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Bilan ?

Selon notre modèle macroéconomique [... publié] dans une revue (Economie & Prévisions) à référés, les lois Aubry ont créé ou sauvegardé 400 000 emplois. Ce résultat est conforme à ceux observés avec le modèle de la Banque de France. L'INSEE a comptabilisé 350 000 emplois nets créés en utilisant une autre méthodologie. Mais il semble que trois études ne fassent pas le poids ! On entend même que les 35 heures ont détruit de l'emploi. Il faudrait alors expliquer comment la courbe du chômage a autant baissé compte tenu de la croissance de l'époque ? Entre 1998 et 2002, l'hexagone a créé 2,1 millions d'emplois, une performance jamais égalée au cours des trente-cinq dernières années. Si les 35 heures n'ont pas créé d'emplois, voire en ont détruit, comment éclairer cette "énorme mystère" ?
Eric HEYER, Alternatives Economiques, 06/2016, p. 34

Carcan médiéval...

L'économie comme discipline a émergé à une époque où la société anglaise finissait de s'émanciper du carcan féodal pour se diriger vers une économie capitaliste et mercantile. [...] Les marchands étaient sans cesse confrontés à des contrôles étatiques et à des barrières douanières. [...] La théorie économique, alors appelée à juste titre "économie politique", a constitué pour les marchands un appui idéologique crucial. 
L'ordre n'avait pas besoin d'être assuré par le gouvernement, au contraire, il devait surgir de lui-même, dans un système de marché dans lequel chaque individu poursuivait son propre intérêt
[...] Plus important encore : alors que l'ordre féodal n'assurait que la prospérité des bien nés, l'équilibre des marchés aurait garanti le plus grand bien-être possible pour tous les membres de la société. [...] Une personne jouirait d'un style de vie selon son mérite plutôt qu'en fonction de sa naissance.
Steve KEEN, L'imposture économique, Les Editions de l'Atelier, Page 209.

Rien ne va plus...

Les raisons fondamentales du ralentissement économique selon Patrick ARTUS...
1. [...] Les rendements décroissant de la R&D. Les budgets de R&D ont beau être toujours plus ambitieux, ils ne débouchent plus sur la même quantité d'innovations, de nouveaux produits, de nouveaux processus de production. 
2. L'augmentation de l'intensité capitalistique. [...] Il faut désormais, aux Etats-Unis comme en zone euro, deux fois plus de capital qu'il y a cinquante ans pour créer la même quantité de richesses
3. L'amaigrissement irrésistible des secteurs où les gains de productivité sont sensiblement plus élevés qu'ailleurs (en clair, l'industrie manufacturière). 
4. L'insuffisant niveau de qualification de la population active.
Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD, Croissance zéro, Fayard, 2015, page 37.

Easy money...

