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Mon esprit ne va si mes jambes ne l'agitent...

Deux chercheurs américains [...] ont effectué des tests comparant la stimulation intellectuelle suscitée par la marche, en extérieur et en intérieur, à celle générée par la position assise dans les mêmes conditions (y compris l'extérieur en chaise roulante). Le résultat est sans ambiguïté : la marche encourage "le libre flot des idées", et c'est à l'extérieur qu'elle suscite dans l'esprit "les analogies les plus novatrices et les plus fécondes".
Books, 12/2014, p. 14.

Cette expérience singulière conforte à sa façon la thèse selon laquelle l'adoption de la bipédie chez nos ancêtres aurait fortement contribué à l'explosion des capacités cognitives.

Le titre est une citation de Jean-Jacques Rousseau.

Vieilles migratrices...

Des généticiens allemands ont enfin pu comparer finement, chez 623 hommes , certaines séquences du chromosome Y (père) à l'ADN mitochondrial transmis par la mère. Ils ont montré que les groupes [humains] qui étaient sortis d'Afrique il y a 75 000 ans étaient composés en majorité de femmes (dans un rapport d'environ 25 femmes pour 15 hommes selon leurs premières estimations), et qu'elles auraient ensuite conservé cette supériorité numérique (expliquée en grande partie par la polygamie).
Sciences & Vie, 12/2014, page 16.

Si ce surnombre de femmes s'explique par la polygynie, sa présence dès le paléolithique pourrait contredire d'autres raisons souvent évoquées...


Sanglant...

Selon Alain TESTART, le fait que les femmes aient toujours été essentiellement cantonnées aux activités domestiques et à la cueillette, et exclues de la chasse, ne provient pas d'un choix rationnel...
L'anthropologie sociale américaine a depuis longtemps une explication à ce sujet, ce que l'on peut appeler la thèse de la mobilité. Les femmes font les enfants, et ensuite, allaitent longtemps, le sevrage n'étant pas effectif dans ces sociétés avant trois ans. [...] Embarrassées et encombrées qu'elles sont par cette marmaille et des grossesses répétées, elles ne seraient pas assez mobiles. [...] Puisque les femmes ne peuvent assurer tout le temps l'approvisionnement du groupe en gibier, il est plus simple de les spécialiser dans l'activité de cueillette, et de spécialiser les hommes dans celle de la chasse. Page 18.

A cela il rétorque...
Pourquoi en dehors [des périodes de grossesse et d'allaitement] ne feraient-elles pas la chasse ? Page 19. 
Il est assez étrange que ces sociétés qui ne connaissent par ailleurs aucune sorte de division du travail l'aient promue seulement en ce qui concerne les genres. Page 19. 
La chasse n'est pas toujours mobile [cas des Inuit postés près des trous d'air où viennent respirer les mammifères marins, chasse pratiquée exclusivement par les hommes]. Page 20. 
En Australie, les femmes chassent les petits animaux. [...] En d'autres occasions, plus rares et moins remarquées, les femmes pratiquent certaines chasses au gros gibier [trois cas seulement]. Page 20.
Quelle est donc sa thèse ?
[...] Nous constatons chaque fois que lorsque les femmes font la chasse, elles la font sans les armes typiques de la chasse, sans harpons, ni arcs, ni flèches, ni sagaies. Mais lorsque ces armes sont indispensables, les femmes sont exclues de la chasse. Page 25. 
[...] Les armes que n'utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux. Page 25. 
[... Cette conclusion] évoque immédiatement les très nombreuses croyances, les interdits et les tabous, nombreux et variés, parfois hauts en couleur, qui entourent le sang des femmes dans presque toutes les sociétés de chasse et de cueillette, et même dans les sociétés d'hier de la vieille Europe. Page 26. 
[...] Le contrepoint de cette affaire est le suivant : si l'un des deux écoulements sanglants fait défaut, il n'y a plus cumul, il n'y a plus de problème. C'est ainsi que la chasse non sanglante peut être féminine, ainsi que nous l'avons vu. Mais aussi : si la femme ne saigne pas, elle peut faire la chasse, même sanglante. Page 28. 
[... Ainsi,] la femme qui présidait à la chasse chez les Grecs [Artémis] n'était pas tout à fait une femme aux yeux de ces mêmes Grecs, elle ne connaissait ni le mariage ni l'enfantement, ni le sang de la virginité, ni le sang de la maternité. Page 28. 
[...] Ce n'est pas le sang en lui-même qui fait problème, ce n'est pas tant le contact avec le sang animal que les us et coutumes des peuples du monde entier cherchent à éviter, c'est le sang dans son jaillissement. Page 31. 
[...] C'est Jeanne d'Arc, dont il est significatif qu'elle était "la Pucelle". Non seulement vierge, mais encore atteinte d'aménorrhée, ainsi qu'il est consigné dans les minutes de son procès. Et la conclusion est la même que pour Diane chasseresse : quand, en la femme, le sang ne coule pas, elle peut, comme les hommes, faire couler le sang. Page 36.
Alain TESTART, L'amazone et la cuisinière, Gallimard, 2014. 

