Partout où il n'y aura rien, lisez que je vous aime.
Denis DIDEROT (1759), Lettre à Sophie Volland.
A défaut de performances économiques flamboyantes, [la France] semble au moins pouvoir s'enorgueillir de sa natalité. Pourtant ce "boom" n'en est pas véritablement un.
[...] L'indice de fécondité de 2 enfants par femme demeure inférieur au seuil de remplacement des générations (2,06 enfants par femme), ce qui signifie que la population ne se renouvelle pas totalement chaque année.
[...] Les naissances dépassent largement les décès d'une année sur l'autre, avec un pic atteint en 2006 de + 280 480. Cette situation relativement favorable s'explique par deux facteurs : une remontée de la fécondité depuis le point bas de 1993, à l'origine de la hausse des naissances, et le faible volume des populations en âge de décéder issues des classes creuses des années 1930, à l'origine d'une stabilisation du nombre de décès. Or l'année 2012 marque très vraisemblablement la fin de ce scénario de lendemains qui chantent.
[...] Les naissances baissent de plus de 20 000 par rapport au maximum atteint en 2010 car les générations en âge d'avoir des enfants, nées dans les années 1980, sont moins nombreuses. [...] Parallèlement, les décès augmentent sensiblement de 18 000 personnes en huit mois, puisque les générations en âge de décéder commencent à être plus nombreuses.
[...Le solde naturel] demeure favorable, mais la tendance baissière est incontestable. [...] L'excédent naturel va se réduire au fur et à mesure des années pour se rapprocher du zéro, suite à l'arrivée des générations nombreuses du baby boom à l'âge de décès.
Avec 4,8 %du PIB, le budget militaire des États-Unis est, proportionnellement, à peu près trois fois supérieur à celui des autres pays développés, et on peut aisément soutenir que le complexe militaro-industrialo-parlementaire a ruiné l'Amérique.[Dans] un rapport rédigé en 1965 par l'industriel britannique Donald Stokes [qui avait conseillé le ministère de la Défense dans le domaine des contrats d'armement] : "Bon nombre de ventes d'armes ont été réalisées non parce que quelqu'un souhaitait s'en procurer, mais à cause de la commission qui serait verser en cours de négociation." [...] Les fournisseurs du département américain de la Défense comptent avant tout sur les gigantesques besoins du Pentagone, l'électoralisme et la réticence des parlementaires à contrôler vraiment les processus d'approvisionnement. Les excès, comme ce marteau à 7 dollars, facturé 435 dollars..., ne cessent de transparaître sur la place publique, mais les enquêtes sur les pratiques illégales se traduisent pour les firmes impliquées par des amendes équivalent à une petite tape sur la main. Et rien ne change : les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont été l'occasion de folles emplettes insuffisamment contrôlées. La demande de 33 milliards de dollars supplémentaires, faite en 2007 au titre de l'Iraq Supplementary Bill, fut justifiée par cinq pages de texte seulement. Linda Bilmes, de Harvard, eut alors ce commentaire laconique : "A mon humble avis, en tant que professeur de finances publiques, [...] ce n'est pas la meilleure façon de fonctionner pour le système budgétaire américain."
On doit à Robert Fogel [prix Nobel d'économie 1993] deux études importantes. L'une sur le rôle des chemins de fer dans la croissance économique des États-Unis au XIXe siècle, l'autre sur la rentabilité de l'esclavage. Sur la base d'une quantité colossale de documentation chiffrée, Fogel calcule ce qu'aurait été la croissance américaine si le chemin de fer n'avait pas existé. Résultat : à peine une différence de 5 %. "Aucun innovation, considérée isolément, n'a été vitale pour la croissance que XIXe siècle", dit-il.
[...] S'agissant de l'esclavage, Fogel s'attaque à une autre idée reçue : l'esclavage a disparu parce que c'était un système économique inefficace. En utilisant les mêmes méthodes économétriques [la cliométrie], il réussit à prouver, chiffres à l'appui, exactement le contraire. L'esclavage était un système efficace et rentable... C'est donc la politique qui, cette fois-ci, a dicté sa loi. [...]
[...] Une baisse du prix comparable à celle des Pays-bas, suffirait à elle seule à éponger une partie des milliards de déficit de la Sécurité sociale.
