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Démocratiegynie...

Sous la surface du statut de la femme au cours de l'histoire : l'invention de la démocratie en Grèce antique...
[...] Dans une étude consacrée au mariage en tant qu'échange de dons dans la Grèce classique, Claudine Leduc observe [...] que dans les cités-États les plus conservatrices sur le plan social, telles que Sparte et Gortyne, les femmes pouvaient être citoyennes et posséder leur propre domaine ; en effet la citoyenneté y était fondée sur l'appartenance à une communauté de propriétaires terriens fermée aux étrangers. Tandis qu'à Athènes, socialement plus innovante et ouverte aux étrangers, la citoyenneté demeurait liée au foyer (dominé par l'homme), et les femmes passaient de la maison du père à celle du mari. Elles n'étaient pas traitées comme des biens, mais plutôt comme des enfants. Leduc remarque que "la femme apparaît comme la grande victime de l'invention de la démocratie".

République fictive...

A Mayotte, l'État dépense plus de 700 millions d'euros par an. Le Conseil général, plus de 200 millions. Cet élu a beau être vice-président du Conseil général, il dénonce une gabegie. Sur les 3 000 fonctionnaires, il y en aurait 2 000 de trop selon lui. Les postes sont doublés, parfois triplés
Alors que l'élu mène les journalistes au service communication... 
"Je pense pas que même le Premier ministre a un service de communication aussi grandiose que celui du Président du Conseil général... En tout cas, c'est la première fois de ma vie que je mets les pieds ici"...
[...] Sur les 15 personnes qui travaillent ici, nous n'en verrons que 4 cet après-midi là, à 15 h. 
Élu - [...] La prochaine fois, vous viendrez à 9 h du matin ! 
Journaliste - [...] On vous met la pression pour ne pas licencier les 2 000 salariés [supposément en trop] du Conseil général ? 
Élu - Non, personne ne nous a mis la pression. Les élus eux-même ne partagent pas le même discours dans cette affaire là., parce qu'il y a des élus qui sont concernés par ses embauches de complaisance, la plupart du temps.
France 2, Le Journal de 20 h, 22/01/2013. 

Oh oui, frappe-moi...

Je ne qualifierais pas forcément de démocratique un pays [l'Allemagne] qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.
Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.


La couleur du pouvoir...

