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Monsieur muscle...

Sous la surface du succès évolutif du genre Homo : les aptitudes physiques...
Neandertal, en Europe, ainsi que les premiers Sapiens africains parcouraient au Paléolithique de bien plus grandes distances que les plus sportifs d'entre-nous. En témoignent la robustesse des os de leurs jambes, preuve de leur endurance, comparée à la notre.
Science & Vie, 05/2013, p. 15.

Misogynie cervicale...

Sous la surface du statut de la femme au cours de l'histoire : l'évolution de la taille du cerveau chez les ancêtres du genre humain, par Paul Seabright... 
[...] Les premiers humains colonisèrent une nouvelle niche évolutive particulièrement risquée. Il parièrent sur les gros cerveaux (ou plus exactement, la sélection naturelle fit ce pari pour eux) payant de ce fait un prix comportemental significatif : la période d'élevage de leur progéniture devint exceptionnellement longue.
[...] Plus les relations de coopération et de réciprocité sont sophistiquées au sein d'un groupe d'individus, plus le groupe est vaste, plus le défi cognitif que représente la mémorisation des obligations mutuelles est important. Chez les primates, les espèces qui ont de plus gros cerveaux (par rapport à la taille de leur corps) ont tendance à vivre dans des groupes plus larges.
Les gros cerveaux sont l'investissement nécessaire pour vivre dans de grands groupes (ce qui implique une pression sélective croissante en faveur de plus gros cerveaux au fur et à mesure que la taille du groupe augmente). 
[...] Pour la sélection naturelle le seul moyen de favoriser l'apparition de bébés nantis de crânes plus grands contraignit à la réduction des délais. Les petits humains furent, sont, des prématurés. Le bébé naît dans un état de dépendance qu'aucun autre animal (à l'exception des marsupiaux) ne pourrait gérer.
[...] La direction ainsi prise par l'évolution semble favorable aux femmes car les hommes [devaient contribuer] désormais à l'éducation de leur progéniture en apportant des ressources, notamment nourriture et protection, ce qu'ils ne faisaient pas à l'époque où nos ancêtres ressemblaient davantage aux bonobos et aux chimpanzés. 
Cette orientation favorable n'en eut pas moins un effet négatif pour les femmes dans leur pouvoir de négociation avec les hommes. Car si les hommes contribuaient davantage, leur contribution devenait plus indispensable. D'eux dépendaient largement les protéines nécessaires aux cerveaux des nourrissons. Mais il y avait plus grave : cet apport du mâle impliquait un engagement à plus long terme, que moins d'hommes seraient susceptibles de fournir. Les hommes pouvaient donc monnayer leurs apports. Ils devenaient plus rares.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma, 2012, p. 138.

Semence en veux-tu en voilà...

Sous la surface des différences d'attitude face à la sexualité entre les femmes et les hommes : la loi de l'offre et de la demande appliquée aux cellules sexuelles...
[...] L'abondance de spermatozoïdes signifie qu'une femme peut et doit être sélective. Ses ovules ont de la valeur puisqu'ils sont rares ; non seulement elle n'en libère qu'un par mois, mais pour peu que celui-ci soit fécondé, elle portera le fœtus  ne pourra engendrer pendant au moins un an et se retrouvera alors avec un enfant qu'elle devra nourrir et protéger pendant des années. Si le père peut menacer de n'avoir aucun rapport avec ses enfants, le femme ne le peut pas. Ainsi les occasions d'avoir des enfants pour une femme sont bien trop précieuses pour qu'elle les gâche avec des hommes qui ne lui paraissent pas en valoir la peine. 
Le fait que les femmes soient très sélectives est un défi pour les hommes. Non seulement chacun doit trouver une femme féconde, mais il doit aussi la convaincre d'accepter son offre et entre en compétition avec ceux qui essaieraient d'en faire autant. Page 29. 
[...] Loin de se neutraliser, les pressions qui s'exercent sur les hommes et les femmes s'additionnent. C'est une spirale : la sélectivité des femmes encourage la persévérance des hommes, et plus ils sont persévérants, plus elles doivent se montrer sélectives. Page 30. 
Où l'on met un pied dans le grand sujet de l'accaparement des ressources et de l'apparition des inégalités... 
[...] Au cours de l'évolution de l'espèce humaine, les hommes trouvèrent des moyens pour compenser le peu de valeur de leurs spermatozoïdes autant que leur abondance. L'un des moyens les plus efficaces était d'accaparer les ressources économiques rares, pour lesquelles entrèrent à leur tour dans la compétition les femmes. Page 40.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma 2012. 

