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Captation...

[...] Si l'on cumule la croissance totale de l'économie américaine au cours des trente années précédant la crise, c'est-à-dire de 1977 à 2007, [...] on constate que les 10 % les plus riches se sont approprié les trois quarts de cette croissance ; à eux seuls, les 1 % les plus riches ont absorbé près de 60 % de la croissance totale du revenu national américain sur cette période ; pour les 90 % restants, le taux de croissance du revenu moyen a été ainsi réduit à moins de 0,5 % par an. 
[...] La hausse des inégalités a eu pour conséquence une quasi stagnation du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes aux Etats-Unis, ce qui n'a pu qu'accroître la tendance à un endettement croissant des ménages modestes ; d'autant plus que dans le même temps des crédits de plus en plus faciles et dérégulés leur étaient proposés par des banques et intermédiaires financiers peu scrupuleux, et désireux de trouver de bons rendements pour l'épargne financière injectée dans le système par les catégories aisées.
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, page 469.

L'oeuf ou la poule, encore...

Les trois décennies d'après-guerre, les Trente Glorieuses, c'était un capitalisme strictement régulé et porteur d'un ambition sociale. La grande croissance que nous avons alors connue s'explique largement par des politiques systématiques de hauts salaires, voulues au nom de raisons macroéconomiques et visant à dynamiser le pouvoir d'achat [...].
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 36.

Ce raisonnement typiquement Keynesien est désormais souvent relativisé...
[...] On peut apporter quelque crédit à l'observation de COE-REXECODE, selon laquelle « toute tentative de relance de la consommation intérieure aboutirait à des « fuites à l'importation » croissantes et soutiendrait plus les importations que la production française ». Cet organisme indique que « sur longue période, entre les années 1973 et 1993, les importations françaises en volume avaient progressé à un rythme annuel 2,2 fois plus élevé que celui du PIB. Entre 1996 et 2006, l'élasticité des importations à la progression de [la] demande s'est accrue à 2,5 ». Au total, « le coefficient de « fuite à l'importation » a augmenté ce qui rend inopérant les tentatives de relances isolées ». 
Si ce diagnostic est peu contestable, il s'applique en revanche à la plupart des économies ouvertes et ne traduit pas en soi une quelconque spécificité de l'économie française, laquelle est soumise comme toutes les économies au mouvement d'internationalisation des échanges et des chaînes de production.

Remède...

L'économiste Milton Friedman [...] suggérait de faire face à la déflation en jetant de la monnaie d'un hélicoptère. 
[Mais], compte tenu, à la fois de leur surendettement, et de la faiblesse de la demande, les entreprises ne sont [...] pas tentées d'emprunter pour accroître leurs investissements, aussi bas que soient les taux d'intérêts qui leur sont proposés. [...] Quand aux consommateurs, ils préfèrent, eux aussi, se désendetter plutôt que de consommer davantage. La conjonction d'une abondance de liquidités et d'une faiblesse de la demande amène les détenteurs de capitaux à investir dans des placements improductifs (immobilier, titres spéculatifs) sans effet sur le raffermissement de l'appareil de production. 
Keynes proposait, lui, de payer des chômeurs pour creuser des trous et d'autres pour les combler. 
[Mais], d'une part, au sein de l'Union européenne, une politique de relance [...] buterait sur les contraintes institutionnelles [...], d'autre part, dans une économie ouverte, toute relance de la demande risque d'entraîner l'apparition, ou l'aggravation, du déficit commercial [...]. 
Une politique de relance doit donc être orientée vers un renforcement de l'appareil productif. L'Etat peut décider des investissements publics allant dans ce sens. Il peut aussi réduire sensiblement l'imposition des entreprises qui procéderaient elles-même à des investissements visant à renforcer leur productivité. 
[...] La politique de relance [...] devrait être entreprise au niveau européen. 
[...] La véritable mise en oeuvre d'un véritable mécanisme de rééquilibrage des balances courantes ouvrirait la voie à une politique coordonnée, les pays excédentaires étant invités à relancer leur économie et à tirer, ce faisant, la croissance de la zone euro. 
[...] Les pays [...] devraient accepter une règle d'équilibre de leur budget de fonctionnement [...] en échange de la prise en charge par un budget européen étoffé du financement d'investissements visant à muscler l'appareil de production des Etats membres. 
[...] Ce budget serait financé par des crédits à long terme et à faible taux émis par la Banque centrale européenne. 
[...] Compte tenu de l'importance qui serait ainsi impartie au budget européen, on imagine mal qu'il ne soit pas soumis à un contrôle politique, soit du parlement européen, soit d'un ministre des finances de l'UE, amorce d'un véritable gouvernement communautaire. 
[...] L'UE risque [...] de s'enfoncer durablement dans la crise parce que le remède, qui suppose un approfondissement de la construction européenne, est perçu aujourd'hui comme la source du mal et non le moyen de le combattre.
André GRJEBINE, Le Monde, Supplément Eco & Entreprise, 12/11/2013, p. 9.

