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Les riches ? Quels riches ?!

Mais qui sont les riches, au juste ? On parle souvent des 1 %, les plus que riches, qui ne sont à coup sûr pas concernés (encore moins intéressés) par ce post. Mais on parle aussi très souvent  des 10 %par exemple ici. On leur en veut moins, incontestablement, mais heureusement, nous allons voir pourquoi...
[...] De façon générale, les 10 % les plus riches [en France] perçoivent en moyenne plus de 68 500 € de revenus bruts par an, soit 5 710 € [brut] par moisImpotSurLeRevenu.org
Oublions la moyenne qui ne signifie pas grand chose...
Avec 3 800 € de revenu brut par mois, vous faites partie des 10 % des Français les plus riches (5 millions sur 50.4 millions). Seuil inférieur du 90ème percentile : 3 786 € [brut par mois]. PourUneRevolutionFiscale.fr
Donc si l'on touche un salaire de 3 800 € brut par mois, on fait partie des 10 % les plus riches. En fait, pas vraiment...
Le revenu brut est la somme du salaire brut et des autres revenus bruts perçus par un individu donné : revenus d'activité non salariée, revenus de remplacements (pensions de retraites, allocations chômage), et revenus du capital (intérêts, dividendes, loyers, plus-values). 
Exemple. M. Martin a un salaire brut de 2 000 € par mois (24 000 € par an). Il dispose aussi de l'équivalent de 1 000 € par mois (12 000 € par an) sous forme de loyers d'un appartement dont il a hérité. Son revenu brut est donc de 3 000 € par mois (36 000 € par an). PourUneRevolutionFiscale.fr.
"Equivalent loyer" signifie ici que si l'on habite un logement dont on est le propriétaire, l'on doit ajouter à notre salaire mensuel le montant du loyer que l'on pourrait tirer de ce logement si on le louait !
Si l'on n'est pas propriétaire, à quelques revenus du capital près, on fait partie des 10 % les plus riches si l'on est payé 3800 € brut par mois...
Location : le loyer moyen des Français à 611 euros en 2013. NouvelObs.com
On peut gager que les 10 % les plus riches ont un loyer moyen un peu supérieur à la moyenne, peut-être entre 700 € et 800 €, mais avec mettons 620 € d'équivalent loyer si on est propriétaire...

On a en fin de compte de bonnes chances de faire partie des 10 % les plus riches si notre salaire se situe autour de 3 200 € brut par mois, soit environ 2 460 € net... SalaireBrutNet.fr

Bel avenir...

Dans le cas où il n'existe aucune croissance structurelle [somme du taux de croissance de la productivité et de la population, dit taux g...] on aboutit à une contradiction logique très proche de celle que décrit Marx. 
A partir du moment où le taux d'épargne nette [...] est positif, c'est-à-dire que les capitalistes s'acharnent à accumuler chaque année davantage de capital, par volonté de puissance et de perpétuation, ou bien simplement parce que leur niveau de vie est déjà suffisamment élevé, le rapport capital/revenu augmente indéfiniment. Plus généralement, si le taux g est faible et s'approche de zéro, le rapport capital/revenu de long terme [...] tend vers l'infini. [...] Dans ce cas, le rendement du capital r doit nécessairement se réduire de plus en plus et devenir infiniment proche de zéro, faute de quoi la part du capital [...] finira par dévorer la totalité du revenu national. 
La contradiction dynamique pointée par Marx correspond donc a une vrai difficulté, dont la seule issue logique est la croissance structurelle, qui seule permet d'équilibrer, dans une certaine mesure, le processus d'accumulation du capital. 
C'est la croissance permanente de la productivité et de la population qui permet d'équilibrer l'addition permanente de nouvelles unités de capital [...]. Faute de quoi les capitalistes creusent effectivement leur propre tombe : soit ils s'entre-déchirent, dans une tentative désespérée pour lutter contre la baisse tendancielle du taux de rendement (par exemple en se faisant la guerre pour obtenir les meilleurs investissements coloniaux, à l'image de la crise marocaine entre la France et l'Allemagne en 1905 et 1911) ; soit ils parviennent à imposer au travail une part de plus en plus faible dans le revenu national, ce qui finira par conduire à une révolution prolétarienne et une expropriation générale. Dans tous les cas, le capitalisme est miné par ses contradictions internes.
[...] Pour résumer, la croissance moderne, qui est fondée sur la croissance de la productivité et la diffusion des connaissances, a permis d'éviter l'apocalypse marxiste et d'équilibrer le processus d'accumulation du capital.
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, page 361.