L'origine des langues - Merritt Ruhlen

[...] Depuis au moins deux siècle, les linguistes [... ont] montré que les langues actuellement parlées sur Terre (environ 5 000) sont toutes les descendantes d'une seule langue ancestrale. Page 13. 
[... Pourtant] la plupart des linguistes (en fait, pratiquement tous) n'ont pas conscience de l'existence d'une telle preuve dans la littérature linguistique. En effet, la plupart des détenteurs d'un doctorat en linguistique croient non seulement qu'elle n'existe pas, mais surtout qu'elle ne peut pas exister, pour des raisons imaginaires [...]. Page 14. 
[...] Les langues n'empruntent que certains types de mots. Le cas le plus fréquent est celui où le nom d'une chose est emprunté en même temps que la chose elle-même. En revanche, des mots du vocabulaire de base comme "je, moi", "tu, toi", "deux", "qui ?", "dent", "coeur", "oeil", "langue", "non", "eau" et "mort" sont rarement empruntés, et même jamais empruntés dans un grand nombre de langues couvrant des zones géographiques étendues. [...] Quand nous trouvons des mots de cette sorte qui se ressemblent dans une vaste zone géographique, l'explication la plus vraisemblable est que ces ressemblances dérivent d'une ancienne migration de peuples. Page 32. 
L'auteur propose de nombreux tableaux de mots issus de différentes langues qu'il propose au lecteur de classer par familles...
[...] Nous avons comparé des langues de toute la planète [...] et partout nous avons pu les regrouper en familles évidentes, qui sont toutes reconnues comme valides. Nous avons ensuite appliqué ces mêmes techniques à ces familles [...] et là encore, nous sommes parvenus à une classification convaincante, comprenant deux grands groupes et deux familles isolées. Et pourtant, la science des experts dénie tout lien entre aucune de ces familles. Comment est-ce possible ? Page 116. 
[...] Les experts ne savent que ce qu'ils ont appris à l'école. Page 118. 
[...] Il me semble que l'explication réside pour une large part dans l'ethnocentrisme, l'eurocentrisme, en l'occurrence, des savants [du XIXe siècle, qui] eurent l'espoir d'être [...] tout aussi uniques que [la] merveilleuse famille [de langue à laquelle ils appartenaient, l'indo-européen]? Page 120. 
[...] Mais comment les indo-européanistes ont-ils pu perpétuer cette mythologie pendant tout notre siècle ? Je crois sur ce point qu'ils ont bénéficié du changement d'optique affectant l'ensemble de la linguistique, qui est passée d'un point de vue historique à un point de vue structural. [...] Aucun des manuels [de linguistique] ne dit un mot de la façon dont on découvre des familles de langues : la classification, fondement de la linguistique historique, n'est purement et simplement pas abordée. Page 122. 
[...] Ces préjugés sont aujourd'hui toujours bien vivants, mais [...] ils semblent perdre de plus en plus de leur crédit. Des faits extérieurs à la linguistique [archéologie, génétique des populations], et les données même de la linguistique comparée, mises sous le boisseau pendant le dernier siècle, mènent les chercheurs à une vision de la préhistoire humaine bien plus complète que ce que nous osions espérer auparavant. Page 123. 
[...] Si un biologiste s'avisait d'exiger une reconstruction complète du proto-mammifère, avec une explication complète de comment cette créature a évolué en chaque espèce de mammifère connue, avant d'admettre le fait que les êtres humains sont apparentés aux chats et aux rats, ses collègues croiraient à une plaisanterie. C'est pourtant une absurdité équivalente que les indo-européanistes enseignent dans les universités depuis si longtemps que la plupart des linguistes ne sont même pas conscients de sa nature mythique. Page 194. 
[Le comble est que] William Jones [a découvert] la famille indo-européenne sans avoir d'abord reconstruit le proto-celtique, ni le proto-germanique, ni le proto rien du tout. William Jones a simplement vu que ces langues partageaient certaines ressemblances qui les distinguaient des autres langues. Page 203. 
[...] On attend aujourd'hui d'un spécialiste qu'il sache tout à propos de la famille qu'il étudie [...] Cette vision compartimentée de la connaissance a abouti a une situation dans laquelle [...] les spécialistes sont incapables de se rendre compte de l'existence des structures communes, même les mieux représentées, simplement parce qu'aucun n'est au courant de ce qui existe hors de son étroite approche. Page 202.
Merritt Ruhlen, L'origine des langues, Folio, 2007. 

Opulence...

Sous la surface de  l'apparition des inégalités : les contraintes démographique et écologique...
Dans un régime de chasseurs-cueilleurs nomades [mode de vie de nos ancêtres du paléolithique], [...] Chacun sait où trouver de quoi se nourrir et de quoi nourrir les siens. Chacun sait fabriquer un arc, ou sait fabriquer quelque objet utile qu'il échangera avec celui qui fabrique de meilleurs arcs. L'incitation principale qui pousse à acquérir en quantité les terres arables, les charrues ou les attelages, n'existe pas parce qu'il n'existe pas de gens suffisamment démunis auxquels on pourra les louer et en tirer un profit ou une rente.
Alain TESTART, Avant l'histoire, Gallimard 2013, p.273.

Pour Alain Testart, le profit, est une conséquence des inégalités.

Corde au cou...

Sous la surface du développement des sociétés : le prix de la fiancée...
Toutes les sociétés horticoles, toutes celles de pasteurs, à quelques exceptions près [...], ont le prix de la fiancée [la dot consiste en un "paiement"]. Les chasseurs-cueilleurs sédentaires-stockeurs l'ont aussi [...]. Mais les chasseurs-cueilleurs nomades ne l'ont pas. 
Pourtant ils "paient" aussi, peut-on dire, pour les femmes, mais autrement : ils paient de leur personne. Le gendre se met au service du beau-père pendant des mois, des années, la longueur de ce temps coutumier étant très variable selon les cas [...] jusqu'à ce que, enfin, il puisse emmener la fille qui sera désormais considérée comme mariée. C'est ce que l'on peut appeler le "service pour la fiancée" [...]. Un tel brideservice se rencontre chez pratiquement tous les peuples agricoles ou éleveurs, mais c'est toujours, chez ces peuples, une type de mariage secondaire, [...] dévalorisé auquel le gendre a recours s'il ne dispose pas des biens du prix de la fiancée. [...] Mais chez les chasseurs-cueilleurs nomades, [...] c'est le seul, le mode normal et régulier. En tout cas chez les Pygmés, Négritos de Malaisie, les San [Bochimans], les Athapaskans et les Algonkins du Canada, les Shoshones du Grand Bassin, les chasseurs des Pampas, les Fuégiens, etc. 
La convergence de toutes ces données est claire : les chasseurs-cueilleurs sédentaires-stockeurs sont socialement très semblables à des céréaliculteurs, formant partout des sociétés fortement structurées par la richesse, alors que cette richesse semble ne jouer aucun rôle chez les chasseurs-cueilleurs nomades. Page 217. 
[...] Les chasseurs-cueilleurs [...] qui pratiquent normalement le service pour la fiancée, ont de bonnes raison d'améliorer la production, permettant d'abréger le temps du service ou même de l'abroger en donnant des biens à la place. Rien de tel [chez les Aborigènes d'Australie], non seulement parce que les obligations sont à vie [...], mais aussi parce que la quantité de ce qui est demandé n'est pas stipulée comme dans un contrat [...]. C'est pourquoi je dis que le chasseur n'a pas, dans ce type, d'intérêt ni d'incitation à accroître sa production. Page 275.
Alain TESTART, Avant l'Histoire, Gallimard 2012.

