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Saignée triangulaire...

Les différentes raisons évoquées pour expliquer le retard de développement de l'Afrique...
 
Mondialisation...
[Selon John Christensen (directeur de TJN)], l'une des failles les plus dangereuses de l'économie mondiale [les paradis fiscaux], a privé, par exemple, 33 pays africains de 1 000 milliards de dollars de capitaux depuis 1970.
Alain FAUJAS, Le Monde, 08/11/2013, Supplément Eco & Entreprise, p. 3.

Paludisme
L'Afrique est le premier continent touché (avec 85 % des cas et 90 % des morts) [...]. Le paludisme y fait encore 660 000 morts par an, essentiellement des enfants. 
[...] En 2000, l'OMS publie [...] une étude choc : elle montre que le PIB de l'Afrique subsaharienne, 300 milliards de dollars à l'époque, serait supérieur de 100 milliards si le paludisme avait été éliminé dans les années 1960.
Le coût économique direct annuel du paludisme en Afrique est estimé à  12 milliards de dollars. On évalue à 1,1 millions, le nombre de victimes sauvées cette dernière décennie grâce aux nouveaux traitements.
Chloé HECKETSWEILER, Le Monde, 05/11/2013, p. 9.

Esclavagisme...
[...] Nathan Nunn (Harvard) montre que les pays d'Afrique les plus pauvres, comme l'Angola, l'Ethiopie et le Tanzanie, sont aussi ceux qui ont fourni le plus d'esclaves. Or, ces régions étaient initialement les plus riches, cette richesse leur permettant de procéder aux opérations d'échange et de crédits nécessitées par la traite des hommes. 
[...] James Fenske (Oxford) et Namrata Kala (Yale) montrent que, durant les périodes de sécheresse, la hausse du prix de la nourriture et l'augmentation de la mortalité avaient pour effet de réduire le commerce d'esclaves. Or, il se trouve que les ports situés près de ces zones sont aujourd'hui ceux qui connaissent le niveau de vie le plus élevé. 
Enfin, le découpage arbitraire du continent par les pays colonisateurs a entraîné la multiplication de conflits civils, et donc retardé le développement
[...] Selon Nunn, l'esclavage expliquerait 70 % de l'écart de niveau de vie entre l'Afrique et le reste du monde. S'il n'avait pas eu lieu, l'Afrique connaîtrait un niveau de vie semblable aux autres régions en développement.
Gilles RAVEAUD, Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 102.

Démocratiegynie...

Sous la surface du statut de la femme au cours de l'histoire : l'invention de la démocratie en Grèce antique...
[...] Dans une étude consacrée au mariage en tant qu'échange de dons dans la Grèce classique, Claudine Leduc observe [...] que dans les cités-États les plus conservatrices sur le plan social, telles que Sparte et Gortyne, les femmes pouvaient être citoyennes et posséder leur propre domaine ; en effet la citoyenneté y était fondée sur l'appartenance à une communauté de propriétaires terriens fermée aux étrangers. Tandis qu'à Athènes, socialement plus innovante et ouverte aux étrangers, la citoyenneté demeurait liée au foyer (dominé par l'homme), et les femmes passaient de la maison du père à celle du mari. Elles n'étaient pas traitées comme des biens, mais plutôt comme des enfants. Leduc remarque que "la femme apparaît comme la grande victime de l'invention de la démocratie".

Femmes libérées...