L'oeuf ou la poule, encore...

Les trois décennies d'après-guerre, les Trente Glorieuses, c'était un capitalisme strictement régulé et porteur d'un ambition sociale. La grande croissance que nous avons alors connue s'explique largement par des politiques systématiques de hauts salaires, voulues au nom de raisons macroéconomiques et visant à dynamiser le pouvoir d'achat [...].
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 36.

Ce raisonnement typiquement Keynesien est désormais souvent relativisé...
[...] On peut apporter quelque crédit à l'observation de COE-REXECODE, selon laquelle « toute tentative de relance de la consommation intérieure aboutirait à des « fuites à l'importation » croissantes et soutiendrait plus les importations que la production française ». Cet organisme indique que « sur longue période, entre les années 1973 et 1993, les importations françaises en volume avaient progressé à un rythme annuel 2,2 fois plus élevé que celui du PIB. Entre 1996 et 2006, l'élasticité des importations à la progression de [la] demande s'est accrue à 2,5 ». Au total, « le coefficient de « fuite à l'importation » a augmenté ce qui rend inopérant les tentatives de relances isolées »
Si ce diagnostic est peu contestable, il s'applique en revanche à la plupart des économies ouvertes et ne traduit pas en soi une quelconque spécificité de l'économie française, laquelle est soumise comme toutes les économies au mouvement d'internationalisation des échanges et des chaînes de production.

Plus y'a de fous...

L'Hexagone voit sa population progresser à un rythme soutenu tout au long du XVIIIe siècle [...]. Tout laisse à penser que ce dynamisme démographique, inconnu au cours des siècles précédents, a effectivement contribué à la stagnation des salaires agricoles et à la progression de la rente foncière dans les décennies menant à la déflagration de 1789.
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, page 19.

Qui sème le vent...

[...] Au début des années 1980, où priorité a été si bien donnée aux actionnaires, que la part de la masse salariale dans les PIB des Etats-Unis, de l'Allemagne ou de la France est passée d'un peu plus de 70 % à moins de 60 %. 
Les actionnaires se vengent d'un après-guerre où leur argent, il est vrai, leur rapportait peu puisqu'ils avaient été victimes des trente glorieuses mais le bâton a été tellement tordu dans l'autre sens que l'insuffisance de croissance du pouvoir d'achat se traduit par l'insuffisance de croissance de la consommation et de croissance tout court. La cupidité et le court-termisme des détenteurs de capitaux se retournent contre eux après avoir frappé les salariés. La fascination de l'argent nous a maintenant tous affaibli, salariés, Etats, entreprises et par voie de conséquence, actionnaires eux-mêmes car dès lors que la croissance est anémique, leur retour sur investissement diminue.
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 60.

Mini...

Si le chômage est bas en Allemagne, c'est grâce aux dispositifs permettant de réduire le travail en période de crise, tels que le chômage partiel et les comptes épargne-temps.
[...] Si plus de 2 millions d'emplois ont ainsi été créés entre 2002 et 2011, le nombre de CDI à temps plein a lui... reculé ! A l'inverse, les mini-jobs, payés au maximum 450 euros et qui n'ouvrent pas droit à l'assurance chômage, représentent désormais un emploi sur cinq.
Gilles RAVEAUD (propos de Arnaud CHEVALIER), Alternatives Economiques, 06/2013, p. 88.

La part du gâteau...

