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Silicium stagnant...

On ne voit aucun effet des nouvelles technologies de l'information et de la communication (1994-2001) sur les gains de productivité. [...] Ceci pourrait refroidir l'optimisme sur les nouvelles technologies du futur. Patrick ARTUS. 
[...] Pour Robert GORDON (professeur, université Northwestern, Illinois), la [raison en] est simple : [...] on gagne énormément en productivité quand on passe de la diligence à l'avion, mais très peu quand on passe à la réservation de son billet par Internet ! Les gains en termes d'efficacité du travail issus des premières révolutions industrielles ont représenté un saut pour l'humanité qui ne peut se produire qu'une seule fois et ne peut être améliorée qu'à la marge. 
[...] Pour Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee (experts des nouvelles technologies, MIT), cette vision des choses est complètement dépassée : [...] les ordinateurs et les autres avancées digitales sont en train de faire pour notre pouvoir mental, la capacité d'utiliser notre cerveau pour comprendre et façonner notre environnement, ce que la machine à vapeur et ses descendants ont fait pour le pouvoir des muscles. 
[...] La révolution digitale nous permet de produire de plus en plus de connaissances de plus en plus vite, et donc, c'est le point essentiel, d'innover de manière exponentielle. [...] Selon [eux], l'innovation digitale, combinatoire et exponentielle, [nous place ainsi] à un tournant qui, d'ici quelques années, va révolutionner notre monde. 
Christian CHAVAGNEUX, Alterntives Economiques, 09/2014, p. 60.

Philosophies obscurantistes...

[Pour] Justin Lin (ancien chef économiste à la la Banque mondiale) [...], les clés de l'ascension sociale [en Chine médiévale], symbolisée par l'accession à la haute bureaucratie, reposaient sur la maîtrise des philosophies classiques plutôt que sur les compétences scientifiques. A l'inverse, l'Occident, grâce à une classe d'aristocrates curieux, a investi dans les mathématiques et la démarche scientifique de l'expérimentation, permettant de généraliser le progrès technique à grande échelle.
Pierre JACQUET, Le Monde, 07/11/2013, p. 7.
Justin Lin, Demystifying the Chinese Economy, Cambridge UniversityPress.

Pas si net...

Serions-nous victimes d'Internet-centrisme, comme le pense le chercheur Evgeny Morozov ? Selon lui, la promesse portée par Internet autour des valeurs d'horizontalité, de décentralisation et d'émancipation nous porte à vouloir réformer le monde autour de nous selon les mêmes principes. Un biais idéologique naïf, selon lui. D'abord parce qu'Internet cache une autre forme de centralisation et de nouvelles hiérarchies. Ensuite parce que la participation et la décentralisation ne sauraient résoudre tous les problèmes.
Alternatives Economiques, 06-07/2013, p. 87.

Gynécène...