Sous la surface de certaines différences anatomiques et cognitives entre hommes et femmes, transparaît, selon Paul Seabright, les pratiques sexuelles de nos ancêtres et par là même, la place de la femme dans ces sociétés primitives... 
[L'incapacité des spécialistes] à constater des différences fondamentales [dans les aptitudes cognitives entre hommes et femmes], nous révèle quelque-chose de très significatif sur les conditions dans lesquelles notre espèce évolua. 
[...] Les tissus musculaires étant coûteux à produire et à entretenir, la sélection naturelle en a davantage pourvu les mâles qui en avaient besoin pour vivre à l'époque des chasseurs-cueilleurs. Les tissus cérébraux, eux, sont encore plus coûteux à produire et à entretenir que les muscles mais la sélection naturelle les a néanmoins également répartis entre les hommes et les femmes. 
[...] L'homme et la femme développèrent tous deux des cerveaux sophistiqués pour affronter des défis tout aussi complexes durant presque toute l'évolution humaine. La subordination et la dépendance qui ont largement caractérisé la condition féminine à des époques relativement récentes ne peut donc avoir été une constante depuis notre divergence avec les chimpanzés et les bonobos. 
Un deuxième indice anatomique, la taille des testicules, laisse entendre que dans la plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs, les femmes étaient beaucoup plus autonomes qu'elles ne le furent plus tard après l'adoption de l'agriculture. Les testicules des hommes sont en effet d'une taille intermédiaire entre ceux des gorilles et des chimpanzés...
[...] Les gorilles vivent dans des harems dominés par un seul mâle. C'est d'ailleurs parce qu'il ne peut y avoir qu'un vainqueur et qu'il faut sérieusement se battre que les gorilles mâles sont beaucoup plus grands que les femelles. Le mode de vie des chimpanzés et des bonobos, notre plus proche parentèle, est, lui, très différent. Les femelles de ces deux espèces vivent en petits groupes et s'accouplent de manière débridée avec quantité de mâles. Les mâles de ces espèces sont donc relativement plus petits que les gorilles mâles puisqu'ils n'ont pas à rivaliser. Pour être plus précis, les mâles chimpanzés et bonobos sont plus petits à tout point de vue, sauf en ce qui concerne les testicules qu'ils ont nettement plus gros. [...] Faute de monopoliser l'accès sexuel aux femelles, l'intérêt reproductif de ces mâles est d'avoir des spermatozoïdes aussi abondants que possible afin d'augmenter leur chance de féconder eux-même les femelles.
... [cela] laisse à penser qu'il était assez courant pour les femmes d'avoir des rapports sexuels avec plus d'un homme durant leur cycle oestral. Pas autant que les femelles de chimpanzés. Elles le faisaient toutefois suffisamment souvent pour que les hommes s'adaptent à la compétition spermatique, comme le font les chimpanzés mâles. Cette conclusion suggère que les femmes choisissaient assez fréquemment leurs partenaires
Outre la taille des testicules, celle du pénis humain est une exception encore plus frappante parmi les grands singes. Les hommes ont un pénis presque deux fois plus grand que les chimpanzés et quatre à cinq fois plus grand que les gorilles. Ils produisent également un plus grand volume séminal par éjaculat [...]. Nous ignorons si ce fait à pour origine la compétition spermatique, un pénis plus long offre un avantage en déposant les spermatozoïdes plus près de l'utérus, ou s'explique par la plus grande stimulation qu'un long pénis peut fournir et pour lequel les femmes pourraient directement avoir eu une préférence.
[...] La réduction de l'asymétrie de taille entre les hommes et les femmes depuis les premières espèces d'australopithèques semble indiquer que, dès les temps les plus anciens, la force comptait moins que la persuasion dans leurs relations. 
[...] Outre les nombreux éléments scientifiques tendant à le confirmer, beaucoup d'explorateurs, de missionnaires et d'anthropologues confortent ce point de vue, ayant rapporté dans leurs récits quantité d'histoires de rituels orgiaques, d'échanges enthousiastes de partenaires et de sexualité ouverte non entravée par la culpabilité ou la honte. 
[...] On peut aussi mentionner l'aptitude des femmes à l'orgasme retardé et multiple, de même que son caractère fréquemment bruyant, ce qui suggère que la sélection ne favorisait pas la discrétion.
 En conclusion...
[...] La proportion d'accouplements multiples pendant la préhistoire reste incertaine. Nous ignorons également jusqu'à quel point les femmes contrôlaient "librement" leur propre vie sexuelle. Ce qui nous intéresse ici, c'est que nos ancêtres femmes jouissaient presque assurément, avant l'arrivée de l'agriculture, d'un plus grand pouvoir de négociation avec les hommes.
Paul SEABRIGHT, Sexonomics, Alma, 2012, p. 128.

C'est d'la bonne...