Stress test...

[Dans une expérience], des abeilles Apis mellifera carnica apprennent à associer une odeur A à une récompense et une odeur B à une punition. [...] Les abeilles "chahutées" [après exposition à l'odeur A,] sont plus enclines à interpréter les odeurs ambiguës comme annonçant une punition, elles "voient le verre à moitié vide". Leur jugement, et plus globalement leur perception du monde, devient entaché d'un "biais cognitif pessimiste", tel un humain dépressif. Preuve que l'abeille peut connaître un état anxieux.
Science & Vie (Current Biology, 2011, université de Newcastle), 01/2013, p. 79.

Dans le même article, une autre expérience laisse sceptique...
[... Si le crabe] choisit l'abri A, [celui correspondant le plus à ceux] que ces animaux recherchent naturellement à marée basse pour échapper aux prédateurs, il reçoit [...] une décharge électrique qui lui fait généralement quitter le lieu. Au deuxième essai, il a plutôt tendance à choisir encore une fois l'abri A, même s'il est de nouveau électrocuté. Mais à partir du troisième essai, sur 41 spécimens, la plupart commencent à tirer les enseignements  de l'expérience pour se tourner vers l'abri B...
Attention, la conclusion qui tue...
... Ce qui revient à éviter de reproduire une expérience jugée désagréable. Par leur raisonnement, ces crustacés montrent donc qu'ils ont éprouvé une sensation douloureuse !
Science & Vie (Current Biology, 2011, université de Newcastle), 01/2013, p. 83.

On voit mal comment un organisme vivant pourrait avoir trouvé sa place dans un écosystème sans avoir l'aptitude de détecter et fuir tout ce qui peut nuire à son intégrité physiologique, d'autant plus s'il s'agit, comme dans le cas du crabe, d'un organisme pourvu d'un système locomoteur élaboré...

Conditionnement...

[...] Pendant plusieurs jours, [on] administre à un cobaye un jus de fruit au goût inhabituel, associé à un antihistaminique. Après une pause, [on] réitère l'expérience. Cette fois, le patient reçoit la même boisson, mais accompagnée d'une gélule de placebo. La prise de sang révèle un phénomène surprenant : les anticorps sont plus nombreux, même en l'absence de la substance active antihistaminique. L'organisme a appris à faire la relation entre le goût du jus de fruit et la gélule. Grâce au conditionnement [terme employé par les spécialistes], des médicaments qui n'en sont pas vraiment, peuvent bel et bien influer sur le système immunitaire.
Mais le plus étonnant dans l'histoire...
Cet effet placebo ne repose pas sur l'anticipation et n'est pas orchestré par la conscience humaine. Lors d'expériences semblables menées sur des rats, ceux-ci présentent les mêmes réactions immunitaires.
Sans parler de l'effet placebo des médecins eux-même, que l'on imagine aisément, cet effet est aussi constaté dans le cadre d'opérations chirurgicales...
[...] A ce jour, les Pays-Bas sont le seul pays d'Europe où les opérations placebo sont possibles. Avant l'opération, les patients [sujets à des douleurs consécutives aux opérations dans la région de l'abdomen : les adhérences] qui se sont portés volontaires pour l'essai clinique, apprennent que seule la moitié des participants sera vraiment opérée. L'autre moitié subira seulement une coelioscopie dont les cicatrices ne laisseront aucune trace. Chaque patient doit ensuite être suivi pendant un an. Ni lui, ni son médecin ne savent à quel groupe il appartient [suivi en double aveugle]. Et le résultat a de quoi surprendre. L'étude néerlandaise a pu montrer que dans les deux groupes, y compris dans celui qui n'a pas été opéré, le même nombre de patients ont vu leur douleur soulagée. Aujourd'hui ils ont besoin de moins de médicaments et leurs analyses sont meilleures. Aux États-Unis, une autre étude a aboutit aux mêmes conclusions, cette fois concernant l'arthrose du genou. Une partie des patients a été opérée, une autre a reçu une simple arthroscopie du cartilage. Quant au reste des candidats, les médecins leur ont tout simplement fait croire qu'ils avaient été opérés. Au bout de deux ans, les médecins ont constaté que dans les trois groupes, le nombre de résultats positifs était exactement le même.
Arte, Xenius, 01/02/2013.