Deux [...] dangers du QE [quantitative easing] ont été identifiés par Natixis. Premièrement, les investisseurs traditionnellement prudents (fonds de pension, assureurs à travers fonds en euros des contrats d'assurance-vie) vont voir leur rémunération chuter. Concrètement, cela signifie que les rendements des assurance-vie vont continuer de baisser pour les particuliers. Ce qui peut poser des problèmes pour l'épargne que se constituent les travailleurs en vue de la retraite, pour combler la baisse programmée des pensions. 
Deuxièmement, les investisseurs à la recherche d'une meilleure performance vont se déporter sur les actifs plus risqués (obligations grecques par exemple). Certes, cela fera baisser les taux d'intérêt et soulagera la dette grecque, puisque le gouvernement empruntera moins cher. Mais, en cas de défaut ou de renégociation de la dette, les investisseurs risquent de se retrouver avec une proportion anormalement élevée d'actifs risqués.
Dans les faits, l’investisseur qui vend son obligation à la BCE peut racheter une autre obligation d’Etat, ou une obligation d’entreprise, à moins qu’il n’achète des actions, ce qui génère une hausse de la Bourse. La traduction dans l’économie réelle est différente selon l’orientation de la liquidité offerte par la BCE. Dans le premier cas, elle facilite le financement des déficits publics mais n’a pas un impact fort en termes de croissance économique. Dans le second cas, les entreprises peuvent emprunter à des taux plus bas, mais face à une incertitude forte sur la demande et une confiance relative dans l’économie, la faiblesse des taux d’intérêt n’est pas suffisante pour garantir une relance de l’investissement.
Nous devons donc nous attendre à un impact sur le taux de change, avec un euro qui devrait rester orienté à la baisse
[...] Si on laisse le risque lié à ce rachat d’obligations souveraines aux banques centrales nationales, alors l’idée de la BCE comme institution solidaire n’existe plus. Surtout, cela pourrait entraîner in fine une hausse des primes demandées par les investisseurs pour les obligations de certains pays.
Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis considère que "l'économie n'a pas besoin actuellement de liquidités"
Aujourd'hui, il faudrait davantage une relance d'investissements qu'une politique de quantitative easing, analyse [Daniel Cohen]. Surtout qu'elle va profiter à l'Allemagne en premier lieu en tant que première économie de la zone euro alors qu'elle n'en a pas besoin.
Pour Henri Sterdyniak, chercheur à l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "le problème c'est que les banques ont déjà beaucoup de liquidités et beaucoup d'entreprises n'ont pas besoin de plus de crédits car elle n'ont pas de demande".
[...] La BCE a décidé que les banques centrales nationales achèteront uniquement les dettes souveraines de leur propre Etat et les « conserveront. » Ceci ressemble à une volonté de réduire le partage des risques au strict minimum et de rendre chaque gouvernement responsable du QE « national. » 
[...] Compte tenu des attentes sur les marchés, où les taux de la zone euro ont beaucoup baissé, une décision de reporter sine die le QE provoquerait un cataclysme boursier. L'Allemagne, dont le taux a beaucoup baissé dans la perspective du QE, serait une des premières victimes de ce contre-coup. D'autres pays se retrouveraient en difficulté avec la remontée des taux et pourrait faire appel au Mécanisme Européen de Stabilité (MES) : la zone euro serait menacée de récession. La Buba ne peut se permettre un tel scénario. Son opposition - comme celle du gouvernement allemand - est de pure forme : elle n'existe que parce qu'elle n'est pas bloquante. 
[...] Le cœur du problème européen n'est pas traité directement par le QE. Les entreprises manquent de raisons d'investir et la demande de crédit est faible. Les taux sont déjà faibles et cela ne change rien. Le QE ne traite pas cet aspect central du nœud gordien européen. D'où le risque que l'argent créé par le QE n'aille pas dans l'économie réelle, mais soit plutôt utilisé par les banques pour alimenter des bulles spéculatives en Europe ou ailleurs.
80 % [des rachats d'actifs] sont achetés directement par les banques centrales de chaque pays, SANS AUCUNE SOLIDARITÉ européenne ! 
[...] Cela [...][est] un sacré pas vers la dissolution de l’euro
[Le QE ne rétabli pas l'inflation espérée parce] qu’on a désormais une énorme économie financière, au dessus-de l’économie réelle, qui modifie les flux financiers. 
[...] Et en fait, dans l’économie financiarisée actuelle, les actions de la banque centrale ont bien tendance à faire de l’inflation – mais de l’inflation des actifs
[...] Quand on voit le cours actuel des actions (records historiques – ce qui est clairement du délire vu le contexte économique !!), des obligations, de l’immobilier, des taux d’intérêts, on voit bien qu’il y a bien un fort effet inflationniste – mais des actifs. 
[...] Eh bien, c’est assez simple. un tel QE sert principalement à 2 choses :
1. Vous l’avez compris, à continuer la gabegie financière, à maintenir au cric des bulles gigantesques, indues et dangereuses – en évitant la vérité des prix (ce qui a à l’évidence des impacts négatifs sur l’économie réelle)
2. Et mieux encore… À aider les banques privées ! 
[...] En effet, on voit bien que dans cette opération [voir exemple comptable dans l'article] :
1. Les liquidités dans le système augmentent (la banque est remboursée, mais la Grèce n’a encore rien payé) : du cash pour continuer à jouer…
2. La banque récupère 100 % de sa mise, et pour juste 1 100 Md€ – merci Mario…
3. La BCE récupère le risque pourri et le risque de défaut ! 
Ainsi, c’est un peu comme si 10 minutes avant que le Titanic ne tape l’Iceberg, la BCE arrive en barque, lance une corde à un milliardaire qui descend dans la barque et la BCE prend sa place sur le bateau – le tout en lui rachetant au passage son billet à plein tarif… 
[Si les 1 000 milliards prévues dans le programme de QE de la BCE étaient crédités sur les comptes en banque des 150 millions de ménages], cela [ferait] quand même 7 600 € par ménage européen, ou plus de 15 000 € pour la moitié des ménages les plus pauvres – ce qui [serait] une vraie bouffée d’oxygène pour eux…

Art inégalitaire...