Jared Diamond, nous livre les facteurs qui, selon lui, freinent le développement économique des nations...
Différents spécialistes proposent des thèses différentes sur l'importance relative des facteurs à l'origine de la plus ou moins grande richesse des nations. L'élément le plus discuté étant ce que l'on appelle les "bonnes institutions", en d'autres termes, les lois et les pratiques qui incitent les individus à travailler dur, à devenir productifs, et à enrichir ainsi du même coup leur pays et eux-mêmes. 
[...] Une courte histoire [gouvernementale] rend très improbables [ces institutions de qualité]. Cette réalité sous-tend la tragédie de pays tels la Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont la société était jusqu'à très récemment fondée sur la tribu. Les compagnies pétrolières et minières qui y opèrent paient les royalties destinées aux propriétaires fonciers par le biais des chefs de village, mais ceux-ci gardent souvent l'argent pour eux car ils ont intériorisé l'usage voulant que les chefs de clan poursuivent leur intérêt personnel et celui de leur clan, plutôt que l'intérêt général. 
[...] L'ancienneté de l'Etat est liée à l'ancienneté de l'agriculture et à sa productivité, condition préalable à l'émergence d'un système gouvernemental. [...] Si l'on compare les pays également pauvres il y a cinquante ans (la Corée du Sud et le Ghana, par exemple), ceux qui ont une longue histoire étatique (la Corée du Sud en l'espèce) se sont en moyenne enrichis plus rapidement que les autres (le Ghana). 
[...] Parmi les nations non européennes colonisées au cours des 500 dernières années, celles qui étaient à l'origine plus avancées ont tendance, paradoxalement, à être aujourd'hui plus pauvres. Dans les pays autrefois riches et densément peuplés, comme le Pérou, l'Indonésie et l'Inde, les Européens ont en effet mis en place des institutions économiques "extractives" perverses, comme le travail forcé ou la confiscation de la production, pour détourner la richesse et le travail de la population locale. 
[...] Mais dans des pays autrefois pauvres et à la population clairsemée, comme le Costa-Rica ou l'Australie, les colons européens ont dû travailler eux-mêmes, et ont imaginé des formes institutionnelles d'encouragement au travail. 
[...] Il existe aussi un ensemble d'éléments, géographiques, qui engendrent des conséquences propres, quelles que soient les institutions. [... De fait,] l'Afrique et l'Amérique ressemblent à des sandwichs, avec une épaisse couche de nations tropicales et pauvres coincées entre deux fines couches de nations plus riches, situées dans les zones tempérées du Nord et du Sud. 
[...] Deux éléments concourent à leur pauvreté relative : les maladies et la productivité agricole. Les tropiques sont notoirement insalubres, et leurs pathologies diffèrent par plusieurs aspects de celles des pays tempérés. Premièrement on y trouve bien plus de maladies parasitaires. [...] Deuxièmement, les vecteurs, moustiques ou tiques, sont bien plus variés dans les zones tropicales. 
[...] Cette situation pèse lourdement sur les économies de ces pays : à tout moment, une grande partie de la population y est malade et incapable de travailler efficacement ; de nombreuses femmes ne peuvent rejoindre la main-d'oeuvre car elles constamment en train d'allaiter et de s'occuper de bébés, vus comme une assurance contre la mort attendue de certains de leurs enfants plus âgés. 
[...] Quant à la productivité agricole, elle est en moyenne plus faible sous les tropiques [...]. Premièrement les plantes des régions tempérées stockent plus d'énergie dans leur partie comestible (comme les graines ou les tubercules) que les plantes tropicales. Deuxièmement, les maladies causées par les insectes ou autres nuisibles ont un impact plus important sur les rendements agricoles sous les tropiques, parce que ces nuisibles sont plus nombreux et survivent mieux tout au long de l'année. Troisièmement, [...] les plaines des zones tropicales n'ayant pas connu de glaciation, leurs sols sont en général plus anciens et ont été lessivés de leurs substances nutritives par des milliers d'années de pluie [...]. Un phénomène encore aggravé par l'abondante pluviométrie de ces régions. Enfin, en raison de la chaleur, les feuilles mortes et les autres matières organiques tombées à terre subissent une décomposition accélérée, et leurs substances nutritives sont plus rapidement éliminées. 
[...] L'ouverture au trafic maritime, soit via un accès à la mer, soit vie un fleuve navigable, est l'autre facteur géographique important. Il en coûte à peu près sept fois plus de transporter une tonne de marchandise par voie de terre que par voie de mer. [...] Cela contribue aussi à expliquer pourquoi l'Afrique, sans aucun fleuve navigable jusqu'à la mer sur des centaines de kilomètres, à l'exception du Nil, et avec quinze pays enclavés, soit le continent le plus pauvre. 
[...] L'état de l'environnement, enfin, influe lui aussi sur le développement. [...] Les pays qui épuisent leurs stocks, volontairement ou par inadvertance, ont tendance à s'appauvrir. Les pays qui ont subi une déforestation notoire, comme Haïti, le Rwanda, le Burundi, Madagascar ou le Népal, sont en général d'une pauvreté et d'une instabilité politique insignes.
Jared DIAMOND (New York Review Of Books, 06/2012), Books, 04/2013, p. 54.

Résistance...

