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Céréaliriziculture...

[Selon Thomas TALHELM, doctorant en psychologie sociale à l'université de Virginie aux Etats-Unis] les différences culturelles [entre populations d'Occident et d'Extrême-Orient asiatique] trouveraient en partie leur fondements dans... la céréaliculture
[...] La riziculture demande une importante coopération entre agriculteurs [...]. Au fil du temps, ce besoin de coopération aurait favorisé le développement de valeurs collectivistes dans cette région. 
[...] A l'inverse, la culture du blé, assistée depuis plus de deux mille ans par la traction animale, ne nécessite pas une telle coopération entre agriculteurs. Dès lors, ce type de d'agriculture aurait permis l'émergence de valeurs plus individualistes
[...] Mais ce n'est pas tout. Ces valeurs opposées auraient ensuite induit une deuxième différenciation [...] concernant [...] le mode de réflexion. 
Côté occidentaux, l'individualisme aurait favorisé une réflexion de type analytique : elle consiste à attribuer des propriétés aux objets afin de les ranger dans des catégories, indépendamment de leur contexte. 
Côté Sud-Est asiatique, le collectivisme aurait poussé au développement d'une pensée plutôt holistique, c'est-à-dire d'un mode de réflexion organisé "autour des relations plutôt que des catégories, des systèmes plutôt que des objets, le tout marquant une plus grande attention au contexte". 
[...] Les habitants de provinces chinoises cultivant du riz ou du blé ont été soumis a des tests psychologiques... 
1. [...] Les habitants des zones rizicoles favorisent à 88 % leurs amis, contre 61 % seulement dans les régions à blé. 
2. Plus une région cultive de riz, plus son taux de divorce a de chances d'être faible. Et inversement dans le cas de la culture du blé. 
3. A Pékin, ville située dans une région cultivant du blé, près de 20 % des clients déplacent la chaise [mise en travers de leur passage dans un café], préférant adapter leur environnement à leurs besoins. 
4. Dans les régions rizicoles, les associations se font sur la base de relations fonctionnelles (lapin,carotte), alors que dans celles qui cultivent le blé, elles se font par catégorie (lapin, chien) [quand il s'agit d'identifier l'intrus dans "chien, lapin, carotte"].
Elsa ABDOUN, Science & Vie, 12/2014, page 84.

Semence en veux-tu en voilà...

Sous la surface des différences d'attitude face à la sexualité entre les femmes et les hommes : la loi de l'offre et de la demande appliquée aux cellules sexuelles...
[...] L'abondance de spermatozoïdes signifie qu'une femme peut et doit être sélective. Ses ovules ont de la valeur puisqu'ils sont rares ; non seulement elle n'en libère qu'un par mois, mais pour peu que celui-ci soit fécondé, elle portera le fœtus  ne pourra engendrer pendant au moins un an et se retrouvera alors avec un enfant qu'elle devra nourrir et protéger pendant des années. Si le père peut menacer de n'avoir aucun rapport avec ses enfants, le femme ne le peut pas. Ainsi les occasions d'avoir des enfants pour une femme sont bien trop précieuses pour qu'elle les gâche avec des hommes qui ne lui paraissent pas en valoir la peine. 
Le fait que les femmes soient très sélectives est un défi pour les hommes. Non seulement chacun doit trouver une femme féconde, mais il doit aussi la convaincre d'accepter son offre et entre en compétition avec ceux qui essaieraient d'en faire autant. Page 29. 
[...] Loin de se neutraliser, les pressions qui s'exercent sur les hommes et les femmes s'additionnent. C'est une spirale : la sélectivité des femmes encourage la persévérance des hommes, et plus ils sont persévérants, plus elles doivent se montrer sélectives. Page 30. 
Où l'on met un pied dans le grand sujet de l'accaparement des ressources et de l'apparition des inégalités... 
[...] Au cours de l'évolution de l'espèce humaine, les hommes trouvèrent des moyens pour compenser le peu de valeur de leurs spermatozoïdes autant que leur abondance. L'un des moyens les plus efficaces était d'accaparer les ressources économiques rares, pour lesquelles entrèrent à leur tour dans la compétition les femmes. Page 40.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma 2012. 