De nombreux médicaments de consommation courante sont 2 à 5 fois plus chers qu'en Italie. S'aligner sur ces tarifs permettrait une économie de 10 milliards, soit de mettre fin au déficit de la branche assurance maladie de la Sécurité Sociale...
Le secteur des universités aux États-Unis, donne des activités et des distractions à beaucoup de ceux qui, s'ils étaient en Europe, passeraient leur fin d'adolescence dans les rangs des jeunes sans emploi. Le jeune Américain moissonne ainsi les bénéfices psychologiques de l'oisiveté légitimée et des rituels de succès qu'assurent les universités de premier et second cycles à cette époque de la vie. En général, il en sort en se sentant reconnu et non déprimé. Comme solution au chômage des jeunes, le système des universités américaines doit être compté au nombre des grands triomphes de l'imagination humaine, ou peut être du hasard aveugle.
[... Les États-Unis sont] bel et bien un pays post-industriel avancé comme les autres, où le secteur public assure plus de la moitié de l'activité économique. [...] Et [ils sont] particulièrement doués pour déguiser ces interventions de l'État et pour faire participer des institutions parapubliques à l'action. Page 167.
[...] Après l'accession de Georges W. Bush à la présidence, l'administration est devenue une simple alliance de représentants des secteurs réglementés (les mines, le pétrole, les médias, les produits pharmaceutiques, l'agro-industrie) cherchant à mettre totalement à genoux le système de réglementation. Un autre groupe tout aussi important a rejoint celui-ci, qu'il chevauche en partie : ses membres ne regardaient pas les activités économiques de l'État d'un point de vue idéologique, mais comme de pures occasions de profit privé à une échelle continentale. [...] C'est l'État prédateur. [...] Une coalition qui cherche à prendre le contrôle de l'État, pour empêcher l'intérêt public de s'affirmer, mais aussi pour braconner dans les flux économiques créés par l'intérêt public passé. Page 191.
[...] Aucune de ces entreprises n'a intérêt à rétrécir l'État, et c'est ce qui les distingue des conservateurs à principes. Sans l'État et ses interventions économiques, elles n'existeraient pas elles-mêmes, et elles ne pourraient pas jouir du pouvoir de marché qu'elles sont parvenues à exercer. Leur raison d'être est plutôt de tirer de l'argent de l'État, tant qu'elles le contrôle. Cela exige le mariage d'une organisation économique et d'une organisation politique, et c'est bien ce que, dans chaque cas, nous constatons dans la pratique. Page 192.
[...] Dès qu'on a compris l'État prédateur, les principaux champs de bataille de la politique intérieure américaine actuelle se dessinent clairement. [...] On n'y livre pas [...], pour l'essentiel, un combat perpétuel autour de l'enjeu : "Faut-il élargir ou rétrécir le champs d'action de l'État ?" On y postule plutôt que peu à peu, au fil du temps, le rôle de l'État va grandir. [...] La politique est une bataille permanente pour déterminer qui sera admis à bord, et une querelle correspondante sur qui restera dehors et comment, car il y a un profit à faire en étant inclus comme en étant exclus. Page 193.
[...] De tous côtés, le contrôle du respect des réglementations a été confié à des lobbyistes. De tous côtés, les décisions publiques sont prises par l'agent d'une partie privée pour lui assurer un gain privé. Ce n'est pas un accident, c'est un système. [...] Un échec d'une telle envergure n'est pas dû à l'incompétence. Il est voulu. C'est une indifférence délibéré au problème de la compétence. Dans l'État, nul ne s'en soucie. L'attention des détenteurs du pouvoir se concentre sur d'autres objectifs. Pages 212-214.
[...] Les économistes de Harvard David Himmelstein et Steffie Woolhandler, [...] évaluent le gaspillage bureaucratique dû au caractère privé de l'assurance maladie à 350 milliards de dollars par an environ. [...] Passer par les assureurs privés rend la couverture universelle hors de prix. Page 194.
A de rares exceptions près, un médicament autorisé par la FDA [Food and Drug Administration] est autorisé ensuite en Europe et en France. Les autorités françaises ont les mains liées, en pratique, par ces décisions américaines. Nos commissions ministérielles avalisent tout.