Sous la surface du statut de la femme dans l'histoire : la révolution civilisationnelle en cours...
[...] Cela fait longtemps que les filles réussissent mieux que les garçons les épreuves du baccalauréat et la majorité des étudiants sont désormais des étudiantes. Une fois diplômées, elles ont aussi davantage de chances qu'eux de trouver un travail et deviennent de plus en plus souvent le soutien de famille
[... Il s'agit certainement] de la plus grande révolution sociale de notre temps. 
[... Dans] une étude menée dans cinq pays par le spécialiste James Flynn, le QI des filles de 14 à 18 ans est légèrement supérieur à celui des garçons dans quatre pays sur cinq. 
[...] D'ici une génération, les Britanniques ne s’inquiéteront plus du manque de femmes à la direction des entreprises nationales. 
[...] Dans tous les pays riches, il y a désormais plus de femmes qui épousent un homme de niveau d'instruction inférieur que l'inverse (28 % contre 19 % aux Etats-Unis en 2007). [...] Au Japon et en Corée, [...] certains hommes recherchent une femme originaire d'une culture garantissant tranquillité et soumission. [...] Le démographe espagnol Albert Esteve, note pour sa part que bien des hommes de son pays préfèrent désormais épouser une immigrée d'Amérique latine ou d'Europe de l'Est : "Pour eux, les Colombiennes sont les Espagnoles d'il y a cinquante ans." 
[...] Le hook-up est une approche [...] directe, consistant à "ferrer" quelqu'un sexuellement, généralement le temps d'une soirée [...] qui s'est répandu comme un trainé de poudre dans les universités américaines. Il a été initié par les garçons, mais l'avantage est aujourd'hui nettement du côté des filles estime Hanna Rosin. [...] Les sociologues notent que, pour les filles issues de petites villes conservatrices, la découverte de la culture du hook-up est l'occasion d'une rupture au profit d'une vie sociale plus excitante, marquée par une vraie possibilité de carrière et un mariage retardé de dix ou quinze ans.
Dans le même temps...
Sur les campus du pays [Etats-Unis], une femme sur quatre sera violée ou agressée sexuellement avant la fin de ses études, selon un rapport de la justice américaine datant de 2010. Certaines facs font tout pour éviter que les victimes ne portent plainte. Cela donnerait une mauvaise image de l'université. Canal +, L'effet papillon, 06/2013.
[...] Le déclin de la discrimination scolaire et le développement de l'instruction au plus jeune âge permettent aux filles de récolter les fruits de leur maturité plus précoce, de leurs compétences verbales et de leur capacité de concentration
[...] Comme le montrent les économistes, les jeunes filles ont rapidement repensé leur avenir dès la généralisation de la pilule. Leurs carrières étant moins sujettes à interruption par les grossesses imprévues, elles ont commencé d'investir dans les études et la formation. Leurs parents aussi. Au printemps 2012, un important groupe de recherche américain [Pew Research Center] révélait que les jeunes femmes attachent désormais plus d'importance que les jeunes hommes à la perspective d'une carrière à hauts revenus
[...] Une étude savante fondée sur des statistiques danoises révèle que les hommes moins bien rémunérés que leur compagne sont plus susceptibles que les autres de suivre un traitement pour troubles de l'érection
[...] Les données américaines montrent que, en 2010, les femmes non mariées et sans enfants âgées de 22 à 30 ans gagnaient autant que leurs homologues masculins au sein de la population "blanche" et un peu plus au sein de la population "latino". Pour cette catégorie, l'écart habituellement observé entre la rémunération des hommes et celle des femmes a disparu. [...] Les Irlandaises sans enfants, quant à elles, sont payées 17 % de plus, en moyenne, que les Irlandais sans enfants. [...] Et, au Brésil, près d'une femme sur trois gagne davantage que son mari, nous apprend The Economist
[...] Nos contemporaines [...] renouent avec ce rôle originel de cosoutien de famille [cueillette à la Préhistoire]. L'université est faite pour le cerveau féminin. Car enfin, qu'y fait-on ? On s'y assoit. On y lit. On y écrit et on y parle. Helen FISHER, Bio-anthropologue.
Lyza MUNDI, The Spectator, 07/2012. Books, 06/2013, p. 25.

[...] Selon presque tous les critères, les garçons dans l'ensemble du pays [Etats-Unis], quel que soit le groupe démographique, sont en train de décrocher. Dans le primaire, ils ont deux fois plus de risques de se voir diagnostiquer des troubles de l'apprentissage que les filles, et deux fois plus de probabilités d'être placés dans des classes d'éducation spéciale
[...] Selon une étude de l'université du Michigan, le pourcentage des garçons disant n'avoir pas aimé l'école a augmenté de 71 % entre 1980 et 2001 [En France, 38 % des garçons disent s'ennuyer à l'école, contre 29 % des filles]. Mais c'est à l'université que l'évolution est la plus manifeste. Dans le premier cycle il y avait, voilà trente ans, 58 % de jeunes hommes ; ils sont désormais en minorité à 43 % en 2010. 
[...] Des universitaires, notamment Christine Hoff Sommers, de l'American Enterprise Institute, imputent la responsabilité du décrochage des garçons au dévoiement du féminisme. Dans les années 1990, [...] alors que les filles progressaient clairement et régulièrement vers la parité à l'école, les enseignantes féministes continuaient à les juger défavorisées et leur prodiguaient un maximum de soutien et d'attention. De leur côté, les garçons, dont les performances avaient déjà commencé de péricliter, étaient abandonnés à leur sort, et on laissa leurs difficultés s'aggraver. 
La première explication qui a été invoquée, c'est la féminisation massive du corps enseignant. L'instruction dispensée à l'école est identifiée aux rôles féminins. La culture, avec ses objets électifs que sont la lecture, le goût du langage châtié, c'est une affaire de filles, de "meufs", de "pédés". Elle est rejetée par les garçons. Ils se réfugient dans le repli, la contestation, la mise en cause du bon élève, du "bouffon"
[...] Je ne suis pas sûr que les garçons soient intrinsèquement déstabilisés par la concurrence de filles. En revanche, ils doivent forcément ressentir que les valeurs qui comptent au sein de la société actuelle sont des valeurs associées aux femmes : le rôle maternel, le soin, la sollicitude. D'où la tentation de se réfugier dans ces châteaux forts que sont l'informatique, le fric ou encore les spectacles sportifs, hauts lieux de la masculinité encore et toujours triomphante.
Marcel GAUCHET, philosophe et historien, Books, 06/2013, p. 35.

