Quand le dollar nous tue - Edouard Tétreau

Edouard Tétreau nous inquiète avec ses histoires de monnaie de singe en dollars...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
  1. [...] Cette fausse valeur [des milliers de millions de dollars injectés dans l'économie (sans contrepartie économique) par la FED, dit quantitative easing] est littéralement en train de faire sauter la planète en créant une inflation à la hauteur de l'ardoise qui doit être effacée : 20 000 milliards de dollars. Page 13.
  2. Le Trésor américain […] perd au rythme actuel 4 milliards de dollars par jour. Page 18.
  3. Rappelons qu'à l'origine des émeutes de Tiananmen, il y avait éventuellement désir de liberté ; il y avait surtout une population rudement éprouvée par une inflation à 20 %. Page 35.
  4. Depuis 2008, la Chine a accéléré la conversion de ses dollars en actifs plus tangibles : terres en Afrique, mines, actions de grandes sociétés, et dettes des pays européens. Page 49-50.
  5. L’Europe, l'Asie hors la Chine, l'Amérique latine et les grands pays musulmans […], deux fois plus importants que le tandem sino-américain, en terme de population et de richesse économique notamment, […] méritent d'abord de s'organiser et de se défendre. Page 53-54.
  6. General Motors et Chrysler n'ont dû leur survie et leur prospérité actuelle qu'à l'effacement de leurs dettes par le gouvernement américain. Page 63.
  7. En 2010, près de un million de voitures ont été vendues aux États-Unis grâce à des prêts... subprimePage 63.
  8. Comme l'aurait dit Churchill : « on peut faire confiance aux américains pour trouver la meilleure solution, après avoir essayé toutes les autres. ». Page 81.
  9. Depuis 1971, la masse des dollars en circulation dans le monde a été multipliée par 21, tandis que la richesse de l'Amérique, mesurée par son PIB, a augmenté sept fois moins vite. Page 109.
  10. […] La crise autour de l'euro, […] arrange formidablement bien les affaires de l'Amérique. Plus l'euro est décrédibilisé, plus les détenteurs d'excédents monétaires sont contraints et forcés d'acheter du dollars. Page 116-117.
Edouard TETREAU, Quand le dollar nous tue. Grasset, 2011.