Si la misère proprement dite devait être exclue (le secours par l'aumône constituant même un des cinq piliers de l'Islam), celle-ci ne devait pas moins maintenir un écart considérable entre la grande masse de la population, vivant dans une pauvreté décente, et une infime minorité d'individus fastueusement riches, suffisamment pour se livrer à des dépenses exagérées, folles, qui assuraient la survie du luxe et des arts. Cette position aristocratique venait, cette fois, directement de Nietzsche [...].
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015, Page 272.

Soumission fiction...

Le programme politique du président musulman imaginé par Michel Houellebecq...
[...] La conséquence la plus immédiate de son élection est que la délinquance avait baissé, et dans des proportions énormes : dans les quartiers les plus difficiles, elle avait carrément été divisé par dix. Un autre succès immédiat était le chômage, dont les courbes étaient en chute libre. C'était dû sans nul doute à la sortie massive des femmes du marché du travail, elle même liée à la revalorisation considérable des allocations familiales [...] [augmentation intégralement] compensée par la diminution drastique du budget de l'Education nationale [...]. Dans le nouveau système mis en place, l'obligation scolaire s'arrêtait à la fin du primaire [...]. Ensuite, la filière de l'artisanat était encouragée ; le financement de l'enseignement secondaire et supérieur devenait, quant à lui, entièrement privé. [...] En ce qui concerne l'enseignement, la générosité des pétromonarchies était depuis toujours sans limite. Page 199. 
Mohammed Ben Abbes [...] se déclara influencé par le distributivisme [...]. Son idée de base était la suppression de la séparation entre le capital et le travail. La forme normale de l'économie y était l'entreprise familiale ; lorsqu'il devenait nécessaire, pour certaines productions, de se réunir dans des entités plus vastes, tout devait être fait pour que les travailleurs soient actionnaires de leur entreprise, et coresponsables de sa gestion. Page 202. 
[...] La nouvelle fonction dont, Ben Abbes venait de s'en aviser, l'attribution à un niveau trop large "perturbait l'ordre convenable", n'était autre que la solidarité sociale. Quoi de plus beau, s'était-il ému dans son dernier discours, que la solidarité lorsqu'elle s'exerce dans le cadre chaleureux de la cellule familiale !... [...] Le nouveau projet de budget du gouvernement prévoyait sur trois ans une diminution de 85 % des dépenses sociales du pays. Page 210. 
[...] Les négociations avec l'Algérie et la Tunisie en vue de leur adhésion à l'Union européenne avançaient rapidement, et que ces deux pays devraient avant la fin de l'année prochaine rejoindre le Maroc au sein de l'Union ; des premiers contacts avaient été pris avec le Liban et l'Egypte. Page 211. 
Mais en fin de compte, ce qui convainc le héros du roman à accepter un poste d'enseignant, à se soumettre, on y revient toujours avec Michel Houellebec...
- [...]
- [...] Dans votre cas, je pense que vous pourriez avoir trois épouses sans grande difficulté, mais vous n'y êtes, bien entendu, nullement obligé. Page 292. 
[...] Une nouvelle chance s'offrirait à moi ; et ce serait la chance d'une deuxième vie, sans grand rapport avec la précédente. 
Je n'aurais rien à regretter. Fin.
Michel HOUELLEBECQ, Soumission, Flammarion, 2015. 

Captation...

[...] Si l'on cumule la croissance totale de l'économie américaine au cours des trente années précédant la crise, c'est-à-dire de 1977 à 2007, [...] on constate que les 10 % les plus riches se sont approprié les trois quarts de cette croissance ; à eux seuls, les 1 % les plus riches ont absorbé près de 60 % de la croissance totale du revenu national américain sur cette période ; pour les 90 % restants, le taux de croissance du revenu moyen a été ainsi réduit à moins de 0,5 % par an. 
[...] La hausse des inégalités a eu pour conséquence une quasi stagnation du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes aux Etats-Unis, ce qui n'a pu qu'accroître la tendance à un endettement croissant des ménages modestes ; d'autant plus que dans le même temps des crédits de plus en plus faciles et dérégulés leur étaient proposés par des banques et intermédiaires financiers peu scrupuleux, et désireux de trouver de bons rendements pour l'épargne financière injectée dans le système par les catégories aisées.
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, page 469.

La constance du rentier...