Où l'on se console en rappelant, qu'évidemment, de tout temps, pouvoir et argent ont toujours été étroitement liés... 
[...] Rome, puis le monde romain, était dirigés par une élite de quelques milliers d'hommes, regroupés en deux ordres (en quelque sorte nobiliaires, mais pas vraiment héréditaires), le Sénat [...] et l'ordre des chevaliers. 
[Leurs membres] n'étaient pas automatiquement recrutés parmi les plus riches des citoyens romains. Mais les uns et les autres devaient posséder un patrimoine (de terres, de bétail, d'esclaves [...]) qui leur permette de tenir leur rang sans travailler [...]. 
[...] Au Ier siècle avant J.-C., ils avaient besoin de dépenser beaucoup d'argent pour être candidats aux élections, à cause des dons qu'il fallait faire aux électeurs, ou à certaines catégories d'entre eux. Certains dons étaient considérés comme légaux, d'autres non. Jean ANDREAU (directeur d'étudesà l'EHESS), p. 14.
[... En France sous la monarchie], la culture politique de l'absolutisme, combinée à la culture financière du secret [...] reste dominante. Tandis qu'en 1694, les Anglais parviennent à convertir un groupe de financiers en actionnaires d'une banque de dépôt, capable d'alimenter le Trésor royal et de publier annuellement des comptes, [en France], l'échec de l'écossais John Law, provoque le retour en grâce des financiers
[Ceux-ci pratiquent] de substantiels jeux de caisse [...] sur le dos de la monarchie [qui n'a pas su mettre en place de réforme comptable sérieuse]. 
[...] Il faut rappeler que ces financiers avaient partie liée, socialement, avec les privilèges, peu enclins à faire évoluer un système fisco-financier dont ils se portaient caution et qui leur était si profitableMarie-Laure LEGAY (Professeur d'histoire à l'université Lille III), p. 27.
[...] Chargés des impôts indirects dont le roi leur déléguait la gestion par bail tous les cinq ans, [les fermiers généraux] firent tous des fortunes considérables. Comme le principe même du bail était de donner au roi un revenu fixe, et de reporter le risque lié aux fluctuations de la consommation sur les fermiers, tous les bénéfices, en période faste, allaient aux seuls fermiers, sous réserve d'un réajustement du montant du bail [...] ou de ponction inopinée par l'État qui se produisait relativement souvent. [...Cependant] nulle malversation dans leur activité [ne fut] reconnue dans les décrets de réhabilitation prononcés après la Révolution [qui guillotina plusieurs fermiers généraux]. Mireille TOUZERY, p. 29.
[...] En 1800, l'ambition des hautes banques parisiennes et l'intérêt de l'État convergent pour créer la Banque de France. Elle est instituée par un décret de Napoléon Bonaparte qui appuie l'initiative des financiers. 
[...] Les Deux-Cents [familles (les 200 plus gros actionnaires de la Banque de France)] élisent les régents au Conseil général. 
[...] La passivité de [cette] assemblée générale correspond à sa composition, faite en majorité d'investisseurs passifs (rentiers, propriétaires, ou retirés des affaires). Par contre, c'est du groupe minoritaire des entrepreneurs actifs que sont issus les régents. [...] Les régents sont indéfiniment rééligibles : ainsi les Vernes et les Mallets occupent le même siège de régent de 1800 à 1936 ! Yves LECLERC (Economiste, auteur), p. 37.
[...] De la monarchie de Juillet, née dans les hôtels cossus de deux régents de la Banque de France, Jacques Laffitte dirigera bientôt le gouvernement, avant d'être remplacé par Casimir Perier. Avec eux, c'est la haute banque parisienne qui triomphe : pour la première fois dans l'histoire de France, des financiers conduisent officiellement la politique du gouvernement. Charles GIOL, p. 39.
[...] Près d'un quart des députés du corps législatif en 1863 appartient aux milieux d'affaires : un record. A l'instar d'Eugène Schneider au Creusot, modèle de patron paternaliste et politique, les Wendel, Dietrich, Gros-Roman, Koechlin, Peugeot, Chagot, Boigues, etc. font vivre le pays, mais l'administrent également, relayant les autorités constituées, et pourvoient à ses besoins en logements, en églises, en écoles et en institutions protectrices. Nicolas STOSKOPF (professeur d'histoire), p. 42.
[...] La IIIe république a connu un enchaînement de scandales politico-financiers des années 1880 aux années 1930. [...] On trouve de nombreuses affaires similaires durant la même période dans les pays voisins. A l'échelle européenne, la mauvaise réputation de la IIIe République ne tient pas vraiment à des pratiques frauduleuses de pouvoir finalement assez répandues, mais bien davantage à la notoriété internationale de certaines affaires, qui ont symbolisées les nouveaux rapports déviants entre pouvoir et argent
[...] Le personnel politique provient pour partie [de nouvelles couches sociales]. [...] Chez plusieurs protagonistes de ces scandales, perçus comme des parvenus dans les affaires, une ascension sociale rapide peut attirer le soupçon [...]. [...] Les élites [d'origines diverses (entrepreneurs, financiers, ingénieurs...)] se fréquentent pourtant dans les salons, les salles de rédaction des journaux, au théâtre ou aux courses. Les sociabilités communes favorisent les services rendus et les petites affaires entre membres de réseaux informels, unis par des intérêts, des amitiés personnelles et des affinités politiques. 
[...] Le scandale des décorations qui touche en 1887 le président de la République Jules Grévy et son gendre Daniel Wilson, met en cause les principes d'égalité et d'émulation dans l'attribution des distinctions. 
[...] Dès les années 1880, l'imbrication des élites économiques et politiques assure stabilité et enracinement à la République. Mais cela rend difficile le partage entre intérêts privés et bien publics, autour des pratiques de favoritisme dans l'attribution de concessions, ou dans le soutient apporté par l'État à des entrepreneurs aux pratiques financières douteuses. C'est en achetant massivement journaux et parlementaires que la Compagnie de Panama obtient, en dépit des informations sur sa situation financière catastrophique, l'autorisation d'émettre des obligations à lots, procédure réservée jusqu'alors aux communes et au Crédit foncier. 
[...] La dénonciation de la corruption de la République, sert [surtout] de véhicule à des idéologies en plein essor, surtout l'antisémitismeFrédéric MONIER (spécialiste de l'histoire politique de la IIIe république), p. 50.
Le Nouvel Observateur, Hors-série, Le pouvoir et l'argent, 10-11/2012.