On remarquera que le pays européen en avance en ce domaine (proche de l'humain, source potentielle d'économies), est, comme souvent, un pays scandinave...

Cervelle...

La consommation de viande a [...] aidé au niveau comportemental. [Mais] y'a toujours cette idée [...] qui a survalorisé l'impact de la viande, comme si la viande nous permettait d'avoir un gros cerveau. Pas du tout. Le cerveau n'a pas besoin de viande, il a besoin de glucose, d'acides-gras, etc.
Hervé KEMPF, Canal +, Salut les Terriens, 19/01/2013.

Moi vouloir Jane...

Sous la surface de l'homme et de son rapport à la violence...
[...] Les êtres humains sont capables d'une violence et d'une cruauté presque inimaginables à l'égard d'autrui [...] mais nous sommes également des créatures éminemment sociables, coopératives, qui ont viscéralement horreur de verser le sang humain. 
[...] Il faut avoir à l'esprit que nos ancêtres ont triomphé non en tant qu'individus, mais en temps que membres de communautés victorieuses. 
[...] Les raids des Yanomami [...est] la forme de guerre probablement menées par nos ancêtres préhistoriques. [Dans cette société tribale d'Amazonie étudiée par Napoléon Chagnon], la guerre est moins le résultat d'un désir de s'approprier les ressources que le produit de tensions psychologiques : jalousie sexuelle, accusations de sorcellerie, désir de vengeance. [...] Les femmes de chaque communauté encouragent les guerriers. C'est un cercle vicieux
[...] Les hommes qui ont tué, ont plus de femmes et plus d'enfants, que ceux qui n'ont pas tué. Napoleon Chagnon. 
[...] Brian Ferguson ou Keith Otterbein ont [...] proposé une hypothèse alternative cohérente, selon laquelle la guerre fut une "invention culturelle" remontant à environ 10 000 ans. 
[Au cours d'un échange] Einstein [écrivit] à Freud : "Vous avez montré avec une lucidité confondante que les instincts agressifs et destructeurs sont inséparablement liés dans la psyché humaine avec ceux de l'amour et du désir de vivre." 
[...] Dans l'immense majorité des cas, les autres espèces ne tuent leurs semblables que dans un combat individuel, en face à face. Pour trouver des prototypes de guerre chez les animaux non humains, il faut se focaliser sur les phénomènes d'"agression de coalition", que l'on trouve par exemple chez les chimpanzés
[...] C'est l'équipe de Jane Goodall, en 1974...
Ahhh... Jane Goodall...
... qui a pour la première fois observé un raid des chimpanzés. [...] Ils sont menés typiquement par une demi-douzaine à une douzaine de mâles [...]. L'un d'eux immobilise la victime et les autres vont à la curée, se livrant souvent à ce que les observateurs humains qualifient de "cruauté gratuite" : ils tordent un membre jusqu'à ce qu'il craque, arrachent la peau, les testicules et les ongles... Books. 
[...] Le guerrier a un double avantage. Non seulement il est particulièrement attirant pour les femmes de sa propre communauté, mais il peut aussi contraindre les épouses et les filles de l'ennemi. Ces deux facteurs ont pu oeuvrer de concert et fournir dans le passé aux hommes les plus violents davantage d'opportunités de se reproduire qu'aux hommes plus policés. Suivant la dynamique bien connu de la sélection sexuelle, les fils de ces unions ont eu toutes les chances d'hériter du tempérament belliqueux de leur père et ainsi, de génération en génération, les gènes de la violence masculine se sont propagés dans la population. David Livingstone Smith.
[...] Les animaux et les plantes emploient quantités de ruses pour se nourrir, se dissimuler et propager leurs gènes. Or, chez l'homme, se tromper soi-même aide à tromper les autres. Un menteur qui croit à ses propres boniments est bien plus convaincant que celui qui n'y croit pas. Cette faculté a donc pu être sélectionnée par l'évolution
[...] La plupart des gens restent indifférents à la majeure partie de la souffrance humaine. Pourquoi ? D'abord, nous sommes plus indulgents à l'égard de ceux qui nous ressemblent.
[...] Ensuite, nous penchons en faveur de ceux avec qui nous entrons en contact direct. [...Enfin], nous favorisons les membres de notre famille parce qu'ils partagent nos gènes.
[...] En même temps, cette préférence pour les membres de notre communauté contribuent à expliquer notre inhibition devant la perspective d'avoir à tuer quelqu'un. 
[...] Nous coopérons pour mieux entrer en compétition, et un haut niveau d'appartenance communautaire nous rend mieux à même de nous unir pour détruire nos rivaux. Robert Bigelow (biologiste).
Une expérience célèbre et édifiante sur la force du lien social >>
[...] Espèce "symbolique", selon l'expression de l'anthropologue Terrence Deacon, l'homme a ajouté une dimension entièrement nouvelle à la guerre, l'idéologie : "Aucun chimpanzé ne peut rêver d'établir une race de maîtres [ou] de conquérir la Terre Sainte [...] ". 
[...] Pour surmonter son horreur de tuer [...] le combattant peut s'immerger dans une forme particulière de mensonge à soi-même. [...] Le remède consiste alors à déshumaniser l'ennemi. [...] Faire de l'adversaire un animal dangereux, infrahumain, [...] un gibier [... ou] un parasite, un virus, un rat, un pou, etc. 
[...] Une autre technique consiste à déformer la réalité de la violence en transférant la responsabilité de l'acte sur une autorité spirituelle ou séculière. En Nouvelle-Guinée, des esprits ancestraux ou totémiques peuvent être présentés comme les véritables auteurs d'une tuerie, le guerrier ayant seulement agi comme véhicule de leurs désirs [...]. 
[J'ai montré] que la thèse suivant laquelle les mâles humains seraient des "tueurs naturels-nés" ne résistait pas à l'analyse. Verser le sang requiert des conditions extrêmes. "I'm a lover, not a fighter", ont confié au sociologue Charles Moskos quantité de soldats américains au Vietnam. [...] Même les chimpanzés manifestent une aversion à tuer leurs semblables. 
Johan Van DER DENNEN (Evolutionary Psychology)Books, 12/2012, p. 25.

