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Camarades exterminateurs...

[...] [Les nazis] ont submergé les Allemands de cet alcool de la camaraderie auquel aspirait un trait de leur caractère, ils les y ont noyés jusqu'au délirium tremens. Partout, ils ont transformé les Allemands en camarades, les accoutumant à cette drogue depuis l'âge le plus malléable [...] et ils ont, se faisant, éradiqué quelque chose d'irremplaçable que le bonheur de la camaraderie est à jamais impuissant à compenser. 
La camaraderie est partie intégrante de la guerre. Comme l'alcool, elle soutient et réconforte les hommes soumis à des conditions inhumaines. Elle rend supportable l'insupportable. Elle aide à surmonter, la mort, la souffrance, la désolation. Elle anesthésie. Supposant l'anéantissement de tous les biens qu'apporte la civilisation, elle console de leur perte. Elle est sanctifiée par de terrifiantes nécessités et d'amers sacrifices. Mais séparée de tout cela, recherchée et cultivée pour elle-même, pour le plaisir et l'oubli, elle devient un vice. Et qu'elle rende heureux pour un moment n'y change absolument rien. Elle corrompt l'homme [...]. Elle le rend inapte à une vie personnelle, responsable et civilisée. Elle est proprement un instrument de décivilisation
[...] La camaraderie annihile le sentiment de la responsabilité personnelle, qu'elle soit civique ou, plus grave encore, religieuse. L'homme qui vit en camaraderie est soustrait aux soucis de l'existence, aux durs combats pour la vie. [...] Il n'est plus soumis à la loi impitoyable du "chacun pour soi" mais à celle, douce et généreuse, du "tous pour un". Prétendre que les lois de la camaraderie sont plus dures que celles de la vie civile et individuelles est un mensonge des plus déplaisants. [...] Elles ne se justifient que pour les soldats pris dans une guerre véritable, pour l'homme qui doit mourir : seule la tragédie de la mort autorise et légitime cette monstrueuse exemption de responsabilité. 
[...] Beaucoup plus grave encore, la camaraderie dispense l'homme de toutes responsabilités pour lui-même, devant Dieu et sa conscience. Il fait ce que tous font. Il n'a pas la choix. Il n'a pas le temps de réfléchir [...]. Sa conscience, ce sont ces camarades : elle l'absout de tout, tant qu'il fait ce que font les autres.
Puis les amis prirent le vase
Et tout en déplorant les tristes voies du monde
Et ses amères lois
Ils jetèrent l'enfant au pied de la falaise.
Pied contre pied, soudés, ils se tenaient ainsi
Sur le bord de l'abîme
Et en fermant les yeux ils le précipitèrent.
Plus que son voisin nul n'était coupable.
Ils jetèrent de la terre
Et des pierres Dessus
Ces vers sont signés de l'écrivain communiste Bertolt Brecht, et ils se veulent élogieux. Là comme sur bien des points, communistes et nazis sont d'accord. 
[...] La camaraderie implique inévitablement la stabilisation du niveau intellectuel sur l'échelon inférieur, celui que le moins doué peut encore atteindre. La camaraderie ne souffre pas la discussion : c'est une solution chimique dans laquelle la discussion vire aussitôt à la chicane et au conflit, et devient un péché mortel. C'est un terrain fatal à la pensée, favorable aux seuls schémas collectifs de l'espèce la plus triviale et auxquels nul ne peut échapper, car vouloir s'y soustraire reviendrait à se mettre au ban de la camaraderie. 
[...] "Nous" étions un être collectif, et d'instinct, avec toute la lâcheté, toute l'hypocrisie intellectuelles de l'être collectif, "nous" ignorions ou refusion de prendre au sérieux ce qui aurait pu menacer notre euphorie collective
[...] Cette camaraderie [..] tant vantée, est un abîme diabolique des plus périlleux. Les nazis savaient bien ce qu'ils faisaient en l'imposant à un peuple entier comme forme normale d'existence. Et les Allemands, si peu doués pour la vie individuelle et le bonheur individuel, étaient terriblement prêts à l'accepter, à échanger les fruits haut perchés, délicats et parfumés de la dangereuse liberté, contre cet autre fruit qui, juteux et luxuriant, pend à portée de leur main : le fruit hallucinogène d'une camaraderie généralisée, globale, avilissante. [...] On y est si heureux, et pourtant on n'y a plus aucune valeur. On est si content de soi, et pourtant d'une laideur sans bornes. Si fier, et d'une abjection infra-humaine. On croit évoluer sur les sommets alors qu'on rampe dans la boue. Aussi longtemps que le charme opère, il est pratiquement sans remède.
Sebastian HAFFNER, Histoire d'un allemand. Souvenirs (1914-1933)
Actes Sud, 2003, p. 416 à 422. 