Sous la surface de la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et dividendes...
7. [...] Alors que dans les années 1970, les entreprises consacraient deux fois plus d'argent à leurs investissements nets qu'à la rémunération des propriétaires de leur capital, cette proportion est inversée aujourd'hui. Alternatives Economiques, 06/2012, p. 6.
6. [Entre début 2008 et le second semestre 2012, dans les sociétés non financières,] le poids des intérêts versés aux banquiers a baissé de 2 % à 1 % de la valeur ajoutée  [...] Le pourcentage des dividendes versés aux actionnaires [...] est passé de 8 % à 8,9 % (de la valeur ajoutée).  Alternatives Economiques, 12/2012, p. 74.
5.[Deux chercheurs, Christopher Lantenois et Benjamin Coriat] ont observé [sur un panel de firmes françaises et allemandes sur la période 1997-2007], une hausse de la distribution des profits aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d'actions, ainsi qu'un recentrage sur un nombre restreint d'activités. » Alternatives Economiques, date inconnue, p. 49. 
4. Au cours des cinq dernières années, la part qui a été donné en rémunération du capital, les dividendes, ça a augmenté de 27 %. La masse salariale [...] n'a augmenté que de 12 %. Maintenant si vous regardez sur 30 ans, [...] la part prise par le capital c'était 3 % de la richesse, aujourd'hui, c'est 9 %. Jean-Luc MELENCHON, France 3, 12/13, 11/11/2012. 
3. Sur a période 2006-2010, la valeur ajoutée des entreprises a augmenté de 7,5 % en termes nominaux, ce qui représente un volume de 74 milliards d'euros. L'essentiel de cette progression, 82 % exactement, [...] est allé aux salariés sous forme de salaires, de cotisations sociales ou d'impôts sur les salaires ! Ainsi, la part de la valeur ajoutée consacrée au travail, directement ou indirectement, est passée de 66,9 % à 67,9 % sur cette période. Le revenu disponible ajusté des ménages a crû de 5,8 % en termes réels sur la période 2006-2010, grâce notamment a une progression des prestations sociales de 10,1 %, tandis que les salaires nets augmentaient de 3,6 %. Denis KESSLER, Challenges, n° 261, p 34.
2. Les chiffres de l'OCDE, montrent que dans tous les pays depuis 30 ans, ce qui va au salaire par rapport à ce qui va aux dividendes [...], est à un plus bas historique, est passé de 67 % du PIB [...] à 57 % il y a cinq ans quand la crise a éclaté. Pierre LARROUTUROU, France Inter, 3D le journal, 15/04/2012.
1. Sur très longue période, le partage de la valeur ajoutée est en général stable, autour de deux tiers pour les salaires et un tiers pour les profits [...]. Les chocs pétroliers des années 1970 entraînent une nette diminution du taux de marge [la part de la valeur ajoutée qui rémunère les apporteurs de capitaux]. L'endettement des entreprises [...] atteint alors ses limites et montre qu'il n'est pas soutenable [...]. [En France], les salaires seraient plus élevés de 5 % environ si le partage était resté stable [depuis les années 1960]. Alternatives Economiques, n° 307, p. 82.

Fiscalité de Ponzi...

Selon une enquête publiée [...] par l'agence Bloomberg, Chesapeake, numéro deux du gaz naturel aux États-Unis, a réalisé 5,5 milliards de dollars de profits avant impôts en vingt trois années d'existence, mais ne s'est acquitté sur cette période que de 53 millions d'impôts sur les bénéfices. Soit 1 % alors que le taux en vigueur aux États-Unis est théoriquement de 35 %. [...] Les sociétés pétrolières ont [en effet] le droit d'inscrire dans leurs comptes les lourds investissements nécessaires à la réalisation d'un puits dans l'année où l'argent est dépensé, plutôt que d'étaler l'amortissement sur la durée d'exploitation du gisement. Ce qui permet à une société qui multiplie les nouveaux forages de différer sans cesse le paiement de ses taxes
[...] Le patron de Chesapeake a touché au cours de la seule année 2008 deux fois le montant versé par son entreprise au titre de l'impôt sur les sociétés en deux décennies.
Antoine de RAVIGNAN, Alternatives Economiques, 02/2013, p. 45. 