Actuellement, au début des années 2010, la part des 10 % des patrimoines les plus élevés se situe autour de 60 % du patrimoine national dans la plupart des pays européens [...]. 
Le plus frappant est sans doute que dans toutes ces sociétés, la moitié la plus pauvre de la population ne possède presque rien : les 50 % les plus pauvres en patrimoine possèdent toujours moins de 10 % du patrimoine national, et généralement moins de 5 %. 
[...] A ma connaissance, il n'existe aucune société, à aucune époque, où l'on observe une répartition qui puisse raisonnablement être qualifiée de "faiblement" inégalitaire [...].
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, page 404.

Alain Testart et d'autres s'interrogent sur les origines des inégalités dans les sociétés primitives >>

Bel avenir...

Dans le cas où il n'existe aucune croissance structurelle [somme du taux de croissance de la productivité et de la population, dit taux g...] on aboutit à une contradiction logique très proche de celle que décrit Marx. 
A partir du moment où le taux d'épargne nette [...] est positif, c'est-à-dire que les capitalistes s'acharnent à accumuler chaque année davantage de capital, par volonté de puissance et de perpétuation, ou bien simplement parce que leur niveau de vie est déjà suffisamment élevé, le rapport capital/revenu augmente indéfiniment. Plus généralement, si le taux g est faible et s'approche de zéro, le rapport capital/revenu de long terme [...] tend vers l'infini. [...] Dans ce cas, le rendement du capital r doit nécessairement se réduire de plus en plus et devenir infiniment proche de zéro, faute de quoi la part du capital [...] finira par dévorer la totalité du revenu national. 
La contradiction dynamique pointée par Marx correspond donc a une vrai difficulté, dont la seule issue logique est la croissance structurelle, qui seule permet d'équilibrer, dans une certaine mesure, le processus d'accumulation du capital. 
C'est la croissance permanente de la productivité et de la population qui permet d'équilibrer l'addition permanente de nouvelles unités de capital [...]. Faute de quoi les capitalistes creusent effectivement leur propre tombe : soit ils s'entre-déchirent, dans une tentative désespérée pour lutter contre la baisse tendancielle du taux de rendement (par exemple en se faisant la guerre pour obtenir les meilleurs investissements coloniaux, à l'image de la crise marocaine entre la France et l'Allemagne en 1905 et 1911) ; soit ils parviennent à imposer au travail une part de plus en plus faible dans le revenu national, ce qui finira par conduire à une révolution prolétarienne et une expropriation générale. Dans tous les cas, le capitalisme est miné par ses contradictions internes.
[...] Pour résumer, la croissance moderne, qui est fondée sur la croissance de la productivité et la diffusion des connaissances, a permis d'éviter l'apocalypse marxiste et d'équilibrer le processus d'accumulation du capital.
Thomas PIKETTY, Le capital au XXIe siècle, Seuil, page 361.

Faux-ami ?

[...] Les habitants des pays pauvres, en moyenne, vivent évidemment mieux maintenant qu'il y a trente ans, c'est indéniable. Mais il ne faut pas surestimer les effets, ni les attribuer systématiquement à la mondialisation, ils progressent car ils se développent vite, partant de très bas, comme nous l'avons fait nous-même, sans mondialisation. 
[...] D'ailleurs, les quelques pays d'Asie, à commencer par la Chine, qui tirent pleinement leur épingle du jeu de la mondialisation sont essentiellement ceux qui, au contraire de l'Amérique du Sud ou de l'Afrique, n'ont jamais appliqué les recettes intégristes de la vulgate financiariste et ont protégé leur économie. 
[...] Car le problème est que cette forme de mondialisation [ultralibérale] a poussé ces pays à tourner leurs économies vers l'exportation, plutôt que vers le développement de leur demande intérieure, les fragilisant en cas de crise, et les enfermant dans un modèle de développement non durable [...].
Olivier BERRUYER, Les faits sont têtus, Les arènes, 2013, p. 138.

Deux poids, deux mesures...

La chute du communisme a supprimé "l'ennemi" qui faisait peur aux riches et en limitait donc la rapacité. C'est cette pression qui a conduit bien des dirigeants comme Bismark, Churchill ou Roosevelt, qui étaient de grands bourgeois, à prendre de mesures sociales pour tempérer les excès du capitalisme ; le rendant plus acceptable par les peuples, ils en ont assuré la survie. 
Depuis 1989, l'ultralibéralisme se retrouve dans une situation de monopole contre nature, comme le souligne Lester Thurow : "Comment un système qui croit à la nécessité de la concurrence pour rendre les entreprises  efficaces pourrait-il lui-même s'adapter au changement et conserver son efficacité s'il n'a plus de concurrent ?"
Olivier BERRUYER, Les faits sont têtus, Les arènes, 2013, p. 98.