Bas de laine...

Sur le plan strictement macroéconomique, un déficit extérieur, ce n'est pas un problème d'exportations, ce n'est pas un problème d'importations, c'est un problème d'arbitrage entre l'épargne et la consommation. [...] Un pays qui est en déficit est un pays qui n'épargne pas assez, un pays qui est en excédent [...], est un pays qui épargne, et un pays qui épargne est un pays qui consomme moins.
Jean-Marc DANIEL, Les Experts BFM, 05/11/2013.

Vert de travail...

Sous la surface de la transition écologique : les emplois perdus, les emplois gagnés...
5. [...] Quand l'électricité sera produite par des éoliennes en mer, la production coûtera trois ou quatre fois plus, soit 100 000 € de plus [des 40 000 euros environ que coûtent au consommateur 1 GWh d'électricité nucléaire]. HPrevot.fr.
Henri Prévot ne prend pas en considération les possibilités d'économie et de sobriété énergétiques, prônées par exemple par l'association négaWatt. Voir 3...
[...] Dans l'industrie, la valeur ajoutée moyenne par personne employée est de 100 000 €. 
[...] Cette différence de 100 000 € permet [donc] de rémunérer pendant un an un emploi de plus que lorsque l'électricité est nucléaire. 
[...] Si les consommateurs avaient acheté de l’électricité nucléaire, ils auraient utilisé ces 100 000 € à autre chose. 
[...] Le ministre de l'Education nationale nous a dit que la suppression de 16 000 postes d'enseignants diminue les dépenses salariales de son ministère de 380 millions d'euros par an. Les 100 000 € dépensés en plus permettraient donc de maintenir à leur poste 4 enseignants pendant un an. Le même calcul donnera des résultats du même ordre pour les éducateurs ou des policiers ou encore 2 ou 3 chercheurs. 
[...] Nous consommons aujourd'hui 400 TWh (400 000 GWh) nucléaires par an. En remplacer la moitié par des éoliennes et du photovoltaïque créerait donc 200 000 emplois nets dans le secteur de l'énergie sans production supplémentaire d'électricité et détruirait des emplois (ou, ce qui revient au même, empêcherait d'en créer) au nombre de 400 000 à 500 000 dans d'autres secteurs fort utiles à notre société. 
L'association négaWatt aboutit à de tout autres résultats. Voir 4...
Et je ne compte pas les emplois qui seront perdus lorsque la hausse du prix de l'électricité aura rendu notre industrie moins compétitive. HPrevot.fr.
Sur le sujet de l'industrie, l'association négaWatt reconnaît que "la transition énergétique va de pair avec une profonde évolution de l’industrie [...]".
4. La mise en œuvre du scénario négaWatt aboutit à un effet positif sur l’emploi, de l’ordre de 240 000 emplois équivalent temps-plein en 2020 et 630 000 en 2030. Nous étudions la sensibilité des résultats aux hypothèses sur les prix de l’énergie importée, l’évolution de la productivité du travail, la répartition du coût entre ménages et administrations publiques, et enfin l’arbitrage consommation-épargne. L’effet sur l’emploi reste largement positif dans tous les cas. NegaWatt.org.
3. [... Le scénario négaWatt repose en particulier sur] une politique très volontariste de sobriété et d’efficacité énergétique, aboutissant à une diminution en 2050 de la demande en énergie primaire de 65 % par rapport à la situation en 2010 : l’exploitation du « gisement de négaWatts » permet de faire les 2/3 du chemin ! NegaWatt.org.
2. [...] La mise à niveau de sûreté « post-Fukushima » des 58 réacteurs français, qui engloutirait près de 60 milliards d’euros sans qu’un seul KWh supplémentaire soit produit ! Mise dans la compensation du « surcoût » actuel du photovoltaïque, cette somme permettrait de financer une production d’électricité solaire supérieure à un an de production de tout le parc nucléaire français ; investie en totalité dans la construction de systèmes photovoltaïques elle permettrait de produire plus de 20 TWh par an dès aujourd'hui et pour au moins 20 ans. Dans les  deux cas, elle contribuerait à accélérer la baisse des coûts vers la compétitivité du photovoltaïque. NegaWatt.org.
1. On évalue, pour l'ensemble du parc nucléaire français, le nombre d'emplois nécessaires [au démantèlement] à à peu près 6 000. Françis SORIN, France Inter, Le téléphone sonne, 29/08/2012.