Prime à l'amoralité...

Le directeur d'un centre de transfusion sanguine veut augmenter ses stocks, et offre pour ce faire , une prime aux donneurs. Mais à sa stupéfaction, le nombre de donneurs s'effondre ! 
[...] Les gens agissent soit par intérêts soit par soucis moral, mais pas pour les deux à la fois ! 
[...] A partir de là, il peut aller en arrière, ou plus loin en avant : augmenter les primes pour que les donneurs reviennent. C'est cette seconde voie que le capitalisme a choisie depuis le tournant des années 1980. Il augmente les primes et durcit les peines pour inciter à l'effort. Ce faisant, il détruit la "valeur travail" : le souci de bien faire, d'être respecté par ses collègues... Dans presque tous les domaines, le travail est devenu ce qui est écrit dans les livres d'économie : un moyen désenchanté de gagner sa vie. Il n'est plus en soi une source de satisfaction.

En introduisant la variable économique, vous perdez le bénéfice de "l'homme moral". D'une certaine manière, c'est aussi ce que le politologue américain Robert Putman, a démontré dans son livre célèbre, Bowling alone, où il regrettait la déliquescence de l'esprit civique américain, à partir des années 1960.
Daniel COHEN, Le Nouvel Observateur, Hors-série, Le pouvoir et l'argent, 11/2012, p. 8.

Dans le livre qui rend [Albert Hirschman] mondialement célèbre, Exit, Voice and Loyalty [en1970], il montre que, même au sein du marché, les décisions des acteurs ne sont pas mues par le seul prix, mais aussi par des valeurs relevant du registre de la morale, comme l'attachement, la fidélité, etc.
Denis CLERC, Alternatives Economiques, 01/2013, p. 79.

Zéro pointé...

Sous la surface de la notation à l'école...
4. Les sociologues notent [...] que les élèves français se montrent particulièrement angoissés devant l'école. La peur de l'échec et du jugement prime ainsi sur le plaisir d'apprendre, ce qui invite à s'interroger sur le caractère précoce de la notation et des classements, mais aussi sur les pratiques pédagogiques et le rôle surdéterminant du diplôme et de la formation initiale dans l'Hexagone par rapport aux autres pays européens. Alternatives Economiques, 01/2013, p. 73.
3. On s'invite à tour de rôle dans nos chambres pour occuper nos soirées ; on parle encore un peu du concours d'entrée, pas mal des stages à venir, beaucoup du classement ; on tourne en rond. Pour tout élève de l'ENA, normalement constitué, c'est-à-dire à la fois conformiste et ambitieux, le classement de sortie est le sujet de conversation par excellence. C'est même à cela qu'on le reconnaît. Envoyez deux énarques sur une île déserte, avant d'évaluer leurs chances de survie, ils s'interrogeront sur leurs rangs respectifs. Olivier SABY, Ubu roi. Mes 27 mois sur les bancs de l'ENA. Flammarion, p. 24.
3.1. La notation dans ce qu'elle a semble-t-il, de plus... obsessionnel !
2. [Ne plus noter] va enlever tous les biais des notes : "toi t'es le premier, toi t'es le dernier". Donc dans ce sens là, ça peut enlever [ces problèmes de prophéties autoréalisatrices]. Sauf que la catégorisation, les prophéties autoréalisatrices [...] sont des phénomènes naturels, dans le sens où, parce que nous sommes des êtres sociaux, ils vont forcément se produire. Donc moi je veux bien que les petits finlandais n'aient pas de notes, mais moi je suis prêt à parier que le professeur, l'enseignant sait très bien dans sa classe qui est bon, qui ne l'est pas, et je suis prêt à parier que les enfants de la classe savent qui est bon et qui ne l'est pas. Même sans les notes, même sans classement [...]. Sylvain DELOUVEE (Maître de conférence en psychologie sociale à l'université Rennes 2), ApprendreAApprendre.com, 16/07/2012.
Ainsi, on est en droit de considérer que la notation produite par le "maître", puisse s'avérer être un facteur discriminant, là où l'appréciation qu'ont les élèves les uns des autres, du fait qu'elle reste cantonnée à la subjectivité de chacun, n'a probablement pas le même impact.
1. [En Finlande] jusqu'à 9 ans les élèves ne sont absolument pas notés. Ce n'est qu'à cet âge qu'ils sont évalués pour la première fois, de façon non chiffrée. Puis plus rien de nouveau jusqu'à 11 ans. C'est dire qu'au cours de l’équivalent de toute notre scolarité primaire les élèves ne subissent qu'une seule évaluation. L’acquisition des savoir fondamentaux peut ainsi se faire sans le stress des notes et des contrôles et sans la stigmatisation des élèves plus lents. Chacun va pouvoir progresser à son rythme sans intérioriser, s'il ne suit pas au rythme voulu par la norme académique, ce sentiment de déficience voire de « nullité » qui produira tant d'échecs ultérieurs, cette image de soi si dégradée qui fait, pour beaucoup d'élèves, que les premiers pas sur les chemins de la connaissance sont si souvent générateurs d'angoisse et de souffrance. Meirieu.com, 2006.
1.1. D'autres caractéristiques de l'école finlandaise >>