Planche à inflation ?

Mensonge n° 4 : l'utilisation de la planche à billets n'a jamais été une promenade de santé et a quasiment toujours eu des conséquences dramatiques pour toute la population. C'est à la suite de ces désastres financiers que des règles saines ont été mises en place. Olivier BERRUYERLes faits sont têtus, Les arènes, 2013, page 229.
Pour illustrer son propos, Olivier Berruyer propose cet édifiant graphique...


Comparons à l'inflation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni...


Sans surprise l'inflation explose dans tous les pays à chaque déclenchement de guerre mondiale. Si l'on veut parler de l'impact des prêts accordés par la Banque de France il nous faut alors observer en dehors de ces moments dramatiques de l'histoire. Trois hausses significatives de l'inflation en France (et en France uniquement) et corrélées à une hausse des prêts de la BF, sont observables : grosso-modo autour de 1926, 1935 et 1955 sur le graphique. Un tableau des taux d'inflation par année permet de préciser les dates : 1926 (31,7 %), 1937 (25,7 %) et 1958 (15,1 %). FranceInflation.com.

Avant de poursuivre, on pourrait s'interroger sur l'ampleur de l'inflation en France comparée aux autres pays...
[Après 1936, la remontée des prix] fut plus marquée en France que dans le reste du monde, en raison du fait que la France connut à la fois une hausse plus forte des coûts de production et une dépréciation du franc, due en grande partie aux sorties de capitaux provoquées par l'inquiétude des milieux financiers durant les années du Front populaire (1936-1938). Pierre BEZBAKH, Inflation et désinflationBooks.Google.fr, p. 11.
Les largesses de la Banque de France ne semblent pas impliquées de manière significative. Mais que s'est-il donc passé ces années-là ?
[...] Suite à une crise de confiance, la France connaît un pic d'inflation en 1926. La stabilisation Poincaré rétablit la situation et conduit à la déflation jusqu'aux fortes hausses de salaire horaire du Front populaire en 1936Cairn.info
La "crise de confiance" en quelques mots...
Les coûts élevés du conflit, des pensions de guerre et ceux de la reconstruction, provoquent des déficits publics, qui sapent la valeur du franc [...]. Cette inflation [...] permet de diminuer l'endettement de l'Etat, [... et de stimuler] les exportations. [...] Le risque d'une aggravation de l'endettement extérieur est peu craint car la France compte sur les réparations financières dues par l'Allemagne. Cette situation monétaire favorise la croissance, mais sape la confiance dans la monnaie. SlideShare.net 
[...] La dépréciation monétaire se précipite, dirigée presque exclusivement par la fuite des capitaux vers l'étranger qui provoque la chute du franc et par les demandes de remboursements des bons du Trésor, contraignant l'Etat à une émission inopportune de moyens monétaires. Persee.fr, p. 44.
L'épisode 1936...
On remarquera le rôle passif joué par la monnaie dans l'évolution 1936-37 : les augmentations de la circulation et des disponibilités monétaires sont très lentes en dépit de la réapparition des avances de la Banque à l'Etat. Persee.fr, p. 56.
De fait, toutes les statistiques disponibles indiquent que la relance de l'inflation décidée par le Front Populaire a conduit à une relance importante des profits des entreprises en 1936-37. [...] Les très gros entrepreneurs ne furent certes pas les seuls à profiter de la reprise de l'inflation : cette dernière fut également très bénéfique pour l'ensemble des travailleurs non salariés, et notamment pour les paysans, qui avaient particulièrement souffert de la baisse des prix [les années précédentes]. Thomas PIKETTYLes hauts revenus en France au XXe siècleBooks.Google.fr.
L'année 1958...
A partir de 1956, une remontée sensible des prix se produisit en relation avec le début de la guerre d'Algérie : celle-ci provoqua en effet une hausse des dépenses de l'Etat alors que la main-d'oeuvre disponible diminuait, que le déficit extérieur se creusait et que les réserves de devises s'épuisaient. Pierre BEZBAKH, Inflation et désinflation, Books.Google.fr, p. 17.
Étonnamment, il est difficile de trouver des argumentaires incriminant une création monétaire menée par l'Etat de manière inconsidérée.
La ritournelle "les Etats ont autrefois beaucoup fait tourner la planche à billet et cela a fait beaucoup de mal" est très souvent utilisée, et pour tout dire, bien ancrée dans les mentalités, mais finalement, sans être solidement fondée et étayée (hormis quelques cas d'hyperinflation dramatiques mais aux contextes très singuliers, façon république de Weimar)...