[...] En même temps, le nombre d'élèves par professeur a augmenté, la part dévolue à l'éducation physique et aux sports a diminué, et les récréations longues ne sont plus qu'un lointain souvenir. Ces nouvelles contraintes réduisent les points forts et accentuent les points faibles de ce que les psychologues appellent désormais le "cerveau de garçon", ce comportement agité, brouillon, très agaçant mais parfois brillant, dont les scientifiques pensent qu'il est non pas acquis mais inné
[... En réalité] le sujet [...] divise les chercheurs. Il n'en reste pas moins que nombre d'arguments plaident en faveur d'une plus grande fragilité du cerveau masculin : [...] troubles liés à l'autisme près de cinq fois plus fréquents chez les garçons, prévalence des troubles de l'anxiété 50 % plus élevée, 80 % des bègues sont de sexe masculin, deux fois plus sujets que les femmes aux maladies mentales graves et se suicident près de trois fois plus. De nombreux troubles psychiatriques sont liés au chromosome X ; [...] l'existence d'un deuxième X chez la femme, exerce peut-être un effet compensateur. 
[...] Presque tous les parents le savent, la plupart des gamines de 5 ans s'expriment mieux et savent reconnaître plus de mots. Les garçons ont une meilleure coordination visuomotrice, mais leurs gestes sont moins précis et certains peinent à contrôler le crayon ou le pinceau.
Voir des arguments relativisant ces capacités visuo-spatiales en faveur des hommes >> 
[...] Il y a trente ans, les féministes faisaient valoir que le comportement "masculin" classique était socialement déterminé ; aujourd'hui, les scientifiques pensent au contraire qu'il résulte de la différentiation chimique du cerveau mâle. [...] Les filles dont la mère a eu un haut niveau de testostérone durant la grossesse sont plus enclines à jouer avec des camions qu'avec des poupées. 
[...] Les primates préfèrent s'affronter les uns les autres plutôt que de paraître faibles. Selon les psychologues, c'est exactement le même impératif, dicté par l'évolution, qui pénalise les garçons au collège, et empêche les gamins en échec d'admettre avoir besoin d'aide.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les jeux vidéo ont une telle emprise sur [les garçons] : il y a constamment de l'action, chacun peut choisir son niveau de défi, et quand on perd, c'est à l'abri des regards. 
[...] Confrontés à des images de personnes en pleurs, les filles [de 11 à 18 ans] activent la partie droite du cortex préfontal, comme les adultes. Chez les adolescents mâles, [...] ce sont les deux côtés du cortex qui sont utilisés, ce qui témoigne d'une moindre maturité cérébrale. Le traitement de l'information est en outre plus rapide chez les adolescentes. 
[...] A travers l'Amérique, des pédagogues sont en train de ressusciter une vieille idée : séparer les garçons des filles [comme au collège Roncalli de Pueblo, dans le Colorado]. [...] Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais [dans cet établissement] les premiers signes sont encourageants : les plus timides des adolescents s'impliquent beaucoup plus. 
[...] L'un des indicateurs qui permet le mieux de prédire si un garçon réussira ou non au lycée tient en une seule question : y'a-t-il dans sa vie un homme qui puisse lui servir de modèle ? Trop souvent, la réponse est non. [...] 24 % des enfants américains de moins de 18 ans vivent avec leur mère seule. En France, c'est le cas de 17,7 % des "enfants" de moins de 25 ans. 
[... Dans] la Eagle Academy for Young Men de New York [...] presque chaque adolescent a un mentor, un policier, un avocat ou un chef d'entreprise issu du quartier, le South Bronx. L'impact de ce programme a été "abyssal" [selon David Banks son directeur].
Peg TYRE, Newsweek, 01/2006.
Books, 06/2013, p. 30.