Pour une révolution fiscale - Landais, Piketty, Saez

Thomas Piketty et ses acolytes nous brossent un portrait déplorablement inégalitaire de la fiscalité française...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. L'impôt sur le revenu ne représente que 6 % du total des prélèvements obligatoires (50 milliards d'euros sur 820 milliards). Les 94 autres pour cent sont payés par tous, et notamment par les revenus modestesPage 17.
2. Les patrimoines ne se sont jamais aussi bien portés depuis un siècle. Page 23. 
3. L'impôt sur les bénéfices (35 milliards) taxe les profits des sociétés à un taux effectif qui est actuellement de 20 %. Pages 45. 
4. Les 50 % des français les plus modestes (gagnant moins de 2200 euros brut par mois) font actuellement face à des taux effectifs d'imposition s'étageant de 41 % à 48 %. Les 40 % suivant dans la pyramide des revenus sont tous taxés à des taux de l'ordre de 48 % à 50 %. […] Puis à l'intérieur des 5 % des revenus les plus élevés (gagnant plus de 6 900 euros) et surtout des 1 % les plus riches (gagnant plus de 14 000 euros), les taux effectifs d'imposition se mettent très nettement à décliner et ne dépassent guère les 35 % pour les 0,1 % des Français les plus aisés (50 000 personnes sur 50 millions). Page 49. 
5. Les impôts sur la consommation, et plus encore les cotisations sociales, sont fortement régressifs : les premiers prélèvent près de 15 % des revenus des plus pauvres et à peine plus de 5 % de ceux des plus riches ; les secondes prélèvent 25 % des revenus les plus bas et moins de 5 % de ceux les plus élevés. Pages 50-52. 
6. Par définition, plus le couple est inégalitaire, plus la réduction d'impôt est importante : le quotient conjugal fonctionne de facto comme une machine à subventionner les couples inégaux ! Page 66. 
7. Moins de 20 % des revenus du capital réel [...] se retrouvent dans la base de l'impôt progressif sur le revenu. Par comparaison, plus de 90 % des revenus du travail réel [...] sont imposés au barème progressif d'imposition. Page 70. 
8. Pour les revenus financiers, on retrouve moins de 15 % des revenus réels dans la base d'imposition. Par exemple sur les quelques 170 milliards d'intérêts et dividendes reçus chaque année par les ménages d'après les comptes nationaux (40 milliards d'intérêts, 70 milliards de dividendes, 50 milliards de produits financiers crédités et recapitalisés sur les contrats d'assurance vie), moins de 20 milliards se retrouvent dans les déclarations de revenus. [...] Le total des dividendes reportés dans les déclarations de revenus atteint péniblement 13 à 14 milliards d'euros [...], alors que les allocations chômage reportées dans ces mêmes déclarations sont à elles seules deux fois plus élevées (28 à 29 milliards d'euros, soit légèrement plus que les revenus fonciers figurant dans les déclarations !). S'imagine-t-on sérieusement que les chômeurs reçoivent chaque année plus de richesses que les actionnaires ou les propriétaires fonciers de ce pays ? Page 71. 
9. Le quotient familial [...] bénéficie de manière disproportionnée aux 10 % des revenus les plus élevés. [...] Il est remarquablement stable, autour de 175 euros, pour l'ensemble des parents du premier au neuvième décile de revenus. Mais, pour les 10 % des revenus les plus élevés, le transfert net augmente soudain très fortement, jusqu'à 400 euros par mois, du fait de la rapide montée en puissance des effets du quotient familial [...]. Page 103. 
10. [...] Le bouclier fiscal n'inclut que l'impôt sur le revenu (IRPP et CSG), la taxe foncière et l'ISF, qui ne sont qu'une maigre partie des impôts. [...] Première injustice du bouclier : les Français qui paient effectivement 50 % de leurs revenu en impôts, c'est-à-dire les classes moyennes, sont bien plus nombreux et bien moins fortunés que les bénéficiaires du bouclier fiscal. La seconde absurdité tient au fait que le revenu pris en compte pour le bouclier est le revenu fiscal, qui est un concept absolument bâtard et, dans tous les cas, nettement inférieur au revenu économique réel pour les hauts revenus [...]. Ce qui est la source d'une troisième injustice : en pratique, les contribuables qui bénéficient du bouclier fiscal font massivement parti des 0,1 % des contribuables les plus riches, alors même que le taux effectif d'imposition de ce groupe est déjà inférieur à 50 %. Page 122.
    Camille LANDAIS, Thomas PIKETTY, Emmanuel SAEZ (2011)
    Pour une révolution fiscale, Seuil, 2011.