Artillerie lourde...

Les chiffres du lobbying ...
4. [...] Le lobby pharmaceutique est l'un des plus puissants à Washington : 189,1 millions de dollars dépensés en lobbying par les firmes en 2007. Mikkel BORCH-JACOBSEN, Books, 04/2009, p. 22. 
3. Goldman Sachs et JP Morgan ont dépensé respectivement  8,3 et 12,7 millions de dollars en lobbying auprès des législateurs qui travaillent toujours sur le texte finale de loi Dodd-Franck de juillet 2010. William COHAN, cité par Christine KERDELLANT, L'Express, 11/2012, p. 92. 
2. Depuis 1998, Exxon Mobil a injecté 9,4 millions de dollars dans les campagnes présidentielles et législatives, dont 87 % en faveur du parti républicain, et dépensé 169 millions en campagnes de lobbying à Washington. Coral DAVENPORT (BookForum, 2012), Books, 11/2012, p. 42.
1. Dans les années 1980, le secteur du lobbying [aux États-Unis] pesait 400 millions de dollars par an. Aujourd'hui il pèse dans les quatre milliards. Jacob HACKER, Arte, 740 Park avenue, 29/11/2012.
1.2. D'autres extraits de ce reportage d'Arte sur le lobbying aux États-Unis >>

Lobbycratie...

Les riches ont gagné de l'argent. Alors ils ont investi de l'argent dans des politiques qui leur étaient favorables. Du coup ils ont gagné encore plus d'argent qu'ils ont réinvesti dans la politique
Jacob HACKER (Professeur de sciences politiques. Université de Yale). 
Arte, 740 Park avenue, 29/11/2012.

Philosophie de marché...

La politique relève-t-elle d'un savoir ? Platon répond oui et il veut confier les affaires de la cité au philosophe, qui détient ce savoir du bien. Aristote répond non et croit à la confrontation des convictions. Les technocrates néolibéraux sont d'une certaine manière les platoniciens d'aujourd'hui : pour eux, le marché est source de vérité et la parole du peuple ne peut produire que du désordre. Voilà pourquoi le néolibéralisme est tendanciellement antidémocratique : c'est le fameux "there is no alternative" de Margareth Thatcher. Mickaël FOESSEL (philosophe).
Le problème est que dès qu'on prétend contester le dogme de l'efficience des marchés, on se voit retourner l'éternel argument du totalitarisme. On vous balance Staline en pleine tête, comme s'il fallait décider entre le marché dérégulé ou le goulag. « Malheur à moi, je suis une nuance », écrivait Nietzsche. Aujourd'hui, il faut redonner une dignité à la volonté politique plutôt que d'attendre les effets enchanteurs d'une autorégulation qui ne profite qu'à une minoritéFrédéric GROS (philosophe).
Propos recueillis par Eric AESCHIMANN, Le Nouvel Observateur, 10/2012, p. 120.

Démocratie libérée...

La croissance économique, la création de richesses, reposent sur la liberté et donc le libéralisme. Dès qu'il y a liberté économique, au bout d'un moment on finit par avoir la liberté politique, [...] la démocratie.
Jean-Marc DANIELFrance Inter, Ils changent le monde, 01/08/2012.

