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Mon esprit ne va si mes jambes ne l'agitent...

Deux chercheurs américains [...] ont effectué des tests comparant la stimulation intellectuelle suscitée par la marche, en extérieur et en intérieur, à celle générée par la position assise dans les mêmes conditions (y compris l'extérieur en chaise roulante). Le résultat est sans ambiguïté : la marche encourage "le libre flot des idées", et c'est à l'extérieur qu'elle suscite dans l'esprit "les analogies les plus novatrices et les plus fécondes".
Books, 12/2014, p. 14.

Cette expérience singulière conforte à sa façon la thèse selon laquelle l'adoption de la bipédie chez nos ancêtres aurait fortement contribué à l'explosion des capacités cognitives.

Le titre est une citation de Jean-Jacques Rousseau.

Rien ne va plus...

Les raisons fondamentales du ralentissement économique selon Patrick ARTUS...
1. [...] Les rendements décroissant de la R&D. Les budgets de R&D ont beau être toujours plus ambitieux, ils ne débouchent plus sur la même quantité d'innovations, de nouveaux produits, de nouveaux processus de production. 
2. L'augmentation de l'intensité capitalistique. [...] Il faut désormais, aux Etats-Unis comme en zone euro, deux fois plus de capital qu'il y a cinquante ans pour créer la même quantité de richesses
3. L'amaigrissement irrésistible des secteurs où les gains de productivité sont sensiblement plus élevés qu'ailleurs (en clair, l'industrie manufacturière). 
4. L'insuffisant niveau de qualification de la population active.
Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD, Croissance zéro, Fayard, 2015, page 37.

Silicium stagnant...

On ne voit aucun effet des nouvelles technologies de l'information et de la communication (1994-2001) sur les gains de productivité. [...] Ceci pourrait refroidir l'optimisme sur les nouvelles technologies du futur. Patrick ARTUS. 
[...] Pour Robert GORDON (professeur, université Northwestern, Illinois), la [raison en] est simple : [...] on gagne énormément en productivité quand on passe de la diligence à l'avion, mais très peu quand on passe à la réservation de son billet par Internet ! Les gains en termes d'efficacité du travail issus des premières révolutions industrielles ont représenté un saut pour l'humanité qui ne peut se produire qu'une seule fois et ne peut être améliorée qu'à la marge. 
[...] Pour Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee (experts des nouvelles technologies, MIT), cette vision des choses est complètement dépassée : [...] les ordinateurs et les autres avancées digitales sont en train de faire pour notre pouvoir mental, la capacité d'utiliser notre cerveau pour comprendre et façonner notre environnement, ce que la machine à vapeur et ses descendants ont fait pour le pouvoir des muscles. 
[...] La révolution digitale nous permet de produire de plus en plus de connaissances de plus en plus vite, et donc, c'est le point essentiel, d'innover de manière exponentielle. [...] Selon [eux], l'innovation digitale, combinatoire et exponentielle, [nous place ainsi] à un tournant qui, d'ici quelques années, va révolutionner notre monde. 
Christian CHAVAGNEUX, Alterntives Economiques, 09/2014, p. 60.

Start-down...

Pourquoi la France voit-elle son industrie péricliter ? Pourquoi génère-t-elle si peu d'entreprises innovantes ? Les avis des uns et des autres...
Les chefs d'entreprise ont besoin des sécurité fiscale et réglementaire pour investir. [Les] changements de pied incessants sont mortifères. Anne EVENO (propos de M. Jean-Eudes du Mesnil du Buisson), Le Monde, 06/11/2013, Supplément Eco & Entreprises, p. 2.
Les levées de fonds de capital-risque sont dix fois plus élevées aux Etats-Unis qu'en EuropeFleur PELLERIN, Alternatives Economiques, 11/2013, p. 68.
[...] Les taux de créations d'entreprise de part et d'autre de l'Atlantique ne sont pas très différents, mais les entreprises européennes grandissent difficilement. 
[...] Cette divergence tient en partie au fait que beaucoup de créateurs d'entreprise, côté européen, préfèrent rester petits
Elle tient aussi à des facteurs financiers. Il est impossible de financer des croissances aussi rapides et aussi spectaculaires avec du crédit bancaire
[...] Pour monter dans le train de l'économie de l'innovation, il faut accepter que les champions établis se fassent bousculer. Or, en Europe, on a tendance à [les] protéger [...]. 
Ceux-ci rachètent les start-up, les assimilent, mais souvent aussi les brident
[...] Dans le secteur des biotechnologies, au sud de San Francisco, par exemple, beaucoup de petites entreprises [se sont] établies à peu près au même endroit. [...] Celles qui sont temporairement en difficulté licencient tandis que d'autres embauchent. [...] Cette démographie bouillonnante ne peut fonctionner que si les salariés vont d'une entreprise à l'autre. Ce type d'organisation du marché du travail, très éloigné du modèle de l'emploi stable, est très peu fréquent en Europe. Ce qui ne concourt pas à doper l'innovation. Jean PISANI-FERRY, Alternatives Economiques, Hors-Série n° 97, p. 44.

Coal or not coal ?