Conditionnement...

[...] Pendant plusieurs jours, [on] administre à un cobaye un jus de fruit au goût inhabituel, associé à un antihistaminique. Après une pause, [on] réitère l'expérience. Cette fois, le patient reçoit la même boisson, mais accompagnée d'une gélule de placebo. La prise de sang révèle un phénomène surprenant : les anticorps sont plus nombreux, même en l'absence de la substance active antihistaminique. L'organisme a appris à faire la relation entre le goût du jus de fruit et la gélule. Grâce au conditionnement [terme employé par les spécialistes], des médicaments qui n'en sont pas vraiment, peuvent bel et bien influer sur le système immunitaire.
Mais le plus étonnant dans l'histoire...
Cet effet placebo ne repose pas sur l'anticipation et n'est pas orchestré par la conscience humaine. Lors d'expériences semblables menées sur des rats, ceux-ci présentent les mêmes réactions immunitaires.
Sans parler de l'effet placebo des médecins eux-même, que l'on imagine aisément, cet effet est aussi constaté dans le cadre d'opérations chirurgicales...
[...] A ce jour, les Pays-Bas sont le seul pays d'Europe où les opérations placebo sont possibles. Avant l'opération, les patients [sujets à des douleurs consécutives aux opérations dans la région de l'abdomen : les adhérences] qui se sont portés volontaires pour l'essai clinique, apprennent que seule la moitié des participants sera vraiment opérée. L'autre moitié subira seulement une coelioscopie dont les cicatrices ne laisseront aucune trace. Chaque patient doit ensuite être suivi pendant un an. Ni lui, ni son médecin ne savent à quel groupe il appartient [suivi en double aveugle]. Et le résultat a de quoi surprendre. L'étude néerlandaise a pu montrer que dans les deux groupes, y compris dans celui qui n'a pas été opéré, le même nombre de patients ont vu leur douleur soulagée. Aujourd'hui ils ont besoin de moins de médicaments et leurs analyses sont meilleures. Aux États-Unis, une autre étude a aboutit aux mêmes conclusions, cette fois concernant l'arthrose du genou. Une partie des patients a été opérée, une autre a reçu une simple arthroscopie du cartilage. Quant au reste des candidats, les médecins leur ont tout simplement fait croire qu'ils avaient été opérés. Au bout de deux ans, les médecins ont constaté que dans les trois groupes, le nombre de résultats positifs était exactement le même.
Arte, Xenius, 01/02/2013.

On remarquera que le pays européen en avance en ce domaine (proche de l'humain, source potentielle d'économies), est, comme souvent, un pays scandinave...