La trahison des économistes - Jean-Luc Gréau

Jean-Luc Gréau regrette que l'orthodoxie économique nous abreuve de mensonges et autres fausses évidences...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Si […] l’État français est menacé de ruine, […] comment [ses gouvernants] n'ont-ils pas été mis en garde par tous ces experts des marchés financiers […] chargés d'évaluer la dette des Trésors publics et leur degré de solvabilité ? Page 29. 
2. Les dirigeants économique du nouveau capitalisme asiatique, ont choisi des modèles d'expansion fondés sur la protection plus ou moins étanche de leurs marchés intérieurs et du capital de leurs entreprisesPage 38. 
3. Le projet apparemment audacieux du libre-échange mondial n'a pas vu le jour parce que les dirigeants politiques l'ont pensé comme une nécessité de développement de leurs économies nationales ou continentales, mais parce que les actionnaires les plus influents au sein des grandes bourses se sont mobilisés pour l'imposer. Page 49. 
4. La France n'est pas, ou pas encore, débitrice vis-à-vis du reste du monde […]. C'est la confusion dans les esprits pour l'immense majorité de nos concitoyens pour lesquels la dette de l’État est synonyme de dette de la nation. Page 132. 
5. Contrairement à la propagande des milieux boursiers, les marchés d'actions n'ont presque jamais apporté les ressources financières que nécessitait la croissance continue des entreprises. Les entreprises, cotées ou non, se sont appuyées principalement sur le réinvestissement de leurs bénéfices et le concours additionnel du crédit. Page 145. 
6. Chaque baril effectivement consommé sert de support à des transactions qui représentent 480 fois son montant. Page 152. 
7. L'indépendance des banques centrales, bifurcation majeure dans notre histoire économique récente, résulte d'une volonté de protéger la valeur des actifs financiers. […] Les actifs cotés sur les marchés courent un risque général de dépréciation dès que l'inflation devient significative. […] C'est ainsi qu'il faut comprendre les alarmes des marchés quand les moindres tensions inflationnistes se manifestent sur les marchés de la production courante. Les intérêts financiers commandent. Pages 164-165. 
8. La nécessité de recourir in fine à la banque […] pour garder à flot de grands organismes financiers en péril, remet en question le grand postulat du financement et de la régulation par les marchés. Page 167. 
9. Les éditeurs, les grossistes, les assureurs [nouveaux métiers apparus lors de l'âge d'or des Pays-Bas au XVIIe] cherchaient à réduire l'intensité du risque économique pour en élargir le champ au bénéfice de l'activité économique. Les innovateurs de tout poil de la nouvelle finance cherchent à disséminer les risques [pour pouvoir exiger des taux d'intérêts élevés] qu'ils démultiplient par leurs innovations financières. Page 227. 
10. Impossible, par exemple, pour un État de soutenir, sans accord préalable de l'Union [européenne], un projet de moteur de recherche sur le réseau Internet […]. Dans le contexte juridique actuel, il serait également interdit de lancer le grand projet Airbus […]. Page 239.
Jean-Luc GREAU (2008), La trahison des économistes. Gallimard.

Selah Sue...

Femme à choucroute, du charisme, de beaux yeux, une voix, une guitare...


Vieux riches...

3000 milliards de dollars de liquidités [sont] issus des retraites.
 
 Canal AcadémieMathématiques et finance de marché : quelle place dans la crise actuelle ?
Date incertaine, certainement 2010. 

Changer le monde. Tout un programme ! - Jean-Marc Jancovici

Jean-Marc Jancovici nous parle du coût des énergies, fossiles, nucléaires, renouvelables, humaines, et de leur rapport étroit avec la bonne marche, ou pas, de l'économie...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Pour tout travail mécanique, cela coûte 1 000 à 10 000 fois moins cher, et parfois même 100 000 fois moins cher, d'utiliser un moteur que de recourir à du travail humain payé avec des salaires occidentaux. Page 17. 
2. Le mode de vie futur va dépendre bien davantage de la disponibilité de l'énergie par personne que de la nature des régimes politiques (du moins tant qu'il n'y a pas de lien direct entre les deux !). Page 22. 
3. Le produit alimentaire lui-même, aura coûté moins de 10 % du ticket de caisse [90 % du prix d'un produit est le coût de l'emballage, du transport, de la construction du supermarché, des salaires, des dividendes des actionnaires, etc.]. Page 25. 
Klaus Wiegandt souligne d'ailleurs qu'un véritable (et très profitable) changement ne pourrait s'opérer que si l'énergie coûtait son juste prix >>
4. C'est en 1952 seulement que la voiture a détrôné la marche à pied comme mode de déplacement dominant dans le kilométrage quotidien effectué par les français. Page 30. 
5. Sur la seule période qui va des années 1970 à aujourd'hui, la surface habitable moyenne par personne est passée de 25 à 45 m². […] Construire 1 m² de logement standard conduit à émettre dans l'atmosphère environ 300 kg de CO2 autant que pour parcourir 1 500 km en voiture. Page 35. 
6. Ce que nous appelons « création de richesses » n'est en fait qu'une transformation de ressources naturellesPage 37. 
7. Au vu de ces chiffres [il faudrait au moins 1 000 hommes pour effectuer le même travail qu'un tracteur de 100 chevaux], on peut se demander si la fin de l'esclavage dans les champs […] ne doit pas plus au pétrole et au gaz qu'à la générosité naturelle des hommes. Page 40. 
8. La quantité de pétrole disponible par Terrien est en diminution depuis 1979. Page 47.
9. Les énergies renouvelables, en particulier électriques, coûtent vingt à cinquante fois plus cher à produire par kWh que les énergies fossiles. Page 130. 
10. Sur le plan macroéconomique, […] baisser les charges est un recyclage 100 % français de l'argent collecté, cela abaisse le coût du travail et donc augmente nos exportations […]. Faire un chèque aux ménages, c'était augmenter leur pouvoir d'achat, et donc leur consommation, pour partie constituée de produits importés […]. Cela n'allait donc profiter que partiellement à l'emploi français, et ne rien changer sur le plan de la compétitivité de l'économie nationale. Page 179.
Jean-Marc JANCOVICI (2011), Changer le monde.Tout un programme ! Calmann-Lévy.