[Selon le] directeur de l'autorité française de mise sur le marché, l'Afsaaps : "Il n'y a de bons experts que ceux qui connaissent l'industrie pharmaceutique et qui travaillent avec elle." Autrement dit, les commissions d'experts sont, comme aux États-Unis, à la fois juge et partie.
L'industrie pharmaceutique, c'est plus de 2 000 milliards d'euros de capitalisation boursière. C'est le niveau des compagnies pétrolières, c'est bien au-delà de l'automobile. Son chiffre d'affaire représente plus de 400 milliards d'euros par an. Près du double du budget de l'État français.
1. [...] Les Français veulent aujourd'hui des médicaments de confort, la plupart se sentent malade de quelque chose. [...] Ils ont plus que d'autres le désir de se sentir assistés.
2. [...] Le médecin de ville français qui, contrairement à ce qu'on dit, ne gagne pas bien sa vie, prescrit quatre fois plus de dépenses qu'il ne gagne lui-même d'argent. Il induit quatre fois son revenu sous forme de médicaments. Aux États-Unis ou en Angleterre, c'est moitié moins.
3. [...] Les compagnies pharmaceutiques [...] emploient une fois et demi à deux fois plus de visiteurs dits "médicaux" que dans tout autre pays (un pour neuf médecins contre un pour treize à un pour vingt-trois ailleurs).
4. [...] Les études médicales ne forment ni à l'esprit scientifique, ni à l'esprit critique. [...] Quant à la formation permanente, elle est entièrement payée par l'industrie.
Irving Kirsch a découvert que les placebos étaient trois fois plus efficaces que l'absence de traitement [et] surtout, les placebos étaient à 83 % aussi efficaces que les médicaments. [...] La différence moyenne entre les molécules actives et les substances neutres n'étaient que de 1,8 point sur l'HAM-D [échelle de Hamilton, questionnaire mesurant la sévérité des symptômes de la dépression], différence significative du point de vue statistique mais non du point de vue clinique.
[...] Ces médicaments sont nettement plus efficaces que les placebos lors d'essais contrôlés en double aveugle [ni les patients, ni les médecins ne savent quels cachets sont actifs, quels cachets sont placebos]. [...] Ces substances sont efficaces à court terme, ce sont les effets potentiels à long terme qui [peuvent être] remis en question.
[...] Dans sa méta-analyse de six produits, [Kirsch] a découvert que les médicaments actifs sont en fait substantiellement plus efficaces que les substances neutre. Kirsch rejette ensuite cette différence statistique en estimant qu'elle ne représente pas de "signification clinique" [...] . Mais d'autres chercheurs ne sont pas de cet avis. Par exemple Eric Turner et ses collègues (sans financement de laboratoire). [...] Tout en reconnaissant que les laboratoires ont exagéré l'efficacité apparente de ces produits [...], ils n'en ont pas moins révélé que les douze antidépresseurs sont statistiquement supérieurs aux placebos.
Konstantinos Fontoulakis a montré que la méta-analyse de Kirsch était défectueuse : il avait mal calculé la différence moyenne entre médicaments et placebos (qui est en fait de 2,68, et non de 1,80) et exagéré ses conclusions.
[...] Mais la différence observée est très faible. [...] Kirsh a émis l'hypothèse que même ce petit effet pourrait ne pas être réel, dans la mesure où les patients qui reçoivent l'antidépresseur plutôt qu'un placebo inerte ressentent des effets secondaires susceptibles de leur révéler qu'une substance active leur est administrée, ce qui les incite à signaler une amélioration de leur état. A l'appui de cette hypothèse, Kirsch fait référence à quelques essais avec des placebos produisant eux-même des effets secondaires, où aucune différence n'a été constaté entre les médicaments et les substances neutres.
Kirsh ajoute à l'appui de sa thèse que, plus les effets secondaires sont sévères, plus le moral des patients s'améliore.
[...] Si deux essais montrent que le médicament est plus efficace qu'une substance neutre, il est généralement homologué. Mais les labos peuvent financer autant d'expériences s'ils le veulent, dont la plupart peuvent se révéler négatives. Deux tests positifs suffisent pour justifier une AMM [Autorisation de Mise sur le Marché]. Notons au passage que les résultats des essais d'un même médicament peuvent différer pour de nombreuses raisons, notamment la façon dont le test a été conçu et mené, sa taille et les types de patients étudiés.