Le communautarisme, qu'il soit social, national, religieux, culturel, ethnique, est je crois bien, l'autre nom de cette camaraderie destructrice dont nous parle Sebastian Haffner...


Après les banksters, les bankrioleurs...

Si l'on avait la même politique du logement qu'en Allemagne ou aux Pays-Bas, quelqu'un qui vit dans 60 m² verrait son loyer mensuel baisser de 250 € [en quelques années]. Pourquoi on ne le fait pas : parce que certains banquiers préfèrent que le fond de réserve des retraites soit mis sur les marchés financiers plutôt que d'être mis sur le logement (contrairement à ce qui a été fait aux Pays-Bas).
Pierre LARROUTUROU, France Inter, 3D le journal, 15/04/2012.
Les Berlinois paient des loyers quatre fois inférieurs à ceux des Parisiens.
Manuel DOMERGUE, Alternatives Economiques, 05/2012, p. 17.

Pierre Larrouturou parle de politique du logement en Allemagne, mais selon Thomas Piketty, les bas loyers pourraient avoir une autre explication...
[...] Les fortes hausses de prix qui ont eu lieu partout ailleurs au cours des années 1990-2000 ont été bridées outre-Rhin par l'unification allemande, qui a conduit à mettre sur le marché un grand nombre de logements à bas prix. Pour justifier un possible écart à long terme, il faudrait toutefois des facteurs plus durables, par exemple une plus forte régulation des loyers outre-Rhin.
Thomas PIKETTYLe capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, page 220. 

Des loyers moins chers peuvent avoir toutes sortes de répercussions...

Dé-formation...

30 milliards d'euros sont collectés chaque année au titre de la formation professionnelle, et, depuis des lustres, les ministres chargés du dossier se refilent la patate chaude du contrôle de l'utilisation de ces fonds.
Dans le collimateur [...], les formations comportementales visant à améliorer les performances et le bien-être des salariés dans l'entreprise.
D'après les estimations de la Miviludes, entre 10 % et 15 % de ces formations seraient sujettes à caution. L'an passé, sur les 187 structures contrôlées par l'administration dans ce champs précis, plus de la moitié ont fait l'objet d'une mise en conformité, tandis que 27 % ont été tout bonnement supprimées du registre officiel des organismes de formation.
Nicolas Perruchot, ancien parlementaire, fournit des chiffres du même ordre...
[...] Sur près de 80 000 organismes qui font de la formation, on peut estimer que 15 à 20 000 ne servent absolument à rien. Donc on a 6 à 7 milliards d'économies à faire sur ce sujet-là [...]
Nicolas PERRUCHOT, BFM Business, 18/10/2012.
Comment pourrait-on s'assurer de la qualité de l'offre ? [Selon Marc Ferracci], en instaurant des indicateurs de résultat ! Tout se passe comme si les prestataires étaient dédouanés de la question du retour à l'emploi de leurs clients. En Allemagne, au contraire, jusqu'à 70 % de la rémunération des organismes de formation peuvent reposer sur ce critère. Avec une telle réforme, les prestataires seraient obligés de suivre le devenir de leurs stagiaires, et aussi d'adapter leurs cours aux besoins des entreprises.
Béatrice MATHIEU, L'Expansion, 09/2012, p. 53.

Mini...