Un faisceau de facteurs se concentrent en Angleterre pour déclencher la révolution industrielle : une forte demande intérieure (grâce à la révolution agricole), l'unification du marché intérieur, l'accès aux marchés de la péninsule ibérique et de l'Europe du Nord, la pénurie de main-d'oeuvre stimulant l'innovation,...
La pénurie de main-d'oeuvre peut semble-t-il être relativisée...
[...] Des pauvres, il y'en avait alors beaucoup en Angleterre, du fait de la révolution agricole : privés de la possibilité de faire paître quelques bêtes sur les terres en jachères, ils affluent en masse dans les villes, à la recherche d'un emploiAlternatives Economiques, Hors série n° 97, Faut-il dire adieu à la croissance ? 2013, p. 14.
...un partage du pouvoir entre la noblesse volontiers entrepreneuse et la grande bourgeoisie, les capacités d'investissement liées à un système bancaire performant, un environnement culturel et religieux favorable à l'esprit d'entreprise... Alternatives Economiques, Hors série n° 93, Comment sauver l'industrie ? 2012. Alternatives Economiques, Hors série n° 97, Faut-il dire adieu à la croissance ? 2013, p. 17.
L'historien David Landes, souligne aussi le rôle des institutions, la liberté et les droits de propriété garantis grâce au régime de type quasi parlementaire établi dès 1688 en Angleterre avec la "Glorieuse Révolution" ayant contribué à rendre plus sûrs les investissements pour la production de biens et de services. 
... Autant de facteurs jugés secondaires par Kenneth Pomeranz, pour qui l'avantage décisif du Royaume-Uni (sur la Chine en particulier, considérée comme étant par ailleurs dans une situation comparable)...
... vient de sa réserve abondante de charbon, qui lui permet d'économiser le bois...
... et de ses colonies, qui lui fournissent la matière première de l'industrie cotonnière. La terre peut alors continuer à nourrir les hommes et l'industrie peut décoller.
Alternatives Economiques, Hors série n° 93, Comment sauver l'industrie ? 2012.

Jean-Marc Jancovici, par exemple, insiste sur le facteur déterminant de la disponibilité d'une énergie pas chère pour générer une croissance forte et à fortiori, une révolution industrielle >>


Jared Diamond souligne le rôle de l'insularité de l'Angleterre dans son succès économique...
En Europe même, l'Angleterre a bénéficié d'avantages supplémentaires : le fait d'être une île peu exposée aux risques d'invasion et de border l'océan Atlantique, qui s'est ouvert au commerce international après 1492.
Jared DIAMOND (New York Review Of Books, 06/2012), Books, 04/2013, p. 54.

Résistance...

Quelles sont les forces à l'oeuvre sous la surface du développement des sociétés humaines ?
[...] On peut tenter de dégager les causes profondes de la résistance que [des] sociétés opposent souvent au développement.
Ce sont d'abord la tendance de la plupart des sociétés dites primitives à préférer l'unité aux conflits internes [...]
Quand les peuples de l'intérieur de la Nouvelle-Guinée apprirent des missionnaires à jouer au football, ils adoptèrent ce jeu avec enthousiasme. Mais, au lieu de chercher la victoire d'un des deux camps, ils multipliaient les parties jusqu'à ce que les victoires et les défaites de chaque camp s'équilibrent. Le jeu s'achève non pas comme chez nous, quand il y a un vainqueur, mais quand on est assuré qu'il n'y aura pas de perdant. Page 84. 
[...] Presque toutes les sociétés dites primitives rejettent l'idée d'un vote pris à la majorité des voix. Elles tiennent la cohésion sociale et la bonne entente au sein du groupe pour préférables à toute innovation. La question litigieuse est donc renvoyée autant de fois qu'il est nécessaire pour qu'on parvienne à une décision unanime. Parfois, des combats simulés précèdent les délibérations. On vide ainsi de vieilles querelles et on passe seulement au vote lorsque le groupe, rafraîchi et rénové, a réalisé en son sein les conditions d'une indispensable unanimité. Page 84. 
En second lieu, le respect qu'elles manifestent envers les forces naturelles [...]. Le développement suppose que l'on fasse passer la culture avant la nature, et cette priorité donnée à la culture n'est presque jamais admise sous cette forme, sauf par les civilisations industrielles.
Si de misérables communautés indigènes d'Amérique du Nord et d'Australie ont longtemps refusé, refusent toujours dans certains cas, de céder des territoires moyennant des indemnités parfois énormes, c'est, au témoignage même des intéressés, parce qu'ils voient dans le sol ancestral une "mère". Page 86.
[...] Les Indiens Menomini de la région des Grands Lacs en Amérique du Nord, bien que parfaitement au courant des techniques agricoles de leurs voisins Iroquois, se refusaient à les appliquer à la production de riz sauvage, leur aliment de base, pourtant très propre à être cultivé, pour la raison qu'il leur était interdit de "blesser leur mère la terre". Page 86.
Enfin, leur répugnance à s'engager dans un devenir historique. [...] Les sociétés dites primitives, nous apparaissent telles, surtout, parce qu'elles sont conçues par leurs membres pour durer. Leur ouverture sur l'extérieur est très réduite, ce que nous appelons en français "l'esprit de clocher" les domine. En revanche, leur structure sociale interne a une trame plus serrée, un décor plus riche que celle des civilisations complexes. Aussi, des sociétés de très bas niveau technique et économique peuvent éprouver un sentiment de bien-être et de plénitude : chacune estime offrir à ses membres la seule vie qui mérite d'être vécue.

Ambivalence agricole...

Sous plusieurs rapports, l'agriculture a représenté un progrès : elle fournit plus de nourriture sur un espace et dans un temps donnés, elle permet une expansion démographique plus rapide, un peuplement plus dense, des sociétés à la fois plus étendues et plus volumineuses. 
Mais, à d'autres égards, elle constitue une régression. [...] Elle dégrade le régime alimentaire, désormais limité à quelques produits riches en calories mais relativement pauvres en principes nutritifs. Ses résultats sont moins sûrs, car il suffit d'une mauvaise récolte pour que la disette s'installe. L'agriculture exige aussi plus de labeur...
...Il se pourrait même qu'elle fût responsable de la propagation des maladies infectieuses, comme le suggère, en Afrique, la coïncidence remarquable, dans le temps et dans l'espace, de la diffusion de l'agriculture et de celle de la malaria.
Claude LEVI-STRAUSS, L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011, p. 80.

