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Création, destruction...

[...] Les corrections boursières – voire leurs effondrements – ne représentent pas une anomalie ou une tare congénitale des marchés : elles font partie intégrante de leur ADN. [...] C’est cette volatilité des bourses et ce sont ses décrochages plus ou moins violents mais épisodiques, qui permettent aux marchés boursiers de procurer une rentabilité supérieure à celle du livret d’épargne. 
[...] Une bourse qui procurerait un rendement stable et régulier – mettons de 7% l’an – et où la volatilité serait inexistante, drainerait des quantités phénoménales de capitaux qui, du coup, sur valoriseraient les actions qui, devenant trop chères, n’offriraient dès lors plus cette rentabilité de 7%… Et pour cause, puisque nul n’aurait plus intérêt à conserver un livret d’épargne, ni des espèces dans un contexte où les bourses autoriseraient un bénéfice plus élevé et garanti. Une telle éventualité verrait en effet la totalité du spectre des investissements s’agglutiner sur les marchés boursiers et propulser ses valorisations…tant et si bien que sa rentabilité finirait par s’effondrer. 
[...] C’est [...] ce que Minsky nous expliquait lorsqu’il prétendait que la stabilité était elle-même source d’instabilité, car les marchés finissent toujours par s’effondrer, sans exception. Mieux : l’absence de crack boursier porte en elle les germes du futur crack.
Michel SANTI, GestionSuisse.com.

Bégaiement...

Dans la série "Je vous explique la crise"...
[Selon Hyman Minsky] la chronologie des crises est toujours la même. Au sortir d'une phase de crise, le secteur financier est bridé politiquement par les réglementations et les institutions publiques mises en place à l'occasion de la crise et des scandales qu'elle a mis au jour. La prudence naturelle guide aussi les prêteurs et les emprunteurs privés, impressionnés par les faillites récentes. Dans cette phase du cycle, le financement "couvert" domine [selon Minsky, financement dans lequel les flux de revenus réguliers futurs de l'emprunteur couvrent à la fois le paiement des intérêts, et du principal. Le financement est dit "spéculatif" quand seul le paiement des intérêts peut être assuré ou "à la Ponzi", quand ni le principal, ni les intérêts ne peuvent être payés]. La prospérité se développant, la vigilance publique et privée se relâche, l'endettement s'accélère, finançant des projets de plus en plus spéculatifs. La sphère financière s'enrichit tout particulièrement, ce qui renforce son influence politique, qu'elle utilise à réduire plus encore la réglementation financière. L'enrichissement des financiers développe les inégalités de revenus, augmentant ainsi le taux d'épargne moyen (les super-riches peinent à consommer tout leur revenu et participent au contraire à la bulle des actifs financiers ou immobiliers, des oeuvres d'art, etc.) ; autrement dit, la propension à consommer de l'économie baisse.
Le Nouvel observateur, Hors-série, Le pouvoir et l'argent, 11/2012, p. 75.

Une autre approche des réflexions de Minsky...
A l'origine de chaque crise financière, il y a toujours un "boom", une invention, une découverte, une nouvelle technologie [...]. 
[...] Ce boom euphorise les agents et leur fait anticiper des profits importants. Confiants, ils veulent investir et empruntent avec succès auprès des banques qui, elles aussi, gagnées par l'euphorie du moment, ouvrent grand les vannes du crédit. 
[...] Or, le moment arrive forcément où les opportunités d'investissement se réduisent, où l'argent commence à manquer et le prix de l'argent (le taux d'intérêt) à augmenter. L'endettement vire au surendettement. On retrouve alors le schéma d'Irving Fisher : entreprises et ménages veulent à tout prix se désendetter et bradent leurs actifs, ce qui déclenche une baisse du prix de ces actifs (actions, maisons, etc.).

Minsky vs La crise...

[...] Minsky alerte sur le mode spéculatif du financement [par] l'Etat : renflouer à chaque crise les agents privés par un endettement public croissant sans prendre de mesures plus fondamentales, c'est dévoyer la pensée de Keynes en pratiquant "le socialisme pour les riches". 
[...] L'Etat et sa banque centrale, selon [lui], ne peuvent se contenter du rôle strictement financier de prêt-relais. Ils doivent mettre en place une forte réglementation bancaire et financière et cesser de vouloir réguler le crédit par le seul moyen des taux d'intérêts. Ils doivent favoriser le marché des actions aux dépens des produits de dette. Ils doivent aussi négocier le rachat de dettes illiquides contre un rôle économique actif du secteur public, visant délibérément le plein-emploi, y compris comme employeur direct. [...] Un large secteur public a aussi pour fonction d'absorber les vagues créées par l'instabilité de la sphère privée. Par contraste, Minsky suggère une limitation active de la taille des acteurs privés, pour limiter le développement d'entités trop grosses pour faire faillite, de sorte que le système se régule par de petites faillites régulières, plutôt que par un maelström rare, mais incontrôlable, affectant des entités privées gigantesques.
Le Nouvel observateur, Hors-série, Le pouvoir et l'argent, 11/2012, p. 75.