Si le chômage est bas en Allemagne, c'est grâce aux dispositifs permettant de réduire le travail en période de crise, tels que le chômage partiel et les comptes épargne-temps.
[...] Si plus de 2 millions d'emplois ont ainsi été créés entre 2002 et 2011, le nombre de CDI à temps plein a lui... reculé ! A l'inverse, les mini-jobs, payés au maximum 450 euros et qui n'ouvrent pas droit à l'assurance chômage, représentent désormais un emploi sur cinq.
Gilles RAVEAUD (propos de Arnaud CHEVALIER), Alternatives Economiques, 06/2013, p. 88.

Sobriété...

[...] On n'a assisté à aucune "explosion" [des dépenses publiques] au cours des dernières années, comme on l'entend souvent. Entre 2000 et 2012, les dépenses publiques ont augmenté en volume (c'est-à-dire une fois l'inflation déduite) et par habitant de 15 % en France, contre 14,8 % en Allemagne. C'est moins que la moyenne de la zone euro, deux fois moins qu'aux Etats-Unis et trois fois moins qu'au Royaume-Uni
[...] Du côté de l'appareil d'Etat [...] on ne constate là non plus, aucune dérive. [Son] fonctionnement [...] (salaires et consommations intermédiaires du secteur public) pesait 18,5 % du PIB en 2000, période faste pour le secteur privé, et 18,7 % en 2012, malgré la crise. De plus, l'appareil d'Etat français coûte non seulement nettement moins cher que celui des pays scandinaves, mais aussi que celui du Royaume-Uni (23,5 %) et des Etats-Unis (19,9 %). 
[...] En 1997, la France consacrait [...] 7,6 % de son PIB à l'éducation. Une part tombée à 6,9 % en 2011. La dépense d'éducation avait même pour la première fois baissé en volume entre 2010 et 2011 [...]. Une tendance à contre-courant des autres pays de l'OCDE [excepté Israël]. En 2009, [la France, avec 6,3 % de son PIB consacré à l'éducation,] était toujours légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE [6,2 %]. Devant l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne, mais derrière les Etats-Unis, la Suède et la Finlande. Le problème, c'est que malgré cet investissement conséquent, les résultats ne suivent pas... 
[...] La France est loin d'être le pays le plus généreux avec ses chômeurs : les Pays-Bas, par exemple, consacrent une part deux fois plus importante de leur richesse nationale à chaque demandeur d'emploi. [Autriche, Allemagne, Danemark, Finlande, Irlande dépensent aussi plus que la France. Italie, Espagne, Grèce, Portugal et Suède dépensent moins].
Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 05/2013, p. 9.

Pourtant, selon le supplément Eco & Entreprise du Monde daté du 16/05/2013, la part des dépenses publiques dans le PIB en France est passée, entre 2001 et 2012, de 51,7 % du PIB à 56,6 % (soit 9,5 % de hausse) contre 47,2 % à 49,9 % en Allemagne (soit 5,7 %) et 47,6 % à 45 % pour la moyenne européenne (soit une baisse de 5,5 %)...

Dense...

[... La France] rassemblait en 2012, 2,3 millions d'adultes possédant un patrimoine supérieur à un million de dollars. Un chiffre qui classe notre pays au troisième rang [mondial] derrière les Etats-Unis (11 millions) et le Japon (3,6 millions), et devant l'Allemagne (1,4 millions) et l'Italie (1,2 millions). Avec environ un millionnaire pour 28 habitants, la France présente même la plus grande densité au monde.
Thierry PECH, Alternatives Economiques, 02/2013, p. 8.

L'oeuf ou le discount...

Beaucoup de gens disent en Allemagne que les discounter sont une bénédiction pour les pauvres gens car les pauvres ont besoin de ces prix bas pour survivre. C'est une vision. Moi j'en propose une autre, à l'opposé
Il y a des gens pauvres, car nous avons une culture du discount. Parce que le discount n'offre que des emplois précaires, et des bas salaires, nous avons constaté qu'il fait baisser notre niveau de vie, et ce, depuis des années. Je pense que cette mentalité discount développe la pauvreté. Nous devons réfléchir un instant et nous interroger à savoir si nous ne sommes pas en train de rentrer dans un cercle vicieux.
Ulrich DALIBOR (Responsable du secteur commerce au syndicat ver.di).
France 2, Infrarouge, 29/01/2013.