Naissance de l'inégalité. L'invention de la hiérarchie - Brian Hayden.

[...] Comment et pourquoi l'inégalité est née des communautés égalitaires qui l'ont précédée ? Page 5. 
Contrairement à ce que l'on pensait au début du XXe siècle, le mouvement vers l'inégalité n'est pas lié à la production de la nourriture puisqu'il apparaît plusieurs millénaires avant l'agriculture. Page 6. 
Selon le paradigme des Lumières, la phase qui suit l'égalitarisme primitif se caractérise par la garde des animaux et l'établissement d'un contrôle politique au niveau de la parenté mais sans propriété privée. La phase suivante voit le développement de l'agriculture et l'institution de la propriété privée des ressources (en particulier de la terre), en même temps que la vie sédentaire, la division du travail, l'échange, le gouvernement de la communauté et les lois. On considère alors que c'est au cours de cette phase agricole que d'importantes inégalités apparaissent. La phase finale, dans ce schéma, aboutit à l'émergence de la civilisation. Page 8. 
Certains, comme Voltaire et Condorcet, estimaient que la pensée rationnelle (le raisonnement) et le désir d'améliorer son sort étaient à même d'élever le peuple jusqu'aux plus hauts sommets du progrès (impliquant un surcroît de richesse et de loisir) pour culminer en des civilisations complexes : ainsi la principale source des inégalités serait, avec l'environnement politique dans lequel on naît, l'éducation. Page 9. 
Pour d'autres, comme Turgot, ministre des finances sous Louis XV, et John Millar, l'adoption du pastoralisme et de l'agriculture seraient aussi des facteurs importants qui auraient entraîné l'augmentation démographique, les surplus, la propriété, les villes, le commerce, la division du travail, et les inégalités, dont l'esclavage. L'accumulation de richesses et la transmission par héritage de la propriété privée étaient considérées comme particulièrement importantes dans la création des inégalités. Page 9. 
Rousseau également incluait la possession des ressources et la division du travail parmi les facteurs responsables de l'émergence de conflits qui engendrèrent des lois et les systèmes politiques établissant les inégalités. Page 10.
Au milieu du XIXe siècle et au début du XXe, l'opinion majoritaire chez les intellectuels était alors que tous les hommes naissent inégaux, particulièrement en ce qui concerne la race, la classe et le sexe. Page 10. 
Cependant, quelques voix discordantes s'opposèrent à ce consensus  plus particulièrement celles de John Stuart Mill et de Karl Marx associé à Friedrich Engels. [...] Ils ne faisaient pas appel à des facteurs racistes ou biologiques pour expliquer les inégalités, insistant plutôt sur le rôle des élites exploiteuses qui utilisaient les facteurs technologiques et économiques pour créer des inégalités. Page 11. 
A la fin des années 1890, Emile Durkheim [...] avança que, livrés à eux-mêmes, les individus sont tenaillés par des désirs sans fin, dont la perpétuelle insatisfaction peut conduire au désespoir et au suicide. Le rôle de la société est de contenir les désirs et les aspirations sociales, en assignant les individus à des classes aux prérogatives inégales. Page 12. 
Parmi les approches modernes, le clivage fondamental se place entre celles qui mettent en avant les facteurs cognitifs, sociaux et culturels pour expliquer l'apparition de l'inégalité [position dite relativiste], et celles qui privilégient les facteurs matériels et écologiques [position écologiste]. Page 23. 
[La position relativiste] doit être extrêmement déterminée pour tenir position face à tous les faits récurrents que l'archéologie nous montre [...] : 
1) Premièrement, il existe une sorte d'universalité chronologique. [...] Ce n'est qu'à partir du Paléolithique supérieur et surtout du Mésolithique que des sociétés développant des hiérarchies économiques s'accroissent et s'étendent géographiquement. Page 23.
[...] Deuxièmement, il existe de fortes corrélations géographiques. [...] Il est évident que dans les environnements les moins productifs (comme le centre de l'Australie ou, en Amérique, le Grand Bassin) les inégalités sociales ne se développent pas, ou peu, tandis que dans les environnements plus productifs elles atteignent un haut degré. Page 23.
[...] Troisièmement, il existe de fortes corrélations socio-économiques et culturelles. Les sociétés dépourvues de hiérarchies sociales marquées [étaient le plus souvent caractérisées par des] ressources alimentaires limitées, une faible densité de population, aucun stockage, peu ou pas d'objets de prestige, une grande mobilité, une appropriation peu développée des ressources et des matières premières, une forte éthique du partage et un faible niveau de compétition, en particulier sur le plan économique. A l'opposé, les sociétés à hiérarchies sociales marquées se procuraient davantage de ressources, avaient une densité de population plus élevée, étaient plus sédentaires, instauraient l'appropriation des ressources et des matières premières, rivalisaient de surplus et transformaient ces surplus en d'autres services ou bien de prestiges qui pouvaient devenir objet de compétition. Page 24. 
[...] Suivant le modèle fonctionnaliste, le principal avantage [des hiérarchies élitaires] est que les inégalités socioculturelles aident les gens à affronter les problèmes de production, les crises, le stress, etc. De tels modèles sont souvent combinés avec des modèles démographiques : la pression démographique et le confinement engendreraient des famines ou des conflits à répétition. Suivant ces modèles, la population est plus ou moins acculée à accepter l'inégalité sociale ; les élites étant originellement formées de gens agissant de façon altruiste pour le bien de la communauté, elles ne doivent être qu'en petit nombre. Page 28. 