Peinards...

Les observations très précises, chiffrées en temps de travail, de Richard Lee sur les Kung, population San (Bochimans) du Botswana, et les recherches ethno-historiques de Sahlins montrèrent [...] sauf peut-être dans les raisons arctiques, que les chasseurs-cueilleurs ne passaient en moyenne, par jour, pas plus de quatre ou cinq heures pour acquérir leur nourriture. Ainsi, ces chasseurs-cueilleurs, dont beaucoup vivaient dans des régions désertiques ou quasi désertiques, travaillaient moins, et même beaucoup moins que les travailleurs des sociétés industrielles.
Alain TESTART, Avant l'histoire. Gallimard, 2012, p. 119.

Monsieur muscle...

Sous la surface du succès évolutif du genre Homo : les aptitudes physiques...
Neandertal, en Europe, ainsi que les premiers Sapiens africains parcouraient au Paléolithique de bien plus grandes distances que les plus sportifs d'entre-nous. En témoignent la robustesse des os de leurs jambes, preuve de leur endurance, comparée à la notre.
Science & Vie, 05/2013, p. 15.

Misogynie cervicale...

Sous la surface du statut de la femme au cours de l'histoire : l'évolution de la taille du cerveau chez les ancêtres du genre humain, par Paul Seabright... 
[...] Les premiers humains colonisèrent une nouvelle niche évolutive particulièrement risquée. Il parièrent sur les gros cerveaux (ou plus exactement, la sélection naturelle fit ce pari pour eux) payant de ce fait un prix comportemental significatif : la période d'élevage de leur progéniture devint exceptionnellement longue.
[...] Plus les relations de coopération et de réciprocité sont sophistiquées au sein d'un groupe d'individus, plus le groupe est vaste, plus le défi cognitif que représente la mémorisation des obligations mutuelles est important. Chez les primates, les espèces qui ont de plus gros cerveaux (par rapport à la taille de leur corps) ont tendance à vivre dans des groupes plus larges.
Les gros cerveaux sont l'investissement nécessaire pour vivre dans de grands groupes (ce qui implique une pression sélective croissante en faveur de plus gros cerveaux au fur et à mesure que la taille du groupe augmente). 
[...] Pour la sélection naturelle le seul moyen de favoriser l'apparition de bébés nantis de crânes plus grands contraignit à la réduction des délais. Les petits humains furent, sont, des prématurés. Le bébé naît dans un état de dépendance qu'aucun autre animal (à l'exception des marsupiaux) ne pourrait gérer.
[...] La direction ainsi prise par l'évolution semble favorable aux femmes car les hommes [devaient contribuer] désormais à l'éducation de leur progéniture en apportant des ressources, notamment nourriture et protection, ce qu'ils ne faisaient pas à l'époque où nos ancêtres ressemblaient davantage aux bonobos et aux chimpanzés. 
Cette orientation favorable n'en eut pas moins un effet négatif pour les femmes dans leur pouvoir de négociation avec les hommes. Car si les hommes contribuaient davantage, leur contribution devenait plus indispensable. D'eux dépendaient largement les protéines nécessaires aux cerveaux des nourrissons. Mais il y avait plus grave : cet apport du mâle impliquait un engagement à plus long terme, que moins d'hommes seraient susceptibles de fournir. Les hommes pouvaient donc monnayer leurs apports. Ils devenaient plus rares.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma, 2012, p. 138.

Femmes libérées...