Sex toy...

Où les expériences de Melissa Hines menées sur des singes vervets tendent à prouver que les petits garçons et les petites filles ne choisissent leurs jouets, non pas en fonction de leur environnement social et culturel, mais bien en raison de mécanismes biologiques innés...
[...] Monkeys show sex differences in toy preferences similar to those documented previously in children, providing additional support for the hypothesis that sex differences in toy preferences can arise independent of the social and cognitive mechanisms thought by many to be the primary influences on toy preferences.
[...] When we first reported sex-typed toy preferences in vervet monkeys, the results were extremely surprising and were met with some scepticism. Now, publication of a second study showing that male monkeys show more interest in boys’ toys than do female monkeys (Hassett et al., 2008) strengthens the evidence of inborn influences on sex-typed toy preferences [...].

Dilemme obstétrique...

Longtemps, on a cru que les neuf mois de gestation de notre espèce étaient un compromis de l'évolution : le développement du foetus demanderait plus de temps, mais le bassin de la femme ne permet pas d'accoucher d'un bébé plus gros.
[...] Mais une nouvelle étude faite par l'équipe de Holly Dunsworth, de l'université de Rhode Island, dément cette théorie, appelée "le dilemme obstétrique".
[...] Les chercheurs se sont aperçus que la gestation humaine est comparable à celle des primates de la même taille, voire plus longue. Et via de récentes études sur la mécanique et l'énergétique de la marche, ils ont conclu que la marche ne serait pas compliquée par un bassin plus large. Mais il semble exister une limite à l'énergie que la mère peut dépenser chaque jour pour nourrir son foetus : c'est lorsque le demande métabolique atteint le double de sa valeur de base que l'accouchement se déclenche. 
Science & Vie, 10/2012, p. 13.