Super Trader...

[...] Et si la crise financière s'expliquait aussi par une overdose de jeu vidéo chez les traders ? C'est l'une des thèses de la célèbre neurologue Susan Greenfield, qui, depuis 2009, mène sa croisade contre l'omniprésence des écran dans le monde de l'enfance. Selon elle, les jeunes loups de la City, cyniques et insouciants, auraient perdu tout sens des réalités en consommant dans l'enfance trop de jeux vidéo.

L'oeuf ou la poule, encore...

[...] Quand on travaille sur les structures familiales et les indicateurs de fécondité, on est assez proche du sens profond de l'existence. Ce sont des variables chaudes. Et pour moi, les gens qui pensent que l'histoire se fait uniquement au niveau des variables froides, économiques surtout, sont proches de la schizophrénie, de la sortie de la réalité.

Les moissons de la fac...

Le secteur des universités aux États-Unis, donne des activités et des distractions à beaucoup de ceux qui, s'ils étaient en Europe, passeraient leur fin d'adolescence dans les rangs des jeunes sans emploi. Le jeune Américain moissonne ainsi les bénéfices psychologiques de l'oisiveté légitimée et des rituels de succès qu'assurent les universités de premier et second cycles à cette époque de la vie. En général, il en sort en se sentant reconnu et non déprimé. Comme solution au chômage des jeunes, le système des universités américaines doit être compté au nombre des grands triomphes de l'imagination humaine, ou peut être du hasard aveugle.

Entrer... sortir... entrer... sortir...

Pascal Dibie, auteur d'une Ethnologie de la porte, raconte comment les portes, alcôves et autres serrures en révèlent plus sur les hommes qu'on ne pourrait s'y attendre...
On s'est rendu compte, par exemple, que pour le blindage des portes, plus vous aviez de diplômes, moins votre porte était blindée.
Causalité ou corrélation ? Lorsque l'on a plus de diplômes, a priori, l'on dispose d'un meilleur niveau de vie, donc d'un logement équipé et meublé avec plus de moyens, donc qui requiert une meilleure protection. N'est-ce pas, en réalité, que les diplômés peuvent se permettre des portes moins souvent blindées parce qu'ils ont les moyens d'investir dans des alarmes ? Ou surtout parce qu'ils ont les moyens de se loger dans des quartiers ou des immeubles mieux "sécurisés" ?
[...] Les dogons disent qu'une serrure sert non pas à fermer mais à ouvrir. [...] En français, l'idée d'ouverture apparaît en 1080, mais il a fallu attendre un siècle, 1180, pour qu'apparaisse la fermeture. [...] On peut se poser pleins de questions : sociétés ouvertes ? Sociétés fermées ? Est-ce un développement urbain ? Est-ce que de grandes peurs apparaissent ? 
[...] Il a fallu attendre le XVe siècle pour qu'une serrure puisse se fermer de l'intérieur (sic)[l'auteur se trompe ici, il veut dire "extérieur", comme ça se confirme ci-après...]. Jusque-là, les serrures ne servaient qu'à ouvrir. [...] C'est-à-dire qu'à l'intérieur on se barricadait  [au sens littéral, donc puisque la serrure n'existe pas] quand on se couchait. Sinon la porte était ouverte toute la journée. Il faut se rendre compte que dans ces sociétés traditionnelles, il y avait toujours du monde dans la maison. Et il a fallu donc l'urbanisation pour qu'on ait besoin de plus en plus de rentrer et de sortir, et on voit apparaître, donc au XIVe-XVe siècle, une serrure qui ferme de l'extérieur, et enfin de l'intérieur. Si vous voulez des preuves, vous allez aux Arts déco où il y a une chambre du XIVe siècle : ils se sont trompé, ils ont mis la porte à l'envers. Ils ont mis la serrure à l'intérieur, ils auraient dû la mettre à l'extérieur. 
L'Arc de Triomphe ne servait pas tant à glorifier l'homme qui passait dessous qu'à le décharger. Et quand César, après ses triomphes, passait l'Arc de Triomphe, une porte au forum, un esclave lui sussurait à l'oreille "N'oublie pas que tu n'es pas un Dieu". 
Le fornix, ce sont les premiers arcs voûtés en maçonnerie, et qui ont été au départ les premiers passages qui permettaient d'honorer un visiteur dans Rome. Et puis finalement, cela a été repris par l'ensemble des habitants comme une habitude pour consolider les maisons les unes contre les autres : entre chaque maison, on mettait une voûte. Et puis certaines dames s'y sont mis à l'abris, et du soleil et de la pluie. Et puis l'on a pensé que sous les fornix, c'était des forniqueuses, et un peu plus loin on a mis des maisons que l'on a appelé maisons de fornication. Et voilà comment une histoire maçonnique se déplace vers une histoire érotique.
Pascal DIBIE, France Inter, 3D le Journal, 30/12/2012.