Oh oui, frappe-moi...

Je ne qualifierais pas forcément de démocratique un pays [l'Allemagne] qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.
Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.


Virage...

La protection des salariés  français contre les licenciements individuels reste [...] selon l'OCDE, sensiblement plus limitée qu'en Suède, en Allemagne et aux Pays-Bas, mais aussi qu'en République tchèque, en Russie, en Inde ou encore en Chine. Rien d'exceptionnel donc dans la situation française de ce côté-là. 
[...] Du côté de licenciements collectifs [...] il y a certainement des choses à améliorer, notamment sur le plan des délais et de la sécurité juridique, mais l'OCDE situe au contraire clairement la France parmi les pays les moins protecteurs sur ce plan. En Italie, en Belgique, en Suède, an Allemagne, en Pologne, en Chine, au Royaume-Uni et même aux Etats-Unis, les contraintes qui pèsent sur les entreprises en cas de licenciement collectif son sensiblement plus importantes qu'en France.

Flexion, extension...

Sous la surface de la flexibilité au travail...
2. Entre le début 2008 et la mi-2012, [la France] est un des trois seuls pays de la zone euro, avec l'Autriche et l'Allemagne, où la proportion des 25-59 ans (le coeur du salariat) qui occupent un emploi s'est accrue. [Sur l'ensemble du spectre des 15-64 ans, ce taux d'emploi a baissé par contre de 0,4 % du fait d'un recul marqué chez les 15-25 ans]. 
[...] Dans le même temps, au Royaume-Uni, dont on nous a si souvent chanté les louanges en matière de flexibilité, le taux d'emploi des 25-59 ans a baissé de 0,9 point. Tandis qu'aux Pays-Bas, le modèle "polder" à la mode à la fin des années 1990, ce taux a reculé de 1,4 points depuis 2008. Quant au fameux modèle danois avec sa flexisécurité si enviée, le taux d'emploi y a même reculé de 4,5 points en quatre ans. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 01/2013, p. 9.
2.1. La tranche des 25-54 ans représente 77 % du total de la population activeInsee.fr

Le "coeur du salariat" tel que défini ci-dessus, soit les 25-59, représente donc une proportion encore un peu supérieure à ce chiffre. En écartant certaines tranches, l'argumentaire est affaibli, mais il mérite néanmoins réflexion.
1. [La France] était le seul pays qui n'était pas allé dans [la direction de la "flexibilité" au travail] depuis quinze ans. Et quand vous regardez les travaux que font les économistes, le lien entre le niveau de flexi-sécurité dans un pays et le niveau de chômage est quand même édifiant. Si vous prenez les trois pays qui pratiquent le plus la flexi-sécurité aujourd'hui dans le monde industrialisé [...] ce sont les trois pays dans lesquels il y a le moins de chômage : le Danemark, les Pays-Bas, l'Autriche. Si vous prenez les trois pays dans lesquels la flexi-sécurité est la moins développée, ce sont aussi les trois pays dans lesquels il y a le plus de chômage : c'est la France, l'Espagne, le Portugal. Et au milieu vous avez des pays dans lesquels vous avez un niveau de flexi-sécurié intermédiaire, ce sont des pays qui ont un taux de chômage intermédiaire : l'Allemagne, l'Italie, la Suède, le Royaume-Uni, la Finlande. Emmanuel LECHIPRE, France Inter, On n'arrête pas l'éco, 19/01/2013.

Dans le dos...

La Chine a subordonné très nettement son financement des gouvernements européens au maintient d'un euro fort. Y'a eu un deal quelque part fin 2011, entre l'Allemagne, au nom de l'Europe, et la Chine, pour maintenir un euro fort contre le dollar [en contre-partie de ses participations aux achats de dettes de pays européens].
Antoine BRUNET, BFM, 27/12/2012.
Le Japon et la Chine ont tout intérêt à maintenir l'euro fort. En aidant la zone euro, ils cherchent à stabiliser une de leurs principales zones d'exportation [20 % du total des exportations de la Chine]. Le Figaro.fr.