Sous la surface de certaines différences anatomiques et cognitives entre hommes et femmes, transparaît, selon Paul Seabright, les pratiques sexuelles de nos ancêtres et par là même, la place de la femme dans ces sociétés primitives... 
[L'incapacité des spécialistes] à constater des différences fondamentales [dans les aptitudes cognitives entre hommes et femmes], nous révèle quelque-chose de très significatif sur les conditions dans lesquelles notre espèce évolua. 
[...] Les tissus musculaires étant coûteux à produire et à entretenir, la sélection naturelle en a davantage pourvu les mâles qui en avaient besoin pour vivre à l'époque des chasseurs-cueilleurs. Les tissus cérébraux, eux, sont encore plus coûteux à produire et à entretenir que les muscles mais la sélection naturelle les a néanmoins également répartis entre les hommes et les femmes. 
[...] L'homme et la femme développèrent tous deux des cerveaux sophistiqués pour affronter des défis tout aussi complexes durant presque toute l'évolution humaine. La subordination et la dépendance qui ont largement caractérisé la condition féminine à des époques relativement récentes ne peut donc avoir été une constante depuis notre divergence avec les chimpanzés et les bonobos. 
Un deuxième indice anatomique, la taille des testicules, laisse entendre que dans la plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs, les femmes étaient beaucoup plus autonomes qu'elles ne le furent plus tard après l'adoption de l'agriculture. Les testicules des hommes sont en effet d'une taille intermédiaire entre ceux des gorilles et des chimpanzés...
[...] Les gorilles vivent dans des harems dominés par un seul mâle. C'est d'ailleurs parce qu'il ne peut y avoir qu'un vainqueur et qu'il faut sérieusement se battre que les gorilles mâles sont beaucoup plus grands que les femelles. Le mode de vie des chimpanzés et des bonobos, notre plus proche parentèle, est, lui, très différent. Les femelles de ces deux espèces vivent en petits groupes et s'accouplent de manière débridée avec quantité de mâles. Les mâles de ces espèces sont donc relativement plus petits que les gorilles mâles puisqu'ils n'ont pas à rivaliser. Pour être plus précis, les mâles chimpanzés et bonobos sont plus petits à tout point de vue, sauf en ce qui concerne les testicules qu'ils ont nettement plus gros. [...] Faute de monopoliser l'accès sexuel aux femelles, l'intérêt reproductif de ces mâles est d'avoir des spermatozoïdes aussi abondants que possible afin d'augmenter leur chance de féconder eux-même les femelles.
... [cela] laisse à penser qu'il était assez courant pour les femmes d'avoir des rapports sexuels avec plus d'un homme durant leur cycle oestral. Pas autant que les femelles de chimpanzés. Elles le faisaient toutefois suffisamment souvent pour que les hommes s'adaptent à la compétition spermatique, comme le font les chimpanzés mâles. Cette conclusion suggère que les femmes choisissaient assez fréquemment leurs partenaires
Outre la taille des testicules, celle du pénis humain est une exception encore plus frappante parmi les grands singes. Les hommes ont un pénis presque deux fois plus grand que les chimpanzés et quatre à cinq fois plus grand que les gorilles. Ils produisent également un plus grand volume séminal par éjaculat [...]. Nous ignorons si ce fait à pour origine la compétition spermatique, un pénis plus long offre un avantage en déposant les spermatozoïdes plus près de l'utérus, ou s'explique par la plus grande stimulation qu'un long pénis peut fournir et pour lequel les femmes pourraient directement avoir eu une préférence.
[...] La réduction de l'asymétrie de taille entre les hommes et les femmes depuis les premières espèces d'australopithèques semble indiquer que, dès les temps les plus anciens, la force comptait moins que la persuasion dans leurs relations. 
[...] Outre les nombreux éléments scientifiques tendant à le confirmer, beaucoup d'explorateurs, de missionnaires et d'anthropologues confortent ce point de vue, ayant rapporté dans leurs récits quantité d'histoires de rituels orgiaques, d'échanges enthousiastes de partenaires et de sexualité ouverte non entravée par la culpabilité ou la honte. 
[...] On peut aussi mentionner l'aptitude des femmes à l'orgasme retardé et multiple, de même que son caractère fréquemment bruyant, ce qui suggère que la sélection ne favorisait pas la discrétion.
 En conclusion...
[...] La proportion d'accouplements multiples pendant la préhistoire reste incertaine. Nous ignorons également jusqu'à quel point les femmes contrôlaient "librement" leur propre vie sexuelle. Ce qui nous intéresse ici, c'est que nos ancêtres femmes jouissaient presque assurément, avant l'arrivée de l'agriculture, d'un plus grand pouvoir de négociation avec les hommes.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma, 2012, p. 128.

Ambivalence agricole...

Sous plusieurs rapports, l'agriculture a représenté un progrès : elle fournit plus de nourriture sur un espace et dans un temps donnés, elle permet une expansion démographique plus rapide, un peuplement plus dense, des sociétés à la fois plus étendues et plus volumineuses. 
Mais, à d'autres égards, elle constitue une régression. [...] Elle dégrade le régime alimentaire, désormais limité à quelques produits riches en calories mais relativement pauvres en principes nutritifs. Ses résultats sont moins sûrs, car il suffit d'une mauvaise récolte pour que la disette s'installe. L'agriculture exige aussi plus de labeur...
...Il se pourrait même qu'elle fût responsable de la propagation des maladies infectieuses, comme le suggère, en Afrique, la coïncidence remarquable, dans le temps et dans l'espace, de la diffusion de l'agriculture et de celle de la malaria.
Claude LEVI-STRAUSS, L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011, p. 80.

Naissance de l'inégalité. L'invention de la hiérarchie - Brian Hayden.