Contrastant avec ces vues coercitives, les approches politiques mettent en avant la quête de l'intérêt individuel comme force majeure de l'émergence des inégalités socio-économiques. Selon certaines versions, un changement dans les conditions environnementales autorise une petite majorité à profiter de leur situation et à exiger des concessions de la communauté. Page 28. 
[... Dans les villages mayas,] les élites locales n'apportaient strictement aucune aide matérielle aux autres membres de la communauté en temps de crise mais cherchaient au contraire les moyens de profiter de l'infortune des autres. Ce fut un tournant majeur dans ma façon de comprendre le développement des inégalités socioéconomiques. [...] Ce que j'ai lu ensuite d'une large gamme de témoignages ethnographiques venant de tous les points du globe m'a montré que c'était, en fait, typique des élites transégalitaires(1) dans les villages et les chefferies traditionnelles. [...] Dans presque tous les cas où des inégalités socioéconomiques existaient , la production de surplus de nourriture était un résultat prévisible en année normale. En outre, quand le niveau de surproduction augmentait, le niveau d'inégalité socioéconomique et le niveau de complexité sociale en général augmentait également. [...] Cette observation conduisait directement à la notion suivante : plutôt que d'être forcés à accepter des relations socioéconomiques inéquitables, peut-être que beaucoup, sinon tous les membres de la communauté étaient leurrés et attirés dans ce type de relations par des chefs pleins d'initiatives qui utilisaient d'une certaine façon les surplus à leur avantage. Page 30. 
(1) Les sociétés transégalitaires se situent entre les sociétés de chasseurs-cueilleurs où l'égalitarisme est la règle générale et les chefferies clairement stratifiées. 
[...] Une variante du modèle politique basé sur les surplus postule que, dans des conditions favorables d'échange, ou dans des situations ou d'autres ressources de valeur peuvent être extraites et échangées contre de la nourriture, l'inégalité sociale peut également apparaître dans des zones ou l'agriculture n'est pas très productive [lieux stratégiques pour le contrôle des échanges, mines de sel, etc.]. Page 37. 
[...] L'accumulation de richesse en elle-même n'entraîne pas l'inégalité sociale et l'instauration de hiérarchies. [...] C'est le contrôle politique sur les gens [...] qui constitue en réalité la caractéristique de la complexité culturelle et de l'inégalité sociale. D'un autre côté, la maîtrise de la richesse est une des composantes les plus communes, sinon universelles, des stratégies utilisées pour établir des contrôles politiques. Page 39. 
[...] L'explication la plus populaire parmi les archéologues [...] est la pression démographique. [...] D'après ce modèle, les communautés investissent certain individus compétents d'un pouvoir et d'une autorité hiérarchique de façon à traiter rapidement et efficacement les situations défavorables. [...] Cependant, au niveau le plus basique, les mécanismes de la pression démographique ne sont pas réalistes. En effet, il existait une population entièrement contenue en Afrique pendant deux millions d'années qui ne pouvait s'échapper autrement que par l'isthme de Suez. Pourtant, l'émergence des sociétés transégalitaires, de la sédentarité et de la domestication s'est produite pratiquement en même temps, sinon plus tard, en Afrique que sur les autres continents. Page 41. 
Je suggère que la facteur clé, à l'origine de l'accélération exponentielle du développement et du changement au cours des trente derniers millénaires fut la capacité de produire, stocker et transformer des surplus de nourriture et l'introduction concomitante d'une compétition basée sur l'économie. Page 45. 
L'apparition de technologies de prestige, peut-être dès le Paléolithique moyen mais plus sûrement au Paléolithique supérieur, est le reflet de la capacité à acquérir et transformer des quantités significatives de nourriture de manière régulière et fiable. Page 48. 
Il y a trois composantes essentielles au modèle que je propose pour expliquer les origines de l'inégalité :
1) La production de surplus
2) Le transformation des surplus en dettes, obligations ou bien convoités (propriété, festins, objets de prestiges, prix de la fiancée et dots, accès au surnaturel, etc.).
3) La recherche de l'intérêt personnel entraînant l'introduction d'inégalités et des avantages particuliers. Page 49. 
D'après les psychologues, les formes extrêmes de personnalités (psychopathes) pratiquent le "profit" apparaissent dans une certaine mesure dans toutes les classes sociales indépendamment de l'éducation, et dans toutes les populations, même parmi les sociétés les plus simples de chasseurs-cueilleurs. Ainsi, il semble qu'il y ait une composante génétique à un tel comportement. Page 49. 
[...] La cause majeure de l'intensification de la production de nourriture dans les sociétés transégalitaires n'est ni le manque de nourriture, ni la pression démographique, mais bien plutôt la génération de davantage de surplus pour obtenir du pouvoir, de la richesse et des avantages de survie. Une fois que le stratagème des chefs est lancé et accepté, il implique pratiquement toute la communauté par ses ramifications et ses effets secondaires même si, au début, seules quelques personnes soutenaient activement les activités du leader. Une fois que le bon déroulement de la tactique des chefs est toléré, refuser d'y participer conduit à se marginaliser et à perdre du pouvoir au sein de la communauté. [...] Dans les sociétés non-industrielles, le travail humain est souvent le facteur limitant de la production de surplus si bien que la reproduction humaine croît également autant qu'il est possible, entraînant là un effet rétroactif. Il en est résulté la remarquable croissance exponentielle de la population, de la consommation d'énergie et de la complexité depuis l'apparition de la compétition économique dans les sociétés transégalitaires. Page 69.
Bryan HAYDEN, Naissance de l'inégalité - L'invention de la hiérarchie, Biblis, 2008.

Sacré Conard...