L'exemple Apple...
[...] En 2011, la filiale irlandaise d'Apple (qui centralise les ventes d'iPad, iPhone et d'autres produits) a déclaré 22 milliards de dollars de bénéfices avant impôts et n'a payé que 10 millions d'impôts. [Ainsi] entre 2009 et 2011, 74 milliards de bénéfices avant impôts auraient échappé au fisc américain, rapporte le Financial Times.
Et ce que la défense en dit...
[... Apple] compte [...] insister sur le fait qu'elle a "créé des centaines de milliers d'emplois" et "généré des milliards de dollars de ventes pour les développeurs de logiciels". L'entreprise a contribué à hauteur de 6 milliards de dollars au budget américain en 2012. Elle se dit prête à verser davantage d'argent au Trésor américain si nécessaire. Apple "a d'importantes liquidités à l'étranger car il vend la majorité de ses produits en dehors des Etats-Unis", s'est défendu [Tim Cook] mardi, affirmant qu'il "gère avec attention ses liquidités à l'étranger pour soutenir ses activités internationales dans le meilleur intérêt de ses actionnaires".

Sacré Conard...

[Edward Conard] défend l'idée que l'énorme et sans cesse croissante inégalité des revenus aux Etats-Unis n'indique en rien que l'économie est grippée. Bien au contraire [...]. Si même l'inégalité était encore un peu plus forte, tout le monde s'en porterait mieux, notamment les 99 %. 
[...Selon lui,] la plupart des Américains [...] ignorent que les super-riches ne dépensent qu'une fraction de leur fortune pour leur confort personnel ; que le gros de leur argent est investi dans des affaires productives qui améliorent la vie de tout le monde. 
[...] L'idée que la société profite de la saine concurrence entre les investisseurs est assez largement répandue. Éminent économiste de gauche, Dean Baker [...] estime que pour chaque dollar que gagne un investisseur, le public reçoit l'équivalent de 5 dollars en valeur. 
[...] Selon Conard, cependant, Baker sous-estime les bénéfices sociaux de l'investissement. Il prend l'exemple de l'agriculture : depuis les années 1940, grâce à un flux constant d'innovations, le coût de l'alimentation a régulièrement diminué. Si les entreprises qui ont bénéficié de ces innovations, comme les semenciers ou les chaînes de restauration rapide, ont fait la fortune de leurs propriétaires, le consommateur américain moyen en a profité encore plus. Conard conclut que, pour chaque dollar entré dans la poche d'un investisseur, le public récolte jusqu'à 20 dollars en valeur. 
[...] Jamais avare de vacheries, il [appelle] "diplômés en histoire de l'art" [...] tous ceux ayant la chance de naître avec le talent et les opportunités qui leur permettrait de rejoindre la mécanique de la prise de risque et de la chasse à l'innovation, mais préfèrent choisir une vie moins compétitive
[...] La seule façon selon lui de convaincre ces "diplômés en histoire de l'art" de rejoindre la redoutable mécanique de la vraie compétition économique est de les attirer avec des rétributions hors normes.
Books, 03/2013, p. 25.

Joseph Schumpeter était déjà sur cette ligne...
[Selon lui], les gagnants doivent obtenir "des gains impressionnants" pour provoquer "une impulsion beaucoup plus puissante que ne l'aurait fait une répartition plus égalitaire et plus juste".
Alternatives Economiques, 02/2013, p. 14.
[...] En 2008, ce sont les grands fonds de pension, les compagnies d'assurance et d'autres énormes investisseurs institutionnels qui ont retiré leur argent dans un mouvement de panique. Avec le recul, Conard juge que ce sont ces retraits qui ont conduit à la crise, et non, comme tant d'autres l'ont avancé, une orgie de prêts irresponsables
[...] Le rôle central des banques est de transformer les avoirs à court terme d'épargnant nerveux en prêts à long terme risqués favorisant la croissance. [...] Ce à quoi elles ne s'attendaient pas, c'est que les déposants retirent leur argent, chose qu'ils n'avaient pas faite en masse depuis 1929. 
Books, 03/2013, p. 25.

Repos forcé...