Zoobyl...

Où l'on apprend comment dans la zone interdite de Tchernobyl, les organismes peuvent s'adapter au feu de la radioactivité...
[...] Aujourd'hui encore, 3 % des radiations que nous subissons chaque jour, proviennent du nuage de Tchernobyl. [...] Après plus de deux décennies, moins de 3 % des atomes radioactifs subsistent dans la zone interdite de Tchernobyl. Mais ceux qui restent, sont là pour très longtemps. [...] Les doses n'ont plus rien à voir avec celles d'après l'accident, mais elles restent malgré tout encore des milliers de fois supérieures à la normale. 
[...] La zone interdite abrite de nombreuses espèces d'animaux sauvages, dont certaines totalement absentes avant l'accident. Les oiseaux nichent même sur le sarcophage de béton qui recouvre le réacteur défunt, à des niveaux de radioactivité 1 000 000 de fois la normale. Mais surtout [...], tous ces animaux semblent en parfaite santé. [...] La végétation est exubérante. [...] Chaque village est redevenu une véritable jungle. 
[...] On peut dire que non seulement les animaux vont bien, mais qu'également leur génome n'a subit aucune modification. [...] Il n'y a aucun doute que les organismes de ces animaux qui vivent dans des conditions de radioactivité importante subissent un stress, et que tous leurs systèmes biologiques qui compensent ces dommages sont sollicités au maximum. Mais force est de constater que chaque organisme possède suffisamment de mécanismes de défense qui compensent ces défauts et permettent la survie de l'organisme dans ces conditions.
Les végétaux témoignent d'une première défense naturelle contre la radioactivité...
[...] Le bouleau est très particulier. Son génome, soit l'ensemble de ses chromosomes, n'occupe que très peu de place dans le noyau des cellules. La probabilité pour que les chromosomes soient frappés par radiations est  donc faible. En revanche, les conifères possèdent un génome énorme qui occupe beaucoup de place. Les chromosomes ont bien plus de chance d'être heurtés, donc cassés et découpés par les radiations.
Quant aux animaux, alors que les rongeurs et autres mammifères tels les chevaux de Przewalski font preuve d'une santé insolente, les hirondelles semblent affectées par les radiations...
La richesse des espèces [d'oiseaux] était diminuée de moitié dans les zones très contaminées. Et le nombre d'oiseaux par espèce des deux tiers. [...] Anders Molers et Tim Musso ont démontré un vieillissement précoce des hirondelles et une survie d'une année sur l'autre de seulement 30 %. [Ils ont observé] jusqu'à plus de 50 % de spermatozoïdes présentant des morphologies anormales. [...] La plupart des oiseaux [qui s'installent] dans la zone, et en particulier les hirondelles, ont en fait immigré [sur le site], et n'y sont donc pas nés. [Ces populations d'oiseaux] sont maintenues par l'arrivée permanente de nouveaux individus.
L'explication tient à la fatigue des organismes...
Pendant leur énorme effort de migration depuis l'Afrique, les hirondelles consomment une grande partie de leur stock d'anti-oxydants. Or, ces molécules ont un rôle très important dans la lutte contre les radiations. [...] Lorsque les rayonnements découpent les molécules et génèrent ainsi des radicaux libres très toxiques, les anti-oxydants les détruisent. [...] En arrivant à Tchernobyl, dans des zones très contaminées, la quantité d'anti-oxydants [qui restent aux hirondelles], est rapidement consommée pour lutter contre l'avalanche de radicaux libres. Dès que le stock est épuisé, ces radicaux libres vont alors détruire les tissus vivants. Les effets ne tardent pas à être visibles et délétères.
Mais pas seulement...
Nous n'avons tout d'abord pas constaté une augmentation de l'activité des gènes de réparation de l'ADN [...]. Mais à la place, nous avons découvert une modification dans la régulation des gènes responsables de l'élimination des radicaux libres. Les radicaux libres issus de molécules découpées par les radiations gamma, sont éliminés de façon bien plus efficaces. Surtout, ils disparaissent rapidement, avant qu'ils n'aient pu aller détruire les chromosomes. Nous avons également observé une stimulation des gènes dont le rôle consiste à programmer la mort des cellules. Peut-être que [l'organisme des souris exposés au préalable à de faibles radiations] possède un mécanisme plus efficace pour se débarrasser des cellules trop endommagées que celui des souris qui n'ont pas été exposées en amont. [...] Les faibles doses pourraient aussi protéger les souris contre d'autres agressions que les radiations. [En effet], les animaux qui vivent dans la zone de Tchernobyl, soumis en permanence à de faibles doses de radiations, possèdent un système immunitaire qui réagit très rapidement à d'autres agressions ; en particulier à des poisons chimiques.
Arte, Tchernobyl : une histoire naturelle, 21/08/2012.