Quelles sont les forces à l'oeuvre sous la surface du développement des sociétés humaines ?
[...] On peut tenter de dégager les causes profondes de la résistance que [des] sociétés opposent souvent au développement.
Ce sont d'abord la tendance de la plupart des sociétés dites primitives à préférer l'unité aux conflits internes [...]
Quand les peuples de l'intérieur de la Nouvelle-Guinée apprirent des missionnaires à jouer au football, ils adoptèrent ce jeu avec enthousiasme. Mais, au lieu de chercher la victoire d'un des deux camps, ils multipliaient les parties jusqu'à ce que les victoires et les défaites de chaque camp s'équilibrent. Le jeu s'achève non pas comme chez nous, quand il y a un vainqueur, mais quand on est assuré qu'il n'y aura pas de perdant. Page 84. 
[...] Presque toutes les sociétés dites primitives rejettent l'idée d'un vote pris à la majorité des voix. Elles tiennent la cohésion sociale et la bonne entente au sein du groupe pour préférables à toute innovation. La question litigieuse est donc renvoyée autant de fois qu'il est nécessaire pour qu'on parvienne à une décision unanime. Parfois, des combats simulés précèdent les délibérations. On vide ainsi de vieilles querelles et on passe seulement au vote lorsque le groupe, rafraîchi et rénové, a réalisé en son sein les conditions d'une indispensable unanimité. Page 84. 
En second lieu, le respect qu'elles manifestent envers les forces naturelles [...]. Le développement suppose que l'on fasse passer la culture avant la nature, et cette priorité donnée à la culture n'est presque jamais admise sous cette forme, sauf par les civilisations industrielles.
Si de misérables communautés indigènes d'Amérique du Nord et d'Australie ont longtemps refusé, refusent toujours dans certains cas, de céder des territoires moyennant des indemnités parfois énormes, c'est, au témoignage même des intéressés, parce qu'ils voient dans le sol ancestral une "mère". Page 86.
[...] Les Indiens Menomini de la région des Grands Lacs en Amérique du Nord, bien que parfaitement au courant des techniques agricoles de leurs voisins Iroquois, se refusaient à les appliquer à la production de riz sauvage, leur aliment de base, pourtant très propre à être cultivé, pour la raison qu'il leur était interdit de "blesser leur mère la terre". Page 86.
Enfin, leur répugnance à s'engager dans un devenir historique. [...] Les sociétés dites primitives, nous apparaissent telles, surtout, parce qu'elles sont conçues par leurs membres pour durer. Leur ouverture sur l'extérieur est très réduite, ce que nous appelons en français "l'esprit de clocher" les domine. En revanche, leur structure sociale interne a une trame plus serrée, un décor plus riche que celle des civilisations complexes. Aussi, des sociétés de très bas niveau technique et économique peuvent éprouver un sentiment de bien-être et de plénitude : chacune estime offrir à ses membres la seule vie qui mérite d'être vécue.

Ambivalence agricole...

Sous plusieurs rapports, l'agriculture a représenté un progrès : elle fournit plus de nourriture sur un espace et dans un temps donnés, elle permet une expansion démographique plus rapide, un peuplement plus dense, des sociétés à la fois plus étendues et plus volumineuses. 
Mais, à d'autres égards, elle constitue une régression. [...] Elle dégrade le régime alimentaire, désormais limité à quelques produits riches en calories mais relativement pauvres en principes nutritifs. Ses résultats sont moins sûrs, car il suffit d'une mauvaise récolte pour que la disette s'installe. L'agriculture exige aussi plus de labeur...
...Il se pourrait même qu'elle fût responsable de la propagation des maladies infectieuses, comme le suggère, en Afrique, la coïncidence remarquable, dans le temps et dans l'espace, de la diffusion de l'agriculture et de celle de la malaria.
Claude LEVI-STRAUSS, L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011, p. 80.

Positivisme...

[...] Si "le coût humain du régime soviétique a été énorme et insupportable", le totalitarisme de l'URSS ne peut être assimilé à celui de l'Allemagne nazie. En effet, selon [Eric J. Hobsbawm], "l'un des pires régimes de la planète a joué un rôle positif sur la scène mondiale" car pour commencer, il a incarné pour des millions de gens, malgré sa nature réelle, l'espoir d'une société juste et fraternelle, il a ensuite contribué fortement à la défaite nazie, puis stimulé les pays capitalistes dans leurs politiques sociales et, enfin, il a servi de point d'appui aux mouvements de libération du tiers monde.

L'oeuf ou la poule, encore...

[...] Quand on travaille sur les structures familiales et les indicateurs de fécondité, on est assez proche du sens profond de l'existence. Ce sont des variables chaudes. Et pour moi, les gens qui pensent que l'histoire se fait uniquement au niveau des variables froides, économiques surtout, sont proches de la schizophrénie, de la sortie de la réalité.

Freakstory...

On doit à Robert Fogel [prix Nobel d'économie 1993] deux études importantes. L'une sur le rôle des chemins de fer dans la croissance économique des États-Unis au XIXe siècle, l'autre sur la rentabilité de l'esclavage. Sur la base d'une quantité colossale de documentation chiffrée, Fogel calcule ce qu'aurait été la croissance américaine si le chemin de fer n'avait pas existé. Résultat : à peine une différence de 5 %. "Aucun innovation, considérée isolément, n'a été vitale pour la croissance que XIXe siècle", dit-il. 
[...] S'agissant de l'esclavage, Fogel s'attaque à une autre idée reçue : l'esclavage a disparu parce que c'était un système économique inefficace. En utilisant les mêmes méthodes économétriques [la cliométrie], il réussit à prouver, chiffres à l'appui, exactement le contraire. L'esclavage était un système efficace et rentable... C'est donc la politique qui, cette fois-ci, a dicté sa loi. [...]

Moi vouloir Jane...