Sous la surface du sous-emploi, du temps partiel, de l'emploi précaire, ou considéré comme tel...
6. La 30 % des salariés à temps partiel déclarent vouloir travailler davantage [...] en grande majorité des femmes. Alternatives Economiques, 01/2013, p. 52. 
5. La France est [...] l'un des pays européens où le recours aux contrats précaires (CDD ou intérim) est le plus fréquent : plus de 15 % des emplois [13,8 % en Allemagne, 20 % au Portugal ou en Espagne]. Alternatives Economiques, 01/2013, p. 9. 
4. Le taux d'emplois à temps partiel (sur l'emploi total) a diminué en France de 14,2 % en 1995 à 13,6 % en 2011. Il a également diminué aux Etats-Unis (14 à 12,6) et en Suède (15,1 à 13,8). Il a augmenté au Royaume-Uni (22,3 à 24,6), en Allemagne (14,2 à 22,1) ou en Italie (10,5 à 16,7). Alternatives Economiques11/2012, p. 71
3. Les trois quarts des recrutements se font [...] aujourd'hui en CDDAlternatives Economiques, 10/2012, p. 15. 
2. Les travailleurs en sous-emploi [temps partiel ou temps complet un partie de l'année] étaient plus de 1,5 million début 2010. DORIVAL C. (2011). Le travail, non merci ! Les petits matins, 2011, p.45.  
1. On assiste à un fort développement des emplois de très courte durée. [Selon l'Acoss, entre 2000 et 2010, le nombre de CDD de moins d'un mois enregistrés, a augmenté de 126 %. Le nombre de CDI a diminué de 23 %]. Alternatives Economiques, 11/2011, p. 11. 

L'oeuf ou le discount...

Beaucoup de gens disent en Allemagne que les discounter sont une bénédiction pour les pauvres gens car les pauvres ont besoin de ces prix bas pour survivre. C'est une vision. Moi j'en propose une autre, à l'opposé
Il y a des gens pauvres, car nous avons une culture du discount. Parce que le discount n'offre que des emplois précaires, et des bas salaires, nous avons constaté qu'il fait baisser notre niveau de vie, et ce, depuis des années. Je pense que cette mentalité discount développe la pauvreté. Nous devons réfléchir un instant et nous interroger à savoir si nous ne sommes pas en train de rentrer dans un cercle vicieux.
Ulrich DALIBOR (Responsable du secteur commerce au syndicat ver.di).
France 2, Infrarouge, 29/01/2013.

Oh oui, frappe-moi...

Je ne qualifierais pas forcément de démocratique un pays [l'Allemagne] qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.
Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.


Bien huilée...

Dans la série "Je vous explique la crise" : Emmanuel Todd...
[...] Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser, et les revenus, comme les importations, par s’effondrer [...]. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.
[...] Et puis, d'un autre côté, comme tout ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15 %, il y a une accumulation d'argent en haut de la structure sociale. [Or] les gens  riches ont leurs problèmes : que faire de leur argent ? Prêter à l’État ! C'est totalement génial. Puisque vous avez, ou vous croyez avoir, une sorte de garantie maximum. [...].  Emmanuel TODDBFM, 02/12/2011.

Top productif, ou pas...

Les Français restent parmi les plus productifs au monde : en  2012, un Français qui occupe un emploi aura produit 75 000 € de richesses, contre 63 000 seulement en Allemagne et 65 000 en moyenne en Europe.
Alternatives Economiques, 11/2012, p. 7.

Qui dit quoi ?

Où l'on résume, en deux temps trois mouvements, les idées fondamentales des grands penseurs de l'économie...

Adam SMITH
1. Le travail est la seule source de la richesse et la meilleure mesure de la valeur.
2. La puissance créatrice du travail est décuplée par la spécialisation (la division du travail).
3. La poursuite de l'intérêt individuel, profite à tous (la main invisible).

Jean-Baptiste SAY
1. Toute offre crée automatiquement sa propre demande. L'économie est donc fondamentalement équilibrée.
2. L'épargne est la vertu cardinale des agents économiques.
3. La monnaie n'est qu'un intermédiaire neutre.