Le meilleur ami d'Homo...

Pourquoi les Homo sapiens ont-ils supplanté les néandertaliens ? Pour une équipe de chercheurs de Cambridge, c'est parce qu'ils ont domestiqué des chiens et renforcé ainsi leurs capacités de survie. Les yeux de l'homme moderne ont en effet subi une évolution, unique parmi les primates évolués, qui a entraîné l'apparition d'une partie blanche autour de l'iris, renforçant leur faculté de communiquer par le regard [...].
Philosophie magazine, 07-08/2012, p. 20.

Quelques informations complémentaires...
[...] The changes in the human eye may be adaptations to enhance the effectiveness of the gaze signal. 
[...] Michael Tomasello and colleagues at the Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology in Leipzig, Germany, developed this idea as the “cooperative eye hypothesis.” They suggested that cooperation among humans was facilitated by the ability to recognize where others were looking. 
[...]  In decades of observations at Gombe National Park in Tanzania, Jane Goodall observed two chimps, probably brothers, who had white sclerae.
Photograph courtesy of Geza Teleki.
[...]  Although chimps hunt small prey, often cooperatively, meat makes up less than 2 percent of their diet, whereas Paleolithic humans hunted much larger game that apparently provided a significant part of their diet. Obviously, silent communication among humans would be advantageous for hunting in groups. But there is another skilled gaze-reader: the domestic dog. 
[...]  A dog will follow the gaze of a videotaped human if the human first attracts the dog’s attention by speaking to it and looking at it, according to results published by Ernõ Téglás, of the Central European University in Budapest, Hungary, and his colleagues. Indeed, dogs perform as well as human infants at following the gaze of a speaker in tests in which the speaker’s head is held still. 
[...]  Once dogs could read a human gaze signal, they would have been even more useful as hunting partners
[...]  The dogs improved hunting success by increasing the rate at which the hunters encountered game. Finding game “is often the hardest skill to learn for human hunters,” Koster and Tankersley write. 
[...]  If Neandertals did not have domestic dogs and anatomically modern humans did, these hunting companions could have made all the difference in the modern human–Neandertal competition.

Nidicole ou nidifuge ?