Copain banquier...

Les détracteurs de la "privatisation de la dette publique par les méchants banquiers", vantent les mérites de dispositions légales abolies depuis la fameuse "loi de 1973", et qui permettaient alors à la France d'emprunter à la Banque de France sans verser d'intérêts et donc sans s'infliger une charge de la dette, source de tous nos maux actuels et prétexte des pourfendeurs de l'Etat providence...

Qu'en est-il réellement ?
Mensonge n° 1 : il ne s'est strictement rien passé de nouveau en 1973 par rapport à 1936. Olivier BERRUYERLes faits sont têtus, Les arènes, 2013, page 227.
C'est vrai. Et tous ceux qui font leur choux gras de la loi 1973 sans en parler doivent justifier cette omission, qui leur permet, par exemple, de singulariser cette loi à grands renforts d'antisémitisme (via la banque Rothschild)...
Et pour cause : [la fameuse interdiction] a [en réalité] été introduite par la loi du 24 juillet 1936. L’article 13 de ladite loi précise en effet que « Tous les Effets de la dette flottante émis par le Trésor public et venant à échéance dans un délai de trois mois au maximum sont admis sans limitation au réescompte de l’Institut d’Émission, sauf au profit du Trésor public. ». Contrepoints.org
En langage courant...
Quand un acteur avait besoin de liquidités, il demandait à la Banque de France d’escompter des titres de créance : l’acteur échangeait une obligation contre des liquidités. Si par exemple, un acteur X possédait une obligation française qui serait remboursée cinq ans plus tard, celui-ci pouvait demander à la Banque de France de lui avancer cette somme en échange de la promesse de rembourser quand l’obligation arriverait à maturité. Très pratique lorsque l’on avait besoin de liquidités rapidement. 
Cet article [de juillet 1936] énonce une règle simple : le Trésor public ne peut pas présenter ses propres obligations à la Banque de France. Il doit donc chercher des liquidités ailleurs [...] Contrepoints.org
L'article en question sur ce pdf disponible sur le site de la Banque de France...
Mensonge n° 3 : l'Etat n'a jamais utilisé la Banque de France comme banquier pour financer à long terme ses déficits. Olivier BERRUYERLes faits sont têtus, Les arènes, 2013, page 228.
La preuve dans les fameux graphiques d'Olivier Berruyer...

En tant que banquier  d'un client qui n'a guère de trésorerie (au vu de ses déficits permanents), la Banque a toujours accordé de légers découverts à l'Etat, afin qu'il puisse payer les salaires le temps que les impôts rentrent. L'Etat a aussi emprunté des sommes plus importantes, mais dans des circonstances dramatiques : les deux guerres mondiales. Olivier BERRUYERLes faits sont têtus, Les arènes, 2013, page 227.
Instructif. Cependant, les pourfendeurs de la loi de 1973, ne pointent pas tant l'impossibilité de faire du déficit à gogo, que les conséquences du déficit à travers les prêts à intérêts rendus obligatoires, selon eux, par cette loi...

Voici les deux courbes qui illustrent le mieux leur propos...


Et les conclusions qu'ils en tirent...
"... La maîtrise privée de la création monétaire est un verrou diabolique qui interdit en profondeur le droit des peuples à disposer d'eux-même." Etienne Chouard, Préface à La Dette Publique, une affaire rentable. André-Jacques HOLBECQ, Editions Yves Michel, 2011, p. 12. 
"En abandonnant au secteur bancaire le droit de créer de la monnaie, l'Etat s'est privé en moyenne d'un pouvoir d'achat de annuel représentant environ 5,2 % du revenu national." Maurice Allais. La Dette Publique, une affaire rentable. André-Jacques HOLBECQ, Editions Yves Michel, 2011, p. 55. 
[Le service de la dette de l'Etat], c'est prélever sur notre travail et notre production plus de 120 millions d'euros par jour, [...] et le transférer à ceux qui sont déjà les plus riches, qui d'ailleurs peuvent ainsi nous le reprêter à nouveau contre intérêt...". André-Jacques HOLBECQ. La Dette Publique, une affaire rentable.  Editions Yves Michel, 2011, p. 67.
Etc, etc... Disons pour simplifier leur propos, qu'en empruntant gratis à la Banque de France, le déficit, à défaut d'être résorbé, aurait au moins été contenu...