Appels de phare...

Emmanuel Todd illustre la pertinence de sa théorie des structures familiales...
Philippe COHEN - [...] Cette typification des genres nationaux [selon les valeurs héritées du passé paysan] n'est-elle pas chamboulée par la modernité ? 
Emmanuel TODD - Ecoutez. Je vais prendre brutalement un exemple pour bien me faire comprendre. Nous sommes sur une route française. Des gendarmes sont cachés pour surprendre des excès de vitesse. Des appels de phare issus de la communauté délinquante française nous avertissent pour faire attention. Nous voici en Allemagne. Quelqu'un gare mal sa voiture. Un voisin appelle la police
Le fonctionnement concret de l'économie a un rapport avec ces comportements sociaux standards qui définissent un rapport fondamental à l'autorité. Admettons, sans les juger, mais une fois pour toutes, que la France et l'Allemagne sont deux mondes différents. La règle d'or a un sens, certes pathologique, dans l'un de ces deux mondes et aucun dans l’autre. Ou alors, nos dirigeants, qui nous donnent l'Allemagne en modèle, doivent avoir le courage de nous demander de dénoncer nos voisins quand ils garent mal leur voiture… D'ailleurs la règle d'or du futur traité européen suppose non seulement une discipline parfaitement intériorisée, mais aussi la surveillance du budget du voisin.
Marianne, 13/12/2011.

Un loup pour la femme...

Où il se confirme que les garçons sont de vrais petits "lourdeaux" dès le collège...
Éducateurspsy ou infirmières, tous constatent que de nombreuses filles s'autocensurent pour avoir la paix, bien au-delà du périmètre bétonné des cités. Pire, les plus jeunes finissent par donner raison au flic de Toronto [à l'origine du mouvement "SlutWalk" après qu'il eut lancé à un groupe d'étudiantes qu'elles n'avaient qu'à remiser leurs jupes dans leur dressing si elles voulaient être certaines de ne pas se faire violer] : oui une femme sexy, ça fait "salope"
[...] Tara, 13 ans, élève dans l'Eure : "Dans l'escalier, les filles doivent aller derrière et les garçons, devant, sinon, elles se font toucher les fesses ou les garçons leur décroche leur soutien-gorge." 
[...] Aux "connasses" et "débiles" d'hier se sont substitués les mots doux du porno. "Vieille pute", "chienne", "bitch", "sale gouine" : un petit tour sur les réseaux sociaux suffit pour déniaiser les parents les moins au parfum. 
[...] Ne négligeons pas l'aspect ludique de l'injure chez les adolescents [...]. A cet âge, l'adolescent est sans arrêt confronté à un choix : parler ou agir. Avec l'injure, il a les deux en un. Ivan DARRAULT-HARRIS (linguiste). 
Garçons et filles sont les enfants de leur époque. La plupart prêchent l'égalité hommes-femmes, les préjugés refluent [...], mais leur modèle est celui que leur renvoient les médias et les adultes. Samir BENSAADI (Fédération Léo-Lagrange). 
Les parents eux-mêmes se parlent mal. Les verrous sautent : un président lâche un "casse-toi pauvre con", un dirigeant politique fait un bras d'honneur. Dès la maternelle, le langage est déprécié. Didier LAURU (Psychanalyste).

