès, 05/06/2012. 

Inflation brute...

[La fin de la convertibilité du dollar en 1971 impliquait] que les producteurs de pétrole [devait subir] l'inflation des prix de tout ce qu'ils consommaient. En 1973, à la suite de la guerre du Kippour, l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) a répliqué en quadruplant le prix du pétrole. [...] Les prix [de l'or noir] et des matières premières ont alors déclenché une spirale haussière dans l'économie américaine, par le biais des échelles mobiles (l'indexation sur le coût de la vie) qui étaient intégrées aux accords salariaux
C'est ce processus qui a créé l'inflation. Elle n'est pas née à la banque centrale. 
James K. GALBRAITH (2009), L'Etat prédateur, Seuil, p.75.

James K. Galbraith fait ici référence à la thèse libérale voulant que l'inflation soit due à une trop grande émission de monnaie visant à financer des politiques de relance, de soutient de la demande, menées par des Etats dépensiers ou dictées par les ambitions électoralistes d'hommes politiques.

Stratégie du copinage...

Anne Lauvergeon nous livre les dessous de la politique industrielle façon Nicolas Sarkozy...
Les quelques jours qui précèdent son entrée à l'Elysée, Nicolas Sarkozy reçoit dans un hôtel particulier du septième arrondissement pour constituer le futur gouvernement de François Fillon.
[...] Il a préparé son sujet et attaque bille en tête en me demandant quel ministère je veux. Ma position a le mérite de la clarté et je l'expose immédiatement : je ne veux pas être ministre, je souhaite rester chef d'entreprise chez Areva.

Ecoute, c'est très simple, insiste-t-il. Tu fais ça... Je sais, je sais, j'ai compris le message, mais écoute : tu es ministre dix-huit mois. Allez un an. Ça te va, un an ? Et puis après tu auras l'entreprise que tu veux.- Mais je suis déjà en charge de l'entreprise qui me va...

- D'accord, d'accord, tu as fait quelque-chose de très bien avec Areva, mais tu mérites mieux, tu mérites plus gros. Il ne t'a pas échappé qu'EDF va être libre.  Ça te dit EDF ? Tu fais un an et tu deviens patronne d'EDF [...].

[...] Plus tard, [...] il sortira dans la presse que j'ai refusé d'être ministre pour préserver mon confort matériel. Pages 156, 161.
[...] [Avec Christophe de Margerie (Total) et Gérad Mestrallet (GDF Suez)], nous pensons qu'il serait judicieux que le nouveau patron d'EDF s'entende bien avec ses autres collègues. Non pas par soucis de convivialité mais parce qu'il serait alors possible de parler ensemble, de constituer, au-delà de nos différences et de l'intérêt respectif de nos entreprises, une véritable "équipe de France" dévolue à l'énergie. Plus soudés, plus forts. Sans hiérarchie.
[...] Non seulement cette démarche va être rejetée ("des industriels qui s'occupent de stratégie industrielle, quelle horreur !") mais, qui plus est, Nicolas Sarkozy, court-circuitant son Premier ministre, décide de nommer à la tête d'EDF un autre de ses convives du Fouquet's : Henri Proglio, ennemi juré de Gérard Mestrallet. Henri Proglio clame très vite qu'il est désormais "capitaine de l'équipe de France nucléaire"... tout en refusant le jeu avec le reste de l'équipe. Page 166.
[...] Pourquoi abandonner les droits de propriété intellectuelle existant sur les réacteurs de génération trois ? Henri Proglio et ses amis n'en font pas mystère, ils souhaitent créer une industrie nucléaire chinoise qui sera en mesure d'approvisionner la France et l'international. Ce serait là la mort programmée d'Areva. Et ils envisagent tout cela avec un souverain détachement et une grande liberté de ton sans être rappelés à l'ordre. Et pour cause. Un axe est en place : Claude Guéant, Jean-Louis Borloo, François Roussely, Jean-Dominique Comolli, Alexandre Djouhri, chacun son rôle. La machine étatique pour certains, l'entreprise et les contrats lucratifs pour huiler les relations des autres. Tous unis, tous solidaires, tous frères. Page 180.
[...] J'ai l'impression de ramer à contre-courant mais c'était également le cas de Christine Lagarde et François Fillon. Il y a bien un système parallèle, des circuits parallèles et, au final, une république parallèle qui est apparue dès la nomination d'Henri Proglio, propulsé d'entrée dans une filière nucléaire qu'il ne connaissait pas. Page 183.
Anne LAUVERGEON (2012), La femme qui résiste, Plon.