[...] Comment et pourquoi l'inégalité est née des communautés égalitaires qui l'ont précédée ? Page 5. 
Contrairement à ce que l'on pensait au début du XXe siècle, le mouvement vers l'inégalité n'est pas lié à la production de la nourriture puisqu'il apparaît plusieurs millénaires avant l'agriculture. Page 6. 
Selon le paradigme des Lumières, la phase qui suit l'égalitarisme primitif se caractérise par la garde des animaux et l'établissement d'un contrôle politique au niveau de la parenté mais sans propriété privée. La phase suivante voit le développement de l'agriculture et l'institution de la propriété privée des ressources (en particulier de la terre), en même temps que la vie sédentaire, la division du travail, l'échange, le gouvernement de la communauté et les lois. On considère alors que c'est au cours de cette phase agricole que d'importantes inégalités apparaissent. La phase finale, dans ce schéma, aboutit à l'émergence de la civilisation. Page 8. 
Certains, comme Voltaire et Condorcet, estimaient que la pensée rationnelle (le raisonnement) et le désir d'améliorer son sort étaient à même d'élever le peuple jusqu'aux plus hauts sommets du progrès (impliquant un surcroît de richesse et de loisir) pour culminer en des civilisations complexes : ainsi la principale source des inégalités serait, avec l'environnement politique dans lequel on naît, l'éducation. Page 9. 
Pour d'autres, comme Turgot, ministre des finances sous Louis XV, et John Millar, l'adoption du pastoralisme et de l'agriculture seraient aussi des facteurs importants qui auraient entraîné l'augmentation démographique, les surplus, la propriété, les villes, le commerce, la division du travail, et les inégalités, dont l'esclavage. L'accumulation de richesses et la transmission par héritage de la propriété privée étaient considérées comme particulièrement importantes dans la création des inégalités. Page 9. 
Rousseau également incluait la possession des ressources et la division du travail parmi les facteurs responsables de l'émergence de conflits qui engendrèrent des lois et les systèmes politiques établissant les inégalités. Page 10.
Au milieu du XIXe siècle et au début du XXe, l'opinion majoritaire chez les intellectuels était alors que tous les hommes naissent inégaux, particulièrement en ce qui concerne la race, la classe et le sexe. Page 10. 
Cependant, quelques voix discordantes s'opposèrent à ce consensus  plus particulièrement celles de John Stuart Mill et de Karl Marx associé à Friedrich Engels. [...] Ils ne faisaient pas appel à des facteurs racistes ou biologiques pour expliquer les inégalités, insistant plutôt sur le rôle des élites exploiteuses qui utilisaient les facteurs technologiques et économiques pour créer des inégalités. Page 11. 
A la fin des années 1890, Emile Durkheim [...] avança que, livrés à eux-mêmes, les individus sont tenaillés par des désirs sans fin, dont la perpétuelle insatisfaction peut conduire au désespoir et au suicide. Le rôle de la société est de contenir les désirs et les aspirations sociales, en assignant les individus à des classes aux prérogatives inégales. Page 12. 
Parmi les approches modernes, le clivage fondamental se place entre celles qui mettent en avant les facteurs cognitifs, sociaux et culturels pour expliquer l'apparition de l'inégalité [position dite relativiste], et celles qui privilégient les facteurs matériels et écologiques [position écologiste]. Page 23. 
[La position relativiste] doit être extrêmement déterminée pour tenir position face à tous les faits récurrents que l'archéologie nous montre [...] : 
1) Premièrement, il existe une sorte d'universalité chronologique. [...] Ce n'est qu'à partir du Paléolithique supérieur et surtout du Mésolithique que des sociétés développant des hiérarchies économiques s'accroissent et s'étendent géographiquement. Page 23.
[...] Deuxièmement, il existe de fortes corrélations géographiques. [...] Il est évident que dans les environnements les moins productifs (comme le centre de l'Australie ou, en Amérique, le Grand Bassin) les inégalités sociales ne se développent pas, ou peu, tandis que dans les environnements plus productifs elles atteignent un haut degré. Page 23.
[...] Troisièmement, il existe de fortes corrélations socio-économiques et culturelles. Les sociétés dépourvues de hiérarchies sociales marquées [étaient le plus souvent caractérisées par des] ressources alimentaires limitées, une faible densité de population, aucun stockage, peu ou pas d'objets de prestige, une grande mobilité, une appropriation peu développée des ressources et des matières premières, une forte éthique du partage et un faible niveau de compétition, en particulier sur le plan économique. A l'opposé, les sociétés à hiérarchies sociales marquées se procuraient davantage de ressources, avaient une densité de population plus élevée, étaient plus sédentaires, instauraient l'appropriation des ressources et des matières premières, rivalisaient de surplus et transformaient ces surplus en d'autres services ou bien de prestiges qui pouvaient devenir objet de compétition. Page 24. 
[...] Suivant le modèle fonctionnaliste, le principal avantage [des hiérarchies élitaires] est que les inégalités socioculturelles aident les gens à affronter les problèmes de production, les crises, le stress, etc. De tels modèles sont souvent combinés avec des modèles démographiques : la pression démographique et le confinement engendreraient des famines ou des conflits à répétition. Suivant ces modèles, la population est plus ou moins acculée à accepter l'inégalité sociale ; les élites étant originellement formées de gens agissant de façon altruiste pour le bien de la communauté, elles ne doivent être qu'en petit nombre. Page 28. 
Contrastant avec ces vues coercitives, les approches politiques mettent en avant la quête de l'intérêt individuel comme force majeure de l'émergence des inégalités socio-économiques. Selon certaines versions, un changement dans les conditions environnementales autorise une petite majorité à profiter de leur situation et à exiger des concessions de la communauté. Page 28. 
[... Dans les villages mayas,] les élites locales n'apportaient strictement aucune aide matérielle aux autres membres de la communauté en temps de crise mais cherchaient au contraire les moyens de profiter de l'infortune des autres. Ce fut un tournant majeur dans ma façon de comprendre le développement des inégalités socioéconomiques. [...] Ce que j'ai lu ensuite d'une large gamme de témoignages ethnographiques venant de tous les points du globe m'a montré que c'était, en fait, typique des élites transégalitaires(1) dans les villages et les chefferies traditionnelles. [...] Dans presque tous les cas où des inégalités socioéconomiques existaient , la production de surplus de nourriture était un résultat prévisible en année normale. En outre, quand le niveau de surproduction augmentait, le niveau d'inégalité socioéconomique et le niveau de complexité sociale en général augmentait également. [...] Cette observation conduisait directement à la notion suivante : plutôt que d'être forcés à accepter des relations socioéconomiques inéquitables, peut-être que beaucoup, sinon tous les membres de la communauté étaient leurrés et attirés dans ce type de relations par des chefs pleins d'initiatives qui utilisaient d'une certaine façon les surplus à leur avantage. Page 30. 
(1) Les sociétés transégalitaires se situent entre les sociétés de chasseurs-cueilleurs où l'égalitarisme est la règle générale et les chefferies clairement stratifiées. 
[...] Une variante du modèle politique basé sur les surplus postule que, dans des conditions favorables d'échange, ou dans des situations ou d'autres ressources de valeur peuvent être extraites et échangées contre de la nourriture, l'inégalité sociale peut également apparaître dans des zones ou l'agriculture n'est pas très productive [lieux stratégiques pour le contrôle des échanges, mines de sel, etc.]. Page 37. 
[...] L'accumulation de richesse en elle-même n'entraîne pas l'inégalité sociale et l'instauration de hiérarchies. [...] C'est le contrôle politique sur les gens [...] qui constitue en réalité la caractéristique de la complexité culturelle et de l'inégalité sociale. D'un autre côté, la maîtrise de la richesse est une des composantes les plus communes, sinon universelles, des stratégies utilisées pour établir des contrôles politiques. Page 39. 
[...] L'explication la plus populaire parmi les archéologues [...] est la pression démographique. [...] D'après ce modèle, les communautés investissent certain individus compétents d'un pouvoir et d'une autorité hiérarchique de façon à traiter rapidement et efficacement les situations défavorables. [...] Cependant, au niveau le plus basique, les mécanismes de la pression démographique ne sont pas réalistes. En effet, il existait une population entièrement contenue en Afrique pendant deux millions d'années qui ne pouvait s'échapper autrement que par l'isthme de Suez. Pourtant, l'émergence des sociétés transégalitaires, de la sédentarité et de la domestication s'est produite pratiquement en même temps, sinon plus tard, en Afrique que sur les autres continents. Page 41. 
Je suggère que la facteur clé, à l'origine de l'accélération exponentielle du développement et du changement au cours des trente derniers millénaires fut la capacité de produire, stocker et transformer des surplus de nourriture et l'introduction concomitante d'une compétition basée sur l'économie. Page 45. 
L'apparition de technologies de prestige, peut-être dès le Paléolithique moyen mais plus sûrement au Paléolithique supérieur, est le reflet de la capacité à acquérir et transformer des quantités significatives de nourriture de manière régulière et fiable. Page 48. 
Il y a trois composantes essentielles au modèle que je propose pour expliquer les origines de l'inégalité :
1) La production de surplus
2) Le transformation des surplus en dettes, obligations ou bien convoités (propriété, festins, objets de prestiges, prix de la fiancée et dots, accès au surnaturel, etc.).
3) La recherche de l'intérêt personnel entraînant l'introduction d'inégalités et des avantages particuliers. Page 49. 
D'après les psychologues, les formes extrêmes de personnalités (psychopathes) pratiquent le "profit" apparaissent dans une certaine mesure dans toutes les classes sociales indépendamment de l'éducation, et dans toutes les populations, même parmi les sociétés les plus simples de chasseurs-cueilleurs. Ainsi, il semble qu'il y ait une composante génétique à un tel comportement. Page 49. 
[...] La cause majeure de l'intensification de la production de nourriture dans les sociétés transégalitaires n'est ni le manque de nourriture, ni la pression démographique, mais bien plutôt la génération de davantage de surplus pour obtenir du pouvoir, de la richesse et des avantages de survie. Une fois que le stratagème des chefs est lancé et accepté, il implique pratiquement toute la communauté par ses ramifications et ses effets secondaires même si, au début, seules quelques personnes soutenaient activement les activités du leader. Une fois que le bon déroulement de la tactique des chefs est toléré, refuser d'y participer conduit à se marginaliser et à perdre du pouvoir au sein de la communauté. [...] Dans les sociétés non-industrielles, le travail humain est souvent le facteur limitant de la production de surplus si bien que la reproduction humaine croît également autant qu'il est possible, entraînant là un effet rétroactif. Il en est résulté la remarquable croissance exponentielle de la population, de la consommation d'énergie et de la complexité depuis l'apparition de la compétition économique dans les sociétés transégalitaires. Page 69.
Bryan HAYDEN, Naissance de l'inégalité - L'invention de la hiérarchie, Biblis, 2008.