Appels de phare...

Emmanuel Todd illustre la pertinence de sa théorie des structures familiales...
Philippe COHEN - [...] Cette typification des genres nationaux [selon les valeurs héritées du passé paysan] n'est-elle pas chamboulée par la modernité ? 
Emmanuel TODD - Ecoutez. Je vais prendre brutalement un exemple pour bien me faire comprendre. Nous sommes sur une route française. Des gendarmes sont cachés pour surprendre des excès de vitesse. Des appels de phare issus de la communauté délinquante française nous avertissent pour faire attention. Nous voici en Allemagne. Quelqu'un gare mal sa voiture. Un voisin appelle la police
Le fonctionnement concret de l'économie a un rapport avec ces comportements sociaux standards qui définissent un rapport fondamental à l'autorité. Admettons, sans les juger, mais une fois pour toutes, que la France et l'Allemagne sont deux mondes différents. La règle d'or a un sens, certes pathologique, dans l'un de ces deux mondes et aucun dans l’autre. Ou alors, nos dirigeants, qui nous donnent l'Allemagne en modèle, doivent avoir le courage de nous demander de dénoncer nos voisins quand ils garent mal leur voiture… D'ailleurs la règle d'or du futur traité européen suppose non seulement une discipline parfaitement intériorisée, mais aussi la surveillance du budget du voisin.
Marianne, 13/12/2011.

Jamais trop prudent...

Le débat agite l'Allemagne depuis le mois dernier, quand deux députés du Bundestag se sont vu refuser l'accès aux coffres de la Banque de France : les réserves d'or allemandes, dont le dixième est stocké chez nous, ne seraient pas en lieu sûr. 
[...] C'est en 1951 que la RDA a recommencé à accumuler des excédents commerciaux. [...] La Bundesbank [a fini par] se constituer un joli stock, 3 396 tonnes, le deuxième du monde après les États-Unis (8 133 tonnes). Très vite l'essentiel du trésor a été "caché" à l'étranger, car Bonn craignait une invasion du territoire allemand par l'Union soviétique : 1 536 tonnes se trouvent toujours à la Fed à New York, 450 tonnes à la Banque d'Angleterre et 374 tonnes à la Banque de France.
[...] La perte de confiance dans les pays alliés, que révèle l'affaire des réserves d'or, nous concerne à double titre. D'abord, comme le dit l'économiste suisse Michel Santi, "elle achève de nous démontrer que l'esprit allemand, qui prévalait depuis 1945 et soudait le sort de sa nation à l'Occident, a vécu, pour laisser place à l'Allemand farouche défenseur de ses intérêts nationaux." Ensuite, si les Allemands s'inquiètent pour leur or, c'est qu'ils s'inquiètent pour l'euro : ils veulent disposer de leurs stocks en cas d'implosion de la monnaie unique, afin de conforter un éventuel retour au Deutsche Mark.
Christine KERDELLANT, L'Express, 11/2012, p. 90.

Saucisse basse consommation...

[En Allemagne], depuis 1998, une fiscalité écologique de 2,05 % sur le kWh consommé s'applique à tous les particuliers qui paient 166 % de taxes en plus que les français et achètent donc leur électricité deux fois plus cher qu'en France. Andreas Rüdinger (Institut du développement durable et des Relations internationales). 
Selon Pierre Larrouturou, il ne faut pas oublier que les prix des loyers en Allemagne sont bien moins élevés qu'en France >>
Les Allemands ont proscrit les ruineux convecteurs électriques qu'utilisent encore trois millions de français. La plupart privilégient les chaudières à condensation, des appareils électroménagers à très haute performance énergétique et ils sont de plus en plus nombreux à solliciter les aides pour l'isolation thermique de leurs logements. 
La consommation électrique hors chauffage outre-Rhin était identique à celle des Français en 1998. Neuf ans après, elle est inférieure de 27 %. Andreas Rüdinger. 
Pendant les semaines très froides de février 2010, la consommation électrique outre-Rhin était moitié moindre qu'en France. Alors qu'il y a 17 millions d'habitants de plus qu'en Allemagne. Henry C. Reese (Association Energie franco-allemande). 
Le montant moyen des subventions et prêts atteint outre-Rhin 63 000 euros par ménage. Contre 18 750 euros en France.
Guillaume MALAURIE, Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 92.

