Transparence déloyale...

[...] L'obligation de divulguer tous les éléments cliniques [des essais menés avant mise sur le marché de nouveaux médicaments] pourrait dissuader les firmes d'investir du temps, de l'énergie et de l'argent dans la production de médicaments innovants, alors que leurs concurrents pourraient se contenter de faire des "me-too" (copies) en exploitant les informations publiées. Scénario peut-être improbable pour une grande firme, mais vrai sujet pour des petites sociétés de biotechnologie qui n'ont pas le personnel et les ressources nécessaires pour concurrencer une multinationale.
Andrew MARSHALL, Nature Biotechnology, 05/2013.
Books, 09/2013, p. 44.

Ayatolérant...

Bien que la législation iranienne autorise la peine de mort contre les homosexuels, la République islamique aide à financer sept fois plus d'opérations volontaires de changement de sexe que l'Union européenne toute entière.
Lawrence ROSEN, The American Interest, 01-02/2013.
Books, 09/2013, p. 51.

Saignée triangulaire...

Les différentes raisons évoquées pour expliquer le retard de développement de l'Afrique...
 
Mondialisation...
[Selon John Christensen (directeur de TJN)], l'une des failles les plus dangereuses de l'économie mondiale [les paradis fiscaux], a privé, par exemple, 33 pays africains de 1 000 milliards de dollars de capitaux depuis 1970.
Alain FAUJAS, Le Monde, 08/11/2013, Supplément Eco & Entreprise, p. 3.

Paludisme
L'Afrique est le premier continent touché (avec 85 % des cas et 90 % des morts) [...]. Le paludisme y fait encore 660 000 morts par an, essentiellement des enfants. 
[...] En 2000, l'OMS publie [...] une étude choc : elle montre que le PIB de l'Afrique subsaharienne, 300 milliards de dollars à l'époque, serait supérieur de 100 milliards si le paludisme avait été éliminé dans les années 1960.
Le coût économique direct annuel du paludisme en Afrique est estimé à  12 milliards de dollars. On évalue à 1,1 millions, le nombre de victimes sauvées cette dernière décennie grâce aux nouveaux traitements.
Chloé HECKETSWEILER, Le Monde, 05/11/2013, p. 9.

Esclavagisme...
[...] Nathan Nunn (Harvard) montre que les pays d'Afrique les plus pauvres, comme l'Angola, l'Ethiopie et le Tanzanie, sont aussi ceux qui ont fourni le plus d'esclaves. Or, ces régions étaient initialement les plus riches, cette richesse leur permettant de procéder aux opérations d'échange et de crédits nécessitées par la traite des hommes. 
[...] James Fenske (Oxford) et Namrata Kala (Yale) montrent que, durant les périodes de sécheresse, la hausse du prix de la nourriture et l'augmentation de la mortalité avaient pour effet de réduire le commerce d'esclaves. Or, il se trouve que les ports situés près de ces zones sont aujourd'hui ceux qui connaissent le niveau de vie le plus élevé. 
Enfin, le découpage arbitraire du continent par les pays colonisateurs a entraîné la multiplication de conflits civils, et donc retardé le développement
[...] Selon Nunn, l'esclavage expliquerait 70 % de l'écart de niveau de vie entre l'Afrique et le reste du monde. S'il n'avait pas eu lieu, l'Afrique connaîtrait un niveau de vie semblable aux autres régions en développement.
Gilles RAVEAUD, Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 102.

Pas si net...

Serions-nous victimes d'Internet-centrisme, comme le pense le chercheur Evgeny Morozov ? Selon lui, la promesse portée par Internet autour des valeurs d'horizontalité, de décentralisation et d'émancipation nous porte à vouloir réformer le monde autour de nous selon les mêmes principes. Un biais idéologique naïf, selon lui. D'abord parce qu'Internet cache une autre forme de centralisation et de nouvelles hiérarchies. Ensuite parce que la participation et la décentralisation ne sauraient résoudre tous les problèmes.
Alternatives Economiques, 06-07/2013, p. 87.

Immobilisant...

Il existe une forte corrélation entre le taux de chômage et la proportion des ménages propriétaires de leur logement. Ce constat, dressé par l'économiste Andrew J. Oswald, se fonde sur l'examen des statistiques américaines, Etat par Etat, sur plusieurs décennies : quand le taux de propriété double, le taux de chômage est multiplié par plus de deux. Explication avancée : la propriété du logement freine la mobilité et allonge les temps de trajet domicile-travail...
Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 82.
High Home Ownership as a Driver of High Unmployment, www.voxeu.org.

Dommages...

[Suite à l'abolition de l'esclavage,] le Parlement de Londres a versé, en 1833, 20 000 000 de livres [de dommages et intérêts] aux 3 000 propriétaires d'esclaves, soit l'équivalent de plus de 30 000 000 d'euros chacun.
Gilles RAVEAUD, Alternatives Economiques, 07-08/2013, p. 102.

Mini...

Si le chômage est bas en Allemagne, c'est grâce aux dispositifs permettant de réduire le travail en période de crise, tels que le chômage partiel et les comptes épargne-temps.
[...] Si plus de 2 millions d'emplois ont ainsi été créés entre 2002 et 2011, le nombre de CDI à temps plein a lui... reculé ! A l'inverse, les mini-jobs, payés au maximum 450 euros et qui n'ouvrent pas droit à l'assurance chômage, représentent désormais un emploi sur cinq.
Gilles RAVEAUD (propos de Arnaud CHEVALIER), Alternatives Economiques, 06/2013, p. 88.

Trop de pauvres tue le pauvre...

Comme toujours en période de difficultés économiques, il se trouve une partie de la population pour estimer que les droits en question [Sécurité sociale...] sont trop généreux, et pour souhaiter punir ceux qui y ont recours : le devoir se mue alors en contrepartie, car il s'agit de faire rembourser par le pauvre valide ce que la société lui a accordé. L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes) s'en indigne, et montre que cette logique, d'esprit marchand, est aux antipodes de la solidarité et détruit le lien social, puisque le pauvre est suspecté d'abuser. Mais de quoi abusent les 62 % d'allocataires potentiels du RSA qui ne le demandent pas, s'indigne l'Onpes ?
Daniel CARDOT, Alternatives Economiques, 06/2013, p. 86.
Penser l'assistance, Rapport de l'Onpes, La Documentation française, 2013.

In and out...

Sous la surface de l'immigration et de l'émigration...
9. Le solde migratoire de la France est plus faible qu'ailleurs : il ne représente que 0,1 % de la population chaque année, contre 0,2 % en moyenne en Europe. Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques  06/2013, p. 60.
8. La France accueille la plus grande communauté musulmane d'Europe, 5 millions de personnes, dont la moitié est française. Le Nouvel Observateur, 09/2012, p. 104. 
7. Selon l'Institut national d'études démographiques (INED), la France comptait 5,1 millions d'immigrés [toute personne née étrangère, à l'étranger, et résidant sur le territoire national] au 1er janvier 2006 (soit environ 8 % de la population totale), dont 3,6 millions d'étrangers (5,8 % de la population totale). Ce qui signifie que 1,5 millions de ces immigrés sont en réalité de nationalité française. Alternatives Economiques, 05/2011, p. 60. 
6. Selon les Nations unies, la part des immigrés [toute personne ayant franchi au moins une frontière depuis leur naissance, donc y compris les français nés à l'étranger], dans la population hexagonale passe alors à 10,6 % selon les projections réalisées pour l'année 2010 [14 % en Espagne, 13 % en Allemagne, 13,5 aux Etats-Unis...]. Alternatives Economiques
05/2011, p. 60. 
5. Les immigrés originaires des pays membres de l'actuelle Union européenne à 27 représentent 35 % de la population immigrée totale, et près de 40 % si on y ajoute les pays européens non membres de l'Union. Alternatives Economiques, 05/2011, p. 60. 
4. Depuis 2003, ce sont entre 200 000 et 210 000 ressortissants étrangers qui s'établissent [légalement] en France chaque année [dont un quart de ressortissants de l'Union européenne]. Alternatives Economiques, 05/2011, p. 61. 
3. La famille reste le premier motif d'admission : il concernait 77 000 personnes en 2008, selon l'INED [dont 58 % sont des conjoints, des descendants ou des ascendants de Français]. Alternatives Economiques05/2011, p. 61. 
2. Depuis 1990, le solde migratoire [différence annuelle entre les entrants et les sortants] a augmenté, passant de 40 000 personnes par an à 75 000 en 2010 selon les estimations de l'INSEE. Ce chiffre reste deux fois moins important que celui enregistré dans les années 1960. Alternatives Economiques05/2011, p.62. 
1. Près de 32 000 personnes entrées irrégulièrement ont obtenu un titre de séjour en 2009 selon le rapport du Comité interministériel [...]. 228 000 ont été régularisés depuis 2002, contre 164 000 expulsionsAlternatives Economiques, 05/2011, p. 63.

Plus de place...

La France arrive en dernière position au sein de l'Union européenne pour le poids de la fiscalité environnementale dans ses recettes fiscales.
Eloi LAURENT, Alternatives Economiques, Hors-Série n° 97, p. 79.

Collectivisation latente...

[...] On se trompe [...] quand on assimile nos économies monétaires à des économies purement marchandes, en associant du coup le combat en faveur de la décroissance à la lutte contre la "marchandisation du monde" : les économies développées se caractérisent en effet par une hausse tendancielle de la part des richesses qui échappe à une logique purement marchande et privée, via les fameuses "dépenses publiques".
Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques, Hors-Série n° 97, p. 71.

Diviser pour mieux unir...

La recherche de l'abondance par la production et le travail est aux yeux d'Adam Smith, par exemple, le moyen de renforcer la cohésion des sociétés en accroissant les liens d'interdépendance entre les individus. Un siècle plus tard, le sociologue Emile Durkheim reconnaîtra à son tour la fonction morale de la division du travail. Cette dernière induit une solidarité fonctionnelle qui tient au fait que chacun a besoin des autres pour produire.
Sébastien LEGAY, Alternatives EconomiquesHors-Série n° 97, p. 69. 

Agro-écologie, ou pas...

Sous la surface des pratiques agricoles  et de leur impact écologique. Sous la surface de l'écologie, et son impact sur l'agriculture...
5. La surface totale des surfaces agricoles disponibles sur Terre stagne depuis 1991 et est même repassée sous les 1,4 milliards d'hectares. Manuel DOMERGUE, Alternatives EconomiquesHors-Série n°97, p. 60. 
4. L'agriculture a doublé sa consommation d'eau depuis 1960 et triplé ses prélèvements sur les stocks d'eau non renouvelables dans les nappes phréatiques. Thierry PECH, Alternatives Economiques09/2012, p. 33. 
3. Il faut à peu près une tonne d'eau pour produire un kilo de céréales, quelle que soit la céréale. Pour produire un kilo de poulet, il faut quatre tonnes d'eau. Pour produire un kilo de porc, il faut six tonnes d'eau. Arte, Vers un crash alimentaire, 26/06/2012. 
2. [...] Les terres arables se font plus rares : on comptait 0,35 hectare par personne en 1960, contre 0,2 aujourd'hui, soit un tiers de moins. Thierry PECH, Alternatives Economiques, 09/2012, p. 33. 
1. 10 000 mètres carrés de terres agricoles disparaissent chaque seconde dans le monde (dont 25 mètres carrés en France). Alternatives Economiques, 07-08/2012, p. 99.

L'origine des langues - Merritt Ruhlen

[...] Depuis au moins deux siècle, les linguistes [... ont] montré que les langues actuellement parlées sur Terre (environ 5 000) sont toutes les descendantes d'une seule langue ancestrale. Page 13. 
[... Pourtant] la plupart des linguistes (en fait, pratiquement tous) n'ont pas conscience de l'existence d'une telle preuve dans la littérature linguistique. En effet, la plupart des détenteurs d'un doctorat en linguistique croient non seulement qu'elle n'existe pas, mais surtout qu'elle ne peut pas exister, pour des raisons imaginaires [...]. Page 14. 
[...] Les langues n'empruntent que certains types de mots. Le cas le plus fréquent est celui où le nom d'une chose est emprunté en même temps que la chose elle-même. En revanche, des mots du vocabulaire de base comme "je, moi", "tu, toi", "deux", "qui ?", "dent", "coeur", "oeil", "langue", "non", "eau" et "mort" sont rarement empruntés, et même jamais empruntés dans un grand nombre de langues couvrant des zones géographiques étendues. [...] Quand nous trouvons des mots de cette sorte qui se ressemblent dans une vaste zone géographique, l'explication la plus vraisemblable est que ces ressemblances dérivent d'une ancienne migration de peuples. Page 32. 
L'auteur propose de nombreux tableaux de mots issus de différentes langues qu'il propose au lecteur de classer par familles...
[...] Nous avons comparé des langues de toute la planète [...] et partout nous avons pu les regrouper en familles évidentes, qui sont toutes reconnues comme valides. Nous avons ensuite appliqué ces mêmes techniques à ces familles [...] et là encore, nous sommes parvenus à une classification convaincante, comprenant deux grands groupes et deux familles isolées. Et pourtant, la science des experts dénie tout lien entre aucune de ces familles. Comment est-ce possible ? Page 116. 
[...] Les experts ne savent que ce qu'ils ont appris à l'école. Page 118. 
[...] Il me semble que l'explication réside pour une large part dans l'ethnocentrisme, l'eurocentrisme, en l'occurrence, des savants [du XIXe siècle, qui] eurent l'espoir d'être [...] tout aussi uniques que [la] merveilleuse famille [de langue à laquelle ils appartenaient, l'indo-européen]? Page 120. 
[...] Mais comment les indo-européanistes ont-ils pu perpétuer cette mythologie pendant tout notre siècle ? Je crois sur ce point qu'ils ont bénéficié du changement d'optique affectant l'ensemble de la linguistique, qui est passée d'un point de vue historique à un point de vue structural. [...] Aucun des manuels [de linguistique] ne dit un mot de la façon dont on découvre des familles de langues : la classification, fondement de la linguistique historique, n'est purement et simplement pas abordée. Page 122. 
[...] Ces préjugés sont aujourd'hui toujours bien vivants, mais [...] ils semblent perdre de plus en plus de leur crédit. Des faits extérieurs à la linguistique [archéologie, génétique des populations], et les données même de la linguistique comparée, mises sous le boisseau pendant le dernier siècle, mènent les chercheurs à une vision de la préhistoire humaine bien plus complète que ce que nous osions espérer auparavant. Page 123. 
[...] Si un biologiste s'avisait d'exiger une reconstruction complète du proto-mammifère, avec une explication complète de comment cette créature a évolué en chaque espèce de mammifère connue, avant d'admettre le fait que les êtres humains sont apparentés aux chats et aux rats, ses collègues croiraient à une plaisanterie. C'est pourtant une absurdité équivalente que les indo-européanistes enseignent dans les universités depuis si longtemps que la plupart des linguistes ne sont même pas conscients de sa nature mythique. Page 194. 
[Le comble est que] William Jones [a découvert] la famille indo-européenne sans avoir d'abord reconstruit le proto-celtique, ni le proto-germanique, ni le proto rien du tout. William Jones a simplement vu que ces langues partageaient certaines ressemblances qui les distinguaient des autres langues. Page 203. 
[...] On attend aujourd'hui d'un spécialiste qu'il sache tout à propos de la famille qu'il étudie [...] Cette vision compartimentée de la connaissance a abouti a une situation dans laquelle [...] les spécialistes sont incapables de se rendre compte de l'existence des structures communes, même les mieux représentées, simplement parce qu'aucun n'est au courant de ce qui existe hors de son étroite approche. Page 202.
Merritt Ruhlen, L'origine des langues, Folio, 2007. 

Crédit boursier...

[...] Pour les entreprises françaises, le poids des actions [dans leurs sources de financement] a [...] doublé en l'espace de trois décennies, passant de 28 % en 1979 à 55 % en 2011. [L'endettement bancaire] ne représente plus désormais qu'environ un quart de leur passif, contre près de 40 % trente ans plus tôt.
Alternatives Economique, Hors-Série n° 97, 2013, p. 31.

Belle époque...

La forte croissance en Europe et aux Etats-Unis entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1973 n'a été possible que parce qu'elle réunissait trois conditions.
Premièrement : le faible degré d'ouverture internationale de l'économie a tenu l'industrie et son marché à l'abri de la concurrence extérieure et obligé à recourir à la production locale de biens d'équipement. Deuxièmement : la modernisation de l'appareil de production a conduit à d'importants gains de productivité. Troisièmement : la stabilité du rapport de force entre le capital et le travail a permis aux salariés d'obtenir des gains de pouvoir d'achat en contrepartie des gains de productivité, et de fournir ainsi un débouché de consommation aux biens mis sur le marché. L'accélération de l'inflation causée par le choc pétrolier, l'épuisement des bénéfices de la modernisation productive, mais aussi la mondialisation et la financiarisation ont eu raison de ce cercle vertueux.
Alternatives Economiques, Hors série n° 97, Faut-il dire adieu à la croissance ? 2013, p. 19.

Coal or not coal ?

Un faisceau de facteurs se concentrent en Angleterre pour déclencher la révolution industrielle : une forte demande intérieure (grâce à la révolution agricole), l'unification du marché intérieur, l'accès aux marchés de la péninsule ibérique et de l'Europe du Nord, la pénurie de main-d'oeuvre stimulant l'innovation,...
La pénurie de main-d'oeuvre peut semble-t-il être relativisée...
[...] Des pauvres, il y'en avait alors beaucoup en Angleterre, du fait de la révolution agricole : privés de la possibilité de faire paître quelques bêtes sur les terres en jachères, ils affluent en masse dans les villes, à la recherche d'un emploiAlternatives Economiques, Hors série n° 97, Faut-il dire adieu à la croissance ? 2013, p. 14.
...un partage du pouvoir entre la noblesse volontiers entrepreneuse et la grande bourgeoisie, les capacités d'investissement liées à un système bancaire performant, un environnement culturel et religieux favorable à l'esprit d'entreprise... Alternatives Economiques, Hors série n° 93, Comment sauver l'industrie ? 2012. Alternatives Economiques, Hors série n° 97, Faut-il dire adieu à la croissance ? 2013, p. 17.
L'historien David Landes, souligne aussi le rôle des institutions, la liberté et les droits de propriété garantis grâce au régime de type quasi parlementaire établi dès 1688 en Angleterre avec la "Glorieuse Révolution" ayant contribué à rendre plus sûrs les investissements pour la production de biens et de services. 
... Autant de facteurs jugés secondaires par Kenneth Pomeranz, pour qui l'avantage décisif du Royaume-Uni (sur la Chine en particulier, considérée comme étant par ailleurs dans une situation comparable)...
... vient de sa réserve abondante de charbon, qui lui permet d'économiser le bois...
... et de ses colonies, qui lui fournissent la matière première de l'industrie cotonnière. La terre peut alors continuer à nourrir les hommes et l'industrie peut décoller.
Alternatives Economiques, Hors série n° 93, Comment sauver l'industrie ? 2012.

Jean-Marc Jancovici, par exemple, insiste sur le facteur déterminant de la disponibilité d'une énergie pas chère pour générer une croissance forte et à fortiori, une révolution industrielle >>


Jared Diamond souligne le rôle de l'insularité de l'Angleterre dans son succès économique...
En Europe même, l'Angleterre a bénéficié d'avantages supplémentaires : le fait d'être une île peu exposée aux risques d'invasion et de border l'océan Atlantique, qui s'est ouvert au commerce international après 1492.
Jared DIAMOND (New York Review Of Books, 06/2012), Books, 04/2013, p. 54.

La part du gâteau...

Sous la surface de la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et dividendes...
7. [...] Alors que dans les années 1970, les entreprises consacraient deux fois plus d'argent à leurs investissements nets qu'à la rémunération des propriétaires de leur capital, cette proportion est inversée aujourd'hui. Alternatives Economiques, 06/2012, p. 6.
6. [Entre début 2008 et le second semestre 2012, dans les sociétés non financières,] le poids des intérêts versés aux banquiers a baissé de 2 % à 1 % de la valeur ajoutée  [...] Le pourcentage des dividendes versés aux actionnaires [...] est passé de 8 % à 8,9 % (de la valeur ajoutée).  Alternatives Economiques, 12/2012, p. 74.
5.[Deux chercheurs, Christopher Lantenois et Benjamin Coriat] ont observé [sur un panel de firmes françaises et allemandes sur la période 1997-2007], une hausse de la distribution des profits aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d'actions, ainsi qu'un recentrage sur un nombre restreint d'activités. » Alternatives Economiques, date inconnue, p. 49. 
4. Au cours des cinq dernières années, la part qui a été donné en rémunération du capital, les dividendes, ça a augmenté de 27 %. La masse salariale [...] n'a augmenté que de 12 %. Maintenant si vous regardez sur 30 ans, [...] la part prise par le capital c'était 3 % de la richesse, aujourd'hui, c'est 9 %. Jean-Luc MELENCHON, France 3, 12/13, 11/11/2012. 
3. Sur a période 2006-2010, la valeur ajoutée des entreprises a augmenté de 7,5 % en termes nominaux, ce qui représente un volume de 74 milliards d'euros. L'essentiel de cette progression, 82 % exactement, [...] est allé aux salariés sous forme de salaires, de cotisations sociales ou d'impôts sur les salaires ! Ainsi, la part de la valeur ajoutée consacrée au travail, directement ou indirectement, est passée de 66,9 % à 67,9 % sur cette période. Le revenu disponible ajusté des ménages a crû de 5,8 % en termes réels sur la période 2006-2010, grâce notamment a une progression des prestations sociales de 10,1 %, tandis que les salaires nets augmentaient de 3,6 %. Denis KESSLER, Challenges, n° 261, p 34.
2. Les chiffres de l'OCDE, montrent que dans tous les pays depuis 30 ans, ce qui va au salaire par rapport à ce qui va aux dividendes [...], est à un plus bas historique, est passé de 67 % du PIB [...] à 57 % il y a cinq ans quand la crise a éclaté. Pierre LARROUTUROU, France Inter, 3D le journal, 15/04/2012.
1. Sur très longue période, le partage de la valeur ajoutée est en général stable, autour de deux tiers pour les salaires et un tiers pour les profits [...]. Les chocs pétroliers des années 1970 entraînent une nette diminution du taux de marge [la part de la valeur ajoutée qui rémunère les apporteurs de capitaux]. L'endettement des entreprises [...] atteint alors ses limites et montre qu'il n'est pas soutenable [...]. [En France], les salaires seraient plus élevés de 5 % environ si le partage était resté stable [depuis les années 1960]. Alternatives Economiques, n° 307, p. 82.

Gynécène...

Sous la surface du statut de la femme dans l'histoire : la révolution civilisationnelle en cours...
[...] Cela fait longtemps que les filles réussissent mieux que les garçons les épreuves du baccalauréat et la majorité des étudiants sont désormais des étudiantes. Une fois diplômées, elles ont aussi davantage de chances qu'eux de trouver un travail et deviennent de plus en plus souvent le soutien de famille
[... Il s'agit certainement] de la plus grande révolution sociale de notre temps. 
[... Dans] une étude menée dans cinq pays par le spécialiste James Flynn, le QI des filles de 14 à 18 ans est légèrement supérieur à celui des garçons dans quatre pays sur cinq. 
[...] D'ici une génération, les Britanniques ne s’inquiéteront plus du manque de femmes à la direction des entreprises nationales. 
[...] Dans tous les pays riches, il y a désormais plus de femmes qui épousent un homme de niveau d'instruction inférieur que l'inverse (28 % contre 19 % aux Etats-Unis en 2007). [...] Au Japon et en Corée, [...] certains hommes recherchent une femme originaire d'une culture garantissant tranquillité et soumission. [...] Le démographe espagnol Albert Esteve, note pour sa part que bien des hommes de son pays préfèrent désormais épouser une immigrée d'Amérique latine ou d'Europe de l'Est : "Pour eux, les Colombiennes sont les Espagnoles d'il y a cinquante ans." 
[...] Le hook-up est une approche [...] directe, consistant à "ferrer" quelqu'un sexuellement, généralement le temps d'une soirée [...] qui s'est répandu comme un trainé de poudre dans les universités américaines. Il a été initié par les garçons, mais l'avantage est aujourd'hui nettement du côté des filles estime Hanna Rosin. [...] Les sociologues notent que, pour les filles issues de petites villes conservatrices, la découverte de la culture du hook-up est l'occasion d'une rupture au profit d'une vie sociale plus excitante, marquée par une vraie possibilité de carrière et un mariage retardé de dix ou quinze ans.
Dans le même temps...
Sur les campus du pays [Etats-Unis], une femme sur quatre sera violée ou agressée sexuellement avant la fin de ses études, selon un rapport de la justice américaine datant de 2010. Certaines facs font tout pour éviter que les victimes ne portent plainte. Cela donnerait une mauvaise image de l'université. Canal +, L'effet papillon, 06/2013.
[...] Le déclin de la discrimination scolaire et le développement de l'instruction au plus jeune âge permettent aux filles de récolter les fruits de leur maturité plus précoce, de leurs compétences verbales et de leur capacité de concentration
[...] Comme le montrent les économistes, les jeunes filles ont rapidement repensé leur avenir dès la généralisation de la pilule. Leurs carrières étant moins sujettes à interruption par les grossesses imprévues, elles ont commencé d'investir dans les études et la formation. Leurs parents aussi. Au printemps 2012, un important groupe de recherche américain [Pew Research Center] révélait que les jeunes femmes attachent désormais plus d'importance que les jeunes hommes à la perspective d'une carrière à hauts revenus
[...] Une étude savante fondée sur des statistiques danoises révèle que les hommes moins bien rémunérés que leur compagne sont plus susceptibles que les autres de suivre un traitement pour troubles de l'érection
[...] Les données américaines montrent que, en 2010, les femmes non mariées et sans enfants âgées de 22 à 30 ans gagnaient autant que leurs homologues masculins au sein de la population "blanche" et un peu plus au sein de la population "latino". Pour cette catégorie, l'écart habituellement observé entre la rémunération des hommes et celle des femmes a disparu. [...] Les Irlandaises sans enfants, quant à elles, sont payées 17 % de plus, en moyenne, que les Irlandais sans enfants. [...] Et, au Brésil, près d'une femme sur trois gagne davantage que son mari, nous apprend The Economist
[...] Nos contemporaines [...] renouent avec ce rôle originel de cosoutien de famille [cueillette à la Préhistoire]. L'université est faite pour le cerveau féminin. Car enfin, qu'y fait-on ? On s'y assoit. On y lit. On y écrit et on y parle. Helen FISHER, Bio-anthropologue.
Lyza MUNDI, The Spectator, 07/2012. Books, 06/2013, p. 25.

[...] Selon presque tous les critères, les garçons dans l'ensemble du pays [Etats-Unis], quel que soit le groupe démographique, sont en train de décrocher. Dans le primaire, ils ont deux fois plus de risques de se voir diagnostiquer des troubles de l'apprentissage que les filles, et deux fois plus de probabilités d'être placés dans des classes d'éducation spéciale
[...] Selon une étude de l'université du Michigan, le pourcentage des garçons disant n'avoir pas aimé l'école a augmenté de 71 % entre 1980 et 2001 [En France, 38 % des garçons disent s'ennuyer à l'école, contre 29 % des filles]. Mais c'est à l'université que l'évolution est la plus manifeste. Dans le premier cycle il y avait, voilà trente ans, 58 % de jeunes hommes ; ils sont désormais en minorité à 43 % en 2010. 
[...] Des universitaires, notamment Christine Hoff Sommers, de l'American Enterprise Institute, imputent la responsabilité du décrochage des garçons au dévoiement du féminisme. Dans les années 1990, [...] alors que les filles progressaient clairement et régulièrement vers la parité à l'école, les enseignantes féministes continuaient à les juger défavorisées et leur prodiguaient un maximum de soutien et d'attention. De leur côté, les garçons, dont les performances avaient déjà commencé de péricliter, étaient abandonnés à leur sort, et on laissa leurs difficultés s'aggraver. 
La première explication qui a été invoquée, c'est la féminisation massive du corps enseignant. L'instruction dispensée à l'école est identifiée aux rôles féminins. La culture, avec ses objets électifs que sont la lecture, le goût du langage châtié, c'est une affaire de filles, de "meufs", de "pédés". Elle est rejetée par les garçons. Ils se réfugient dans le repli, la contestation, la mise en cause du bon élève, du "bouffon"
[...] Je ne suis pas sûr que les garçons soient intrinsèquement déstabilisés par la concurrence de filles. En revanche, ils doivent forcément ressentir que les valeurs qui comptent au sein de la société actuelle sont des valeurs associées aux femmes : le rôle maternel, le soin, la sollicitude. D'où la tentation de se réfugier dans ces châteaux forts que sont l'informatique, le fric ou encore les spectacles sportifs, hauts lieux de la masculinité encore et toujours triomphante.
Marcel GAUCHET, philosophe et historien, Books, 06/2013, p. 35.