Stefen Jay Gould fournit une explication probable à la naissance "prématurée" des enfants, relativement aux autres mammifères...
Certains mammifères, que nous considérons généralement comme "primitifs", ont une gestation brève et donne naissance à une portée nombreuse de petits à peine formés, minuscules, dépourvus de poil, sans défense, les yeux et les oreilles fermés. Dans leur cas la vie est courte, le cerveau petit par rapport à la taille de l'animal, et les conduites sociales pratiquement inexistantes. [La zoologiste suisse Adolf Portmann] qualifie de type nidicole. D'un autre côté, les mammifères "supérieurs" ont une longue gestation, vivent plus longtemps, possèdent un gros cerveau, des conduites sociales complexes et donnent naissance à un nombre limité de petits, presque complètement formés et capables, en partie du moins, de se débrouiller seuls. Ces caractéristiques définissent les mammifères nidifuges. Pour Portmann, qui considère l'évolution comme un processus conduisant inexorablement à une plus grande maturité intellectuelle, le type nidicole est le premier et prépare le terrain au type nidifuge, dont la caractéristique principale est la taille du cerveau. Dans leur majorité, les évolutionnistes de langue anglaise rejettent cette interprétation et pensent que ces types fondamentaux sont liés aux nécessités immédiates du mode de vie. 
D'après [Bob Martin] il semble que le type nidicole soit lié à des environnements marginaux, mouvants et instables, dans lesquels la meilleure stratégie consiste à mettre au monde le plus grand nombre possible de petits, pour être sûr que quelques-uns survivront. La type nidifuge correspondrait, au contraire, à des environnements stables, tropicaux. Là, les ressources étant plus assurées, les animaux peuvent utiliser leur énergie à concevoir un nombre limité de petits presque complètement formés. 
[...] Il existe une exception frappante et très embarrassante : l'homme. Nous avons les caractéristiques nidifuges de nos cousins, les primates : longue vie, gros cerveau et portées peu nombreuses. Mais nos petits sont, à la naissance, imparfaitement formés et aussi faibles que ceux de la plupart des mammifères nidicoles. [...] Le coupable dans cette histoire est notre caractéristique évolutive la plus importante : notre gros cerveau. Chez la plupart des mammifères, la croissance du cerveau est un phénomène entièrement foetal. Mais, du fait que le cerveau n'est jamais très gros, il ne présente pas de difficulté au moment de la naissance. [...] Le cerveau humain, lui, est si gros que la naissance n'est possible que grâce à une stratégie supplémentaire : la période de gestation doit être plus courte, relativement à l'ensemble du développement, et la naissance doit intervenir alors que le cerveau ne représente qu'un quart de sa taille définitive.
[...] Si aucun changement fondamental n'intervient dans la structure du bassin des femmes, nous devrons nous contenter de notre cerveau tel qu'il est si nous voulons pouvoir naître.
Stephen JAY GOULD (1977), Darwin et les grandes énigmes de la vie, Seuil (1997), p.72.

Cette influence de la taille du bassin des femmes sur la durée de la gestation est remise en cause par une étude publiée 40 ans plus tard >>

Colons...

Lors de la colonisation d'un nouveau territoire, les premiers arrivés transmettent davantage leurs gènes que les suivants, car ils font plus d'enfants. Tel est le verdict d'une étude généalogique portant sur la population québécoise entre 1686 et 1960. Cette contribution génétique plus forte expliquerait aussi pourquoi, certaines mutations rares, présentes chez les premiers migrants, peuvent se propager rapidement. Un mécanisme de "surf génétique" déjà observé lors de migrations d'animaux vers de nouveaux territoires.
L'Express, 09/2011, p. 34.

Calamagostris x acutifolia...

Où l'on découvre les règles de nomenclature des espèces botaniques en vigueur de nos jours, et jusqu'à nouvel ordre...

Pourquoi dans le nom des plantes, on trouve des mots avec majuscules, d'autres sans, des mots en italique, d'autres pas, des mots entre apostrophes comme dans Hosta sieboldana 'Elegans', ou encore des "×" comme dans Calamagrostis ×acutiflora ?
  1. Le premier terme est le nom du genre. L'équivalent de Homo pour les hommes dans la classification zoologique. La première lettre est toujours en majuscule et le terme en italique.
  2. Le second terme est l'espèce. L'équivalent de sapiens pour les hommes. La première lettre est toujours en minuscule, le terme en italique.
  3. Le troisième terme est la variété. L'équivalent d'une sous-espèce en zoologie. Pour les plantes, on trouve soit le terme en italique précédé de "var." quand il s'agit d'une plante croissant en milieu naturel, soit en style normal (pas en italique, quoi...) entre apostrophes quand il s'agit d'une plante cultivée (on parle alors de cultivar).
  4. Le "×", signifie qu'il s'agit d'un hybride (issu d'un croisement génétique).
Il est instructif de voir comment on peut vraiment se prendre le chou avec la taxinomie et les codes de nomenclature en botanique. Par exemple sur Tel Botanica.org...