Bégaiement...

Dans la série "Je vous explique la crise"...
[Selon Hyman Minsky] la chronologie des crises est toujours la même. Au sortir d'une phase de crise, le secteur financier est bridé politiquement par les réglementations et les institutions publiques mises en place à l'occasion de la crise et des scandales qu'elle a mis au jour. La prudence naturelle guide aussi les prêteurs et les emprunteurs privés, impressionnés par les faillites récentes. Dans cette phase du cycle, le financement "couvert" domine [selon Minsky, financement dans lequel les flux de revenus réguliers futurs de l'emprunteur couvrent à la fois le paiement des intérêts, et du principal. Le financement est dit "spéculatif" quand seul le paiement des intérêts peut être assuré ou "à la Ponzi", quand ni le principal, ni les intérêts ne peuvent être payés]. La prospérité se développant, la vigilance publique et privée se relâche, l'endettement s'accélère, finançant des projets de plus en plus spéculatifs. La sphère financière s'enrichit tout particulièrement, ce qui renforce son influence politique, qu'elle utilise à réduire plus encore la réglementation financière. L'enrichissement des financiers développe les inégalités de revenus, augmentant ainsi le taux d'épargne moyen (les super-riches peinent à consommer tout leur revenu et participent au contraire à la bulle des actifs financiers ou immobiliers, des oeuvres d'art, etc.) ; autrement dit, la propension à consommer de l'économie baisse.
Le Nouvel observateur, Hors-série, Le pouvoir et l'argent, 11/2012, p. 75.

Une autre approche des réflexions de Minsky...
A l'origine de chaque crise financière, il y a toujours un "boom", une invention, une découverte, une nouvelle technologie [...]. 
[...] Ce boom euphorise les agents et leur fait anticiper des profits importants. Confiants, ils veulent investir et empruntent avec succès auprès des banques qui, elles aussi, gagnées par l'euphorie du moment, ouvrent grand les vannes du crédit. 
[...] Or, le moment arrive forcément où les opportunités d'investissement se réduisent, où l'argent commence à manquer et le prix de l'argent (le taux d'intérêt) à augmenter. L'endettement vire au surendettement. On retrouve alors le schéma d'Irving Fisher : entreprises et ménages veulent à tout prix se désendetter et bradent leurs actifs, ce qui déclenche une baisse du prix de ces actifs (actions, maisons, etc.).

Pauvrilégiés...