Sex toy...

Où les expériences de Melissa Hines menées sur des singes vervets tendent à prouver que les petits garçons et les petites filles ne choisissent leurs jouets, non pas en fonction de leur environnement social et culturel, mais bien en raison de mécanismes biologiques innés...
[...] Monkeys show sex differences in toy preferences similar to those documented previously in children, providing additional support for the hypothesis that sex differences in toy preferences can arise independent of the social and cognitive mechanisms thought by many to be the primary influences on toy preferences.
[...] When we first reported sex-typed toy preferences in vervet monkeys, the results were extremely surprising and were met with some scepticism. Now, publication of a second study showing that male monkeys show more interest in boys’ toys than do female monkeys (Hassett et al., 2008) strengthens the evidence of inborn influences on sex-typed toy preferences [...].

Animal social...

[Salomon Ash] s'est demandé si les individus étaient prêts à ignorer les preuves irréfutables fournies par leurs propres sens. Dans ces expériences célèbres, le sujet est intégré à un groupe de sept à neuf personnes qui sont en réalité complices du chercheur. La tâche est d'une simplicité risible : il s'agit de comparer une ligne tracée sur un carton blanc à trois autres lignes, et de l'associer à celle dont la longueur est identique. Les deux autres sont d'une taille nettement différente, entre deux et quatre centimètres de plus ou de moins. 
[...] Aussi incroyable que cela puisse paraître, la plupart des cobayes finissent par céder à la pression du groupe au moins une fois dans une série de tests. Quand on leur demande de choisir la bonne ligne, ils se trompent dans moins de 1 % des cas. Mais le taux d'erreur grimpe à 36,8 % quand le reste du groupe fournit la mauvaise réponse. Dans une séquence de douze sessions, pas moins de 70 % des sujets se rangent ainsi à l'avis général, sans tenir compte des preuves que leur fournissent leurs propres yeux
[...] Quand les gens partageant les mêmes idées se mettent à discuter, ils finissent le plus souvent par adopter une position plus marquée encore qu'avant la discussion. Ce phénomène de polarisation s'observe dans tous les domaines. Si un groupe particulier estime que tel chef d'Etat est un criminel, que tel grand patron est un escroc, ou même que l'un de ses membres est un traître, tout débat interne ne fera que renforcer ses craintes. 
[...] Quand des individus prônent d'emblée une réaction forte, ils en appellent à une réaction encore plus forte après débat entre eux. [...] L'échange d'information renforce les certitudes préexistantes [... et] nos opinions sont parfois dictées par l'image que nous souhaitons donner de nous.
Cass R. Sunstein (2012), Anatomie de la rumeur, Markus Haller.
Books, 10/2012, p. 94.

Transfert pictural...

[...] L'art des cavernes suggère que [les] sociétés paléolithiques devaient être puissamment réglementées. Sur des milliers d'oeuvres, on est frappé de constater que les animaux sont toujours coupés de leur milieu. [...] A travers les diverses espèces figurées, et sagement classées, ces représentations animales nous parlent des hommes [...]. La classification des espèces sous-tendant des catégories sociales, c'est ce que, en ethnologie, on appelle le totémisme. 
[...] Voilà donc un type de société qui n'est pas du tout simple, mais au contraire très organisé, dans lequel, par exemple, on ne pouvait probablement pas se marier avec n'importe qui [...]. 
[On peut formuler] une distinction entre deux types de chasseurs-cueilleurs actuels. Chez les [Aborigènes australiens], le résultat de la chasse est accaparé par les proches (comme le père de l'épouse, son frère...). Chez les [San ou les Inuits], le chasseur, ou l'individu défini comme tel selon des règles complexes, s'en approprie l'essentiel pour le distribuer comme bon lui semble. Une des conséquences de la première forme de distribution [...] est que le chasseur a peu d'intérêt personnel à développer la production. Et c'est ainsi que l'on voit, pendant tout le paléolithique supérieur, un nombre extrêmement réduit d'inventions, par comparaison avec l'explosion technologique qui marquera la fin du pléistocène. [...] On comprendra aussi que les structures sociales expliquent le faible développement de la production