Dépassés...

[...] Des machines qui marchent au pétrole, au charbon, à la « houille blanche », et qui convertissent en mouvement des énergies potentielles accumulées pendant des millions d'années, sont venues donner à notre organisme une extension si vaste et une puissance si formidable, si disproportionnée à sa dimension et à sa force, que sûrement il n'en avait rien été prévu dans le plan de structure de notre espèce : ce fut une chance unique, la plus grande réussite matérielle de l'homme sur la planète. [...] Or, dans ce corps démesurément grossi, l'âme reste ce qu'elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger. D'où le vide entre lui et elle. D'où les redoutables problèmes sociaux, politiques, internationaux, qui sont autant de définitions de ce vide et qui, pour le combler, provoquent aujourd'hui tant d'efforts désordonnés et inefficaces : il y faudrait de nouvelles réserves d'énergie potentielle, cette fois morale. [...] Le corps agrandi attend un supplément d'âme, et [...] la mécanique exigerait une mystique. Les origines de cette mécanique sont peut-être plus mystiques qu'on ne le croirait; elle ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra des services proportionnés à sa puissance, que si l'humanité qu'elle a courbée encore davantage vers la terre arrive par elle à se redresser, et à regarder le ciel.

Peinards...

Les observations très précises, chiffrées en temps de travail, de Richard Lee sur les Kung, population San (Bochimans) du Botswana, et les recherches ethno-historiques de Sahlins montrèrent [...] sauf peut-être dans les raisons arctiques, que les chasseurs-cueilleurs ne passaient en moyenne, par jour, pas plus de quatre ou cinq heures pour acquérir leur nourriture. Ainsi, ces chasseurs-cueilleurs, dont beaucoup vivaient dans des régions désertiques ou quasi désertiques, travaillaient moins, et même beaucoup moins que les travailleurs des sociétés industrielles.
Alain TESTART, Avant l'histoire. Gallimard, 2012, p. 119.

La pendule, la locomotive et le processeur...