David RICARDO
1. La rente de la terre à tendance à augmenter.
2. Les salaires ont tendance à s'établir au niveau de subsistance.
3. Le profit est condamné à baisser (théorie des rendements décroissants).

Jean-Charles de SISMONDI
1. Le capitalisme s'efforce de ne rien laisser à l'ouvrier que justement ce qu'il lui faut pour se maintenir en vie, et se réserve à lui-même tout ce que l'ouvrier a produit par-delà de la valeur de cette vie.
2. Par [la division du travail], l'homme a perdu en intelligence, en vigueur de corps, en santé, en gaieté, tout ce qu'il a gagné en pouvoir pour produire plus de richesse.
3. Le gouvernement doit être le protecteur du faible contre le fort.

John Stuart MILL
1. Envisage l'intervention de l'État tout en refusant l'égalitarisme.
2. Les lois de la production s'imposent à l'homme.
3. Les lois de la répartition sont en grande partie du ressort de la législation.

Karl MARX
1. Le travail a une valeur d'échange : le salaire.
2. Le travail en une valeur d'usage : ce que le travail produit.
3. La baisse tendancielle du taux de profit : plus les entreprises remplacent le travail vivant par les machines, plus elles produisent et créent du chômage, donc les prix baissent, entraînant avec eux les profits.

John Maynard KEYNES
1. C'est la consommation et non l'épargne qui est le véritable moteur de l'économie. Les ménages consomment d'abord et épargnent ensuite.
2. L'épargne se fait au détriment de la consommation et fait donc baisser les prix.
3. Les entreprises embauchent non pas en fonction du coût du travail mais des perspectives de vente.

Michel MUSOLINO (2007), L'économie pour les nuls, First Editions, p. 40.

Boule de neige...

La modération salariale allemande a en fait été, en bonne partie, un résultat inattendu du vieillissement accéléré de [sa] population [...]. Entre 2000 et 2012, la France a gagné 4,9 millions d'habitants quand l'Allemagne en a perdu 370 000. Ce qui a notamment entraîné une stabilité des prix de l'immobilier (et donc du coût du logement) que n'a connue aucun autre pays européen durant cette période. Alors qu'en France les prix de l'immobilier ont été multipliés par 2,5 entre 1996 et 2010, quasiment autant qu'en Espagne, ils n'ont pas bougé d'un iota en Allemagne. Résultat : en moyenne, un logement coûtait 3 800 € du mètre carré en France en 2011, contre 1 300 € en Allemagne, un rapport de 1 à 3 ! 
[...] L'écart phénoménal qui s'est ainsi creusé en une décennie entre l'Allemagne et le reste de la zone euro sur le plan du coût du logement pour les ménages a permis de faire passer la pilule de la modération salariale prolongée.
Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9.

Deux poids, deux mesures...

Sous la surface de l'idée d'aligner les fiscalités du travail et du capital...
6. [...] Dire [...] que les prélèvements sociaux sont plus importants sur les revenus du capital que sur ceux du travail est totalement faux : le Conseil constitutionnel oublie au passage toutes les cotisations sociales qui ne frappent que les salaires. Cela montre tout de même les limites de la compétence des juges constitutionnels en matière fiscale. Thomas PIKETTY, Les Crises.fr. 01/01/2013.
5. [...] Au-dessus d'un million d'euros par an, les revenus du capital représentent souvent plus de la moitié du revenu global des ménages. Autrement dit, le taux de 75 % ne s'appliquera au mieux qu'à 50 % des ressources de ces ménages, ce qui revient à taxer à 37,5 % l'ensemble de leur revenu. Thierry PECH, Alternatives Economiques, Le paradoxe de la réforme fiscale, 11/2012, p. 11. 
4. Loin d'être une exception française, l'imposition de la détention de patrimoine se rencontre dans de nombreux pays, notamment au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, où elle pèse respectivement 12 % et 14 % des recettes fiscales, contre 8 % en France. Alternatives Economiques, Le chantier Fiscal, 09/2012, p. 62.
3. Le travail est aujourd'hui taxé à 40 % en moyenne alors que le taux de prélèvements sur le capital n'est que de 18 %. Jean-Luc MELECHONFrance 5C/Politique04/09/2011.
2. [Lesrevenus financiers sont frappés d'un prélèvement libératoire fixe de 19 %, auxquels s'ajoutent 12,3 % de prélèvements sociaux. Alternatives Economiques, A quoi servent les impôts ? 03/2011, p. 67. 
1. Moins de 20 % des revenus du capital réel (tels que mesurés par les comptes nationaux) se retrouvent dans la base de l'impôt progressif sur le revenu. Par comparaison, plus de 90 % des revenus du travail réel (tels que mesurés par les comptes nationaux) sont imposés au barème progressif d'imposition. LANDAIS, PIKETTY, SAEZ, Pour une révolution fiscale, Seuil 2011, p. 70.
Henri Sterdyniak, pourtant classé à gauche, s'inquiète d'un alignement des fiscalités >>