Au détour de ses propos, l'auteur rappelle que, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, des civilisations ont pu inventer la roue sans imaginer le principe du chariot !
[...] Voici environ 4 000 ans, en Amérique centrale, les Zapotèques ont fabriqué de tout petits véhicules (inutiles ?) munis de quatre roues. Ils n'ont pour autant jamais eu l'idée d'utiliser la roue à plus grande échelle pour en faire des chariots.

Alain TESTART (propos recueillis par Fabien GRUHIER), Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 110.

Cache-cache...

Quand un adulte regarde un bébé de moins de six mois et que le bébé le regarde, si l'adulte tourne soudain la tête dans une autre direction, avec les yeux ouverts, le bébé tourne la tête dans la même direction. Il suit le regard de l'adulte. "Je veux voir ce que tu regardes" semble dire le bébé, "ce que tu regardes m'intéresse au plus haut point".
[...] Un enfant d'un an ne cherche pas à regarder dans la direction vers laquelle un adulte tourne la tête alors qu'il a les yeux fermés. Le bébé sait que fermer les yeux empêche de voir. Mais si la personne adulte se met un bandeau sur les yeux, et tourne la tête dans une autre direction, le bébé va regarder dans cette direction. Il ne sait pas encore qu'un bandeau sur les yeux empêche de voir [...].
Mais si on met un bandeau sur les yeux du bébé, il réalise que le bandeau l'empêche de voir. Alors, lorsqu'un adulte portera un bandeau sur les yeux, il se comportera avec lui de la même manière qu'il se comporte avec un adulte qui ferme les yeux.

Partage trop rare...

Par des méthodes différentes, les systèmes de partage se fondent sur l'idée que les biens que la nature nous offre doivent être accessibles à tous, y compris parce que si j'en prive mes semblables, je pourrais en être à mon tour privé. Généralement, se raisonnement n'est guère explicite, il est intégré dans les cultures, parfois jusque dans le langage. Ainsi, dans certaines langues africaines, le mot "je" n'existe pas. On ne peut donc pas dire "je mange", mais nécessairement "nous mangeons". 
[...] Aussi humains et éthiquement remarquables soient-ils, la solidarité et le partage ont un défaut. Ils ne peuvent qu'être des systèmes de gestion défensive de la rareté, en aucun cas une solution à celle-ci, car ils ne permettent pas son dépassement. Partager des biens rares signifie en effet partager la pénurie, la rendre encore plus insurmontable
[...] La solidarité et le partage rendent impossible l'apparition spontanée d'un surplus, d'une richesse supplémentaire à économiser et à investir. Ou alors il faut aller chercher ce surplus par la coercition et la violence, comme ce fut le cas dans les systèmes communistes modernes [...].

Monopoly...

Pour son expérience, Paul Piff, a changé les règles [du Monopoly] en donnant un avantage à l'un des joueurs... 
« Les deux joueurs ne se connaissent pas. On tire à pile ou face pour déterminer leur position. C'est l'intrusion du hasard. Comme le hasard des naissances qui fait qu'on naît dans telle ou telle famille. Le joueur riche touche 200 $ quand il passe sur la case départ. Il lance les 2 dés, ce qui lui permet d'avancer rapidement sur le plateau. Le joueur pauvre a un lourd a handicap. Il touche moitié moins d'argent quand il passe sur la case départ. Il ne lance qu'un seul dé. Il se déplace donc plus lentement que l'autre joueur qui touche plus d'argent, plus souvent. » Paul PIFF (Psychologue, University of California, Berkeley).
Bien qu'ils sachent que le jeu est biaisé, les joueurs riches trouvent leur bonne fortune normale. Détail éloquent : ils piochent d'avantage dans l'assiette de biscuits apéritifs. Ils finissent par penser qu'ils méritent de gagner. Mais surtout, ils ne font aucun cas de la mauvaise fortune des joueurs pauvres, bien que ces derniers n'aient aucune chance de gagner. 
Le rêve américain, c'est l'idée que tout le monde peut réussir. Il suffit de tenter sa chance. Mais en fait, beaucoup de personnes n'ont pas l'impression de faire jeu égal. Ils n'ont pas les mêmes chances [...].