[Edward Conard] défend l'idée que l'énorme et sans cesse croissante inégalité des revenus aux Etats-Unis n'indique en rien que l'économie est grippée. Bien au contraire [...]. Si même l'inégalité était encore un peu plus forte, tout le monde s'en porterait mieux, notamment les 99 %. 
[...Selon lui,] la plupart des Américains [...] ignorent que les super-riches ne dépensent qu'une fraction de leur fortune pour leur confort personnel ; que le gros de leur argent est investi dans des affaires productives qui améliorent la vie de tout le monde. 
[...] L'idée que la société profite de la saine concurrence entre les investisseurs est assez largement répandue. Éminent économiste de gauche, Dean Baker [...] estime que pour chaque dollar que gagne un investisseur, le public reçoit l'équivalent de 5 dollars en valeur. 
[...] Selon Conard, cependant, Baker sous-estime les bénéfices sociaux de l'investissement. Il prend l'exemple de l'agriculture : depuis les années 1940, grâce à un flux constant d'innovations, le coût de l'alimentation a régulièrement diminué. Si les entreprises qui ont bénéficié de ces innovations, comme les semenciers ou les chaînes de restauration rapide, ont fait la fortune de leurs propriétaires, le consommateur américain moyen en a profité encore plus. Conard conclut que, pour chaque dollar entré dans la poche d'un investisseur, le public récolte jusqu'à 20 dollars en valeur. 
[...] Jamais avare de vacheries, il [appelle] "diplômés en histoire de l'art" [...] tous ceux ayant la chance de naître avec le talent et les opportunités qui leur permettrait de rejoindre la mécanique de la prise de risque et de la chasse à l'innovation, mais préfèrent choisir une vie moins compétitive
[...] La seule façon selon lui de convaincre ces "diplômés en histoire de l'art" de rejoindre la redoutable mécanique de la vraie compétition économique est de les attirer avec des rétributions hors normes.
Books, 03/2013, p. 25.

Joseph Schumpeter était déjà sur cette ligne...
[Selon lui], les gagnants doivent obtenir "des gains impressionnants" pour provoquer "une impulsion beaucoup plus puissante que ne l'aurait fait une répartition plus égalitaire et plus juste".
Alternatives Economiques, 02/2013, p. 14.
[...] En 2008, ce sont les grands fonds de pension, les compagnies d'assurance et d'autres énormes investisseurs institutionnels qui ont retiré leur argent dans un mouvement de panique. Avec le recul, Conard juge que ce sont ces retraits qui ont conduit à la crise, et non, comme tant d'autres l'ont avancé, une orgie de prêts irresponsables
[...] Le rôle central des banques est de transformer les avoirs à court terme d'épargnant nerveux en prêts à long terme risqués favorisant la croissance. [...] Ce à quoi elles ne s'attendaient pas, c'est que les déposants retirent leur argent, chose qu'ils n'avaient pas faite en masse depuis 1929. 
Books, 03/2013, p. 25.

Bio pas top...

Où Robert Paarlberg fait part de son scepticisme quant à l'intérêt de l'agriculture biologique...
[...] Des critiques gastronomiques influents, des militants et des stars de la restauration entonnent en choeur ce refrain : l'"alimentation durable" de l'avenir doit être bio, locale et lente. Vous savez quoi ? C'est précisément le système dont joui déjà l'Afrique rurale, et il ne fonctionne pas ! Au sud du Sahara, les petits agriculteurs qui utilisent des engrais chimiques sont si rares que leur production est de facto biologique. Les coûts élevés du transport les contraignent à acheter et vendre sur place la majeure partie de leur récolte [...] 70 % des foyers ruraux en Afrique n'ont pas accès aux marchés urbains les plus proches car ils sont, par exemple, situés à plus de trente minutes à pied de la première route praticable en toutes saisons. [...] Quant à la cuisine, elle est terriblement lente. Le résultat n'est pas réjouissant : un revenu moyen de 1 dollar par jour et un risque sur trois d'être malnutri
[...] La conception et l'introduction dans les pays pauvres, au cours des années 1960 et 1970, de graines de blé et de riz à haut rendement, sous l'impulsion de l'Américain Norman Borlaug et d'autres scientifiques, ont eu des retombées très positives. [...] L'Inde, par exemple, a doublé sa production de blé entre 1964 et 1970 et a pu se passer d'aide alimentaire à partir de 1975. Rappelons à ceux qui parlent d'agriculteurs "endettés et mécontents" que le taux de pauvreté dans les campagnes indiennes est passé de 60 % alors, à 27 % aujourd'hui. 
[...] En Amérique latine, où les élites traditionnelles contrôlent étroitement l'accès aux terres fertiles et au crédit, l'arrivée des semences améliorées a creusé les écarts de revenus. [...] Cela étant, même en Amérique latine, le taux de malnutrition a diminué de plus de 50 % entre 1980 et 2005. 
[...] L'American Journal of Clinic Nutrition a récemment publié une synthèse de 162 articles scientifiques parus au cours des cinquante dernières années sur les bienfaits sanitaires du bio ; elle en concluait à l'absence de tout bénéfice nutritionnel
[...] L'agriculture biologique occupe moins de 1 % des terres cultivables aux États-Unis. Si les 99 % qui restent se convertissaient au bio, et donc se passaient de produits chimiques, il leur faudrait consommer une quantité plus grande d'engrais animal. Ce qui obligerait à multiplier par cinq environ les têtes de bétail. Ces animaux devant se nourrir de fourrage biologique, il faudrait dès lors mettre en pâture l'essentiel du territoire américain. Quant à l'Europe, le choix d'une alimentation exclusivement bio se traduirait par une extension de 28 millions d'hectares de la superficie des terres cultivables, l'équivalent des forêts de la France, de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et du Danemark réunis. 
[...] L'agriculture ne cesse de devenir plus verte. L'érosion des sols a brusquement ralenti dans les années 1970 grâce à l'introduction de la "technique culturale simplifiée", innovation qui a aussi réduit la consommation de diesel [...] En 2008, l'OCDE a publié un rapport sur la "performance environnementale de l'agriculture" dans les trente pays industriels les plus avancés. [...] La surface dédiée à l'agriculture a baissé de 4 %, les émissions globales de gaz à effet de serre de 3 %, et la surconsommation d'engrais azotés de 17 %. La biodiversité s'est elle-aussi améliorée, avec l'introduction de nouvelles variétés de plantes et de races animales. 
[... Dans tous les pays en développement] l'assistance au secteur primaire s'est révélée être un investissement très rentable. Y compris en Afrique. La Banque mondiale a évalué à 35 % par an en moyenne le taux de rentabilité des fonds placés dans la recherche agronomique sur le continent. Certains investissements ont même atteint des taux de rentabilité de 68 %. Aveugles à ces réalités, les États-Unis ont réduit de 77 % leur aide dans ce domaine entre 1980 et 2006.
Robert PAARLBERG, Foreing Policy (2010).
Books, 01/2013, p. 53.