Anti-récesseur...

Le partage inégal de la valeur ajoutée génère un problème de compétitivité et de croissance lié à des investissements et des salaires insuffisants. [...] Chômage et déclassement provoquent un ressentiment, une tentation de repli sur soi et finalement une dépression collective.
Matthieu PIGASSE, Le Nouvel Observateur, 04/2012, p. 104.

Patrons captifs...

Cette idée d'un marché international des grands patrons fluide et ouvert est largement théorique. En pratique, les différences culturelles restent importantes, même au plus haut niveau.
Alternatives Economiques, 07-08/2012, p. 17.

Non... C'est toi, qui coûte !

Sous la surface du coût du travail, ici ou ailleurs...
10. Partons des chiffres fournis (depuis 1975) par le Bureau of Labor Statistics (BLS) du ministère américain du travail. Selon le BLS, une heure de travail dans le secteur manufacturier coûtait 40,6 dollars en moyenne en France en 2010, contre 40,4 dans la zone euro et 43,8 en Allemagne, soit un écart de 8 % avec la France. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 8.
Le BLS mène [...] l'enquête à une échelle mondiale, ca que ne fait pas Eurostat dont les données sur le sujet sont par ailleurs très contestées.Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9. 
Le BLS confirme en revanche que l'évolution de ce coût a été significativement plus modéré outre-Rhin ces dernières années : en 2000, cet écart France-Allemagne était encore de 19 % [contre 8 % en 2010]. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9.
10.1. Ces chiffres sont contradictoires avec ceux avancés par ce même journaliste en (2)...
9. Le coût du travail horaire dans l'industrie manufacturière en Allemagne est de 35,40 €. Nous [en France], 35,80 €. [...] Et vous savez de combien il est en Espagne ? Il est de 24 €. L'Espagne devrait rouler sur l'or. L'Espagne est en plein effondrement. En Belgique, il est de 42 €, et ils exportent mieux que nous. Jean-François KHAN, France Inter, Le téléphone sonne, 13/11/2012. 
8. En proportion de la productivité horaire moyenne (la valeur ajoutée par heure travaillée), le coût horaire du salaire minimum se situe aujourd'hui à son plus bas niveau depuis soixante ans (environ 23 %), soit près de deux fois moins qu'à l'époque de sa création au début des années 1950 (environ 45 %). Sans les exonérations de cotisations sociales sur les "bas salaires", ce ratio serait de 28 %, soit à peu près le niveau observé avant l'instauration du Smic, en 1970, après une période où le salaire minimum avait considérablement chuté. Difficile de conclure dans ces conditions que le niveau du salaire minimum serait un problème. Pierre CONCIALDI, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 24. 
7. Si on s'intéresse spécifiquement au secteur manufacturier sur la base des données récoltées par le Bureau of Labor Statistics américain, on vérifie tout d'abord que le coût du travail a moins augmenté en France que dans tous les pays de la zone euro, à l'exception de l'Autriche, très légèrement, et surtout de l'Allemagne : en 2000, une heure de travail allemande valait 25,4 dollars, soit 19 % de plus qu'en France ; en 2010, avec respectivement 43,8 et 40,6 dollars cet écart n'était plus que de 8 %.  Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, Les chômeurs attendront, 02/2012, p. 14. 