Sous la surface de l'homme et de son rapport à la violence...
[...] Les êtres humains sont capables d'une violence et d'une cruauté presque inimaginables à l'égard d'autrui [...] mais nous sommes également des créatures éminemment sociables, coopératives, qui ont viscéralement horreur de verser le sang humain. 
[...] Il faut avoir à l'esprit que nos ancêtres ont triomphé non en tant qu'individus, mais en temps que membres de communautés victorieuses. 
[...] Les raids des Yanomami [...est] la forme de guerre probablement menées par nos ancêtres préhistoriques. [Dans cette société tribale d'Amazonie étudiée par Napoléon Chagnon], la guerre est moins le résultat d'un désir de s'approprier les ressources que le produit de tensions psychologiques : jalousie sexuelle, accusations de sorcellerie, désir de vengeance. [...] Les femmes de chaque communauté encouragent les guerriers. C'est un cercle vicieux
[...] Les hommes qui ont tué, ont plus de femmes et plus d'enfants, que ceux qui n'ont pas tué. Napoleon Chagnon. 
[...] Brian Ferguson ou Keith Otterbein ont [...] proposé une hypothèse alternative cohérente, selon laquelle la guerre fut une "invention culturelle" remontant à environ 10 000 ans. 
[Au cours d'un échange] Einstein [écrivit] à Freud : "Vous avez montré avec une lucidité confondante que les instincts agressifs et destructeurs sont inséparablement liés dans la psyché humaine avec ceux de l'amour et du désir de vivre." 
[...] Dans l'immense majorité des cas, les autres espèces ne tuent leurs semblables que dans un combat individuel, en face à face. Pour trouver des prototypes de guerre chez les animaux non humains, il faut se focaliser sur les phénomènes d'"agression de coalition", que l'on trouve par exemple chez les chimpanzés
[...] C'est l'équipe de Jane Goodall, en 1974...
Ahhh... Jane Goodall...
... qui a pour la première fois observé un raid des chimpanzés. [...] Ils sont menés typiquement par une demi-douzaine à une douzaine de mâles [...]. L'un d'eux immobilise la victime et les autres vont à la curée, se livrant souvent à ce que les observateurs humains qualifient de "cruauté gratuite" : ils tordent un membre jusqu'à ce qu'il craque, arrachent la peau, les testicules et les ongles... Books. 
[...] Le guerrier a un double avantage. Non seulement il est particulièrement attirant pour les femmes de sa propre communauté, mais il peut aussi contraindre les épouses et les filles de l'ennemi. Ces deux facteurs ont pu oeuvrer de concert et fournir dans le passé aux hommes les plus violents davantage d'opportunités de se reproduire qu'aux hommes plus policés. Suivant la dynamique bien connu de la sélection sexuelle, les fils de ces unions ont eu toutes les chances d'hériter du tempérament belliqueux de leur père et ainsi, de génération en génération, les gènes de la violence masculine se sont propagés dans la population. David Livingstone Smith.
[...] Les animaux et les plantes emploient quantités de ruses pour se nourrir, se dissimuler et propager leurs gènes. Or, chez l'homme, se tromper soi-même aide à tromper les autres. Un menteur qui croit à ses propres boniments est bien plus convaincant que celui qui n'y croit pas. Cette faculté a donc pu être sélectionnée par l'évolution
[...] La plupart des gens restent indifférents à la majeure partie de la souffrance humaine. Pourquoi ? D'abord, nous sommes plus indulgents à l'égard de ceux qui nous ressemblent.
[...] Ensuite, nous penchons en faveur de ceux avec qui nous entrons en contact direct. [...Enfin], nous favorisons les membres de notre famille parce qu'ils partagent nos gènes.
[...] En même temps, cette préférence pour les membres de notre communauté contribuent à expliquer notre inhibition devant la perspective d'avoir à tuer quelqu'un. 
[...] Nous coopérons pour mieux entrer en compétition, et un haut niveau d'appartenance communautaire nous rend mieux à même de nous unir pour détruire nos rivaux. Robert Bigelow (biologiste).
Une expérience célèbre et édifiante sur la force du lien social >>
[...] Espèce "symbolique", selon l'expression de l'anthropologue Terrence Deacon, l'homme a ajouté une dimension entièrement nouvelle à la guerre, l'idéologie : "Aucun chimpanzé ne peut rêver d'établir une race de maîtres [ou] de conquérir la Terre Sainte [...] ". 
[...] Pour surmonter son horreur de tuer [...] le combattant peut s'immerger dans une forme particulière de mensonge à soi-même. [...] Le remède consiste alors à déshumaniser l'ennemi. [...] Faire de l'adversaire un animal dangereux, infrahumain, [...] un gibier [... ou] un parasite, un virus, un rat, un pou, etc. 
[...] Une autre technique consiste à déformer la réalité de la violence en transférant la responsabilité de l'acte sur une autorité spirituelle ou séculière. En Nouvelle-Guinée, des esprits ancestraux ou totémiques peuvent être présentés comme les véritables auteurs d'une tuerie, le guerrier ayant seulement agi comme véhicule de leurs désirs [...]. 
[J'ai montré] que la thèse suivant laquelle les mâles humains seraient des "tueurs naturels-nés" ne résistait pas à l'analyse. Verser le sang requiert des conditions extrêmes. "I'm a lover, not a fighter", ont confié au sociologue Charles Moskos quantité de soldats américains au Vietnam. [...] Même les chimpanzés manifestent une aversion à tuer leurs semblables. 
Johan Van DER DENNEN (Evolutionary Psychology)Books, 12/2012, p. 25.