Daiichi et Daini sont sur un bateau...

Au sujet de Fukushima [...], personne ne rappelle un point fondamental : si la centrale de Fukushima Daiichi a connu les graves problèmes que l'on sait, celle de Fukushima Daini, située un peu plus au sud, s'est mise en sécurité dès le début du tsunami. La première centrale a été construite en 1971, la seconde en 1983 avec une technologie très différente, notamment pour ses installations de sécurité.
On pourrait en tirer la conclusion que le nucléaire est sûr avec des centrales récentes et donc que l'accident du 11 mars pèserait en faveur de cette énergie.
DE MARLIAVE O. Books, Courrier des lecteurs, 04/2012, p. 9.

Jamais deux sans trois...

Jeremy Rifkin nous révèle que sous la surface des immobilismes politiques et des monopoles industriels, la Troisième révolution industrielle "pousse et presse"...
[...] Au cours de mes investigations, j'ai fini par comprendre que les grandes révolutions économiques de l'histoire se produisent quand de nouvelles technologies de communication convergent avec de nouveaux systèmes d'énergie. L'énergie nouvelle permet de créer une activité économique plus interdépendante, des échanges commerciaux plus larges, tout en facilitant des relations sociales plus denses et davantage d'inclusion. La révolution des communications qui l'accompagne donne les moyens d'organiser et de gérer la dynamique spatiale et temporelle inédite établie par le nouveau système énergétique.
[...] La véritable crise économique s'est produite en juillet 2008. Le pétrole est arrivé à 147 $ le baril. Tous les autres prix, à travers la chaîne d'approvisionnement ont crevé le plafond parce que toute cette civilisation est faite, est produite, est entraînée par les énergies fossiles (médicaments, lumière, plastiques, engrais, transports, etc.). La chute 60 jours plus tard du marché économique a été la seconde onde de choc. Réguler le marché, les mesures d'austérités sont nécessaires mais ce n'est pas suffisant.
Nous avons atteint le pic de la mondialisation, nous sommes maintenant à la fin de la seconde révolution industrielle basée sur les énergies fossiles. Le sommet du revenu par habitant a été atteint et la sommet de la production par habitant a déjà été atteint. 
[...] Chaque fois que l'on tentera de faire croître l'économie mondiale au même taux qu'avant juillet 2008, tous les prix augmenteront et la croissance sera stoppée. 
[...] Il faut passer de la crise à l'opportunité. Repenser la civilisation.
[...] Par exemple au XIXe siècle, première révolution industrielle, l'imprimerie est devenue bon marché. On a créé des presses à vapeur pour produire très rapidement beaucoup d'imprimés. Et la France a mis en place le premier système d'école publique au monde. Ces écoles publiques ont pu créer une force de travail, alphabétisée, qui a pu travailler dans le cadre de cette nouvelle économie. 
[...] Le XXe siècle, deuxième révolution industrielle, seconde convergence dans la communication et l'énergie. L'électricité, le téléphone, la radio et la télévision. Ils sont devenus les supports de communication d'une nouvelle ère économique plus compliquée fondée sur les énergies fossiles, avec les voitures, les routes, les avions, les cargos.