Travail pas cher...

Faire travailler les gens gratuitement n'a pas de sens. D'abord, tout travail mérite salaire. Et puis, cela conduirait à chasser de l'emploi tous ceux qui sont aujourd'hui dans des contrats aidés ou au smic. On va casser tout un système. D'ailleurs, la Grande-Bretagne y a renoncé et le Portugal en a payé le prix fort.
Martin HIRSCH, Le Figaro, 06/2011, p. 35.

Travail à la paix...

Il est vrai aussi que, doublé de pratique du travail au noir, [l'assistanat] garantit une certaine paix sociale.
Evelyne (dirige un centre de formation et d'insertion dans le Grand Ouest)
Le Figaro, 06/2011, p. 35.

Histoire de la finance - Belze, Speizer

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Les romains nous ont donné le nom même de monnaie. En effet, ils battirent la monnaie précisément sur le Capitole, dans un atelier près du temple de Juno moneta […]. Page 56. 
2. Les historiens s'accordent à dire que l'une des causes de la chute de l'empire romain fut la pénurie de monnaie métallique qui provoqua une importante récession. Page 67. 
3. On peut soutenir que le Purgatoire a été la réponse catholique à un danger, celui de la maîtrise totale des circuits du crédit par les Juifs. Page 126. 
4. Les sociétés calvinistes (Hollande, Suisse) sont très tôt des sociétés où l'argent coûte moins cher que dans celles où l'usure est interdite. Page 179. 
5. Symboliquement, le nom même de « bourse » provient (ou proviendrait car la certitude n'est pas absolue) de la maison de Van Der Burse, une famille de Bruges […]. Le terme préexiste à l'apparition des valeurs mobilières. Page 196. 
6. [La première grande crise : les tulipes] Typiquement, l'acheteur ne possédait pas la liquidité devant être payé à la date de règlement et le vendeur ne possédait pas le bulbe. Aucune des deux parties n'avait l'intention de livrer à la date de règlement. Seul le paiement de la différence entre prix du contrat et prix de livraison était attendu. Il s'agit donc d'un pur mécanisme de marché futuresPage 244. 
Voir cet article pour une description technique du fonctionnement des différents produits dérivés >>
7. La durée de placement moyenne des investisseurs des fonds de pension est passée de 7 ans en 1995 à 7 mois à 2005. Page 351. 
8. Il en résulte à partir de cette époque [1979], un développement spectaculaire des contrats sur instruments financiers qui sont des produits destinés à se couvrir non seulement des risques de taux et des risques de change mais aussi à se prémunir contre des fluctuations boursières. Le succès des contrats sur instruments financiers est tel qu'aujourd'hui la part des marchandises dans les activités des marchés à terme n'est plus que de 30 % contre 70 % pour les contrats financiers alors qu'en 1970 les marchandises étaient les seuls produits négociés. Page 433. 
9. L'origine des instruments dérivés climatiques réside dans la constatation que près de 50 % de l'activité économique sont affectés à des degrés divers par les conditions climatiques. Le département du commerce des États-Unis estimait qu'en 1997, 22 % des 9 000 milliards de dollars du PIB américain étaient directement sensible à la météo. […] C'est tout d'abord le CME (Chicago Mercantile Exchange) : on y trouve des futures sur indices de températures pour les Etats-unis depuis 1999 et pour l'Europe depuis octobre 2003. Page 435. 
10. En filigrane, plusieurs éléments ont été évoqués pouvant de fait être dommageables à l'économie : il s'agit notamment de la recherche de la liquidité qui est la préoccupation majeure des opérateurs. Elle les conduit à privilégier les positions réversibles et le rendement à court terme dans la composition des portefeuilles. Ainsi, les publications de comptes mensuels ou trimestriels des entreprises, peut-être nécessaires pour une bonne gestion interne, servent plus exactement à nourrir le marché financier d'informations livrées toujours plus rapidement pour réajuster les positions, maximiser chaque jour, chaque heure, chaque minute une position optimale d'ajustement du risque et la rentabilité. Hors ces comptes trimestriels n'assurent aucune cohérence avec la réalité et la temporalité de l'économie d'une entreprise et de l'économie toute entière. Une entreprise se juge sur le moyen et le long terme, non sur un trimestre. Page 511.
Loïc BELZE et Philippe SPEISER (2007), Histoire de la finance. Vuibert.