Concours lépine...

Sous la surface de l'évolution d'Homo sapiens : les découvertes, les savoirs-faire...
3. Il y a 7 000 ans, les fermiers du Néolithique savaient déjà fabriquer du fromage [selon Mélanie Salque de l'université de Bristol au Royaume-Uni]. Science & Vie, 02/2013, p. 13.
2. Les premières pointes de lances en pierre seraient apparues en Afrique du Sud 200 000 ans plus tôt que ce que l'on pensait [soit il y a 500 000 ans]. Telle est la conclusion de Jayne Wilkins, de l'université de Toronto. Science & Vie, 01/2013, p. 19.
1. Les restes d'un feu de camp vieux de 1 000 000 d'années ont été découverts dans une grotte d'Afrique du Sud. Ce qui fait reculer de 600 000 ans le moment où les hommes ont fait un usage contrôlé du feu. On supposait déjà, à leurs dents, que nos ancêtres Homo erectus passaient moins de 8 % de leur temps à manger (les chimpanzés y consacrent un tiers de leur journée) : la cuisson fait gagner du temps. Philosophie magazine, 06/2012, p.14.

Migrants...

Dans la grotte de Tam Pa Ling (Laos), à 1170 m d'altitude, [Fabrice Demeter (Museum d'histoire naturelle)] a exhumé le crâne d'un Homo sapiens de 60 000 ans le plus ancien homme moderne retrouvé dans la région. La présence de ce possible ancêtre des premiers Australiens rend crédible l'existence d'autres voies de migration, qui n'auraient pas longé les côtes.
Science & vie, 12/2012, p. 16.

Transfert pictural...

[...] L'art des cavernes suggère que [les] sociétés paléolithiques devaient être puissamment réglementées. Sur des milliers d'oeuvres, on est frappé de constater que les animaux sont toujours coupés de leur milieu. [...] A travers les diverses espèces figurées, et sagement classées, ces représentations animales nous parlent des hommes [...]. La classification des espèces sous-tendant des catégories sociales, c'est ce que, en ethnologie, on appelle le totémisme. 
[...] Voilà donc un type de société qui n'est pas du tout simple, mais au contraire très organisé, dans lequel, par exemple, on ne pouvait probablement pas se marier avec n'importe qui [...]. 
[On peut formuler] une distinction entre deux types de chasseurs-cueilleurs actuels. Chez les [Aborigènes australiens], le résultat de la chasse est accaparé par les proches (comme le père de l'épouse, son frère...). Chez les [San ou les Inuits], le chasseur, ou l'individu défini comme tel selon des règles complexes, s'en approprie l'essentiel pour le distribuer comme bon lui semble. Une des conséquences de la première forme de distribution [...] est que le chasseur a peu d'intérêt personnel à développer la production. Et c'est ainsi que l'on voit, pendant tout le paléolithique supérieur, un nombre extrêmement réduit d'inventions, par comparaison avec l'explosion technologique qui marquera la fin du pléistocène. [...] On comprendra aussi que les structures sociales expliquent le faible développement de la production

Au détour de ses propos, l'auteur rappelle que, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, des civilisations ont pu inventer la roue sans imaginer le principe du chariot !
[...] Voici environ 4 000 ans, en Amérique centrale, les Zapotèques ont fabriqué de tout petits véhicules (inutiles ?) munis de quatre roues. Ils n'ont pour autant jamais eu l'idée d'utiliser la roue à plus grande échelle pour en faire des chariots.

Alain TESTART (propos recueillis par Fabien GRUHIER), Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 110.

Homo moralus... ou pas...