On peut nourrir un doute légitime sur l'ampleur de la misère que connaissent les foyers jugés officiellement pauvres. Aux États-Unis en tout cas, la majorité des personnes considérées comme telles ont accès aux biens essentiels, non seulement le strict nécessaire pour subsister, [...] mais aussi à ces éléments de confort qui sont au monde contemporain ce qu'était la légendaire chemise en lin sans laquelle le journalier d'Adam Smith aurait eu honte d'apparaître en public. 
[...] L'élaboration des statistiques sur la pauvreté est de nature intrinsèquement arbitraire (certains diraient politique). 
[...] Il existe au moins trois raisons d'être septique sur la signification de ces mesures de pauvreté. 
D'abord, toutes ces données révèlent l'ampleur du fossé entre ce que les pauvres gagnent et ce qu'ils déboursent. [Sont exclus, par exemple,] les avantages consentis à ces foyers à travers quatre-vingts programmes soumis à plafond de revenus comme la cantine scolaire, l'aide alimentaire aux personnes âgées, l'aide au logement [...]. Ce fossé reflète en partie un endettement croissant ([...] le surplus des dépenses par rapport au revenu déclaré [est passé] depuis le début des années 1970, de 139 % à environ 212 %), mais aussi la tendance des plus pauvres à ne pas déclarer l'ensemble de leurs revenus. Une proportion significative des bénéficiaires de prestations sociales pratiquent le travail au noir [pour ne pas perdre] ses droits aux allocations. 
[...] Deuxième motif de scepticisme : la dimension temporelle. [... Par exemple,] entre 2004 et 2007, le revenu des 31,6 % de la population est tombé au-dessous du seuil de pauvreté pendant deux mois ou plus, mais 2,2 % seulement des habitants y sont demeurés au long de ces quatre années. 
[...] Troisième motif : [...] leur niveau d'équipement témoigne de niveaux de consommation plus élevés qu'on ne l'imagine. A l'apogée de la récession de 2009, 40 % des familles officiellement pauvres étaient propriétaires de leur logement : le plus souvent une maison individuelle dont la valeur moyenne avoisinait les 100 000 dollars, avec au moins trois chambres, un porche ou un patio et un garage et une surface moyenne de 450 m² [sic]. C'est la dimension moyenne d'une maison neuve au Danemark et c'est plus que les habitations françaises ou anglaises. 
[...] Le tableau de la pauvreté qui se dégage ainsi fait apparaître un phénomène à la fois suffisamment important pour que seul un aveugle puisse ne pas le voir et suffisamment faible pour ne pas ressembler à la catastrophe annoncée par les chiffres officiels. A y regarder de plus près, on observe un réel problème d'indigence [estimée entre 2 % et 7 %], qui se cantonne pour l'essentiel à des personnes que leur état physique empêche de travailler. Dès lors, non seulement la question devient plus facile à gérer, mais les solutions prennent une couleur très différente de la seule aide financière. Cet examen plus attentif révèle également que les personnes à faible revenu (tout comme bon nombre des mieux lotis) qui peinent à joindre les deux bouts, luttent en vérité pour satisfaire des désirs de consommation modernes avec leurs maigres ressources. Elles ne livrent pas bataille pour mettre un toit au-dessus de leur tête, des vêtements sur leur dos et de la nourriture sur la table. 
[...] De minutieux calculs faits par Richard Burkhauser et ses collègues de l'université Cornell montrent que, après 1993, nous n'avons pas connu d'augmentation des inégalités au sein des 99 % les moins bien lotis de la population. Face à l'augmentation rapide du revenu des 1 % au sommet, tous les autres ont évolué à un rythme relativement lent. 
[...] On a ainsi dûment remarqué que la plupart des membres du mouvement "Occupy Wall Street" prétendant appartenir aux 99 %, font en réalité partie des 1 % à l'échelle de la planète. 
Certains américains seraient sans doute stupéfaits d'apprendre que la Hongrie est plus égalitaire et compte moins de pauvres (selon l'indice européen) que les États-Unis. La question de savoir se c'est une société plus juste dépend de la manière dont on considère la réalité suivante : à environ 800 dollars, le revenu mensuel médian hongrois se situe aux alentours de 55 % du seuil de pauvreté pour une famille de deux personnes aux États-Unis. 
[...] L'ironie de la chose, c'est que le ressentiment provoqué par les inégalités semble avoir remplacé le souci des pauvres.
Neil GILBERT (2012), The American Interest
Books, 02/2012, p. 50.

