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Dépense publique ? Bof...

Avec sous les yeux quelques chiffres et graphiques clés sur la structure de la dépense publique, voyons ce qu'en disent ceux qui ne sont pas inquiets outre-mesure...
[...] Au chapitre "services généraux", la France dépense moins que la moyenne européenne. 
[...] Le rôle historique de la France lui a conféré une place à part en matière de Défense, mais ce poste ne creuse l'écart que de 0,5 points de PIB. 
[...] Les dépenses de l'Etat (22,4 %) sont inférieures à la moyenne de la zone euro (22,6 %), bien moins par exemple qu'au Royaume-Uni (44,8 %). 
[...] En matière de protection sociale, la France dépense plus dans un seul domaine : les retraites (13,5 % du PIB, contre de 8 à 11 % dans la plupart des autres pays [européens] en 2011.
Deux raisons invoquées par l'auteur sur ce dernier point...
[...] L'ampleur et la durée inégalées du baby-boom dans l'Hexagone, ainsi que la progression du taux d'activité féminin. 
[...] La plus grande partie de notre point d'écart [dans les dépenses de santé] provient de notre médecine ambulatoire [...] et de notre surconsommation de médicaments. 
[...] L'administration des infrastructures [logement, routes, bâtiments publics...], pour l'essentiel dévolue aux collectivités est [...] très coûteuse comparée au reste de l'Union européenne. 
[Contrairement à ce qui est souvent avancé], avec 10 800 euros par élève [du secondaire], la France se situe en 7e position sur les 14 pays les plus développés de l'OCDE, loin derrière la Norvège, le Danemark, ou les Etats-Unis. 
Louis MAURIN, Alternatives Economiques, 09/2013, p. 34.


Et si plutôt que de comparer les coûts bruts, l'on se penche sur les résultats, l'efficacité des dépenses publique. Quelles conclusions peut-on tirer ?

Structure de la dépense publique en France...

La représentation la plus synthétique de la structure de la "dépense publique" totale (1 068 000 000 000 € en 2009) est celle-ci...

Lecture : 4,3 % du total de la dépense publique en 2009 a servi à payer
les intérêts de la dette publique.

On peut aussi décomposer ces dépenses comme suit, en comparant par la même occasion avec quelques pays de l'Union européenne...

Lecture : 1,1 % du PIB sont utilisés par les administrations publiques
pour financer la protection de l'environnement.
Alternatives Economiques, 09/2013, p. 35.

La dépense publique au sens large peut également être analysée à travers les dépenses respectives des trois types d'administrations publiques : l'Etat, les Collectivités territoriales et la Sécurité sociale...

Administrations publiques centrales...
Elles regroupent l'Etat lui-même, ses ministères et plus de 700 organismes (de l'ADEME au CNRS en passant par l'IGN ou les Musées nationaux)...


Administrations publiques locales...
Ce sont les collectivités territoriales (communes, départements et régions) et les divers organismes rattachés (les Chambres de commerce et d'industrie, les collèges et lycées publics, les services de secours, etc.)...
Administrations de sécurité sociale...
Ce sont les caisses et autres régimes de Sécurité sociale, les hôpitaux... Leurs dépenses servent à financer maladie, accidents du travail, famille, retraites, chômage...

Croisée des chemins...

Si on regarde sur le long terme, depuis les Trente Glorieuses, l'évolution de la croissance, on a une courbe logarithmique avec une asymptote, une limite. On s'aperçoit que les économies occidentales et singulièrement l'économie américaine sont à leur asymptote. Le PIB nominal américain, est quasiment à son maximum et qu'il ne pourra continuer à évoluer et s'accroître que s'il y a un véritable choc technologique. Et donc le véritable enjeu dans les profits de ces entreprises c'est que vont-elles faire de leurs profits ? Est-ce que ça va servir à créer la révolution technologique de demain ou est-ce que ça va être des retraites dans des fonds de pension ?
Jean-Marc DANIEL, BFM, 27/12/2012.

La question posée est très intéressante et séduisante mais, chose étonnante, il est impossible de trouver une courbe du PIB américain qui matérialise ce tassement de la croissance dont parle Jean-Marc Daniel. Voici à quoi elle ressemble quelle que soit les sources, ici d'après un article du (très bon) site d'Olivier Berruyer...

Si l'on exclu la baisse depuis 2007, la tendance "lourde" depuis les Trente Glorieuses ressemble plutôt à une exponentielle et non à une courbe logarithmique.
Pourtant, et c'est le plus étrange de l'affaire, l'évolution du taux de croissance par habitant sur cette période, diminue ! La courbe du PIB devrait donc effectivement "se tasser" avec le temps...

Après demande d'éclaircissement dans les commentaires de l'article, Olivier Berruyer répond qu'il s'agit d'un effet d'optique et qu'il faut zoomer sur la période 1960-2010 pour s'apercevoir que la courbe est bien logarithmique...
Voici un montage rapide avec le graphique 1800-2010 ci-dessus zoomé sur la période 1960-2010 avec en superposition le taux de croissance...