[...] Les laboratoires veillent à ce que leurs études positives soient publiées dans des revues médicales et portées à la connaissance des médecins, alors que les expériences négatives croupissent dans les archives de la FDA [Food and Drug Administration], qui considère qu'elles relèvent de la propriété privée et sont donc confidentielles.
[...] En 2008, une analyse portant sur 74 essais cliniques d'antidépresseurs a montré que trente-sept études positives sur trente-huit avaient été publiées ; mais trente-trois des trente-six études négatives ne l'avaient jamais été, ou seulement sous une forme faisant ressortir un élément positif.
[...] Un biais courant vient d'une pratique des firmes : le médicament est comparé à un placebo et non à un médicament existant, seule comparaison qui serait pertinente.
[...] Les médecins sont amenés à croire que les médicaments de marque nouveaux et plus chers sont supérieurs aux médicaments plus anciens ou aux génériques, même si cela n'est pas établi, les commanditaires ne comparant généralement pas leurs nouveaux produits aux anciens, administrés en même quantités.
Grâce à [Joseph L. Biederman, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School], les enfants peuvent [...] dès l'âge de deux ans, être déclarés atteints de trouble bipolaire et traités au moyen d'un cocktail de médicaments [...].
[...] En juin 2008, la sénateur Grassley a révélé qu'entre 2000 et 2007, les compagnies pharmaceutiques, y compris celles qui fabriquent des médicaments pour le trouble bipolaire des enfants, avaient versé à Biederman 1,6 millions de dollars pour des prestations de conseil.
[...] Je ne suis pas opposé à la grande entreprise ni au capitalisme ni au profit. Vues dans une perspective à long terme, ces industries ont produit des médicaments qui ont allongé l'espérance de vie, prévenu des maladies graves et amélioré la qualité de vie de millions de personnes. Ces entreprises sont aussi un moteur vigoureux qui a contribué à l'essor économique phénoménal de notre pays [...]. Cela dit, les efforts de ces compagnies pour influencer les médecins doivent nous faire réfléchir sérieusement.
[...] Christopher Lane [auteur de La timidité] montre [...] à l'aide de documents inédits de l'APA et d'interviews de ses responsables, [que le DSM, manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux utilisé en médecine psychiatrique] est en réalité le produit complexe du jeu politique universitaire, d'ambitions personnelles, et, surtout, de l'influence de l'industrie pharmaceutique.
[...] La théorie très répandue [chez les professionnels] selon laquelle la maladie mentale naît d'un déséquilibre chimique dans le cerveau [...] est [opportunément] apparue peu après l'introduction des psychotropes dans les années 1950. [...] Ainsi, au lieu de mettre au point un médicament pour traiter une anomalie, on a postulé une anomalie correspondant à un médicament.
[...] On pourrait aussi expliquer que la fièvre est due à un manque d'aspirine...
On s'est rendu compte, par exemple, que pour le blindage des portes, plus vous aviez de diplômes, moins votre porte était blindée.
[...] Les dogons disent qu'une serrure sert non pas à fermer mais à ouvrir. [...] En français, l'idée d'ouverture apparaît en 1080, mais il a fallu attendre un siècle, 1180, pour qu'apparaisse la fermeture. [...] On peut se poser pleins de questions : sociétés ouvertes ? Sociétés fermées ? Est-ce un développement urbain ? Est-ce que de grandes peurs apparaissent ?
[...] Il a fallu attendre le XVe siècle pour qu'une serrure puisse se fermer de l'intérieur (sic)[l'auteur se trompe ici, il veut dire "extérieur", comme ça se confirme ci-après...]. Jusque-là, les serrures ne servaient qu'à ouvrir. [...] C'est-à-dire qu'à l'intérieur on se barricadait [au sens littéral, donc puisque la serrure n'existe pas] quand on se couchait. Sinon la porte était ouverte toute la journée. Il faut se rendre compte que dans ces sociétés traditionnelles, il y avait toujours du monde dans la maison. Et il a fallu donc l'urbanisation pour qu'on ait besoin de plus en plus de rentrer et de sortir, et on voit apparaître, donc au XIVe-XVe siècle, une serrure qui ferme de l'extérieur, et enfin de l'intérieur. Si vous voulez des preuves, vous allez aux Arts déco où il y a une chambre du XIVe siècle : ils se sont trompé, ils ont mis la porte à l'envers. Ils ont mis la serrure à l'intérieur, ils auraient dû la mettre à l'extérieur.