Le capitalisme à l'agonie - Paul Jorion

Paul Jorion s'interroge sur les fondamentaux bancales du capitalisme...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. L'agence Eurostat, direction de la Commission européenne, avait certes dénoncé le subterfuge [l'accord à la Grèce, par Goldman Sachs en 2001, d'un prêt déguisé […] à un taux plus bas que celui du marché], mais des pressions des autorités politiques souhaitant l'entrée de la Grèce dans la zone euro avait fait taire ses scrupules. Pages 78-79. 
2. Celui qui [achète] un CDS alors qu'il ne détient pas l'instrument de dette contre le risque duquel il « s'assure » [les CDS sont à l'origine des instruments financiers équivalant à une assurance], prend une position que l'on appelle « nue ». […] C'est [en somme] une « assurance sur la voiture du voisin ». Page 81. 
Voir cet article sur les produits dérivés et leur fonctionnement pratique >>
3. Le système que Keynes a en tête implique que les échanges entre les nations, le règlement de leurs importations et de leurs exportations, se fassent tous par l'intermédiaire d'une chambre de compensation internationale et par le moyen d'une monnaie internationale : le bancorPage 170. 
4. Si les salaires font partie des frais de production, pourquoi ne pas considérer aussi comme frais de production les intérêts qui reviennent au capitaliste, ou bien encore le bénéfice qui va à l'industriel ou "entrepreneur" ? Mais si c'était le cas, la notion de frais de production ne serait rien d'autre, en réalité, que le prix de vente de la marchandise […] sur le marché où elle est vendue pour la première fois. […] Or ce n'est pas du tout la même chose que de considérer les salaires comme une composante des frais de production, ou comme des sommes revenant à l'une des trois parties en présence dans le partage du surplus [l'entrepreneur, l'investisseur ou le salarié]. Page 235. 
5. L'informatisation, d'une part, l'automatisation, d'autre part, ont aujourd'hui dopé à tel point la productivité dans les services aussi bien que dans l'industrie qu'il est devenu chimérique d'envisager que les salaires suffiront, à l'avenir, à absorber l'offre entière. […] Par ailleurs, la fuite en avant consistant à produire autant qu'il est matériellement possible pour créer ensuite, par la machine de guerre du marketing mise au service de l'idéologie consumériste, une demande équivalente, à trouvé ses limites dans l'épuisement des ressources et la dégradation de l'environnementPage 250. 
6. La guerre, fait très justement remarquer Saint-Just, existe avant tout entre espèces. Les hommes ont importé dans leurs relations entre eux les rapports qu'on observe dans la nature entre espèces ; donc la guerre de tous contre tous n'appartient certainement pas à un "état de nature" que l'homme aurait connu par le passé, mais à l'une des manifestations possibles de l'homme dans son "état de culture". Page 260. 
7. Le droit à la propriété, étant inégalitaire, et l'éthique, égalitaire, ces deux principes sont en effet inconciliables. Page 279. 
8. […] Je meurs de nostalgie si je reste trop longtemps éloigné de chez moi (une des principales cause de décès dans les armées du Moyen Age, si l'on en croit Duby). Page 295. 
9. Hegel a attribué la chute de l'Empire romain à la prévalence des intérêts particuliers. […] L'avènement du christianisme aurait joué un rôle essentiel : en relation privée avec leur Dieu, les citoyens cessèrent de s'identifier au sort de leur cité. Page 311. 
10. Le versement d'intérêts aux capitalistes conduit inéluctablement à un déplacement de ce fameux capital vers eux, et à sa concentration parmi eux entre un nombre de mains de plus en plus réduit. Comme l'argent finit par se retrouver concentré dans sa totalité en un endroit où il n'est d'aucun usage et d'où il doit être prêté pour servir à quelque chose, la mécanique s'enraye. Nous en sommes là aujourd'hui. Page 322.
Paul JORION (2011), Le capitalisme à l'agonie. Fayard.