[...] Les sociétés qu'étudient les anthropologues, comparées à nos sociétés plus grosses et plus compliquées, sont un peu comme des sociétés "froides" par rapport à des sociétés "chaudes" : des horloges comparées à des machines à vapeur. Ce sont des sociétés qui produisent peu de désordre, les physiciens diraient "de l'entropie", et qui tendent à se maintenir indéfiniment dans leur état initial (ou ce qu'elles imaginent être un état initial) ; ce qui explique que, vue de dehors, elles paraissent sans histoire et sans progrès
Nos propres sociétés ne font pas seulement un grand usage de machines thermodynamiques ; du point de vue de leur structure interne, elles ressemblent à des machines à vapeur. Il faut qu'existent en elles des antagonismes comparables à celui qu'on observe dans une machine à vapeur, entre la source de chaleur et l'organe de refroidissement. Nos sociétés fonctionnent sur une différence de potentiel : la hiérarchie sociale, qui, à travers l'histoire, a pris les noms d'esclavage, de servage, de division de classes, etc. De telles sociétés créent et entretiennent en leur sein des déséquilibres qu'elles utilisent pour produire à la fois beaucoup plus d'ordre [... sur le plan culturel] (nous cultivons la terre, nous construisons des maisons, nous produisons des objets manufacturés...), mais, sur le plan des relations entre les personnes, beaucoup plus d'entropie (nous dissipons nos forces et nous épuisons dans les conflits sociaux, les luttes politiques, les tensions psychiques...). 
[...] L'idéal serait sans doute dans une troisième voie : celle qui conduirait à fabriquer toujours plus d'ordre dans la culture, sans qu'il faille le payer par un accroissement d'entropie dans la société. Autrement dit, et comme le préconisait le comte de Saint-Simon en France au début du XIXe siècle, savoir passer, je cite, "du gouvernement des hommes à l'administration des choses". En formulant ce programme, Saint-Simon anticipait à la fois sur la distinction anthropologique entre la culture et la société, et sur cette révolution qui s'opère en ce moment sous nos yeux avec les progrès de l'électronique. Peut-être nous fait-elle entrevoir qu'il sera un jour possible de passer d'une civilisation qui inaugura jadis le devenir historique, mais en réduisant des hommes à la condition de machines, à une civilisation plus sage qui réussirait, comme on commence de le faire avec les robots, à transformer les machines en hommes. Alors la culture ayant intégralement reçu la charge de fabriquer le progrès, la société serait libérée d'une malédiction millénaire qui la contraignait à asservir des hommes pour que le progrès soit. Désormais, l'histoire se ferait toute seule, et la société, placée en-dehors et au-dessus de l'histoire, pourrait jouir à nouveau de cette transparence et de cet équilibre interne dont les moins dégradées des sociétés dites primitives attestent qu'ils ne sont pas incompatibles avec la condition humaine.
Claude LEVI-STRAUSS, L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011, p.89.

Soumission littéraire...

[Steven] Johnson [imagine] ce que les critiques auraient pu écrire si les jeux vidéos avaient été inventés il y a des centaines d'années et qu'une chose appelée livre n'avait commencé d'être vendue aux enfants à grand renfort de marketing que très récemment... 
"La lecture ne stimule pas suffisamment les sens, et ce de façon chronique. Contrairement à la vieille tradition du jeu, qui plonge l'enfant dans un univers coloré en trois dimensions, empli d'images animées et d'environnements musicaux, dirigé et commandé par des mouvements musculaires complexes, les livres ne sont qu'un chapelet stérile de mots alignés sur la page. [...] En outre, les livres isolent tragiquement. Alors que les jeux impliquent depuis nombre d'années les jeunes dans des relations sociales complexes avec leurs amis, construisant et explorant ensemble des univers, les livres obligent l'enfant à s'enfermer dans un endroit tranquille, coupé de toute interaction avec les autres. [...] Mais la caractéristique peut-être la plus dangereuse de ces livres est qu'ils suivent une trajectoire linéaire immuable. On ne peut influer sur le récit d'aucune manière, on ne peut que rester assis tandis que l'histoire vous est imposée. [...] Cela risque d'instiller une passivité générale chez nos enfants, qui se sentiront impuissants à changer leur condition. La lecture n'est pas une pratique active, participative ; c'est une pratique soumise."
Malcolm GLADWELL (The New Yorker, 05/2005), Books, 07-08/2009, p. 30.

Super Trader...

[...] Et si la crise financière s'expliquait aussi par une overdose de jeu vidéo chez les traders ? C'est l'une des thèses de la célèbre neurologue Susan Greenfield, qui, depuis 2009, mène sa croisade contre l'omniprésence des écran dans le monde de l'enfance. Selon elle, les jeunes loups de la City, cyniques et insouciants, auraient perdu tout sens des réalités en consommant dans l'enfance trop de jeux vidéo.

Croisée des chemins...

Si on regarde sur le long terme, depuis les Trente Glorieuses, l'évolution de la croissance, on a une courbe logarithmique avec une asymptote, une limite. On s'aperçoit que les économies occidentales et singulièrement l'économie américaine sont à leur asymptote. Le PIB nominal américain, est quasiment à son maximum et qu'il ne pourra continuer à évoluer et s'accroître que s'il y a un véritable choc technologique. Et donc le véritable enjeu dans les profits de ces entreprises c'est que vont-elles faire de leurs profits ? Est-ce que ça va servir à créer la révolution technologique de demain ou est-ce que ça va être des retraites dans des fonds de pension ?
Jean-Marc DANIEL, BFM, 27/12/2012.