Deux mots d'histoire...
Cette nomenclature est dite binomiale et a été imaginée par un suédois au XVIIIe siècle, Carl Von Linné (1707 - 1778). C'est lui qui nous a donné notre propre nom, Homo sapiens. Avant lui, les noms des organismes étaient constitués d'une série de mots latins résumant leurs caractères distinctifs, souvent en regard de leur utilité et leur visibilité aux yeux de l'homme. Linné a, d'une part, reconnu les espèces comme des unités fondamentales et établi les principes par lesquels les délimiter et les nommer, d'autre part, rangé les espèces au sein d'un vaste système taxinomique, basé sur la notion d'ordre naturel plutôt que sur les goûts ou les intérêts des hommes. En botanique par exemple, il a classé les plantes d'après la forme, le nombre et la configuration des organes de la fructification. Dans l'un de ses premiers systèmes de nomenclature, il autorisait l'emploi d'un maximum de douze mots par espèce. Même s'il l'a regretté dans un premier temps, du fait d'une perte de précision dans la description des organismes, Linné a fini par réaliser l'habileté du système binomial. Cela n'a pas été pour atténuer son ego gigantesque. Il écrit de lui-même à la troisième personne : 
Dieu a permis qu'il voie davantage de Son oeuvre créée qu'aucun mortel avant lui.

Dieu lui a octroyé la plus grande aptitude à pénétrer les secrets de la nature, plus grande que celle de toute personne avant lui...

Personne avant lui n'avait si complètement réformé la totalité d'une science et inauguré ainsi une nouvelle époque.
Personne n'avait avant lui classé tous les produits de la nature avec une telle lucidité. 
Pourvu d'une légendaire capacité de travail, d'une formidable mémoire et d'une grande aptitude à la synthèse, il a réalisé toute une série de livres dont l'ensemble ressemble plus à une production industrielle qu'à l'activité d'un seul homme. Ses oeuvres appartiennent aujourd'hui à la Société linnéenne de Londres, conservées dans un bâtiment appelé Burlington House, en plein Picadilly.
Stephen JAY GOULD, Antilopes, Dodos et Coquillages, Seuil, 2008.

La démocratie selon les abeilles...

Dans Oneybee Democracy, l'entomologiste [spécialiste des insectes] Thomes D. Seeley rend compte d'un comportement spécifique d'une espèce d'abeille occidentale, Appis mellifera : l'essaimage. Lorsqu'un essaim devient trop peuplé, les deux tiers environ de ses abeilles (plus de 20 000 dans certains cas) partent avec l'ancienne reine à la recherche d'une autre ruche, laissant aux quelques 10 000 insectes qui restent, le soin d'élever une nouvelle reine et de perpétuer la colonie.
Après qu'une nouvelle reine a achevé son développement, les ouvrières forment une grappe incluant la pondeuse plus âgée  Quelques centaines d'éclaireuses partent alors silloner le vaste monde à la recherche d'une nouvelle implantation. A son retour, chaque éclaireuse danse à la surface de l'essaim pour défendre la qualité de son choix et recrute des volontaires pour aller visiter les lieux. Dans un laps de temps remarquablement court, la grande majorité des abeilles se met à danser en faveur de ce qui, à coup sûr, est effectivement le meilleur site.
Seeley souligne que les éclaireuses ne se copient jamais aveuglément et ne plaident en faveur d'un lieu que durant une période limité, deux comportements qui réduisent les risques de s'enliser dans l'erreur. Il en déduit quelques pistes pour transposer les règles de la démocratie chez les abeilles aux processus de décision des groupes humains : réduire au minimum la dépendance à un leader, favoriser une compétition intense entre divers points de vue, et définir une méthode pour aboutir à un choix majoritaire.
Books, 09/2011, p. 62.

Levure toi-même...

Entre 30 % et 40 % de notre ADN est identique à celui de la levure.
ArteL'ADN, nos ancêtres et nous, 18/10/2011.