Animal social...

[Salomon Ash] s'est demandé si les individus étaient prêts à ignorer les preuves irréfutables fournies par leurs propres sens. Dans ces expériences célèbres, le sujet est intégré à un groupe de sept à neuf personnes qui sont en réalité complices du chercheur. La tâche est d'une simplicité risible : il s'agit de comparer une ligne tracée sur un carton blanc à trois autres lignes, et de l'associer à celle dont la longueur est identique. Les deux autres sont d'une taille nettement différente, entre deux et quatre centimètres de plus ou de moins. 
[...] Aussi incroyable que cela puisse paraître, la plupart des cobayes finissent par céder à la pression du groupe au moins une fois dans une série de tests. Quand on leur demande de choisir la bonne ligne, ils se trompent dans moins de 1 % des cas. Mais le taux d'erreur grimpe à 36,8 % quand le reste du groupe fournit la mauvaise réponse. Dans une séquence de douze sessions, pas moins de 70 % des sujets se rangent ainsi à l'avis général, sans tenir compte des preuves que leur fournissent leurs propres yeux
[...] Quand les gens partageant les mêmes idées se mettent à discuter, ils finissent le plus souvent par adopter une position plus marquée encore qu'avant la discussion. Ce phénomène de polarisation s'observe dans tous les domaines. Si un groupe particulier estime que tel chef d'Etat est un criminel, que tel grand patron est un escroc, ou même que l'un de ses membres est un traître, tout débat interne ne fera que renforcer ses craintes. 
[...] Quand des individus prônent d'emblée une réaction forte, ils en appellent à une réaction encore plus forte après débat entre eux. [...] L'échange d'information renforce les certitudes préexistantes [... et] nos opinions sont parfois dictées par l'image que nous souhaitons donner de nous.
Cass R. Sunstein (2012), Anatomie de la rumeur, Markus Haller.
Books, 10/2012, p. 94.

Transfert pictural...

[...] L'art des cavernes suggère que [les] sociétés paléolithiques devaient être puissamment réglementées. Sur des milliers d'oeuvres, on est frappé de constater que les animaux sont toujours coupés de leur milieu. [...] A travers les diverses espèces figurées, et sagement classées, ces représentations animales nous parlent des hommes [...]. La classification des espèces sous-tendant des catégories sociales, c'est ce que, en ethnologie, on appelle le totémisme. 
[...] Voilà donc un type de société qui n'est pas du tout simple, mais au contraire très organisé, dans lequel, par exemple, on ne pouvait probablement pas se marier avec n'importe qui [...]. 
[On peut formuler] une distinction entre deux types de chasseurs-cueilleurs actuels. Chez les [Aborigènes australiens], le résultat de la chasse est accaparé par les proches (comme le père de l'épouse, son frère...). Chez les [San ou les Inuits], le chasseur, ou l'individu défini comme tel selon des règles complexes, s'en approprie l'essentiel pour le distribuer comme bon lui semble. Une des conséquences de la première forme de distribution [...] est que le chasseur a peu d'intérêt personnel à développer la production. Et c'est ainsi que l'on voit, pendant tout le paléolithique supérieur, un nombre extrêmement réduit d'inventions, par comparaison avec l'explosion technologique qui marquera la fin du pléistocène. [...] On comprendra aussi que les structures sociales expliquent le faible développement de la production

Au détour de ses propos, l'auteur rappelle que, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, des civilisations ont pu inventer la roue sans imaginer le principe du chariot !
[...] Voici environ 4 000 ans, en Amérique centrale, les Zapotèques ont fabriqué de tout petits véhicules (inutiles ?) munis de quatre roues. Ils n'ont pour autant jamais eu l'idée d'utiliser la roue à plus grande échelle pour en faire des chariots.

Alain TESTART (propos recueillis par Fabien GRUHIER), Le Nouvel Observateur, 12/2012, p. 110.

Subterfuge...