6. Jean-Louis Beffa, Saint-Gobain, et Louis Gallois, patron d’EADS, sont venus à ce micro dire que le coût du travail était plus élevé en Allemagne qu’en France (notamment pour les cadres) – ce ne sont pas des suppôts de l’ultra-libéralisme. [...] L’été dernier, patronat, CFDT, CFTC et CGC ont signé un document qui relève (je cite) une « dégradation depuis dix ans de la compétitivité du coût salarial en France par rapport à la moyenne de la zone euro ». Par rapport à l’Allemagne, la dégradation est de 20 % dans l’industrie. Au total, le coût horaire est aujourd’hui grosso modo identique entre les deux pays, mais il était moins élevé ici avant, et il est plus élevé qu’en Grande-Bretagne, en Italie. Dernier élément : le taux de cotisations sociales est deux fois plus haut en France qu’en Allemagne. France Inter, L'édito éco, 19/01/2012. 
5. Quand vous voulez engager quelqu'un et que son salaire est de 100, vous savez qu'à la fin de l'année, ça vous coûtera 155 à 160 grosso-modo, si on me tout bout à bout. Philippe LENTSCHENER BFM, Les experts, 09/01/2012. 
4. Quand en net le smicard touche 100, chez l'expert comptable il coûte 200 à l'entreprise. [...] Depuis 2003, les charges des entreprises augmentent de 1% par an. Y'pas un pays où le travail est autant taxé. Donc réduire les charges sociales, ça va dans le bon sens. Jean-Louis MULLENBACH, BFM, Les experts, 06/01/2012. 
3. Sur une salaire de 100 euros, les charges sociales qui pèsent en France sont de 50 euros, en Allemagne, elles sont de 39 euros. Nadine MORANO, RMC Info, Talk Show, 05/01/2012. 
2. Le COE-Rexecode a croisé des statistiques européennes de qualité incertaine sur les coûts salariaux avec des statistiques douteuses sur la durée du travail, pour aboutir à des résultats totalement improbables sur les coûts horaires en France [37,8 € contre 33,5 € en Allemagne]. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 03/2011, p. 7.
Le Bureau of Labor Statistics du ministère américain du travail ou la base de donnée EU Klems fournissent des résultats très différents [respectivement 28,5 € en France contre 32,8 € en Allemagne et 29,7 € contre 31,9 €] soit un coût du travail supérieur de 14 % en AllemagneGuillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 03/2011, p. 7.
2.1. Le mois suivant, Alternatives Economiques publiera un erratum précisant que les chiffres attibués à COE-Rexecode, étaient en réalité issus de données de l'Insee (au sujet desquelles COE-Rexecode émettait d'ailleurs des doutes). "Lequel Insee a reconnu [par la suite] s'être grossièrement trompé sur le coût du travail en France". Alternatives Economiques, 04/2011, p 97.

2.2 Ces chiffres sont contradictoires avec ceux qu'avance ce même journaliste en (10). Outre qu'il s'agit bien-sûr d'euros et non de dollars, le coût du travail serait ici plus élevé de 15 % en Allemagne (contre 8 % en (10)). Si l'explication ne vient pas du fait qu'il s'agit ici de coûts salariaux au sens large et non seulement dans le secteur manufacturier, on ne peut plus raisonnablement se fier aux chiffres fournis par Guillaume Duval.
1. Le coût salarial unitaire est le coût du travail nécessaire pour produire un euro de richesse. C'est le ratio entre le coût du travail proprement dit [salaires bruts plus cotisations des employeurs] et la productivité de ce travail (la quantité de richesse produite par emploi). Cet indicateur est le plus pertinent pour apprécier la compétitivité-coût d'une économie. [Ce coût salarial unitaire est constant en France depuis 1990. Il a baissé de 20 % en Allemagne dans la même période]. Arnaud LECHEVALIER, Alternatives Economiques,  03/2011, p. 11.