Secours énergétique...

Le paiement des factures d'énergie est le premier motif de demande d'aides dans les Centre communaux d'action sociale (CCAS) [...].
Alternatives Economiques, 12/2012, p. 49.

L'oeuf ou le discount...

Beaucoup de gens disent en Allemagne que les discounter sont une bénédiction pour les pauvres gens car les pauvres ont besoin de ces prix bas pour survivre. C'est une vision. Moi j'en propose une autre, à l'opposé. 
Il y a des gens pauvres, car nous avons une culture du discount. Parce que le discount n'offre que des emplois précaires, et des bas salaires, nous avons constaté qu'il fait baisser notre niveau de vie, et ce, depuis des années. Je pense que cette mentalité discount développe la pauvreté. Nous devons réfléchir un instant et nous interroger à savoir si nous ne sommes pas en train de rentrer dans un cercle vicieux.
Ulrich DALIBOR (Responsable du secteur commerce au syndicat ver.di).
France 2, Infrarouge, 29/01/2013.

Jeter l'argent par la poubelle...

[...] Du frigo directement à la poubelle comme un aliment sur trois, parfois même un sur deux à l'échelle mondiale. C'est ce que révèle une étude britannique ["Global food : waste not, want not"]. Selon le rapport, la faute aux distributeurs et aux consommateurs dans les pays développés : respect des dates de péremption [trop restrictives], clients qui cèdent aux promotions et qui achètent donc plus qu'il n'en faut, d'autres qui veulent des fruits et légumes zéro défaut.
Canal +, La nouvelle Edition - Le JT, 12/01/2013.
[...] Dans les pays en développement, les pertes de nourriture ont lieu au début de la chaîne d’approvisionnement, entre le champ et le marché, du fait de récoltes inefficaces, d’infrastructures de transport locales inadéquates ou de conditions de stockage inappropriées. Et lorsque le niveau de développement de l'État augmente, le problème se déplace vers l’aval de la chaîne de production avec des déficiences au niveau des infrastructures régionales et nationales. Dans le Sud-Est asiatique, par exemple, les pertes de riz oscillent entre 37 % et 80 % de la production totale en fonction du stade de développement du pays, la Chine se situant par exemple à 45 % et le Vietnam à 80 %.

Bien huilée...

Dans la série "Je vous explique la crise" : Emmanuel Todd...
[...] Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser, et les revenus, comme les importations, par s’effondrer [...]. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.
[...] Et puis, d'un autre côté, comme tout ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15 %, il y a une accumulation d'argent en haut de la structure sociale. [Or] les gens  riches ont leurs problèmes : que faire de leur argent ? Prêter à l’État ! C'est totalement génial. Puisque vous avez, ou vous croyez avoir, une sorte de garantie maximum. [...].  Emmanuel TODD, BFM, 02/12/2011.

Qui dit quoi ?

Où l'on résume, en deux temps trois mouvements, les idées fondamentales des grands penseurs de l'économie...

Adam SMITH
1. Le travail est la seule source de la richesse et la meilleure mesure de la valeur.
2. La puissance créatrice du travail est décuplée par la spécialisation (la division du travail).
3. La poursuite de l'intérêt individuel, profite à tous (la main invisible).

Jean-Baptiste SAY
1. Toute offre crée automatiquement sa propre demande. L'économie est donc fondamentalement équilibrée.
2. L'épargne est la vertu cardinale des agents économiques.
3. La monnaie n'est qu'un intermédiaire neutre.

David RICARDO
1. La rente de la terre à tendance à augmenter.
2. Les salaires ont tendance à s'établir au niveau de subsistance.
3. Le profit est condamné à baisser (théorie des rendements décroissants).

Jean-Charles de SISMONDI
1. Le capitalisme s'efforce de ne rien laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour se maintenir en vie, et se réserve à lui-même tout ce que l'ouvrier a produit par-delà de la valeur de cette vie.
2. Par [la division du travail], l'homme a perdu en intelligence, en vigueur de corps, en santé, en gaieté, tout ce qu'il a gagné en pouvoir pour produire plus de richesse.
3. Le gouvernement doit être le protecteur du faible contre le fort.