Vive l'inflation !

Une inflation de 4 %, plutôt que de 2 %, permettrait de réduire le poids des dettes publiques de l'ordre de 2 points de PIB par an.
Alternatives Economiques, 05/2011, p. 30.

Substitut...

Le rôle de la spéculation [sur la hausse des matières premières] est sans doute non négligeable à un moment où les investisseurs qui se méfient des actions et des dettes publiques disposent de liquidités abondantes.
G.D. Alternatives Economiques,  03/2011,  p. 16.

Dû...

Le taux de prélèvements obligatoires en France s'élève à 41,9 % du PIB en 2009. Un taux en baisse depuis dix ans.
Alternatives Economiques, 03/2011, p. 67.

Taux d'emploi public...

Globalement, l'emploi public représente 22 % de l'emploi total en France. Un pourcentage relativement élevé comparé à la moyenne des pays de l'OCDE (environ 15 %). Mais ces chiffres sont à relativiser : la France ne comptait que 88 emplois publics pour 1 000 habitants en 2008, une position moyenne au sein de l'OCDE, contre près de 160 pour 1 000 au Danemark ou en Norvège.
DORIVAL C. Alternatives Economiques, 03/2011, p. 50.

Ecole des salaires...

Les enseignants français sont [...] globalement moins bien rémunérés que leurs confrères de l'OCDE.
DORIVAL C., Alternatives Economiques, 05/2012,  p. 50.

Stabilisation...

La sécurité sociale, rappelons-le, ce n'est pas qu'un coût pour les employeurs. C'est aussi, et surtout, un formidable stabilisateur de l'activité économique et des rapports sociaux, par la sécurité qu'elle apporte à tous.
Eric VERHAEGHE,  Alternatives Economiques, 03/2011,  p. 22.

Marins bavards ?

Il y a 130 000 ans, peut-être davantage, des hommes ont rallié la Crète par la mer. [...] Une prouesse dont les préhistoriens pensaient qu'elle n'avait pu être réalisée il n'y a que quelques 10 000 ans, au début du néolithique, 20 000 ans tout au plus. Page 81. 
Jean-Marie Hombert [...] voit dans les premières traversées maritimes un "marqueur" du niveau de sophistication de la langue. [...] Dés lors qu'il y a "intentionnalité" de voyage, il y a aussi, pense-t-il, necessité de planification, de préparation et de coopération. Donc d'échanges d'informations multiples, à la fois spatiales et temporelles. [...] "L'émergence d'un langage complexe est relativement récente, suppose M. Hombert. Elle date probablement d'environ 60 000 ans. [...] Les découvertes de Plakias, ajoute-t-il, posent problème." Page 83. 
Le Mensuel du Monde, n°13, p.83. 