Anti-récesseur...

Le partage inégal de la valeur ajoutée génère un problème de compétitivité et de croissance lié à des investissements et des salaires insuffisants. [...] Chômage et déclassement provoquent un ressentiment, une tentation de repli sur soi et finalement une dépression collective.
Matthieu PIGASSE, Le Nouvel Observateur, 04/2012, p. 104.

Apprentissage de l'oubli...

Je vous disais que les enfants avaient de grandes facilités à apprendre de nouvelles langues. Mais à partir de l'âge de sept ans, cela devient beaucoup plus difficile. L'adaptation à l'autre par l'intermédiaire de la langue, est devenu si étroite, qu'elle représente un obstacle à l'appropriation d'une nouvelle langue. Et il en est un peu de même de la capacité de reconnaissance des visages. [...] Des bébés âgés de six mois sont capables de distinguer un grand nombre de visages différents. Mais dès l'âge de trois mois, leur capacité de reconnaissance a déjà commencé à se focaliser sur les caractéristiques des visages auxquels ils sont fréquemment exposés. A partir de neuf mois, un bébé élevé en Chine par exemple, ne fait plus la distinction entre plusieurs visages d'enfants européens s'il n'y a pas été exposé. Ces visages vont avoir tendance, pour lui, à tous se ressembler. Et ainsi, la population humaine qui nous entoure pendant notre petite enfance, nous apparaîtra composée de personnes toutes singulières, uniques, particulières, à nulle autre pareille, alors que des visages issus de populations différentes par certaines de leurs caractéristiques physiques, auront tendance à être appréhendés comme étant composés de personnes identiques, interchangeables, favorisant ainsi les stéréotypes, les généralisations, les stigmatisations, les discriminations sur des critères de différence physiques ou culturelle.
Et il en est de même au niveau du langage parlé. Le petit enfant s'appropriera sa langue, et non seulement il ne comprendra pas la signification des autres langues, mais il aura tendance progressivement à ne plus les considérer comme des langues, voire à les considérer comme des bruit. D'où l'expression des grecs de l'antiquité pour désigner les étrangers, les "barbares". Il leur semblait que les étrangers ne savaient pas parler. Qu'ils n'avaient pas de langue mais seulement la capacité d'articuler des sons forcément sans signification puisque ce n'était pas du grec : "bar-bar-bar-bar-bar".
L'oubli est une dimension essentielle de l'apprentissage. Et pour cette raison, tout apprentissage, toute éducation, devrait être aussi un apprentissage de la richesse de ce que nous avons perdu en nous appropriant l'univers culturel qui nous entoure.
Jean-Claude AMEISEN, France Inter, Sur les épaules de Darwin, 24/11/2012.

Involontaire...

La représentation de la volonté par laquelle nous allons poser un acte n'intervient en fait qu'une demi-seconde après que cet acte a été posé, alors que l'acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après le déclenchement qui en a été le véritable déclencheur. [...] Notre conscience arrive toujours quelque temps après la bataille... Page 33.
[Ainsi] dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres, autour de nous, puisque nous vivons dans un univers entièrement socialisé, il faut que nous ayons conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous l'imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons a posteriori dans ces discours autobiographiques que nous tenons, ces discours de rationalisation, d'auto-justification, faudrait-il dire, que nous produisons à l'intention des autres. Page 37.
Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard.