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Despotisme ruisselant...

Je ne saurais citer ici toutes les preuves tirées des sociétés primitives, mais je puis affirmer, en m'appuyant à la fois sur mes propres recherches et sur mes lectures, que dans ces sociétés où une fraction de la population vit dans la servilité, la condition de la femme, spécialement dans la vie conjugale, est proportionnellement inférieure à celle de l'homme. Ce fait apparaît souvent avec évidence dans les sociétés où la masse de la population est assujettie à une classe dirigeante qui l'exploite. Selon la remarque pertinente de Montesquieu, deux choses sont étroitement liées : le pouvoir despotique du prince entraîne naturellement la servitude de la femme ; l'esprit de la monarchie, la liberté de la femme.
E.E. EVANS-PRITCHARD, La femme dans les sociétés primitives, p. 38.

Saignée triangulaire...

Les différentes raisons évoquées pour expliquer le retard de développement de l'Afrique...
 
Mondialisation...
[Selon John Christensen (directeur de TJN)], l'une des failles les plus dangereuses de l'économie mondiale [les paradis fiscaux], a privé, par exemple, 33 pays africains de 1 000 milliards de dollars de capitaux depuis 1970.
Alain FAUJAS, Le Monde, 08/11/2013, Supplément Eco & Entreprise, p. 3.

Paludisme
L'Afrique est le premier continent touché (avec 85 % des cas et 90 % des morts) [...]. Le paludisme y fait encore 660 000 morts par an, essentiellement des enfants. 
[...] En 2000, l'OMS publie [...] une étude choc : elle montre que le PIB de l'Afrique subsaharienne, 300 milliards de dollars à l'époque, serait supérieur de 100 milliards si le paludisme avait été éliminé dans les années 1960.
Le coût économique direct annuel du paludisme en Afrique est estimé à  12 milliards de dollars. On évalue à 1,1 millions, le nombre de victimes sauvées cette dernière décennie grâce aux nouveaux traitements.
Chloé HECKETSWEILER, Le Monde, 05/11/2013, p. 9.

Esclavagisme...
[...] Nathan Nunn (Harvard) montre que les pays d'Afrique les plus pauvres, comme l'Angola, l'Ethiopie et le Tanzanie, sont aussi ceux qui ont fourni le plus d'esclaves. Or, ces régions étaient initialement les plus riches, cette richesse leur permettant de procéder aux opérations d'échange et de crédits nécessitées par la traite des hommes. 
[...] James Fenske (Oxford) et Namrata Kala (Yale) montrent que, durant les périodes de sécheresse, la hausse du prix de la nourriture et l'augmentation de la mortalité avaient pour effet de réduire le commerce d'esclaves. Or, il se trouve que les ports situés près de ces zones sont aujourd'hui ceux qui connaissent le niveau de vie le plus élevé. 
Enfin, le découpage arbitraire du continent par les pays colonisateurs a entraîné la multiplication de conflits civils, et donc retardé le développement. 
[...] Selon Nunn, l'esclavage expliquerait 70 % de l'écart de niveau de vie entre l'Afrique et le reste du monde. S'il n'avait pas eu lieu, l'Afrique connaîtrait un niveau de vie semblable aux autres régions en développement.
Gilles RAVEAUD, Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 102.

Dommages...

[Suite à l'abolition de l'esclavage,] le Parlement de Londres a versé, en 1833, 20 000 000 de livres [de dommages et intérêts] aux 3 000 propriétaires d'esclaves, soit l'équivalent de plus de 30 000 000 d'euros chacun.
Gilles RAVEAUD, Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 102.

Enchaînés romains...

Dans la domus [maisonnée], qui ne comporte nul espace réservé aux femmes ou aux domestiques, Romains libres et esclaves vivent dans une certaine promiscuité et forment, bon gré mal gré, une famille affective. 
[...] Même les Romains vivant en location dans des immeubles collectifs disposaient d'un ou deux esclaves : "Pour un homme libre, ne pas en posséder était le comble de la pauvreté, précise Philippe Moreau (1). Certains membres de l'ordre sénatorial en avaient des centaines, voire des milliers à leur service, en ville et dans leurs propriétés de province."
[...] Si la majorité servile a pour horizon un éventuel affranchissement, les hommes  ingénus (nés libres) qui se sont vendus en esclavage ne peuvent espérer recouvrer leur liberté. Or, des plébéiens pauvres choisissent cette option irréversible, qui leur ouvre l'accès aux professions de trésorier ou d'intendant. "Les chances d'ascension sociale pour les esclaves étaient somme toute moins faibles que pour la classe qui était au-dessus d'eux, la plèbe libre" écrit Paul Veyne.
Marie BARRAL, Vivre à Rome au temps de Césars, Les cahiers de Science & Vie, 04/2013, p. 66.
(1) Chercheur et professeur de langue et littérature latine à l'université Paris-Est-Créteil.

Barbecues...

Aux États-Unis, des années 1890 aux années 1950, plus d'une centaine de personnes ont été lynchées, en moyenne chaque année [90 % d'entre-elles étaient noires]. Cette pratique sauvage [qualifiées de negro barbecues] était aussi un spectacle, auquel on conviait souvent les enfants. Des cartes postales en étaient tirées.
[...] Hose fut enchaîné à un arbre, mutilé (sexe, mains,oreilles), avant d'être arrosé d'essence et brûlé vif. La foule se disputa ses restes carbonisés, y compris son coeur, dont une tranche fut offerte au gouverneur de Géorgie. 
[...] Les écoles du voisinage avaient modifié leurs horaires pour que les enfants puissent assister au spectacle. 
[...] Les participants prennent des photographies pour leur propre compte, qu'on retrouve encore aujourd'hui dans les albums de famille, entre la naissance du petit dernier et la communion de l'aînée. "C'était vraiment marrant cette odeur quand il brûlait, et sa chair cuisait en faisant des grésillements comme si on avait rôti un cochon ou une vache [...]"
Books, 10/2012, p. 82.

 Lynchage de Rubin Stacy à Fort Loderdale (Floride).1935.

  Lynchage de Thomas Shipp et Abram Smith à Marion (Indiana). 1930.

 Lynchage de William Brown. Omaha (Nebraska). 1919.

Voilà, voilà...