Frans De Waal nous explique pourquoi l'homme était empathique et coopératif avant la civilisation...
Il y a trente ans, tout le monde croyait à la fable du "vernis de civilisation" : nous autres humains serions égoïstes et violents. La morale serait apparue dans un second temps, au sein de la civilisation, pour contrer nos instincts animaux. Elle serait le fruit d'un développement culturel et religieux. [...] Or, c'est le christianisme qui nous a inculqué une vision si noire de l'animalité ! Comme l'ont montré nombre de découvertes en neurosciences ou en primatologie, l'espèce humaine est également  naturellement douée pour l'empathie et la coopération. Nous avons découvert qu'il existait des pulsions altruistes involontaires. 
[...] Qui fut le premier de la morale ou de la culture ? Je ne saurais le dire. [...] Sous l'influence de Lévi-Strauss, les anthropologues ont longtemps estimé que la civilisation s'était construite à partir du tabou de l'inceste. [...] Eviter les croisements : beaucoup d'espèces le font sans avoir besoin du mot d'inceste, ni d'un tabou culturel. La philosophie occidentale a adopté une vision descendante de la morale en en faisant un produit de la raison cognitive. A mon sens, c'est l'inverse qui est vrai. Nous interagissons et éprouvons de ce fait des émotions : de là naît la posture morale
[...] Par exemple,  si l'on place des gens dans un scanner et qu'on leur demande de résoudre des dilemmes moraux, ils activent d'anciens centres émotionnels [...]. La décision morale puise à une source cérébrale vieille de plusieurs millions d'années.
Frans DE WAAL, Philosophie magazine, Les grands singes ont le sens de l'équité, 06/2012, p.60.

Cro-magnon et stock-options...

Otto Gross, où comment la Bourse trouve son origine dans la découverte de l'agriculture...
Otto Gross, dans La conception fondamentalement communiste de la symbolique du Paradis (ouch !), présuppose que les chasseurs-cueilleurs vivaient sans normes, sans interdits, sans lois, pratiquant donc une sexualité indépendante de toute contrainte sociale, économique ou morale qui les affranchissait de toute tension, et donc, de toute névrose : le Paradis des bonobos, en somme... A cette époque, la survie et la force future du groupe, reposent sur l'enfant. Il est le trésor maximal. Ces peuples primitifs ne connaissant pas le rôle séminal de l'homme, la femme semble être à elle-seule à l'origine des enfants et a donc une importance centrale. Elles sont soutenues et défendues, elles sont nourries par les hommes. Elles sont libres de choisir les mâles qui peuvent assurer au mieux leur survie et celle des leurs enfants, à travers leur adresse à puiser les ressources nécessaires dans l'environnement naturel (économie de subsistance) : le système familial est matriarcal.
[...] Vient alors le moment où les hommes découvrent l'agriculture. En se sédentarisant, la propriété privée (agricole en l’occurrence) apparaît et la femme est amenée à renoncer à sa liberté au profit de la sécurité en se soumettant à la dépendance à l'homme qui veut bien lui accorder les bénéfices de l'environnement naturel qui est désormais sa propriété (économie de prévoyance).
[...] Pour cela elle consent au mariage ou à la prostitution (la pudeur sexuelle apparaît, avec son cortège de conséquences : morale, honte, tensions, névroses, etc.). La femme devient une propriété comme une autre, une machine à produire des richesses futures via les enfants.
Françoise Héritier partage cet avis >>
Le système patriarcal se substitue à la forme ancestrale matriarcale. Et le patriarcat c'est le début de l'ordre, de l'autorité, de la loi, de la discipline, de la propriété privée, de l'enrichissement, de la paupérisation, du capitalisme, de la Bourse, etc, etc... et des névroses.

Le mythe Eve...

Où l'on essaie d'en savoir un peu plus sur ces moments de la préhistoire où l'humanité est passée tout près de l'extinction...
Les études génétiques modernes ont montré qu'il y a eu une diminution des populations humaines il y a environ 75 000 ans, ce qui correspond sensiblement au moment de l'éruption du Toba. Notre nombre est tombé à seulement quelques milliers d'individus. [...] L'espèce humaine a frisé l'extinction totale. Michael RAMPINO (Université de New York).
Arte, Les derniers jours de l'homme - 10 scénarios pour la fin du monde, 21/12/2012.

[...] De nouvelles données ont contraint à revoir à la baisse l'impact [de "goulots d'étranglement"] : si Homo sapiens a bien connu des hauts et des bas démographiques, ce ne fut à priori jamais au point d'engager le pronostic vital de notre espèce. 
[...] Le premier de ces goulots se serait produit il y a plus de 150 000 ans, à l'aube même de la naissance d' Homo sapiens. [...] Seule une petite partie de la population aurait résisté à la crise [sévère période de glaciation], et c'est cette poignée d'hommes et de femmes qui seraient les parents des quelque 7 milliards d'humains actuels. L'ennui, c'est que si ce refroidissement est attesté, la diminution drastique de notre population, elle, ne l'est plus. 
[...] Les dernières études montrent que nous n'avons pas besoin de goulots d'étranglement pour expliquer notre faible diversité génétique actuelle, fait remarquer Evelyne Heyer, professeur au Muséum national d'histoire naturelle. L'émergence récente de notre espèce y suffit amplement. Quant à la datation de l'Eve africaine, elle n'implique pas l'existence d'une mère unique à cette époque mais montre seulement qu'une femme a eu plus de descendants que les autres et que les lignées maternelles actuelles proviennent essentiellement d'elle. 
[... Selon Michaël Blum, qui a cherché en vain à tester le scénario du goulot d'étranglement,] si un goulot d'étranglement important était survenu entre -140 000 et -200 000, nous en trouverions le signal dans les mutations de nos génomes.
Science & vie, 06/2012, p. 131. 

Froid, chaud, froid dans chaud et chaud dans froid...

Voici une courbe de température sur une année, en l'occurrence en France en 2008. Rien que de très normal : il fait plus froid en hiver qu'en été...
MeteoFrance.com (consulté le 27/12/2011).