Cette idée revient souvent, comme par exemple dans une Brève histoire de l'avenir de Jacques Attali ou Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste de Johann Norberg.
Toujours présentée comme une lapalissade, on se dit tout de même que cela mériterait quelques arguments d'un point de vue historique : la "liberté économique" était-elle la norme en Grèce antique ou à la période précédent la Révolution française ?

Court-termisme démocratique...

Le modèle autoritaire permet en outre à la Chine d'avoir une stratégie à long terme, puisqu'elle est imposée et n'a pas à subir les changements de trajectoire imposés, en Occident, par les alternances démocratiques.
Jean-Michel QUATREPOINT, We Demain, L'occident n'invente plus rien, n°1, p. 42.

Démocratie de pacotille ?

Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l'idée d'une compétence égale de tous, et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu'il se pratiquait à Athènes afin d'empêcher l'accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent. La représentation, elle, est un principe oligarchique : ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fonde leur autorité sur cette population : la naissance, la richesse, le savoir, ou autre. Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous : les représentants des puissances établies sont devenus les représentants du peuple, mais, inversement, le peuple démocratique délègue son pouvoir à une classe politique créditée d'une connaissance particulière des affaires communes et de l'exercice du pouvoir. Les types d'élections et les circonstances font pencher plus ou moins la balance entre les deux. L'élection d'un président comme incarnation directe du peuple a été inventé en 1848 contre  le peuple des barricades et des clubs populaires, et réinventé par De Gaulle pour donner un "guide" à un peuple trop turbulent. Loin d'être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit d'une classe de politiciens dont la fraction opposée partage tour à tour le pouvoir des "compétents".
Propos de Jacques RANCIERE recueillis par Eric AESCHIMANN,
Le Nouvel Observateur, 04/2012, p. 102.

Primates dans l'isoloir...

[Bryan Caplan, professeur d'économie à l'université George Mason], pense que [les] idées fausses [des votants à propos des enjeux de société], engendrent des politiques néfastes pour la société dans son ensemble. Si le gouvernement adopte de mauvaises mesures, pensons-nous généralement, c'est parce que le système fonctionne mal, et il fonctionne mal parce que les électeurs sont mal informés, sensibles à la démagogie, ou que des groupes de pression viennent contrarier l'intérêt général. Caplan pense que tout ceci est inhérent à la démocratie : non pas des anomalies du processus, mais ce que l'on peut attendre d'un système conçu pour satisfaire les désirs du peuple. "La démocratie échoue, affirme-t-il, parce qu'elle fait ce que veulent les électeurs". 
La plupart des gens [aux Etats-Unis en tout cas...] ne pensent tout simplement pas en termes politiques. Par exemple, ils ne comprennent pas qu'on ne peut à la fois être favorable à une baisse des impôts et souhaiter une augmentation des dépenses publiques. [...] Si l'on demande aux gens s'ils approuvent une hausse du budget de la protection sociale, la plupart répondront non ; si on leur demande s'ils soutiennent une augmentation de l'aide aux démunis, la plupart répondront oui. 
[...] James Surowiecki [a montré] dans La Sagesse des foules [JC Lattès, 2008], [qu'] un grand nombre de personnes dotées de connaissances partielles et de degrés variés d'intelligence et d'expertise, obtiendront ensemble de meilleurs résultats, ou des résultats plus exacts, qu'un petit nombre d'experts très intelligents de même sensibilité. C'est ainsi que fonctionnent les marchés financiers, mais cela peut s'appliquer à bien d'autres domaines : évaluer les chances de gain dans un pari sportif ou deviner le nombre de bonbons dans un bocal. 
[...] Le non-économiste type ne comprend pas ou n'apprécie pas la façon dont les marchés fonctionnent (il est par conséquent favorable à la régulation et méfiant envers la recherche du profit), n'aime pas les étrangers (il a donc tendance à être protectionniste), assimile la prospérité à l'emploi plutôt qu'à la production (il surévalue donc la sauvegarde des emplois existants), et pense généralement que la situation économique ne fait qu'empirer (il est donc partisan de l'intervention de l'Etat). 
[...] Nous sommes tous soumis à des biais cognitifs. Le plus puissant étant sans doute celui que Daniel Kahneman appelle l'illusion de validité [...]. Illusion aussi courante qu'élémentaire : nous avons tendance à surévaluer notre propre jugement. Sans doute parce qu'il est plus rassurant de penser qu'on voit juste plutôt que le contraire. Ce travers doit être rapproché d'un autre, le biais de confirmation, la tendance à rechercher ou interpréter des informations qui renforcent ce que l'on pense déjà. 
[...] Ces deux phénomènes font intervenir ce que le psychologue Leon Festinger nomma la dissonance cognitive : nous fuyons les faits et les idées susceptibles de nous déranger. A cela une explication rationnelle, avance le physicien Freeman Dyson [...] ; dans la vie quotidienne, penser est ce qui coûte le plus cher en énergie ; notre intérêt est donc de le faire le moins possible.
[...] La plupart des gens, même si on leur expliquait quel est le choix économiquement rationnel, rechigneraient à le faire car ils attachent de la valeur à d'autres choses, en particulier, ils veulent se protéger contre les inconvénients du changementMENAND L. (2007, New Yorker), p. 25. 
Les recherches de politologues comme Diana Mutz indiquent que la prise en compte des différents aspects d'un problème est inversement proportionnelle à l'engagement. Plus on essaie d'envisager le point de vue de l'autre, moins on a tendance à être actif. Si l'on veut un électorat politiquement engagé, il faut sans doute renoncer en partie à la qualité du débat. OWEN L. (2008, Brain), p. 67.
Books, Pourquoi voter ? 04/2012.