On peut soutenir que le Purgatoire a été la réponse catholique à un danger, celui de la maîtrise totale des circuits du crédit par les Juifs. Page 126. 
A la fin du XIIIe siècle, les marchands ont fini par obtenir deux biens fondamentaux qui jusqu'alors s'excluaient l'un l'autre : un bien matériel, un bien spirituel. Auparavant ils gagnaient de l'argent, mais ce faisant ils se damnaient. Désormais, ils peuvent garder leur argent et, après un séjour au Purgatoire, aller au Paradis. Ils ont concilié "la bourse et la vie". Page 128.
Loïc BELZE et Philippe SPEISER (2007), Histoire de la finance. Vuibert. 

Indulgences stériles...

L'Église a été aussi responsable d'actions calamiteuses. L'interdiction du prêt à intérêt, par exemple, a attisé la haine vis-à-vis des juifs qui le pratiquaient. L'Église a aussi étouffé les sciences et le savoir, mais surtout elle a été à l'origine de quelque chose de purement scandaleux à nos yeux : l'accumulation et la stérilisation d'immenses richesses
[...] C'est par un drôle de paradoxe que l'Église est devenue riche. Ayant inculqué la méfiance vis-à-vis de l'argent de ses fidèles, elle a souvent été bénéficiaire de legs ou de dons de puissants voulant ainsi acheter une place au paradis. Elle est ainsi devenue propriétaire d'immenses domaines dans tout les pays d'Europe
[...] Un partie considérable des richesses de l'Église fut consacrée à la construction tous azimuts d'églises, de cathédrales, de couvents, d'abbayes et de monastères. Ces constructions omniprésentes ( peut-on seulement les dénombrer ?) représentent en termes économiques modernes une immense stérilisation de richesses. Un détournement d'autres utilisations sûrement plus productives [...] que cet hommage à la gloire de Dieu.
Michel MUSOLINO (2007), L'économie pour les nuls, First Editions, p. 36.

Les notes de l'Histoire...

Jacques Attali écoute la musique d'un pays, d'un peuple, d'une culture, pour en prédire son avenir...
Ce que j'ai essayé de montrer, c'est que la représentation en musique, le concert, apparaît à peu près 50 ans avant que se mette en place la représentation en politique. A des dates charnières, comme le passage du monde féodal au monde capitaliste, la représentation musicale a été annonciatrice de la représentation politique. Que le passage à la production en série a été dans la musique extrêmement annonciateur de ce qui allait se passer dans le reste de l'organisation sociale. Que l'orchestre et l'arrivée du chef d'orchestre a été très annonciateur d'un État fort. Le chef d'orchestre date de 1850 à peu près, à un moment où commence à être nécessaire un chef d'un État fort pour organiser la production. Bref, qu'à plusieurs moments dans l'histoire, on peut trouver une fonction de la musique comme le reflet de changements sociaux importants.
Jacques ATTALI, Antenne 2, Apostrophes, 11/09/1977.
Quand je regarde un pays, je m'intéresse à sa musique. Toujours la musique dit des choses intéressantes sur l'avenir. Elle a dit la mondialisation avant tout le monde, la musique est mondiale bien avant que tout le reste le soit. Elle a annoncé la gratuité, les technologies, puisque c'est apparu dans la musique avant d'apparaître ailleurs. 
Elle dit des choses étranges aujourd'hui. Elle dit que le monde s'occidentalise. Même si l'Occident décline, où que ce soit dans le monde, vous entendez de la musique occidentale. Mais en même temps elle dit qu'il y a des lieux du Sud qui se font entendre plus que d'autres. Elle dit que l'on entend le Brésil, depuis longtemps, et le Brésil est là. Elle dit qu'on n'entend pas la Chine. Et je pense que la Chine, si elle n'a pas une musique, et elle n'a pas de musique, c'est un des signes qui me font penser que la Chine n'a pas un grand avenir mondial.
Emmanuel Todd, autre grand amateur de prédictions, porte sur l'avenir de la Chine la même appréciation >>
Elle dit que l'Inde a un petit avenir en s'éveillant puisqu'il y a une musique indienne qu'on commence à entendre dans le monde. Et elle dit qu'un grand monde de l'avenir c'est l'Afrique. La seule musique qu'on entend sur la planète, c'est la musique africaine. Évidemment, la musique nous annonce, je crois, que le XXIe siècle sera Africain.
Jacques ATTALI, France 5, Empreintes, 07/12/2012.

Jacques Atalli limite ici sa réflexion à la musique classique et à l'histoire sur le long terme. Difficile de dire si le parallèle reste pertinent, mais il est tentant de s'interroger sur l'évolution récente de la musique et de ses interprètes.
La musique est devenu un produit de consommation de masse avec ses stars people. La France a connu un début d'expérience de présidence people en la personne de Nicolas Sarkozy.
Les stars émergent désormais d'Internet. A quand la politique et la démocratie exercées sur le Web

Homo a-communicans...