L'évolution de la température sur une année ne surprend personne. Sur un siècle non plus ; nous savons tous désormais que le climat s'est réchauffé depuis le début du siècle dernier. Mais derrière ces évidences se cachent d'étonnantes variations naturelles dont les va-et-vient passés permettent d'analyser les évolutions récentes de manière plus rationnelle, mais aussi d'envisager le climat futur à très long terme...

Observons à présent la courbe d'évolution de la moyenne des températures de surface (au niveau du sol ou de la mer) mesurées entre 2000 et 2010. En rouge le laps de temps du graphique précédent (un an).
Depuis 10 ans, la température moyenne terrestre est à peu près stable sinon en légère hausse, ou en légère baisse pour certains, c'est selon les affinités de chacun (le hasard veut que le jour-même où je termine ce post, les médias annoncent que l'année 2011 est la plus chaude de la décennie)...
The Single Colony (consulté le 27/12/2011).

Voici à présent la courbe d'évolution de la température moyenne depuis 1880. Ici encore, en rouge, les 10 ans écoulés sur le graphique précédent. C'est la courbe sur laquelle s'appuient les scientifiques pour illustrer le réchauffement climatique en cours depuis un siècle. Depuis 1880, la température moyenne du globe a augmenté d'environ 0,8 °C...
NASA.gov (consulté le 26/12/2011).

C'est au graphique précédent que s'arrêtent les mesures directes de température. Les températures antérieures à 1880 ne sont plus mesurées mais estimées, déduites à partir, par exemple, de rapports isotopiques dans des bulles d'air prises dans les glaces, ou dans des sédiments marins. 
Voyons donc la courbe de température des derniers 2 000 ans. En rouge, le XXe siècle du graphique précédent. Le graphique laisse en effet entrevoir le petit âge glaciaire, et l'optimum médiéval. Le premier est souvent évoqué pour son climat assez rigoureux centré sur le XVIIIe siècle (Seine parfois gelée l'hiver, glacier alpins très étendus dans les vallées, etc.). Le second souligne au contraire une période au climat plutôt chaud centrée sur le XIIe siècle. Pour la majorité des études dont sont issues les courbes suivantes, la température actuelle semble voisine de celle de l'optimum médiéval...
RealClimate.org (consulté le 27/12/2011).

Regardons maintenant les températures estimées sur les derniers 12 000 ans ! En rouge le temps écoulé sur le graphique précédent. 10 000 ans, c'est le début de notre période interglaciaire. Car comme nous le verrons dans le graphique qui suivra, nous sommes en ce moment dans une période au climat doux au milieu d'une plus vaste période (on peut alors parler d'un ère) glaciaire... Effectivement, depuis - 10 000 ans, la température a semble-t-il explosée de 6°C ...
Voici maintenant le graphique des 100 000 ans écoulés. Sur cette période, nous coexistions encore (et copulions apparemment...) avec des hommes de Néanderthal. Comme toujours, en rouge, les 12 000 ans du graphique qui précède. On peut effectivement observer que le climat s'est réchauffé de 5°C environ après une longue période de froid...
Le violent coup de froid visible entre -12 500 et -10 500 est appelé Younger Dryas et semble corrélé à un impact d'astéroïde au Mexique daté de 12 900 ans.
L'explosion du super-volcan Toba en -73 000, se superpose aussi très bien avec un refroidissement brutal et particulièrement intense.
C.H. (2012), Science & Vie, N° 1136, p. 27.



Ce bouleversement climatique, imputé à l'éruption du Toba, aurait été tout près de provoquer la disparition de l'espèce humaine >>

Mais voyons à présent l'évolution de la température sur les 400 000 ans passés. Notre espèce est apparue au cours de cette période. On observe la succession des périodes glaciaires et des périodes interglaciaires, plus brèves, si bien qu'elles sont parfois qualifiées de pic interglaciaire. Toujours est-il que la température moyenne semble constante depuis 400 000 ans, mais avec de longues périodes de froid intense, entrecoupées de brèves périodes d'adoucissement, comme celle que nous vivons aujourd'hui.

Ces alternances régulières s'expliquent en grande partie par les cycles astronomiques découverts par Milutin Milankovitch >>
Nous approchons de la fin (ou plutôt du début) avec ce graphique des 3 derniers millions d'années écoulés. On observe ici, le très lent refroidissement qui s'opère depuis quelques millions d'années (15 millions environ dans l'hémisphère Nord, une cinquantaine dans l'hémisphère sud)...
Le graphique suivant illustre clairement cette plongée de 50 millions d'années dans l'ère glaciaire actuelle.
Enfin, ce dernier graphique, très spéculatif mais admis par la communauté des spécialistes nous projette sur toute l'histoire de la Terre, soit à peu près 4,7 milliards d'années. Il a fait très chaud à l'âge d'or des dinosaures (Jurassique et Crétacé). Il a semble-t-il fait plus souvent plus chaud qu'aujourd'hui. Mais il a eu fait beaucoup plus froid encore, à tel point que des scientifiques pensent que la Terre a été intégralement recouverte de glaces au moment "N"...
A l'aune de ces variations climatiques passées, nous pouvons à présent jouer à imaginer son évolution naturelle future (sans notre influence éventuelle sur le climat, ce n'est pas le sujet ici).
  1. A l'échelle des plus grands cycles climatiques, ceux de plus de 50 millions d'années, la projection est la plus incertaine de toutes. A l'observation du dernier graphique, on peut à la rigueur présager qu'une période de grand froid d'ici quelques dizaines de millions d'années serait logique. Mais, ne nous en déplaise, ces échelles de temps sont bien trop grandes pour nous concerner...
  2. A l'échelle des cycles glaciaire-interglaciaire, ceux de l'ordre de la centaine de milliers d'années, si les oscillations passées se poursuivent au même rythme, le climat doux actuel devrait cesser dès à présent et se refroidir inexorablement les 5 000 à 10 000 ans qui viennent.
  3. Enfin, aux petites échelles de temps de l'ordre de quelques centaines d'années, la tendance depuis la sortie du petit âge glaciaire pourrait se prolonger via un réchauffement pendant encore un ou deux siècles, avant de laisser place à un nouveau refroidissement progressif...