[...] En même temps, le nombre d'élèves par professeur a augmenté, la part dévolue à l'éducation physique et aux sports a diminué, et les récréations longues ne sont plus qu'un lointain souvenir. Ces nouvelles contraintes réduisent les points forts et accentuent les points faibles de ce que les psychologues appellent désormais le "cerveau de garçon", ce comportement agité, brouillon, très agaçant mais parfois brillant, dont les scientifiques pensent qu'il est non pas acquis mais inné
[... En réalité] le sujet [...] divise les chercheurs. Il n'en reste pas moins que nombre d'arguments plaident en faveur d'une plus grande fragilité du cerveau masculin : [...] troubles liés à l'autisme près de cinq fois plus fréquents chez les garçons, prévalence des troubles de l'anxiété 50 % plus élevée, 80 % des bègues sont de sexe masculin, deux fois plus sujets que les femmes aux maladies mentales graves et se suicident près de trois fois plus. De nombreux troubles psychiatriques sont liés au chromosome X ; [...] l'existence d'un deuxième X chez la femme, exerce peut-être un effet compensateur. 
[...] Presque tous les parents le savent, la plupart des gamines de 5 ans s'expriment mieux et savent reconnaître plus de mots. Les garçons ont une meilleure coordination visuomotrice, mais leurs gestes sont moins précis et certains peinent à contrôler le crayon ou le pinceau.
Voir des arguments relativisant ces capacités visuo-spatiales en faveur des hommes >> 
[...] Il y a trente ans, les féministes faisaient valoir que le comportement "masculin" classique était socialement déterminé ; aujourd'hui, les scientifiques pensent au contraire qu'il résulte de la différentiation chimique du cerveau mâle. [...] Les filles dont la mère a eu un haut niveau de testostérone durant la grossesse sont plus enclines à jouer avec des camions qu'avec des poupées. 
[...] Les primates préfèrent s'affronter les uns les autres plutôt que de paraître faibles. Selon les psychologues, c'est exactement le même impératif, dicté par l'évolution, qui pénalise les garçons au collège, et empêche les gamins en échec d'admettre avoir besoin d'aide.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les jeux vidéo ont une telle emprise sur [les garçons] : il y a constamment de l'action, chacun peut choisir son niveau de défi, et quand on perd, c'est à l'abri des regards. 
[...] Confrontés à des images de personnes en pleurs, les filles [de 11 à 18 ans] activent la partie droite du cortex préfontal, comme les adultes. Chez les adolescents mâles, [...] ce sont les deux côtés du cortex qui sont utilisés, ce qui témoigne d'une moindre maturité cérébrale. Le traitement de l'information est en outre plus rapide chez les adolescentes. 
[...] A travers l'Amérique, des pédagogues sont en train de ressusciter une vieille idée : séparer les garçons des filles [comme au collège Roncalli de Pueblo, dans le Colorado]. [...] Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais [dans cet établissement] les premiers signes sont encourageants : les plus timides des adolescents s'impliquent beaucoup plus. 
[...] L'un des indicateurs qui permet le mieux de prédire si un garçon réussira ou non au lycée tient en une seule question : y'a-t-il dans sa vie un homme qui puisse lui servir de modèle ? Trop souvent, la réponse est non. [...] 24 % des enfants américains de moins de 18 ans vivent avec leur mère seule. En France, c'est le cas de 17,7 % des "enfants" de moins de 25 ans. 
[... Dans] la Eagle Academy for Young Men de New York [...] presque chaque adolescent a un mentor, un policier, un avocat ou un chef d'entreprise issu du quartier, le South Bronx. L'impact de ce programme a été "abyssal" [selon David Banks son directeur].
Peg TYRE, Newsweek, 01/2006.
Books, 06/2013, p. 30.

Opulence...

Sous la surface de  l'apparition des inégalités : les contraintes démographique et écologique...
Dans un régime de chasseurs-cueilleurs nomades [mode de vie de nos ancêtres du paléolithique], [...] Chacun sait où trouver de quoi se nourrir et de quoi nourrir les siens. Chacun sait fabriquer un arc, ou sait fabriquer quelque objet utile qu'il échangera avec celui qui fabrique de meilleurs arcs. L'incitation principale qui pousse à acquérir en quantité les terres arables, les charrues ou les attelages, n'existe pas parce qu'il n'existe pas de gens suffisamment démunis auxquels on pourra les louer et en tirer un profit ou une rente.
Alain TESTART, Avant l'histoire, Gallimard 2013, p.273.

Pour Alain Testart, le profit, est une conséquence des inégalités.