Toujours pas d'asymptote en vue... On pourrait à la rigueur approximer à une tendance linéaire (droite bleue), mais cela ressemble décidément plus à une courbe en cloche inversée (exponentielle donc). Pourtant les variations du PIB sont bien en phase avec celles du taux de croissance. Mais on ne voit toujours pas comment la courbe du PIB peut tendre à "s'envoler" alors que son taux de croissance va diminuant (observer la moyenne décennale en rouge clair)...

Ci-dessous, en passant, ce PIB américain depuis 1947 avec quelques repères historiques...

On note que pour Jean-Pierre Chevallier, "depuis l'après-guerre, la croissance du PIB réel est constante et régulière"...

Niquons donc ! Niquons donc !

A défaut de performances économiques flamboyantes, [la France] semble au moins pouvoir s'enorgueillir de sa natalité. Pourtant ce "boom" n'en est pas véritablement un.
[...] L'indice de fécondité de 2 enfants par femme demeure inférieur au seuil de remplacement des générations (2,06 enfants par femme), ce qui signifie que la population ne se renouvelle pas totalement chaque année. 
[...] Les naissances dépassent largement les décès d'une année sur l'autre, avec un pic atteint en 2006 de + 280 480. Cette situation relativement favorable s'explique par deux facteurs : une remontée de la fécondité depuis le point bas de 1993, à l'origine de la hausse des naissances, et le faible volume des populations en âge de décéder issues des classes creuses des années 1930, à l'origine d'une stabilisation du nombre de décès. Or l'année 2012 marque très vraisemblablement la fin de ce scénario de lendemains qui chantent. 
[...] Les naissances baissent de plus de 20 000 par rapport au maximum atteint en 2010 car les générations en âge d'avoir des enfants, nées dans les années 1980, sont moins nombreuses. [...] Parallèlement, les décès augmentent sensiblement de 18 000 personnes en huit mois, puisque les générations en âge de décéder commencent à être plus nombreuses. 
[...Le solde naturel] demeure favorable, mais la tendance baissière est incontestable. [...] L'excédent naturel va se réduire au fur et à mesure des années pour se rapprocher du zéro, suite à l'arrivée des générations nombreuses du baby boom à l'âge de décès.
Laurent CHALARD, Le Nouvel Observateur, 11/2012, p. 38.

Les courbes des évènements démographiques mentionnés par Laurent Chalard...

Une anecdote en passant : on remarquera que lorsqu'une guerre mondiale éclate, pendant les deux années qui suivent, tout le monde se serre la ceinture... Mais guerre mondiale ou pas, au bout de deux ans, tout le monde n'en peut plus... et la natalité repart de plus belle !

Assurance-paix sociale ?

C'est intentionnellement que l'assurance-vie a été conçue [...]. La retraite par capitalisation, en faisant dépendre ses bénéficiaires du mécanisme de l'intérêt, met en place une solidarité de fait du salarié [...] avec le gros investisseur [...], affaiblissant d'autant sa capacité à remettre en question le système sous sa forme présente.
Paul JORION, Misère de la pensée économique, Fayard, p. 266.

Action départementale...

En 2010, les départements ont consacré en moyenne 472 euros par habitant aux dépenses d'action sociale (RSA, aides aux personnes âgées, aux handicapés, à la famille et à l'enfance). [...] Avec de fortes disparités : les montants vont de 324 à 901 euros par habitant et par an selon les départements. Tout compris, ces dépenses ont aussi fortement progressé : elles sont passées de 6,3 milliards en 1985 à 29,1 milliards en 2010.
Alternatives Economiques, 06/2012, p.25.

I - Répétition ou bégaiement ?

Où Philippe Askenazy, dans Les décennies aveugles (Seuil 2011), nous rappelle l'histoire des politiques sociales et économiques menées ces trente dernières années en France.
Premier épisode : 1974 - 1981...

Retraite injuste...

Pour que le rapport des années de retraite aux années de cotisation soit [identique entre celui qui a commencé à 16 ans, ouvrier en général, et le cadre qui a débuté à 22 ans, et si l'on tient compte de l'espérance de vie (respectivement 76 et 81 ans)] l'ouvrier devrait partir en retraite à 57,5 ans. [Mais si l'on tient compte de la moyenne du nombre d'années passées en incapacité et dépendance (5 années pour un ouvrier et 3,5 années pour un cadre)], l'ouvrier doit partir à 56 ans et 8 mois soit pratiquement avec le même nombre d'annuités de cotisation (40) que le cadre qui part à 62 ans. Égaliser le nombre d'annuités de cotisation va donc dans le sens de la justice sociale tandis qu'augmenter l'âge légal de départ à la retraite renforce l'injustice.
Hervé LE BRAS, La Recherche, 10/2011,  Page 80.

Vieux riches...

3000 milliards de dollars de liquidités [sont] issus des retraites.
 
 Canal Académie. Mathématiques et finance de marché : quelle place dans la crise actuelle ?
Date incertaine, certainement 2010.