La crise, et après ? - Jacques Attali

Jacques Attali, après un rappel détaillé de l'histoire, la grande et celle des crises, nous raconte notre crise à nous, et nous livre ses solutions pour en sortir, grandis tant qu'à faire...
 
Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Avec l'approche de la première guerre mondiale, des banques (JP Morgan, Rockefeller, Lehman Brothers, Morgan Stanley...) créées pour la plupart au XIXe siècle, deviennent des instruments de collecte massive de l'épargne et de placements de titres : d'abord des bons de guerre puis des actions et des obligations. Les marchés des capitaux deviennent le principal mode de financement des entreprises, lesquelles déterminent peu à peu leur stratégie en fonction de leurs cours de boursePage 21. 
2. Les 5 % les plus riches s'arrogent en 1928 plus d'un tiers de l'ensemble des revenus des américains […]. Page 23. 
3. Dès 1941 […], Américains et Anglais commencent à s'entretenir de la gestion du monde d'après-guerre, en particulier de son organisation monétaire et financière . […] Chaque soutient militaire de Washington à Londres s'échange contre une concession politique sur le rapport entre la livre et le dollar.[...]. Page 25. 
4. En fait, le système est vicié dès l'origine : les accords de Bretton Woods induisent en effet que les États-Unis doivent avoir une balance des paiements déficitaire afin d'alimenter le monde en dollars, seul moyen de paiement internationalement reconnu par ces accords ; ce qui ne peut, à terme, qu'affaiblir la confiance en cette devise [dilemme de Triffin]. Page 31. 
5. Le 15 août 1971, quand le gouvernement de Bonn demande le remboursement de ses dollars en or, les États-Unis, qui ne veulent pas voir disparaître leurs réserves de métal précieux, suspendent la convertibilité du dollar. On en revient ainsi aux changes flottants de l'entre-deux-guerres, auxquels les accords de Bretton Woods étaient censés s'opposer. […] S'en suit une très forte baisse de la devise américaine qui dévalorise les revenus des pays producteurs de pétrole. Ils réagissent par le premier choc pétrolier, en octobre 1973 […]. Page 33. 
6. La dette publique américaine est désormais la base de l'essentiel du crédit distribué dans le monde. En trente-cinq ans, de 1945 à 1980, cette base s'est même multipliée par 200. De plus, en 1980, chaque dollar détenu par une banque auprès d'une Banque centrale soutient au moins 40 dollars de crédit aux États-Unis, et 50 en Europe (contre seulement 15 et 20 en 1968). Page 34. 
7. En 1636, se déclenche [...] une spéculation sur un bien alors très important, symbole de luxe et de richesse, le bulbe de tulipe. Et comme son cours monte, chacun vient surenchérir et le fait monter plus encore, jusqu'à 20 fois le revenu annuel d'un artisan très spécialisé [...].
8. S'installent partout des règles de développement ultra-libérales rassemblées en une doctrine nommée « consensus de Washington ». Elles prônent la liberté des marchés financiers, la réduction du rôle de l'état, la flexibilité du travail, la globalisation des marchés sans globalisation de l'état de droit. Page 38. 

9. [Les encours de CDS] représentent aujourd'hui une succession de transactions de plus de 60 000 milliards de dollars. Page 112. 
10. Les institutions et les marchés financiers sont des instruments essentiels aux progrès des civilisations. Ils permettent de transférer, en principe sans vol ni spoliation, et contre rémunération en intérêt ou en dividende, l'épargne de ceux qui sont capables d'en constituer une vers ceux qui peuvent au mieux l'utiliser. Page 135.
Jacques ATTALI (2008), La crise, et après ? Fayard.

Après la démocratie - Emmanuel Todd

Emmanuel Todd nous dévoile ce qui se cache sous la surface de l'Histoire, et en déduit l'avenir proche de la démocratie en France tout particulièrement...

