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Lourd...

L'agression dissimule souvent un désir de séduction, je l'avais lu chez Boris Cyrulnik, et Boris Cyrulnik c'est du lourd, un type à qui on ne la fait pas, au niveau psycho un mec à la coule, un Konrad Lorenz des humains en quelque sorte. D'ailleurs elle avait légèrement écarté les cuisses en attendant ma réponse, c'était le langage du corps ça, on était dans le réel.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, page 42.

IPad ou Lego ?

[...] Une révolution à l'échelle de l'humanité. Plus rien ne sera comme avant. Nous avons devant nous de véritables mutantsBoris CYRULNIK.
[...] Les révolutions technologiques ont toujours suscité des angoisses. Jadis, Socrate s'inquiétait des ravages de l'écriture sur la mémoire des peuples.
[...] Nicholas Carr [...] prédit même, après un siècle de progression de l'intelligence, le fameux effet Flynn, une baisse du Q.I. Elle serait, selon lui, déjà observé en Grande-Bretagne et en Norvège, deux pays convertis précocement à internet et aux smartphones.
[...] De nombreuses études menées sur les violonistes ou les pianistes démontrent que l'outil qu'on utilise imprime l'organe de la pensée.
[...] Avec l'écran [...] ce sont plutôt les régions postérieures du cerveau, les parties visuelles, sensorielles, l'intelligence élémentaire, qui sont activées. On sollicite moins, ou trop rapidement, le cortex préfontal, la partie la plus noble, qu'on appelle parfois l'organe de la civilisation, siège de la synthèse personnelle, du recul, de l'abstraction. Olivier HOUDE (directeur au CNRS du laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Education de l'enfant).
[...] Des études ont montré que certains programmes éducatifs peuvent accélérer l'apprentissage de la lecture, que des jeux vidéo améliorent même l'attention sélective et la capacité de contrôle. A condition de savoir les consommer avec modération.
[...] L'enfant shooté aux écrans est [...] forcément moins incité à faire travailler son corps et son imaginaire, à produire ses propres images mentales, pour se faire plaisir, supporter des périodes de souffrance et de frustrationRoland JOUVENT.(professeur de psychiatrie). 
[... Les enfants] n'ont plus la notion de jouer pour de faux. Or, plus on fait semblant, moins on se lâche pour de vrai, d'où peut-être la violence que l'on rencontre aujourd'hui dans les cours de récré. [...] Si un enfant n'apprend pas à jouer, il est amputé de la capacité d'imaginer, de développer son sens de l'humour, ce qui le prive d'un moyen puissant d'éviter la dépression. Serge TISSERON (pédopsychiatre). 
[...] Le suivi de 3 300 familles [dans l'étude publiée par Zimmerman et Christaki en 1997] a permis d'établir qu'une consommation excessive [de télévision] peut altérer la formation de synapses et perturber les apprentissages. 
[...] A l'école, les enseignants trouvent des élèves plus curieux mais plus zappeurs. Leur difficulté à se concentrer est démontrée...
[...] En 1934, un gamin restait concentré en moyenne quinze minutes ; aujourd'hui, il se cantonne à cinq minutes. Mais il en fait presque autant qu'un petit d'avant guerre en dix minutes. Philippe MERIEU (spécialiste des sciences de l'éducation).
[...] Aujourd'hui, on n'a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre. Nous pouvons nous concentrer sur l'intelligence inventiveMichel SERRES (philosophe).
[...] Internet donne [aux enfants des classes les moins favorisées] l'illusion d'un savoir et les empêche souvent de raisonner par eux-même. Une professeure de philosophie d'un lycée parisien.
[...] Dans le développement de l'intelligence, il existe un moment essentiel : l'inhibition, c'est-à-dire la faculté de bloquer des informations non pertinentes, de sélectionner ce qu'il nous faut, savoir faire le vide. Aujourd'hui, pour nous tous et pour les enfants en particulier, c'est très difficile, face aux tonnes d'informations qui nous inondent. Le cerveau, surchargé, risque un burn-outOlivier HOUDE (directeur au CNRS du laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Education de l'enfant).
[...] Un enfant passe plus d'un tiers de son temps libre devant un écran. Marie-France LE HEUZEY (pédopsychiatre)

L'ami et la myéline...

Les interactions sociales des premières années de la vie s'avèrent plus cruciales encore qu'attendu pour la maturation du cerveau [selon des neuroscientifiques de Harvard]. [...] Comparées à une fratrie restée en groupe, de jeunes souris isolées pendant deux semaines à partir de leur sevrage adoptent un comportement peu sociable lorsqu'elles sont remises en présence d'un congénère. Elles présentent en outre des capacités d'apprentissage réduites. Or, dans certaines régions de leur cerveau, les neurones ne sont pas bien enveloppés par la myéline, une substance isolante qui permet une transmission rapide des signaux nerveux.
[...] Même si l'on remet définitivement les souris dans des conditions normales après ces deux semaines de solitude, le câblage de leur cerveau reste incomplet et elles n'adopteront jamais un comportement normal.
Science & Vie, 10/2012, p. 38.

Parler c'est soigner...

On sait maintenant que la solitude est une altération cérébrale. Trois semaines de privation de parole, provoque un début d'atrophie temporale droite. [...] On voit le "trou" sans difficulté. Donc être ensemble, c'est se stimuler mutuellement. La parole a une fonction bien plus affective qu'informative.
Une étude se penche sur ces altérations neuronales engendrées par l'isolement, ici >>
[...] Quand un enfant est isolé très tôt, avant la parole, dans les premiers mois de sa vie, il est beaucoup plus difficile de déclencher un processus de résilience que quand il est isolé après seulement que sa mère ou le substitut maternel (le père, une institution) a pu inscrire dans l'enfant une confiance primitive. Biologiquement, le cerveau est sculpté par le milieu. La neurobiologie montre comment parler à un bébé, c'est transformer son lobe temporal gauche en lobe de la parole, la zone du langage. Il faut 20 mois pour qu'un bébé se mette à parler : 17 mois chez les filles, 22 mois chez les garçons...
Les politiciens doivent prendre conscience, comme l'ont fait les finlandais et les pays d'Europe du nord, que les premiers mois [après la naissance], les mères doivent être tranquilles, et qu'il doit y avoir une stabilité affective : le père, la famille, le groupe, le quartier doivent y participer. Les finlandais ayant compris ça, ont appliqué les décisions politiques et sont passées maintenant à 1 % d'illétrés chez leurs enfants à l'adolescence et ont diminué de 40 % le taux des suicides en moins de 10 ans.
Boris CYRULNIK, France Inter, La tête au carré, 28/05/2012.