Freakstory...

On doit à Robert Fogel [prix Nobel d'économie 1993] deux études importantes. L'une sur le rôle des chemins de fer dans la croissance économique des États-Unis au XIXe siècle, l'autre sur la rentabilité de l'esclavage. Sur la base d'une quantité colossale de documentation chiffrée, Fogel calcule ce qu'aurait été la croissance américaine si le chemin de fer n'avait pas existé. Résultat : à peine une différence de 5 %. "Aucun innovation, considérée isolément, n'a été vitale pour la croissance que XIXe siècle", dit-il. 
[...] S'agissant de l'esclavage, Fogel s'attaque à une autre idée reçue : l'esclavage a disparu parce que c'était un système économique inefficace. En utilisant les mêmes méthodes économétriques [la cliométrie], il réussit à prouver, chiffres à l'appui, exactement le contraire. L'esclavage était un système efficace et rentable... C'est donc la politique qui, cette fois-ci, a dicté sa loi. [...]

Bipolaire en couche-culotte...

Grâce à [Joseph L. Biederman, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School], les enfants peuvent [...] dès l'âge de deux ans, être déclarés atteints de trouble bipolaire et traités au moyen d'un cocktail de médicaments [...]. 
[...] En juin 2008, la sénateur Grassley a révélé qu'entre 2000 et 2007, les compagnies pharmaceutiques, y compris celles qui fabriquent des médicaments pour le trouble bipolaire des enfants, avaient versé à Biederman 1,6 millions de dollars pour des prestations de conseil
Books, 04/2009.

Transfert pictural...

[...] L'art des cavernes suggère que [les] sociétés paléolithiques devaient être puissamment réglementées. Sur des milliers d'oeuvres, on est frappé de constater que les animaux sont toujours coupés de leur milieu. [...] A travers les diverses espèces figurées, et sagement classées, ces représentations animales nous parlent des hommes [...]. La classification des espèces sous-tendant des catégories sociales, c'est ce que, en ethnologie, on appelle le totémisme. 
[...] Voilà donc un type de société qui n'est pas du tout simple, mais au contraire très organisé, dans lequel, par exemple, on ne pouvait probablement pas se marier avec n'importe qui [...]. 
[On peut formuler] une distinction entre deux types de chasseurs-cueilleurs actuels. Chez les [Aborigènes australiens], le résultat de la chasse est accaparé par les proches (comme le père de l'épouse, son frère...). Chez les [San ou les Inuits], le chasseur, ou l'individu défini comme tel selon des règles complexes, s'en approprie l'essentiel pour le distribuer comme bon lui semble. Une des conséquences de la première forme de distribution [...] est que le chasseur a peu d'intérêt personnel à développer la production. Et c'est ainsi que l'on voit, pendant tout le paléolithique supérieur, un nombre extrêmement réduit d'inventions, par comparaison avec l'explosion technologique qui marquera la fin du pléistocène. [...] On comprendra aussi que les structures sociales expliquent le faible développement de la production

Au détour de ses propos, l'auteur rappelle que, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, des civilisations ont pu inventer la roue sans imaginer le principe du chariot !
[...] Voici environ 4 000 ans, en Amérique centrale, les Zapotèques ont fabriqué de tout petits véhicules (inutiles ?) munis de quatre roues. Ils n'ont pour autant jamais eu l'idée d'utiliser la roue à plus grande échelle pour en faire des chariots.

Alain TESTART (propos recueillis par Fabien GRUHIER), Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 110.

Attardée...

[...] Je reste extrêmement sceptique sur l'avenir glorieux de la Chine. [Ce pays] est en rattrapage, et le rattrapage n'est pas l'innovation. Or le système patrilinéaire [renforcé dans le cas de la Chine par l'avortement sélectif pour limiter le nombre de filles] n'est pas bon pour l'innovation. [...] Il n'est pas clair du tout que la Chine puisse définir l'avenir de l'humanité en termes de choix et de véritables inventions.
 Jacques Attali, avec d'autres indicateurs (plus artistiques !) arrive à la même conclusion >>
[...] Si je devais faire un pari concernant l'Asie, je parierais sur l'Indonésie
Même s'il s'agit pour les multinationales de trouver des coûts du travail plus faibles qu'en Chine désormais, peut-être leur arrivée donnent-elles raison à Emmanuel Todd...
Les multinationales étrangères s'installent en nombre dans l'archipel du Sud-Est asiatique, attirées par une main-d'oeuvre à bas prix, mais aussi par un marché riche de plus de 200 millions d'habitants. L'Express, 11/2012, p. 80.
Emmanuel TODD, Le Point, 09/2011, p. 82.