Cordonnier mal chaussé...

Où entre autres choses, l'on apprend que les financiers sont toujours les plus mal financés...
Dans un futur proche qui aura dépassé la crise financière, avoir démarré des affaires à Singapour, dans les pays scandinaves et en Israël sera un avantage pour une entreprise. Un classement du cabinet de conseil Grant Thornton désigne ces pays comme les destinations les plus dynamiques pour y investir. Dans cette étude, le dynamisme est défini comme la capacité d’un pays à mettre en place un environnement favorable pour se relever de la crise mondiale de 2008-2009. Vue de l’étranger, la croissance ne fait donc pas tout. Le dynamisme économique, pour Grant Thornton, c’est aussi sa stabilité politique, ses lois commerciales, le niveau de formation et la productivité de sa population active ainsi que son niveau de développement technologique et scientifique
[...] La France est plutôt bien classée... certes derrière l'Allemagne (9e) mais devant le Royaume-Uni (32e). En seizième position, entre l'Uruguay et le Danemark, l'hexagone se distingue pour son environnement financier très bien régulé.

Deux points remarquables à propos de la France, dans ce rapport...

Dans la catégorie Labour and Human capital, pour être bien classé, il faut surtout une forte croissance de la productivité (représente 47 % de la note) une durée moyenne de scolarisation élevée (28 %), un taux de chômage faible (20 %) et une population jeune (6%).
La France pourtant pourvue d'une population active productive et bien formée, n'est pas dans le Top 10 dans cette catégorie.
Oecd.org, Labour productivity levels.

Dans la catégorie Financing environment, pour être bien classé, il faut surtout une bonne disponibilité de crédit (44 %), un système de régulation financière sain (30 %), de faibles charges (14 %) et une bonne croissance de l'investissement direct intérieur (7 %).
La France est ici classée 3e là où, est c'est là le plus étonnant, le Royaume-Uni, paradis de la finance mondialisée, se situe dans le Bottom 10 entre les Philippines et l'Indonésie...

Paysan pure souche...

Emmanuel Todd nous explique les caractéristiques des structures familiales et leur impact insoupçonné sur l'histoire des peuples et des nations...
L'hypothèse familiale ne [prétend] nullement tout expliquer et surtout pas pour l'éternité. Elle suggère que les valeurs héritées du passé paysan se réincarnent temporairement dans l'idéologie qui naît du désarroi engendré par l'alphabétisation, l'urbanisation et l'industrialisation. Page 14.
La famille souche, système à héritier unique fondé sur les principes d'autorité du père et d'inégalité des frères, prédominante en Allemagne et au Japon, a favorisé des idéologies et des mouvements autoritaires ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité. Page 14. 
La famille nucléaire absolue anglaise, très libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais assez indifférente à l'idée d'égalité, était le substrat nécessaire aux développements de l'individualisme et du libéralisme politique anglo-saxon. Page 14.
La famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d'égalité des frères, prédisposait à une acceptation des principes de 1789 [...]. Une structure familiale qui définit les frères comme égaux loge en effet dans l'inconscient l'idée à priori d'une équivalence des hommes et des peuples. Page 14. 
[La famille communautaire] patrilinéaire, [autoritaire et égalitaire (entre les frères)] a fini par casser le processus de développement là où elle s'est imposée, parce qu'elle a aboutit dans sa phase finale à un abaissement du statut de la femme qui a diminué le potentiel éducatif de la population concernée. Page 28. 
Nous pouvons admettre la nécessité d'une relation fonctionnelle entre l'évolution de l'agriculture et celle de la famille. Page 137. 
[...] L'incitation au départ est très forte pour les premiers agriculteurs parce que les sols nouveaux sont plus fertiles que les anciens, dont la régénération peut déjà poser des problèmes à la vieille communauté. Ainsi qu'il a été écrit, "l'économie néolithique est expansive". Page 138. 
[...] Mais au coeur de cette civilisation agricole en expansion, la terre finit par devenir rare, et progressivement s'installe, selon l'expression de Pierre Chaunu, le "temps du monde plein". Il n'est plus aussi facile d'émigrer. Page 138. 
[...] Je pense que c'est dans ce monde fermé, dans lequel tout espace a un maître, que peut être inventé le mécanisme de la famille souchePage 138. 
[...] Les aînés, complètement privés de possibilités d'émigration, seraient finalement choisis comme successeurs en vertu de la règle "premier arrivé (à l'âge adulte), premier servi" [...]. Page 140.