La question posée est très intéressante et séduisante mais, chose étonnante, il est impossible de trouver une courbe du PIB américain qui matérialise ce tassement de la croissance dont parle Jean-Marc Daniel. Voici à quoi elle ressemble quelle que soit les sources, ici d'après un article du (très bon) site d'Olivier Berruyer...

Si l'on exclu la baisse depuis 2007, la tendance "lourde" depuis les Trente Glorieuses ressemble plutôt à une exponentielle et non à une courbe logarithmique.
Pourtant, et c'est le plus étrange de l'affaire, l'évolution du taux de croissance par habitant sur cette période, diminue ! La courbe du PIB devrait donc effectivement "se tasser" avec le temps...

Après demande d'éclaircissement dans les commentaires de l'article, Olivier Berruyer répond qu'il s'agit d'un effet d'optique et qu'il faut zoomer sur la période 1960-2010 pour s'apercevoir que la courbe est bien logarithmique...
Voici un montage rapide avec le graphique 1800-2010 ci-dessus zoomé sur la période 1960-2010 avec en superposition le taux de croissance...


Toujours pas d'asymptote en vue... On pourrait à la rigueur approximer à une tendance linéaire (droite bleue), mais cela ressemble décidément plus à une courbe en cloche inversée (exponentielle donc). Pourtant les variations du PIB sont bien en phase avec celles du taux de croissance. Mais on ne voit toujours pas comment la courbe du PIB peut tendre à "s'envoler" alors que son taux de croissance va diminuant (observer la moyenne décennale en rouge clair)...

Ci-dessous, en passant, ce PIB américain depuis 1947 avec quelques repères historiques...

On note que pour Jean-Pierre Chevallier, "depuis l'après-guerre, la croissance du PIB réel est constante et régulière"...

Guerre haut débit...

Le risque d'une attaque [informatique] massive, dans les cinq à dix ans,est classé [en France], au deuxième rang des préoccupations après les actes terroristes. Page 60. 
[...] Les risques d'un cyberconflit existent, mais il masque une autre motivation, bien plus puissante... 
"Faire du business ! Etre capable de griller un réseau électrique, c'est bien, mais le véritable enjeu, c'est surtout de gagner des parts de marché." Jonathan BROSSARD (hacker), p. 67. 
[...] Connaître, dans le détail, la proposition d'un concurrent, lors d'un gros appel d'offre, donne un avantage décisif. Pour l'avoir négligé, certaines sociétés ont péri. Des pirates, chinois semble-t-il, ont pillé les secrets du géant canadien des télécoms Nortel pendant près de dix ans, au point de l'acculer à la faillite. De tels exemples abondent. Page 67.  
[...] Appelés à la rescousse du groupe nucléaire Areva, après la découverte, fin 2011, de l'un des plus gros pillages de ces dernières années, les "cyberdétectives" ont été incapables d'évaluer l'ampleur du préjudice...
"[...] Ce qui est certain, c'est que l'attaque durait depuis longtemps. Nous sommes convaincus que les pirates ont réussi à pénétrer au coeur du système d'information et qu'ils ont eu accès à tout ou presque.Un hacker anonyme, p. 70.
L'Express, 11/2012.

Hypoénergie...

Des solutions intelligentes pour consommer moins d'énergie...
2. En étudiant l'énorme gaspillage lié à la climatisation [... nous envisageons de recouvrir les bâtiments] d'un polymère très particulier [et bon marché...], le PNIPAm qui passe de l'état hydrophile à l'état hydrophobe aux alentours de 32° C. [...] Quand vient la canicule, il repousse [l'eau absorbée] vers la surface, lui permettant ainsi de s'évaporer : c'est ainsi que le bâtiment est refroidi [en reproduisant le mécanisme de transpiration]. [...] D'après nos calculs, un foyer verrait ainsi sa consommation d'énergie réduite de 60 %. [...] Notre idée est plutôt adaptée aux climats tropicaux [...]. Aline ROTZETTER (Institut fédéral suisse de technologie à Zurich), Science & Vie, 12/2012, p. 54.
1. A Val d'Europe, en Seine-et-Marne, le Syndicat d'agglomération nouvelle vient d'inaugurer une pépinière d'entreprises de 1 800 m² chauffée par récupération de la chaleur émise par un data center voisin. [...] Au bout du compte, ce sont 5 400 tonnes de CO2 qui sont ainsi économisées. Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 24.