Il faut cependant peut-être relativiser cette conclusion...
[...] Sur les 1800 milliards de dette actuelle, environ 1100 milliards sont dus uniquement à la charge d'intérêt de la dette (qui pour rappel est d'environ 50 milliards d'euros par an sur les 5 dernières années). 
[...] L'idée sous-jacente est de se dire que si la France n'avait pas payé d'intérêt sur sa dette, comme cela était techniquement possible avant 1973, alors la dette de la France ne serait "que" de 700 milliards d'euros ! Et indirectement donc, que les 1100 milliards d'intérêt versés par l'Etat depuis 1973 (donc par le contribuable) ont servi à enrichir "les banquiers".
Comme on peut le voir graphiquement, la dette actuelle en pourcentage du PIB se situe dans les pays développés (courbe orange) à peu près au même niveau qu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Graphiquement, on note une hausse dans l'ensemble des pays du monde de la dette en pourcentage du PIB à partir des années 1975 / 1980. La situation est la même partout dans le monde, malgré le fait que certains pays aient adopté bien avant ou bien après 1973 une loi du même type que la loi Giscard-Pompidou française. Cela plaide donc en faveur de l'hypothèse du Captain' comme quoi cette fameuse loi française de 1973 n'est pas LA cause de l'endettement français. CaptainEconomics.fr
Sans oublier le supposé manque de compétences de nos politiques...
Alors oui, si l'Etat s'était endetté à 0 %, il n'y aurait pas de dette publique aujourd'hui, en théorie ; en pratique, gageons que cela aurait été un prétexte pour dépenser plus et générer quand même une dette publique élevée, par facilité et irresponsabilité. Olivier BERRUYERLes faits sont têtus, Les arènes, 2013, page 237.

Charlot...

Si la misère de nos pauvres est provoquée non par des causes naturelles, mais par nos institutions, grande est notre faute !
Charles DARWIN

L'oeuf ou la poule, encore...

Les trois décennies d'après-guerre, les Trente Glorieuses, c'était un capitalisme strictement régulé et porteur d'un ambition sociale. La grande croissance que nous avons alors connue s'explique largement par des politiques systématiques de hauts salaires, voulues au nom de raisons macroéconomiques et visant à dynamiser le pouvoir d'achat [...].
Michel ROCARD, La politique telle qu'elle meurt de ne pas être.
Alain Juppé, Michel Rocard, débat conduit par Bernard Guetta. J'ai Lu. 2011. Page 36.

Ce raisonnement typiquement Keynesien est désormais souvent relativisé...
[...] On peut apporter quelque crédit à l'observation de COE-REXECODE, selon laquelle « toute tentative de relance de la consommation intérieure aboutirait à des « fuites à l'importation » croissantes et soutiendrait plus les importations que la production française ». Cet organisme indique que « sur longue période, entre les années 1973 et 1993, les importations françaises en volume avaient progressé à un rythme annuel 2,2 fois plus élevé que celui du PIB. Entre 1996 et 2006, l'élasticité des importations à la progression de [la] demande s'est accrue à 2,5 ». Au total, « le coefficient de « fuite à l'importation » a augmenté ce qui rend inopérant les tentatives de relances isolées »
Si ce diagnostic est peu contestable, il s'applique en revanche à la plupart des économies ouvertes et ne traduit pas en soi une quelconque spécificité de l'économie française, laquelle est soumise comme toutes les économies au mouvement d'internationalisation des échanges et des chaînes de production.

Production de temps libre...

PRODUCTION = PRODUCTIVITE x HEURES TRAVAILLEES
soit
PRODUCTION  = PRODUCTIVITE x DUREE DU TRAVAIL x NOMBRES D'EMPLOIS
Ainsi, il y a un lien net entre les gains de productivité et l'emploi. Imaginons qu'un constructeur automobile produise 100 voitures avec 100 ouvriers. Un gain de productivité de 5 % en une année signifie qu'il va être capable de produire 105 voitures avec ses 100 ouvriers. S'il y a 5 % de croissance de la demande, c'est ce qu'il produira. Mais bien évidemment, si la demande n'augmente que de 2 %, il ne produira que 102 voitures, ce qui ne nécessite plus que 97 ouvriers. Rapidement, si le temps de travail n'est pas abaissé, les gains de productivité induiront trois chômeurs... 
[...] C'est tout le drame du productivisme actuel : il y a des gains de productivité, mais une croissance faible. La quantité de travail est donc réduite, soit pas la baisse du temps de travail, soit par la baisse des emplois. Sans intervention publique, la décision appartenant aux entreprises, il est malheureusement logique qu'elles choisissent les licenciements, puisque cela n'a aucun coût pour elles à court terme. En revanche, le chômage augmentant nationalement, le coût de son indemnisation augmente aussi et, finalement, les entreprises paient plus de cotisations. Les deux solutions sont économiquement équivalentes : soit le système productif paie 100 personnes travaillant 35 heures, soit il en paie 90 travaillant 39 heures et indemnise 10 chômeurs pour qu'ils ne travaillent pas.