Egoïsme salvateur...

Si l'individualisme est né récemment, il a des racines profondes. L'individu a été inventé par Saint Paul : il n'y a plus ni juif, ni grec, ni l'homme, ni la femme, ni esclave, ni homme libre, mais toi devant Dieu. L'individu a mis deux millénaires à naître. Il a fallu Descartes, Rousseau, le romantisme, la photographie... Parce que la photographie est accessible à tous. Et l'individualisme a du bon : appartenir à l'Allemagne ou à la France a provoqué quelques millions de morts ! Les appartenances religieuses, politiques, n'ont pas été toujours tendres... L'individualisme est peut-être une sauvegarde contre les appartenances meurtrières.

Boule de neige...

La modération salariale allemande a en fait été, en bonne partie, un résultat inattendu du vieillissement accéléré de [sa] population [...]. Entre 2000 et 2012, la France a gagné 4,9 millions d'habitants quand l'Allemagne en a perdu 370 000. Ce qui a notamment entraîné une stabilité des prix de l'immobilier (et donc du coût du logement) que n'a connue aucun autre pays européen durant cette période. Alors qu'en France les prix de l'immobilier ont été multipliés par 2,5 entre 1996 et 2010, quasiment autant qu'en Espagne, ils n'ont pas bougé d'un iota en Allemagne. Résultat : en moyenne, un logement coûtait 3 800 € du mètre carré en France en 2011, contre 1 300 € en Allemagne, un rapport de 1 à 3 ! 
[...] L'écart phénoménal qui s'est ainsi creusé en une décennie entre l'Allemagne et le reste de la zone euro sur le plan du coût du logement pour les ménages a permis de faire passer la pilule de la modération salariale prolongée.
Alternatives Economiques, 11/2012, p. 9.

Réforme de spécialiste...

Sous la surface des réformes menées en Allemagne...
3. [...] Ce ne sont pas tant les réformes de la protection sociale de Gerhard Schröder et Angela Markel qui ont permis à l'Allemagne de regagner en compétitivité-coût que l'absence de bulle immobilièreGuillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 11/2012, p. 8. 
2. Les réformes Schröder sont des réformes que je qualifie souvent de scandaleuses [...] parce que ça revient à baisser le salaire de sa population. Y'a plus d'un siècle qu'on sait que c'est la chose à ne pas faire normalement en régime capitaliste car évidemment, le salaire des travailleurs est le pouvoir d'achat des consommateursOlivier BERRUYERBFM, 12/11/2012. 
1. Les Allemands sont persuadés qu'il y a un lien de cause à effet entre les réformes libérales menées par le chancelier Gerhard Schröder au début des années 2000 et la bonne santé de leur économie jusqu'à présent. [... Mais] l'essor des exportations allemandes [...] est lié avant tout à l'explosion de la demande des pays émergents vis-à-vis d'une industrie spécialisée de longue date dans les créneaux adéquats [machines et voitures haut de gamme]. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, 07-08/2012, p. 46.
Ces réformes sont aussi considérées comme un substitut à la dévaluation >>

Taux d'emploi improductif...

Le taux d'emploi est fondamental, on contourne cette question. [...] Sur une vie active quelle est la quantité de travail fourni par l'allemand type et par le français ; et là, la différence est considérable même si la productivité individuelle et horaire française est bien supérieure.
Henri PIGEAT, BFM, Les Experts, 12/2012.