Algo-fucking...

Sous la surface de l'algo-trading...
3. L'algo-trading, sur une place comme celle des Etats-Unis, c'est 73 % des transactions, mais ça ne couvre que 2 % des entreprises [cotées]. CHAROLLES V. France Inter, Le téléphone sonne, 31/01/2012. 
2. Selon les marchés, entre 50 et 60 % des opérations sont effectuées aujourd'hui par des automates [...]. Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 73. 
1. En 2007, [il fallait pour qu'un échange effectif de 10 000 dollars ait lieu], un nombre d'opérations situé entre 1 et 10. [...] En septembre 2011, [... ] le chiffre avait atteint [...] 80 à 90 opérations. Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 77.

Concurrence de médiocrité...

J'ai un jour posé la question à un représentant de la firme d'audit KPMG, en mission chez nous [CountryWide]. [...] Je l'interrogeai en ces termes : "N'est-il pas gênant qu'un certain élément de notre modèle [informatique] de gestion du risque soit inadéquat et que nous en soyons conscient ?". [...] Elle est revenu au bout de quelques jours avec la réponse suivante : "Je me suis renseignée : le même modèle est utilisé par l'ensemble de vos concurrents", et elle ajouta : "Cela ne pose pas de problème, puisqu'on peut considérer qu'il s'agit par conséquent de l'"industry standard" (de la norme sectorielle)". Page 105.
[...] Comment a-t-il été possible que des erreurs aussi flagrantes [dans l'évaluation des risques de crédits] puissent passer inaperçu ? Pourquoi n'a-t-on pas noté l'inadéquation entre les modèles [informatiques] et ce que l'on essayait de modéliser ? [...] En premier lieu, comme les marges de profit étaient substantielles durant les années 2000-2006...
Et pour cause... >>
... les questions méthodologiques furent refoulées à l'arrière-plan ; en second lieu, l'idée que la seule question sérieuse à se poser en finance est que la concurrence parfaite jouissait d'un consensus, avec pour implication que si tous les intéressés commettent la même erreur, nul n'est ni avantagé, ni désavantagé, et tout est dès lors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Page 73.

Développement faussé...

Paradoxalement, cette grande bataille [impliquant Square, Google, les opérateurs téléphoniques, les émetteurs de cartes, Apple] constitue un frein au développement des portefeuilles électroniques [...]. Car chacun veut récupérer sa part d'une activité générant des marges trop faibles pour faire vivre tous les acteurs.
Jérôme MARIN, Le Monde Eco & Entreprise, 20/11/2012, p. 6.

Krach automatique...

[Afin de cartographier l'état du marché, des centaines de fois par seconde], l'algorithme se présente, prétendant : "Je suis disposé à acheter telle quantité à tel prix", et si une contrepartie se manifeste alors en face, disant : "D'accord", l'opération est aussitôt annulée. L'automate n'en sais pas moins, désormais, qu'il existe une offre ou bien une demande à ce niveau de prix. Cela dit, toutes les annulations d'opérations ne sont pas liées à une telle "cartographie" : d'autres opérations par des algos visent uniquement à encombrer le marché pour faciliter leurs propres transactions. Page 76.
J'ai un jour conçu un logiciel de simulation informatique du comportement des marchés boursier [...dans lequel] les agents étaient définis de façon à être semblables aux acteurs humains que l'on trouvait autour de la corbeille [...] à l'époque où celle-ci existait encore. [...] Une observation qui se dégageait des comportements étudiés était que, pour qu'un marché soit équilibré, c'est-à-dire pour que les prix oscillent au sein d'une bande de variation relativement stable, permettant au marché de survivre, une condition devait être remplie : il fallait qu'à chaque instant la moitié des agents passant un ordre se trompent sur l'évolution de prix à la hausse ou à la baisse lors de la transaction suivante, tandis que l'autre moitié, elle, aurait vu juste. [...] Dès que l'on s'écarte de cette égalité dans la justesse et dans l'erreur, [...] l'éventualité d'un krach augmente. [...] Les automates, qui parviennent aujourd'hui à cartographier entièrement l'offre et la demande potentielles, arrivent assez facilement, eux, à prendre des décisions à l'achat ou à la vente qui ne s'assimilent plus simplement à du "pile ou face" : c'est ce qui explique pourquoi leur présence en soi accentue l'éventualité d'un krach sur les marchés boursiers [...]. Page 80.
Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard.