Olivier BERRUYER, Les faits sont têtus, Les arènes, 2013, p. 232.

Binro des bois...

On peut estimer que, globalement, environ 75 % des dettes publiques sont détenues par les 10 % des ménages les plus aisés, et ne représentent d'ailleurs qu'une fraction de leur patrimoine.
Voir ici qui sont ces "10 % " >> 
Il est donc tout à fait possible de restructurer la dette sans impacter 90 % des épargnants.
[La dette publique] est une injustice viscérale, puisqu'elle consiste à emprunter de l'argent à des détenteurs d'épargne contre rémunération au lieu de prendre cet argent au titre de l'impôt. Cela implique de lever des impôts sur toute la population [...] pour payer des intérêts aux détenteurs de patrimoine.
[...] Le top 10 % [possède] environ 75 % de l'épargne financière et ne [perçoit] "que" 25 % des revenus.
Au final, la dette publique, c'est donc un impôt à l'envers, où l'on prend clairement aux pauvres pour donner aux riches.


Olivier BERRUYER, Les faits sont têtus, Les arènes, 2013, p. 232.

Je te tiens, tu me tiens...

[...] On oublie vite que si les sociétés nationales et la dette publique sont en grande partie détenues par le reste du monde, on détient des actifs équivalents à l'étranger au travers de contrats d'assurance vie et de multiples produits financiers. [...] Les actifs financiers détenus en France par le reste du monde représentent 310 % du revenu national en 2010, et les actifs financiers détenus par les résidents français dans le reste du monde représentent 300 % du revenu national, d'où une position négative de - 10 % [- 20 % aux Etats-Unis].
Thomas PIKETTYLe capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, page 220.

Après les banksters, les bankrioleurs...

Si l'on avait la même politique du logement qu'en Allemagne ou aux Pays-Bas, quelqu'un qui vit dans 60 m² verrait son loyer mensuel baisser de 250 € [en quelques années]. Pourquoi on ne le fait pas : parce que certains banquiers préfèrent que le fond de réserve des retraites soit mis sur les marchés financiers plutôt que d'être mis sur le logement (contrairement à ce qui a été fait aux Pays-Bas).
Pierre LARROUTUROU, France Inter, 3D le journal, 15/04/2012.
Les Berlinois paient des loyers quatre fois inférieurs à ceux des Parisiens.
Manuel DOMERGUE, Alternatives Economiques, 05/2012, p. 17.

Pierre Larrouturou parle de politique du logement en Allemagne, mais selon Thomas Piketty, les bas loyers pourraient avoir une autre explication...
[...] Les fortes hausses de prix qui ont eu lieu partout ailleurs au cours des années 1990-2000 ont été bridées outre-Rhin par l'unification allemande, qui a conduit à mettre sur le marché un grand nombre de logements à bas prix. Pour justifier un possible écart à long terme, il faudrait toutefois des facteurs plus durables, par exemple une plus forte régulation des loyers outre-Rhin.
Thomas PIKETTYLe capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, page 220. 

Des loyers moins chers peuvent avoir toutes sortes de répercussions...

Social-capitalisme...

La particularité de la trajectoire française est qu'après avoir connu des heures fastes dans les années 1950-1970, la propriété publique est retombée à des étiages très faibles à partir des années 1980-1990, alors même que les patrimoines privés, immobiliers et financiers, atteignaient des niveaux encore plus élevés qu'au Royaume-Uni : près de six années de revenu national au début des années 2010, soit vingt fois plus que le patrimoine public. Après avoir été le pays du capitalisme d'Etat dans les années 1950, la France est devenu la Terre promise du nouveau capitalisme patrimonial privé du XXIe siècle.
Thomas PIKETTYLe capital au XXIe siècle, Seuil, 2013, page 220.