Getion de père de famille ?

[PSA Peugeot Citroën] n'a pas su nouer à temps les alliances stratégiques [...]. La faute en revient à la famille Peugeot, soucieuse de garder le contrôle de l'entreprise : "Peugeot a adopté une gestion patrimoniale, typique d'une entreprise familiale" analyse Frédéric Bricnet.
Marc CHEVALLIER, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 35.

Stagnation forever...

[Une croissance "naturelle"] serait un phénomène récent et ponctuel à l'échelle de l'histoire humaine. C'est en tout cas la thèse de Robert J. Gordon, professeur à l'université Northwestern (Illinois). [...] Il explique qu'avant le XVIIIe siècle, l'évolution du PIB par tête se limitait à 0,2 % par an environ. La production de richesse n'augmentait qu'avec la progression de la population. La croissance s'est déclenchée après 1700 [...] battant tous les records après la Seconde Guerre mondiale (les Trente Glorieuses en France). Depuis, elle a régressé, avec un sursaut entre 1996 et 2004. Elle devrait continuer de décélérer au cours de ce siècle, jusqu'à revenir aux très faibles niveaux antérieurs. 
[Cette] parenthèse enchantée [...] est le résultat de la première révolution industrielle (1750-1850 : la marine à vapeur et le chemin de fer), mais surtout de la deuxième avec toutes ces grandes inventions qui ont transformé nos vies et fait exploser notre productivité : l'adduction d'eau potable, l'électricité, la radio, le téléphone... En comparaison, la troisième révolution, celle d'internet, semble plus modeste. D'ailleurs, qui échangerait aujourd'hui les toilettes et l'eau courante contre un PC et internet à haut débit ? 
Les innovations technologiques ont désormais moins d'impact sur la productivité parce que les grands changements ont déjà eu lieu et ne se reproduiront pas : il est impossible d'aller plus vite (Concorde a vécu...), de baisser de manière aussi spectaculaire la mortalité infantile ou de libérer davantage les femmes des corvées ménagères (sinon en les partageant davantage avec les hommes !). La croissance sans fin est donc un mythe. Christine KERDELLANT, L'Express, 10/2012, p. 106.

Innovam style...

En 2010, [Samsung] revendiquait fièrement consacrer 9 % de son chiffre d'affaires à la recherche et développement [3 % pour Apple en 2009] et employer plus de 40 000 chercheurs.
Marc CHEVALIER, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 37.

Superman...