En 1914, la moitié seulement des soldats parlaient français. Ils parlaient alsacien, breton, corse, basque... Et la France existait pourtant avec dix langues. Mais les gens ne se comprenaient pas entre eux. Quand l'Europe a été fondée, bêtement, nous avons commencé par l'économie, le charbon et l'acier. Vingt ans après, il n'y avait plus de charbon. Si nous avions commencé par les langues, chacun en parlerait quatre, comme n'importe quel Suisse !
Michel SERRES, Pèlerin, 12/2012, p. 6.

Attardée...

[...] Je reste extrêmement sceptique sur l'avenir glorieux de la Chine. [Ce pays] est en rattrapage, et le rattrapage n'est pas l'innovation. Or le système patrilinéaire [renforcé dans le cas de la Chine par l'avortement sélectif pour limiter le nombre de filles] n'est pas bon pour l'innovation. [...] Il n'est pas clair du tout que la Chine puisse définir l'avenir de l'humanité en termes de choix et de véritables inventions.
 Jacques Attali, avec d'autres indicateurs (plus artistiques !) arrive à la même conclusion >>
[...] Si je devais faire un pari concernant l'Asie, je parierais sur l'Indonésie
Même s'il s'agit pour les multinationales de trouver des coûts du travail plus faibles qu'en Chine désormais, peut-être leur arrivée donnent-elles raison à Emmanuel Todd...
Les multinationales étrangères s'installent en nombre dans l'archipel du Sud-Est asiatique, attirées par une main-d'oeuvre à bas prix, mais aussi par un marché riche de plus de 200 millions d'habitants. L'Express, 11/2012, p. 80.
Emmanuel TODD, Le Point, 09/2011, p. 82.

Guerre du crédit...

De 2000 avant notre ère jusqu'à l'époque de Jésus, il était courant pour tous les pays du monde d'annuler les dettes quand elles devenaient trop lourdes. Les puissances comme Sumer, Babylone, l'Egypte, et autre, ont toutes proclamé l'annulation de la dette pour permettre à la société de repartir à zéro. C'était facile dans une société  où toutes les dettes étaient contractées envers l'Etat. C'est devenu plus compliqué quand les affaires et le crédit sont passés aux mains de particuliers, d'une oligarchie. Ils ne voulaient surtout pas qu'un roi annule les dettes et rétablisse l'égalité. Rome est la première puissance a avoir refusé d'annuler une dette. Elle a déclaré la guerre à Sparte, en Grèce, pour renverser les gouvernements et les rois qui voulaient remettre les compteurs à zéro.
Michael HUDSON, Arte, Survivre au progrès, 05/06/2012.

De bonne guerre...

La définition de la propriété privée qui est la nôtre aujourd'hui, associée à l'héritage, favorise une hétérogénéité dans la répartition du patrimoine. A cela vient s'ajouter la pratique du prêt à intérêt, qui fait que l'argent appelle toujours davantage l'argent. Il en résulte une concentration de la richesse toujours croissante (le mouvement s'est accéléré depuis 2008 à l'échelle de la planète entière). Seuls des évènements tragiques tels que les catastrophes naturelles ou les guerres contribuent à rétablir une meilleur homogénéité. Les politiques fiscales efficaces, dont ce devrait être le rôle, n'y parviennent qu'exceptionnellement en raison de la capacité des plus riches à trouver les moyens de s'y soustraire. Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 312.
Un autre Paul est sur la même ligne...
Paul Krugman, avec un cynisme amer, rappelle que ce qui a sorti le monde de la crise fut un colossal plan de relance appelé "Seconde Guerre mondiale". Michel MUSOLINO (2012), La crise pour les nuls, First Editions, p.28.
Mais évidemment ça se discute...
Portraying WWII as bounteous economically because statistical measures bettered is like confusing a high batting average with winning championships. You can hit well and still lose. Normally, hitting safely and decreased joblessness reflect success, but war is different. Unemployment lessened because the draft sent men into combat. Increasing production because women were forced into factories building bombs is deceptiveForbes.com
D'autant qu'il est possible de s'interroger en ces termes : la guerre est-elle une condition suffisante ou nécessaire ? Car si la guerre peut apparaître de prime abord comme le seul véritable moyen de "rebattre les cartes", elle pourrait tout aussi bien être le début d'un chaos sans fin si elle n'est pas suivie de la mise en place de politiques "progressistes" et responsables.
Cela n'a pas été le cas à l'issue de la Première guerre mondiale : l'humiliation du Traité de Versailles et la loi de la jungle dans l'économie financière ont contribué, si ce n'est engendré, la crise de 1929 puis la Seconde Guerre mondiale.
Cette dernière, à l'inverse, a vu la Déclaration de Philadelphie poser les fondements d'une reconstruction de l'Europe sur des bases "humanistes". Ainsi, peut-être, les Trente Glorieuses ne s'expliquent-elles pas tant par la nécessité de reconstruire une Europe ravagée, que par la mise en place de politiques progressistes...