John Stuart MILL
1. Envisage l'intervention de l'État tout en refusant l'égalitarisme.
2. Les lois de la production s'imposent à l'homme.
3. Les lois de la répartition sont en grande partie du ressort de la législation.

Karl MARX
1. Le travail a une valeur d'échange : le salaire.
2. Le travail en une valeur d'usage : ce que le travail produit.
3. La baisse tendancielle du taux de profit : plus les entreprises remplacent le travail vivant par les machines, plus elles produisent et créent du chômage, donc les prix baissent, entraînant avec eux les profits.

John Maynard KEYNES
1. C'est la consommation et non l'épargne qui est le véritable moteur de l'économie. Les ménages consomment d'abord et épargnent ensuite.
2. L'épargne se fait au détriment de la consommation et fait donc baisser les prix.
3. Les entreprises embauchent non pas en fonction du coût du travail mais des perspectives de vente.

Michel MUSOLINO (2007), L'économie pour les nuls, First Editions, p. 40.

Cartel laitier...

Après les endives, la farine, les lessives et les croquettes pour chiens et chats, l'Autorité de concurrence pourrait faire tomber un nouveau cartel dans les yaourts, les fromages blancs et les crèmes fraîches. Huit entreprises fabriquant des marques de distributeurs (MDD) sont soupçonnées d'entente sur les prix. Ensemble, elles produisent 50 % de cet important marché [...].
Alternatives Economiques, 05/2012, p. 24.

Keynes has-been ?

[...En France], le soutient de la consommation [a] largement bénéficié aux entreprises... étrangères. Les importations ont crû de 6,5 % entre 2006 et 2010 alors que les exportations n'ont progressé que de 1,3 %. La politique keynésienne suivie a en effet un très gros défaut : elle a des effets pervers majeur en économie ouverte.
Denis KESSLER, Challenges, 06/2011 [date incertaine], p. 34.
Les gouvernements ont fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l’économie de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Dans ces conditions, la rigueur peut apparaître comme un refus passif de contribuer à la croissance de la Chine, une troisième voie que je qualifierai de "protectionnisme des imbéciles".
Emmanuel TODD, Le Point.fr, 13/12/2011.
Sur le plan macroéconomique, […] baisser les charges est un recyclage 100 % français de l'argent collecté, cela abaisse le coût du travail et donc augmente nos exportations […]. Faire un chèque aux ménages, c'était augmenter leur pouvoir d'achat, et donc leur consommation, pour partie constituée de produits importés […]. Cela n'allait donc profiter que partiellement à l'emploi français, et ne rien changer sur le plan de la compétitivité de l'économie nationale.

Beurre 0 %...

Le prêt dans le cadre du crédit à la consommation devrait relever du service public et être exonéré du versement d'intérêts.
Paul JORION, Misère de la pensée économique, Fayard, p. 313. 

Machine infernale...

Dans les séries "Je vous explique la crise"  et "Je vous explique la dette" : Paul Jorion...
Le système capitaliste se caractérise par le fait que les ressources qu'il faudrait mobiliser pour la production ou la consommation manquent souvent là où elles seraient nécessaires, ce qui oblige à les emprunter et à rémunérer cet emprunt par le versement d'intérêts, mécanisme qui amorce alors la "machine à concentrer la richesse". Page 63.
La concentration excessive de la richesse grippe la machine économique jusqu'à provoquer son arrêt par deux effets combinés : d'une part, la baisse du pouvoir d'achat pour la grande masse de la population force à un développement du crédit qui fragilise, à terme, le secteur financier en raison du risque croissant de défaut de l'emprunteur ; d'autre part, les capitaux disponibles au sommet de la pyramide sociale iront, faute de débouchés suffisants dans la production, se placer dans des activités spéculatives, déréglant entièrement le mécanisme de la formation des prix. Page 143.

Poubelle addict...

Un tiers de la production alimentaire mondiale n'est jamais consommée. En Grande-Bretagne, 8 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, soit 130 kilos par habitant, dont les deux tiers auraient pu être consommés. 
[...] En France [...], les cantines jettent entre 1150 et 230 grammes de nourriture pour chaque repas servi. Du côté des supermarchés, les banques alimentaires ne parviennent à récupérer que le quart des 200 000 tonnes de fruits, légumes et produits ultra-frais jetés à la poubelle et pourtant encore consommables. 
[...] L'Europe a longtemps imposé des critères sur la taille, l'aspect et la forme des primeurs. Aujourd'hui ces normes ont enfin disparues, mais rien n'a changé. 
[...] Le résultat ? Les distributeurs refusent près d'un tiers de ces produits, dont une partie seulement rejoint l'industrie agroalimentaire. "Pourtant le consommateur ne craint pas de se nourrir de produits qui ont des défauts d'aspect, insiste Tristan Stuart. Quand la Grande-Bretagne a perdu une partie de sa récolte de pommes de terre en 2007, les critères esthétiques ont été revus à la baisse et les gens ont suivi". 
[...] Selon une étude de 2007, un Français jette chaque année 7 kilos de nourriture emballée et 20 kilos de produits alimentaires. Pourquoi cela ? Parce qu'on achète trop, et que l'art d'accommoder les restes s'est perdu, surtout avec les dates de péremption mal comprises.
Denis DELBECQ, L'Express, 10/2012, p. 114.

On peut pas épargner mille fois un revenu...

[Pour Smith], Say et leurs héritiers, l'épargne est première. La partie des revenus qui n'est pas consommée [...] sert à financer des investissements, lesquels sont générateurs d'efficacité économique accrue, donc croissance économique. [...] L'offre crée toujours sa propre demande : le revenu issu de l'offre [...] est intégralement dépensé, soit en consommation, soit (à travers l'épargne) en investissement, et donc, la demande globale est constamment et automatiquement égale à l'offre globale. 
[Pour Keynes] la disponibilité d'une épargne préalable ne joue pas un rôle déterminant dans la dynamique économique : les investissements jugés nécessaires du fait des anticipations [des entreprises compte tenu du "climat des affaires"], peuvent fort bien, si l'épargne disponible est insuffisante ou trop frileuse, être financés à crédit par des établissements bancaires [...]. L'investissement permet de dégager de l'épargne supplémentaire, grâce à l'amélioration de l'emploi et des revenus qu'il engendre. [Pour autant], le taux d'épargne pendant les Trente Glorieuses est resté à peu près stable alors que les revenus individuels ont plus que doublé. 
[Pour Modigliani] le taux d'épargne individuel varie certes avec le revenu, mais sert à accumuler du patrimoine dont la vente permettra de maintenir le niveau de vie tout au long de l'existence.  
[Pour Friedman], la consommation ne dépend pas du revenu courant, mais du patrimoine que chacun cherche à acquérir afin de s'assurer un niveau de vie stable. Il n'existe donc pas de relation stable entre le revenu courant et l'épargne. Et un surplus temporaire de revenu issu d'une politique publique de relance ne modifie que très peu la consommation : il sert surtout à épargner davantage. 
[Pour les "nouveaux classiques" (Robert Lucas, Thomas Sargent)], les citoyens, à la fois consommateurs et contribuables, anticipant rationnellement ce qui se passera quand il faudra payer la note de la relance, se contentent d'épargner davantage. »
Denis CLERC, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 56.

Ceinture plus ou moins serrée...

Parmi les ménages les plus modestes qui partiront en vacances [été 2012], l'absence du domicile sera d'une durée de moitié inférieure à ce qu'elle sera pour les ménages les plus riches.
Cyril LEMIEUX, Alternatives Economiques, 07-08/2012, p. 91.

Cheval de Troie...

Dans la doctrine libérale et dans l’esprit capitaliste, l’impôt sur le revenu, impôt progressif, est une aberration. On paye ce qu’on consomme un point c’est tout. La TVA « sociale » est un cheval de Troie destiné à disloquer le système de la solidarité dans le lien social.
Jean-Luc MELENCHON, A bas la TVA sociale.