Le juste-prix du gaspillage...

Les scientifiques et les ONG ont cru pendant des décennies que la sphère politique utilisait ce savoir dont nous disposions pour mettre en place les conditions-cadres préalables au développement durable. Ils n'ont absolument pas perçu, ni compris, que cela impliquerait un bouleversement si considérable des structures établies, que dans une démocratie, aucun homme politique ne peut se risquer à imposer ces changements sous forme de lois. Ce serait un suicide politique. On pourrait encore attendre des décennies, jamais les politiques n'oseront aborder ces questions centrales, si la population ne comprend pas pourquoi c'est indispensable. 
Le juste-prix écologique est l'un des aspects clés du développement durable. Dans le système économique mondial actuel, presque tous les prix sont erronés. Parce que les coûts liés à la production et à l'utilisation des ressources, au lieu d'être calculés selon leur impact, sont en fait supportés par la collectivité, c'est ce que les scientifiques appellent l'externalisation des coûts.  
Le marché est apte à définir l'allocation efficiente des ressources, mais il est totalement impropre à fixer leur juste prix. 
Si les justes prix étaient en vigueur, les patrons se précipiteraient sur les matières premières, pour prendre des mesures de rationalisation dans ce domaine, et ils embaucheraient. En d'autres termes, si un revirement s'opérait, beaucoup plus de gens seraient intégrés dans le processus de travail car ce serait judicieux sur le plan économique.
L'augmentation de la productivité du travail est toujours allée de pair avec l'augmentation des salaires. Cette hausse du coût de la main-d'oeuvre s'est traduite, pour les employeurs, par une nécessité accrue de rationaliser le travail. En même temps, l'augmentation de la productivité du travail, a  permis aux employés d'exiger des salaires plus élevés. Il y a eu une impulsion mutuelle.
Un tiers de notre consommation n'est autre que du gaspillage [au sens où y renoncer n'amoindrirai pas notre niveau de vie]. Un allemand, en moyenne, monopolise quatre hectares en permanence pour subvenir à ses seuls besoins. Si 7 milliards d'êtres humains vivaient avec la même empreinte écologique, il nous faudrait 2 planètes. Les citoyens des Etats-Unis, [...] ont une empreinte écologique de 10 hectares. Dans ce cas de figure, il nous faudrait 5 planètes. 
Une croissance mondiale annuelle exponentielle de 4 % signifie un doublement du PIB en 17,5 ans. Malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas parvenus à découpler la croissance économique et la consommation de ressources et d'énergie. On pourrait consommer l'énergie et l'eau de manière quatre fois plus efficace : obtenir deux fois plus de bien-être avec deux fois moins de consommation énergétique. 
Il nous faut donc apprendre à réduire notre empreinte écologique. Je propose de procéder par paliers d'efficience énergétique. Plus l'efficience augmentera, plus le prix de l'énergie devra augmenter. La dépense énergétique mensuelle n'augmentera pas mais l'énergie deviendra plus précieuse, plus coûteuse. Et cela poussera les investisseurs à viser massivement l'efficience énergétique.  
J'aimerais beaucoup que les pays en développement, au lieu de suivre cette courbe en cloche, que l'on appelle parfois courbe de Kuznets, la traversent comme un tunnel. C'est-à-dire qu'ils ne passent jamais par ces sommets du gaspillage, qui au fond ne sont autre qu'un signe d'immaturité.