The end...

A quoi imputer le creusement [des inégalités] ? En premier lieu, à la part toujours croissante de la richesse ponctionné par le milieu financier. Krueger cite les chiffres suivants : la part du secteur financier et de l'immobilier dans les revenus du 1 % le plus riche a doublé entre 1979 et 2005. [...] En deuxième lieu, les gains de productivité générés par l'informatique et l'automation au cours des trente dernières années ont essentiellement étaient ponctionnés par les classes aisées. [...] Dans la pratique, [... sitôt le travailleur] remplacé, la machine travaille uniquement au profit des actionnaires et des patrons de l'entreprise. Cet effet pervers, Sismondi (1772-1842) l'avait déjà dénoncé dans les années 1820, proposant que tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d'une rente indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci. Page 142.

Stagnation forever...

[Une croissance "naturelle"] serait un phénomène récent et ponctuel à l'échelle de l'histoire humaine. C'est en tout cas la thèse de Robert J. Gordon, professeur à l'université Northwestern (Illinois). [...] Il explique qu'avant le XVIIIe siècle, l'évolution du PIB par tête se limitait à 0,2 % par an environ. La production de richesse n'augmentait qu'avec la progression de la population. La croissance s'est déclenchée après 1700 [...] battant tous les records après la Seconde Guerre mondiale (les Trente Glorieuses en France). Depuis, elle a régressé, avec un sursaut entre 1996 et 2004. Elle devrait continuer de décélérer au cours de ce siècle, jusqu'à revenir aux très faibles niveaux antérieurs. 
[Cette] parenthèse enchantée [...] est le résultat de la première révolution industrielle (1750-1850 : la marine à vapeur et le chemin de fer), mais surtout de la deuxième avec toutes ces grandes inventions qui ont transformé nos vies et fait exploser notre productivité : l'adduction d'eau potable, l'électricité, la radio, le téléphone... En comparaison, la troisième révolution, celle d'internet, semble plus modeste. D'ailleurs, qui échangerait aujourd'hui les toilettes et l'eau courante contre un PC et internet à haut débit ? 
Les innovations technologiques ont désormais moins d'impact sur la productivité parce que les grands changements ont déjà eu lieu et ne se reproduiront pas : il est impossible d'aller plus vite (Concorde a vécu...), de baisser de manière aussi spectaculaire la mortalité infantile ou de libérer davantage les femmes des corvées ménagères (sinon en les partageant davantage avec les hommes !). La croissance sans fin est donc un mythe. Christine KERDELLANT, L'Express, 10/2012, p. 106.

Innovam style...

En 2010, [Samsung] revendiquait fièrement consacrer 9 % de son chiffre d'affaires à la recherche et développement [3 % pour Apple en 2009] et employer plus de 40 000 chercheurs.
Marc CHEVALIER, Alternatives Economiques, 10/2012, p. 37.

Super Mario...

Et si la crise financière s'expliquait aussi par une overdose de jeu vidéo chez les traders ? C'est l'une des thèses de la célèbre neurologue Susan Greenfield, qui, depuis 2009, mène sa croisade contre l'omniprésence des écran dans le monde de l'enfance. Selon elle, les jeunes loups de la City, cyniques et insouciants, auraient perdu tout sens des réalités en consommant dans l'enfance trop de jeux vidéo.
Sophie DES DESERTS. Le Nouvel Observateur, 10/2012, p. 13.