[...] La troisième révolution industrielle est en route. Elle va nous faire passer du pouvoir centralisé au pouvoir latéral grâce à Internet, une révolution extrêmement puissante. Internet, est un système de communication non centralisé. L'information est distribuée, collaborative. En seulement 25 ans, 2,3 milliards de gens peuvent envoyer leurs vidéos, leurs texte, leurs voix, à la vitesse de la lumière avec plus de pouvoir collaboratif que tous les systèmes centralisés de médias n'ont pu le faire au XXe siècle.
[...] Cette révolution de l'internet, au cours des vingt derniers mois a commencé a fusionner avec le nouveau système d'énergie distribuée collaborative, les énergies renouvelables : le vent, le soleil, la géothermie, les déchets convertis en énergie, les petites centrales électriques...
[...] Lorsque Internet commence à gérer ces énergies via un internet de l'énergie, c'est une nouvelle révolution : on passe d'un pouvoir vertical à un pouvoir horizontal. La seule difficulté est que ce nouveau système bouscule le pouvoir en place. Cette troisième révolution industrielle repose sur cinq piliers...
[...] Premier pilier, l'Union européenne s'est engagée à 20 % d'énergies renouvelables en 2020. Comment est-ce que l'on va faire venir l'énergie renouvelable et la distribuer ? Commençons par aller en Italie, en Grèce, il y a beaucoup de soleil à exporter. Les irlandais ont du vent, les norvégiens ont de l'énergie hydroélectrique. Et bien on va centraliser cette énergie et l'exporter. 
[...] Second pilier. Les bâtiments. Nous avons 191 millions de bâtiments en Europe. Le but est de convertir chaque bâtiment en France et en Europe en micro-centrale pour pouvoir prendre du  soleil grâce aux toits, du vent grâce aux murs, de l'énergie géothermique avec ce qu'il se passe sous le bâtiment, convertir les ordures en énergie. 
[...] Nous avons démocratisé l'information. Nous sommes sur le point de démocratiser l'énergie. 
[...] Convertir chaque bâtiment en France en centrale produisant son énergie représente des millions d'emplois. Je dirais que l'Allemagne est en tête dans le premier et le second pilier. Elle produit déjà 20 % d'énergies vertes et se dirige vers 30 %. Elle a converti un million de bâtiments en centrales au cours des 6 dernières années et va créer 250 000 emplois. Or elle a beaucoup moins de soleil, de vent et de géothermie que la France. 
[...] Troisième pilier. Comment stocker l'énergie ? Grâce à l'hydrogène. Quand de l'électricité est en surplus il suffit de la transformer en hydrogène par électrolyse dans l'eau. 
[...] Quatrième pilier. On prend le réseau d'électricité de France et on le convertit en un internet de l'énergie. Lorsqu'il y a des millions de bâtiments français qui produisent leur propre énergie, on la stocke sous forme d'hydrogène comme on stocke les données sous forme numérique. Quand vous n'avez pas besoin de votre électricité, votre logiciel peut vous faire vendre cette électricité, par exemple de la France vers la Russie. L'Allemagne teste la distribution de l'énergie dans six de ses régions. Où est la France ? 
[...] Cinquième pilier. Les transports. Vous pourrez brancher votre véhicule à n'importe quel bâtiment ou inversement, si vous n'utilisez pas votre véhicule, vous pouvez revendre l'électricité en surplus.
Jeremy RIFKIN (2012), La troisième révolution industrielle, LLL.

Le juste-prix du gaspillage...