L'Arc de Triomphe ne servait pas tant à glorifier l'homme qui passait dessous qu'à le décharger. Et quand César, après ses triomphes, passait l'Arc de Triomphe, une porte au forum, un esclave lui sussurait à l'oreille "N'oublie pas que tu n'es pas un Dieu".
Le fornix, ce sont les premiers arcs voûtés en maçonnerie, et qui ont été au départ les premiers passages qui permettaient d'honorer un visiteur dans Rome. Et puis finalement, cela a été repris par l'ensemble des habitants comme une habitude pour consolider les maisons les unes contre les autres : entre chaque maison, on mettait une voûte. Et puis certaines dames s'y sont mis à l'abris, et du soleil et de la pluie. Et puis l'on a pensé que sous les fornix, c'était des forniqueuses, et un peu plus loin on a mis des maisons que l'on a appelé maisons de fornication. Et voilà comment une histoire maçonnique se déplace vers une histoire érotique.
Philippe COHEN - [...] Cette typification des genres nationaux [selon les valeurs héritées du passé paysan] n'est-elle pas chamboulée par la modernité ?
Emmanuel TODD - Ecoutez. Je vais prendre brutalement un exemple pour bien me faire comprendre. Nous sommes sur une route française. Des gendarmes sont cachés pour surprendre des excès de vitesse. Des appels de phare issus de la communauté délinquante française nous avertissent pour faire attention. Nous voici en Allemagne. Quelqu'un gare mal sa voiture. Un voisin appelle la police.
Le fonctionnement concret de l'économie a un rapport avec ces comportements sociaux standards qui définissent un rapport fondamental à l'autorité. Admettons, sans les juger, mais une fois pour toutes, que la France et l'Allemagne sont deux mondes différents. La règle d'or a un sens, certes pathologique, dans l'un de ces deux mondes et aucun dans l’autre. Ou alors, nos dirigeants, qui nous donnent l'Allemagne en modèle, doivent avoir le courage de nous demander de dénoncer nos voisins quand ils garent mal leur voiture… D'ailleurs la règle d'or du futur traité européen suppose non seulement une discipline parfaitement intériorisée, mais aussi la surveillance du budget du voisin.
[...] Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser, et les revenus, comme les importations, par s’effondrer [...]. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.
[...] Et puis, d'un autre côté, comme tout ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15 %, il y a une accumulation d'argent en haut de la structure sociale. [Or] les gens riches ont leurs problèmes : que faire de leur argent ? Prêter à l’État ! C'est totalement génial. Puisque vous avez, ou vous croyez avoir, une sorte de garantie maximum. [...]. Emmanuel TODD, BFM, 02/12/2011.
[...] Dans un article intitulé The network of global corporate control, [une équipe du Polytechnicum de Zurich], ont répertorié les participations croisées des [firmes transnationales] les unes dans les autres (y compris pour celles d'entre elles qui ne sont pas cotées en Bourse) [...]. L'image qui émerge de cette analyse est celle d'un monde détenu par un très petit nombre de firmes dont la plupart sont des banques. [...] Ainsi, on s'aperçoit que dans les pays industrialisés, ce sont 5 à 10 % de la population qui détiennent 80 % du patrimoine, alors que seulement 737 firmes, soit 0,61 % d'entre elles, contrôlent 80 % de leur valeur totale, et qu'un petit groupe de 147 firmes, dont les trois quart sont des établissements financiers, contrôle 40 % de la valeur de ces firmes transnationales. Paul JORION (2012), Misère de la pensée économique, Fayard, p. 144.
Que cela vous plaise ou non, l’accumulation excessive d’argent dans les strates supérieures de la société est l’une des caractéristiques de la période. La baisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l’intérieur de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Emmanuel TODD, Le Point, 13/12/2011.