Les 10 phrases clefs qui font réfléchir...
1. Aujourd'hui, en l'absence de sécurité métaphysique [de religion], il nous reste du moins la Sécurité sociale, et un certain confort de l'existence qui permet à la majorité des hommes et des femmes de profiter raisonnablement de cette vie dénuée de sens. Page 41. 
2. La désislamisation s'avance masquée, parce qu'elle entraîne dans un premier temps, une dernière réaffirmation de la croyance religieuse ébranlée par la modernité. […] L’Iran, avec deux enfants par femme semble beaucoup plus menacé par la désislamisation que par l'islamisme. Page 44. 
3. A partir de la Réforme, la diffusion progressive de la capacité à lire et à écrire a entraîné l'éclosion effectivement irrésistible de la démocratie. […] Tous les groupes sociaux, tous les individus, ont quelque-chose en commun, au-delà des différences de statut économique. On peut à la rigueur dire que l'alphabétisation « est » la naissance de la démocratie en tant qu'égalité des conditions. Page 87. 
4. La statistique de diffusion des récepteurs [de télévision] permet d'apporter un début de vérification empirique à l'hypothèse d'un blocage du progrès éducatif [...]. Page 71. 
5. Les trois grandes révolutions modernisatrices de l'Ouest, l'anglaise, la française et la russe, ont eu lieu à un moment où le taux d'alphabétisation des hommes se situaient entre un tiers et deux tiers, ni moins, ni plus. Page 88. 
6. L'alphabétisation permet l'affirmation de l'individu, que la lecture rend plus autocentré, capable d'introspection et vulnérable à une anxiété d'un type nouveau. La hausse du taux de suicide, de la consommation d'alcool et du nombre d'internements psychiatriques qui accompagne la marche de l'alphabétisation en témoigne. Page 91. 
7. L'inégalité des enfants, et particulièrement des frères, qui caractérise la famille souche [les parents, le fils héritier, sa femme et ses enfants vivent dans un même foyer, les autres fils se contentent de donations], explique la tendance des régions où elle domine à se fixer sur des idéologies ethnocentriques, affirmant l'inégalité des peuples, des nations, des hommes. Page 120. 
8. Dès lors qu'une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met, logiquement et raisonnablement, à concevoir les salaires qu'elle distribue comme un coût pur, et non comme de la demande dans une économie nationale et donc ultimement pour elle-même. […] Les entreprises vivent dans l'obsession de la demande, qu'elles cherchent toujours plus à l'extérieur du territoire national, sans réaliser que si les entreprises des pays étrangers font la même chose, la situation ne va pas s'arranger. Page 176. 
9. Les sociétés dont la fécondité a le mieux résisté sont en fait celles qui ont su le mieux gérer l'émancipation des femmes et rendre compatibles maternité et travail. Page 244. 
10. La prédominance de la doctrine du libre-échange doit en dernière analyse beaucoup plus à la « narcissisation » des comportements qu'à l'influence des économistes. Page 294.
Emmanuel TODD (2008), Après la démocratie. Gallimard.

Intégratrice...

C'est comme d'habitude, je suis très déphasé, le temps des politiques n'est pas le temps des démographes. [...] On va mesurer d'un côté des taux de chômage épouvantables chez des gosses d'origine immigré mais qui ne sont en fait qu'une partie des taux de chômage abominables de la jeunesse et qui reflètent que les plus faibles, les derniers arrivés, supportent encore plus que d'autres jeunes le coût de la baisse des conditions des jeunes. Mais si on regarde diverses mesures de l'acculturation, de l’acquisition de la langue, du système de moeurs, si on regarde les taux de mariage mixte, c'est pour moi à long terme, absolument évident que la France va tout à fait réussir à devenir une société [...] ou les notions de race blanche, race noire, ou blanc foncé, n'auront plus de sens, où ce sera une race nouvelle, un monde nouveau et on dira que la France a réussi. [...] Et les historiens diront "Ah putain, ils étaient super énervés au début du troisième millénaire. Vous avez vu cette campagne de 2012, qui avait totalement dérapé parce qu'un schizophrène de Toulouse [affaire Merah] avait fait quelque-chose [...] ?".
Emmanuel TODD, France 5, 2012, les grandes questions, 04/2012.