[...] C'est pour promouvoir l'idée d'un homme plus que parfait, augmenté par la technique, que le transhumanisme est né en Europe du nord et aux États-Unis, il y a une trentaine d'années. Les adeptes de ce nouveau mouvement, philosophique et scientifique, entendent utiliser tous les moyens de la technologie pour améliorer l'espèce humaine et augmenter ses capacités de perception, de cognition, de réflexion, de performance. Selon eux [... les technologies] numériques sont déjà devenues des organes externes ni plus ni moins, et font désormais partie de notre identité. Les transhumanistes espèrent aller encore plus loin dans cette fusion de l'homme et de la machine pour faire naître une nouvelle espèce plus performante à l'horizon de ce siècle.
[...] La Gare de Grand Central [manhattan] représente le summum d'une culture basée sur le temps, sur l'horloge. On peut considérer l'histoire humaine comme l'évolution de la relation au temps. L'invention de l'horloge à la Renaissance a permis l'émergence de l'âge industriel et d'une culture basée sur les horaires et la productivité. [...] Mais maintenant nous sommes en train de passer de cette culture du temps à celle de l'ordinateur. Or la logique informatique est en dehors du temps. On est donc passé de la logique des horaires à celle des programmes. Douglas RUSHKOFF (Auteur)
[...] Un sixième continent, virtuel et numérique, existe donc en parallèle de notre monde physique.
[...] Nous sommes en train de vivre une mutation prodigieuse, comme il s'en produit sans doute tous les mille ou deux mille ans. [...] Depuis une vingtaine d'année, les progrès technologiques ont été plus vite que la pensée. Jean-Claude GUILLEBAUD (Auteur)
[...] Pas mal de gens, par exemple les golfeurs professionnels, se font opérer les yeux au laser pour avoir une vision plus que parfaite. [...] Nos corps sont le dernier bastion du consumérisme, ils sont destinés à être sans cesse améliorés. Qu'est-ce qu'on fait si tout d'un coup les handicapés deviennent plus performants que nous ? Est-ce qu'on doit à nouveau les surpasser ? Gregor WOLBRING (Biochimiste, spécialiste de veille éthique)
[...] Cette espèce de rapprochement entre l'ordinateur de la technologie et l'ordinateur naturel que nous aurions en nous-même, cela produit une espèce de réification, une chosification de l'individu. On le voit bien aujourd'hui, la manière de se présenter sur les sites de rencontre est identique à la manière de se présenter à un entretien d'embauche. Il y'a une recomposition de notre manière de concevoir la vie et le vivant. Roland GORI (Professeur de Psychopathologie clinique)
[...] On construit la fiction d'un individu qui EST son cerveau. [...] Donc doit faire tout ce qu'il peut pour éviter un dérèglement de son fonctionnement, ne doit pas hésiter à recourir à des artifices pour améliorer son cerveau. Parce que ce qui est en jeux, ce sont les avantages compétitifs. Ce qui veut dire que les rapports entre les individus sont remodelés de manière à faire prévaloir la norme de la concurrence entre les individus conçus chacun comme étant une entreprise de soi. [...] Y'a une pensée classique qui est celle de la perfectibilité, qui date du XVIIIe siècle, qui est l'idée selon laquelle l'homme peut s'améliorer ou se perfectionner notamment par l'éducation. Cette idée-là, aujourd'hui, se trouve reléguée au second plan. Elle est même parfois purement et simplement abandonnée ou critiquée explicitement. Et ce qui tend à l'emporter, c'est une autre idée. C'est la perspective d'une amélioration indéfinie qui permettrait, par des techniques, de changer y compris la nature humaine ou l'humaine conditionPierre DARDOT (Professeur de philosophie)
[...] Vous pourriez me dire "moi je ne me ferai jamais poser une puce, à l'intérieur de mon corps, parce que je ne me sentirais plus moi-même". Et bien, laissez-moi vous convaincre... Je prends par exemple une puce électronique que je pourrais implanter dans votre corps d'ici 10 ans. Une puce qui pourrait transmettre, surveiller à distance sa biochimie pour savoir instantanément si je suis en train de consommer trop d'aliments industriels ou si j'ai un excès de sucre. [...] Cette puce pourrait dialoguer avec mon portable, mon ordinateur [...] et m'aider à me nourrir plus sainement [...] ou me forcera à sortir faire de l'exercice. Et si j'arrive à prouver qu'en implantant une telle puce sur une souris ou un rat, ils vivent 50 % de temps en plus, je pense qu'un grand nombre de gens se laisseront convaincre de l'essayer. John SMART (Futurologue, directeur de la fondation Acceleration Studies)
[...] La société occidentale actuelle n'est plus viable à long terme telle qu'elle existe aujourd'hui. Nous sommes face à un abîme, le même que surplombait Nietzsche il y a plus d'un siècle. De l'autre côté je crois et j'espère, qu'il y aura une vie transhumaine viable. Mais entre les deux il y aura un grand péril. Pour moi le transhumanisme n'est pas un choix, mais une nécessité. William BAINBRIDGE (Co-auteur du rapport NBIC 2002)
[...] Si l'on jette un oeil aux critères de l'industrie et de l'ingénierie, on voit quoi ? Des contrôles qualité, la prédictibilité des profits, de hauts niveaux d'efficacité et d'utilité. Désirons-nous vraiment vivre dans un monde dans lequel les êtres humains ne seraient plus mesurés que selon ces critères ? Alors nous deviendrions des machines. Jeremy RIFKIN (Economiste, président de Fondation on Economic Trends)
[...] Nous serons comme des dieux. Les gens ne veulent pas l'entendre. Mais nous serons omniscients, capables de tout savoir, de connecter nos cerveaux directement à Google. [...] Se débrancher ne se fera qu'au prix d'une grande solitude. Peter DIAMANDIS (Cofondateur de l'Université de la Singularité)
[...] L'accès à des technologies de plus en plus sophistiquées, de plus en plus coûteuses, ne travaille pas nécessairement à une amélioration du bien commun. Elle peut être un projet pour une élite. Alors, ça veut dire inscrire une fracture violente dans l'humanité qui pose un problème politique [...] majeur [...]. Ces gens-là sont prêts à laisser sur le bord du chemin en attendant leur disparition finale, une bonne partie de l'humanité. Y'a pas besoin d'exterminer. Y'a des gens qui s'effaceront parce qu'ils seront moindres, donc condamnés à disparaître. Donc il y a quelque part, une césure acceptée. Jean-Paul MALRIEU (physicien quantique, directeur de recherche au CNRS)
[...] On ne peut pas réglementer. La régulation de ces technologies, une fois qu'elles deviendront disponibles, sera impossible. Va-t-on arrêter la recherche sur les cellules souches aux États-Unis ? Ce serait pathétique. Les meilleurs chercheurs fuiront en Corée du Sud ou en Chine [...] pour travailler. Nous n'avons plus de frontières et l'idée de réglementer à l'intérieur de frontières nationales est une mentalité dépassée. C'est un point de vue du XXe siècle. Peter DIAMANDIS (Cofondateur de l'Université de la Singularité). 
[...] Quand on regarde les choses de près aux États-Unis, on s'aperçoit que les connections de ces projets techno-scientifiques sont avec l'aile droite du libéralisme américain. Qui a financé l'Université de de la Singularité en Californie ? C'est la droite ultralibérale dure [...]. Les connections avec [...] les logiques de la société marchande sont indubitables, écrasantes, affolantes même. Jean-Claude GUILLEBAUD (Auteur)
[...] La Silicon Valley a changé. C'était un endroit où l'on créait de la technologie pour les gens. Et c'est devenu une sorte de nouveau centre du pouvoir. Cela me paraît extrêmement bizarre qu'il y ait ce truc, l'Université de la singularité, juste en face de chez Google. Comment les gens réagiraient-ils si une religion fondamentaliste traditionaliste s'installait sur le même campus que l'une des plus grande agence d'espionnage dans le monde. [...] Facebook et Google détiennent plus d'informations sur les gens que le gouvernement français n'a le droit d'en détenir. Jaron LANIER (inventeur du concept de réalité virtuelle)
[...] Cette explication qu'on va être en retard par rapport aux États-Unis, ou au Japon ou à d'autres, suffit pour donner de l'intelligence au projet. Si c'est en retard pour rentrer dans le mur, c'est qu'on est en avance sur eux. L'urgence serait non pas d'aller plus loin mais d'essayer de survivre tel qu'on est. Les scientistes nous disent, comme nous sommes en difficulté, la seule manière de s'en sortir c'est plus de techno-sciences. Je trouve que c'est un discours absolument scandaleux. Je pense aux Japonais, qui là, sont en train de se prendre des radiations. Tout ça pour avoir 20 % d'énergie en plus ? Jacques TESTART (Biologiste, ancien directeur de recherche de l'INSERM).
Arte, Un monde sans humains ? 23/10/2012.