Les scientifiques et les ONG ont cru pendant des décennies que la sphère politique utilisait ce savoir dont nous disposions pour mettre en place les conditions-cadres préalables au développement durable. Ils n'ont absolument pas perçu, ni compris, que cela impliquerait un bouleversement si considérable des structures établies, que dans une démocratie, aucun homme politique ne peut se risquer à imposer ces changements sous forme de lois. Ce serait un suicide politique. On pourrait encore attendre des décennies, jamais les politiques n'oseront aborder ces questions centrales, si la population ne comprend pas pourquoi c'est indispensable. 
Le juste-prix écologique est l'un des aspects clés du développement durable. Dans le système économique mondial actuel, presque tous les prix sont erronés. Parce que les coûts liés à la production et à l'utilisation des ressources, au lieu d'être calculés selon leur impact, sont en fait supportés par la collectivité, c'est ce que les scientifiques appellent l'externalisation des coûts.  
Le marché est apte à définir l'allocation efficiente des ressources, mais il est totalement impropre à fixer leur juste prix. 
Si les justes prix étaient en vigueur, les patrons se précipiteraient sur les matières premières, pour prendre des mesures de rationalisation dans ce domaine, et ils embaucheraient. En d'autres termes, si un revirement s'opérait, beaucoup plus de gens seraient intégrés dans le processus de travail car ce serait judicieux sur le plan économique.
L'augmentation de la productivité du travail est toujours allée de pair avec l'augmentation des salaires. Cette hausse du coût de la main-d'oeuvre s'est traduite, pour les employeurs, par une nécessité accrue de rationaliser le travail. En même temps, l'augmentation de la productivité du travail, a  permis aux employés d'exiger des salaires plus élevés. Il y a eu une impulsion mutuelle.
Un tiers de notre consommation n'est autre que du gaspillage [au sens où y renoncer n'amoindrirai pas notre niveau de vie]. Un allemand, en moyenne, monopolise quatre hectares en permanence pour subvenir à ses seuls besoins. Si 7 milliards d'êtres humains vivaient avec la même empreinte écologique, il nous faudrait 2 planètes. Les citoyens des Etats-Unis, [...] ont une empreinte écologique de 10 hectares. Dans ce cas de figure, il nous faudrait 5 planètes. 
Une croissance mondiale annuelle exponentielle de 4 % signifie un doublement du PIB en 17,5 ans. Malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas parvenus à découpler la croissance économique et la consommation de ressources et d'énergie. On pourrait consommer l'énergie et l'eau de manière quatre fois plus efficace : obtenir deux fois plus de bien-être avec deux fois moins de consommation énergétique. 
Il nous faut donc apprendre à réduire notre empreinte écologique. Je propose de procéder par paliers d'efficience énergétique. Plus l'efficience augmentera, plus le prix de l'énergie devra augmenter. La dépense énergétique mensuelle n'augmentera pas mais l'énergie deviendra plus précieuse, plus coûteuse. Et cela poussera les investisseurs à viser massivement l'efficience énergétique.  
J'aimerais beaucoup que les pays en développement, au lieu de suivre cette courbe en cloche, que l'on appelle parfois courbe de Kuznets, la traversent comme un tunnel. C'est-à-dire qu'ils ne passent jamais par ces sommets du gaspillage, qui au fond ne sont autre qu'un signe d'immaturité.
Nous parlons d'une analogie entre la  productivité des ressources et la productivité du travail. Avec la révolution industrielle, c'est-à-dire au fil des progrès technologiques de ces 150 dernières années, la productivité du travail a été multipliée par 20. D'une heure de travail, nous produisons 20 fois plus de prospérité que du temps de Goethe ou encore de Karl Marx.
J'affirme aujourd'hui, qu'en Allemagne et dans le monde entier, seulement 0,5 % de la population a la connaissance nécessaire pour mesurer ce qui doit arriver. En Allemagne, seules 400 000 personnes sont informées du développement durable. Nous devons quitter ces sphères élitistesC'est par le biais de l'éducation que nous devons sensibiliser la société civile qui, elle seule, peut faire un choix parmi les différentes possibilités d'action mises en évidence par les scientifiques.
Cela va à l'encontre des intégristes du marché. En particulier dans l'espace anglo-saxons où l'idéologie dominante est un désengagement de l'Etat. Tout est aux mains de l'individu, du marché, des financiers. Ce seront probablement les derniers à comprendre. Nous les européens, nous pouvons nous accorder très vite avec les asiatiques, les chinois, les japonais ou coréens. »
Klaus WIEGANDT,  Arte, Que faire pour sauver la planète ? 13/01/2011