Nous parlons d'une analogie entre la  productivité des ressources et la productivité du travail. Avec la révolution industrielle, c'est-à-dire au fil des progrès technologiques de ces 150 dernières années, la productivité du travail a été multipliée par 20. D'une heure de travail, nous produisons 20 fois plus de prospérité que du temps de Goethe ou encore de Karl Marx.
J'affirme aujourd'hui, qu'en Allemagne et dans le monde entier, seulement 0,5 % de la population a la connaissance nécessaire pour mesurer ce qui doit arriver. En Allemagne, seules 400 000 personnes sont informées du développement durable. Nous devons quitter ces sphères élitistesC'est par le biais de l'éducation que nous devons sensibiliser la société civile qui, elle seule, peut faire un choix parmi les différentes possibilités d'action mises en évidence par les scientifiques.
Cela va à l'encontre des intégristes du marché. En particulier dans l'espace anglo-saxons où l'idéologie dominante est un désengagement de l'Etat. Tout est aux mains de l'individu, du marché, des financiers. Ce seront probablement les derniers à comprendre. Nous les européens, nous pouvons nous accorder très vite avec les asiatiques, les chinois, les japonais ou coréens. »
Klaus WIEGANDT,  Arte, Que faire pour sauver la planète ? 13/01/2011

Monde à deux vitesses...

Alors que les outils de la finance internationale fonctionnent à la vitesse de la lumière, les vieilles machines étatiques n'ont à leur disposition que les rouages grinçants de la démocratie parlementaire, lesquels semblent désormais lents et usés, élections, majorités, coalitions, compromis... [...] Les peuples, pris en otage entre ces deux forces, semblent perdus et cherchent en vain une boussole.
L'Express, 11/2012, p. 86.

La démocratie selon les abeilles...

Dans Oneybee Democracy, l'entomologiste [spécialiste des insectes] Thomes D. Seeley rend compte d'un comportement spécifique d'une espèce d'abeille occidentale, Appis mellifera : l'essaimage. Lorsqu'un essaim devient trop peuplé, les deux tiers environ de ses abeilles (plus de 20 000 dans certains cas) partent avec l'ancienne reine à la recherche d'une autre ruche, laissant aux quelques 10 000 insectes qui restent, le soin d'élever une nouvelle reine et de perpétuer la colonie.
Après qu'une nouvelle reine a achevé son développement, les ouvrières forment une grappe incluant la pondeuse plus âgée  Quelques centaines d'éclaireuses partent alors silloner le vaste monde à la recherche d'une nouvelle implantation. A son retour, chaque éclaireuse danse à la surface de l'essaim pour défendre la qualité de son choix et recrute des volontaires pour aller visiter les lieux. Dans un laps de temps remarquablement court, la grande majorité des abeilles se met à danser en faveur de ce qui, à coup sûr, est effectivement le meilleur site.
Seeley souligne que les éclaireuses ne se copient jamais aveuglément et ne plaident en faveur d'un lieu que durant une période limité, deux comportements qui réduisent les risques de s'enliser dans l'erreur. Il en déduit quelques pistes pour transposer les règles de la démocratie chez les abeilles aux processus de décision des groupes humains : réduire au minimum la dépendance à un leader, favoriser une compétition intense entre divers points de vue, et définir une méthode pour aboutir à un choix majoritaire.
Books, 09/2011, p. 62.

Equation...

Pourquoi en France, seules des forces assez anti-démocratiques sont anti-euro ?
Alain MincFrance 52012, les grandes questions, 14/10/2011. 

Après la démocratie - Emmanuel Todd

Emmanuel Todd nous dévoile ce qui se cache sous la surface de l'Histoire, et en déduit l'avenir proche de la démocratie en France tout particulièrement...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Aujourd'hui, en l'absence de sécurité métaphysique [de religion], il nous reste du moins la Sécurité sociale, et un certain confort de l'existence qui permet à la majorité des hommes et des femmes de profiter raisonnablement de cette vie dénuée de sens. Page 41. 
2. La désislamisation s'avance masquée, parce qu'elle entraîne dans un premier temps, une dernière réaffirmation de la croyance religieuse ébranlée par la modernité. […] L’Iran, avec deux enfants par femme semble beaucoup plus menacé par la désislamisation que par l'islamisme. Page 44. 
3. A partir de la Réforme, la diffusion progressive de la capacité à lire et à écrire a entraîné l'éclosion effectivement irrésistible de la démocratie. […] Tous les groupes sociaux, tous les individus, ont quelque-chose en commun, au-delà des différences de statut économique. On peut à la rigueur dire que l'alphabétisation « est » la naissance de la démocratie en tant qu'égalité des conditions. Page 87. 
4. La statistique de diffusion des récepteurs [de télévision] permet d'apporter un début de vérification empirique à l'hypothèse d'un blocage du progrès éducatif [...]. Page 71. 
5. Les trois grandes révolutions modernisatrices de l'Ouest, l'anglaise, la française et la russe, ont eu lieu à un moment où le taux d'alphabétisation des hommes se situaient entre un tiers et deux tiers, ni moins, ni plus. Page 88. 
6. L'alphabétisation permet l'affirmation de l'individu, que la lecture rend plus autocentré, capable d'introspection et vulnérable à une anxiété d'un type nouveau. La hausse du taux de suicide, de la consommation d'alcool et du nombre d'internements psychiatriques qui accompagne la marche de l'alphabétisation en témoigne. Page 91. 
7. L'inégalité des enfants, et particulièrement des frères, qui caractérise la famille souche [les parents, le fils héritier, sa femme et ses enfants vivent dans un même foyer, les autres fils se contentent de donations], explique la tendance des régions où elle domine à se fixer sur des idéologies ethnocentriques, affirmant l'inégalité des peuples, des nations, des hommes. Page 120. 
8. Dès lors qu'une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met, logiquement et raisonnablement, à concevoir les salaires qu'elle distribue comme un coût pur, et non comme de la demande dans une économie nationale et donc ultimement pour elle-même. […] Les entreprises vivent dans l'obsession de la demande, qu'elles cherchent toujours plus à l'extérieur du territoire national, sans réaliser que si les entreprises des pays étrangers font la même chose, la situation ne va pas s'arranger. Page 176. 
9. Les sociétés dont la fécondité a le mieux résisté sont en fait celles qui ont su le mieux gérer l'émancipation des femmes et rendre compatibles maternité et travail. Page 244. 
10. La prédominance de la doctrine du libre-échange doit en dernière analyse beaucoup plus à la « narcissisation » des comportements qu'à l'influence des économistes. Page 294.
Emmanuel TODD (2008), Après la démocratie. Gallimard.